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			ETUDES D'HISTOIRE DES SCIENCES 
EN POLOGNE
		

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			POLSKA AKADEMIA NAUK. ZAKLAD HlSTORII NAlfKI 1 TE('HNIKI 


STUDIA COPERNICANA 
IV 


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WROCLAW. WARSZAWA . KRAKOW. GDANSK 
ZAKLAD NARODOWY IMIENIA OSSOLINSKICH 
WYDAWNICTWO POLSKIEJ AKADEMII NAlJK
		

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POLSKA AKADEMIA NAUK . ZAKI:..AD HlSTORII NAUKI 1 TECHNIKI 


ALEKSANDER BIRKENMAJER 


ETUDES D'HISTOIRE DES SCIENCES 
EN POLOGNE 


WROCI:..AW. WARSZAWA. KRAKOW. GDANSK 
ZAKI:..AD NARODOWY IMIENIA OSSOLINSKICH 
WYDA WNICTWO POLSKIEJ AKADEMII NAU K 
1972
		

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			COMITE DE REDACTION 


MARIAN BISKUP, JERZY BUKOWSKI, 
PAWEL CZARTORYSKI (rédacteur en chef), JERZY DOBRZYCKI 
KAROL GORSKI, BOGUSLAW LE
NODORSKI, BOGDAN SUCHODOLSKI 


CHOIX D'ARTICLES PAR LES REDACTEURS DU VOLUME 


JERZY BARTLOMIEJ KOROLEC, ALEKSANDRA MARIA BIRKENMAJER 


TEXTES POLONA,IS TRADUITS 


PAR 


CLAIRE BRENDEL, HELENA DEVECHY, STANISLAW DOBRZYCKI, 
ROMAN KORNECKI, ANNA PININSKA, ZOFIA RADZIWILL, ALEKSANDRA 
SOKOLOWSKA, ZOFIA WLODKOWA, JERZY WOLF, IRENA WOYTOWICZ 


REVUS PAR 


JERZY WOLF 


.Jaquette et couverture par 
ANNA SZCZURKIEWICZ-MUSZALSKA 


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Zaklad Narodowy lm. Ossollnskich - WydawnJctwo. Wroclaw 1972. 
Naklad: 800+160 egz. Objr;,toé6: ark. wyd. 64.40. ark. druk. 61,88. ark. 
Al 69. Papier druk. sat. kl. III, 8011'. 70x 100. Oddano do skladu 3 V 1971. 
Podp(8ano do druku 19 VIII 1972. Druk ukonozono we wrzeénlu 1972. 
Wroc1awska Drukarnla Naukowa. Nr zam. 646/71. Cena zl 180.- 


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			A V ANT- PROPOS 


En ses années de jeunesse, AIeksander Birkenmajer eut une prédi- 
1ection marquée pour les XIIe et XIIIe siècles, pour cette époque à laquelle 
les savants naturalistes traduisaient les oeUVl'es d'A!'istote et les traités 
d'auteurs arabes et juifs et offraient ainsi de nouveaux horizons au 
progrès de la science médiévale. David de Dinant, Urso Lodi, Michel 
Scot, Guillaume de Moerbeke, mais surtout Witelo, premier naturaliste, 
mathématicien et astronome polonais, étaient alors ses familiers. De 
nombreux voyages, toujoUl's accompagnés de l'étude inlassable de manus- 
crits dans les bibliothèques de toute l'Europe, permirent au jeune savant 
de découvrir maints traités oubliés, voire ignorés, et d'esquisse
 une 
nouvelle image de l'époque qui le passionnait, image ;rehaussant le rôle 
des savants naturalistes dans la réception de l'aristotélisme en Europe 
médiévale. 
A la mort de Ludwik Antoni Bi,rkenmajer, qui fut un grand connaisseur 
de J'histoire de l'astronomie et surtout des idées de Nicolas Copernic, 
Aleksander Birkenmajer décida de parachever l'oeuvre de son père en 
éditant De revolutionibus, encouragé en ceci par l'Académie Polonaise 
des Sciences et des Lettres qui entendait ainsi rend!'e hommage au grand 
astronome pour le quatre centième anniversaire de sa mo!'t. 
Il se devait de commencer par l'école ast
onomique cracovienne qui 
avait joué un si grand rôle dans la formation de Cope;rnic. Aussi, depuis 
les années t;rente, les articles d'Alcksander Birkenmajer font apparaître 
à nos yeux une longue procession de savants polonais, en l'occurrence 
surtout d'astronomes et d'astrologues auxquels l'Ecole de Cracovie a dû 
sa naissance et sa célébrité mondiale. Ce sont probablement ces études 
qui donnèrent à AIeksander Birkenmajer l'idée d'une monogI'aphie exhaus- 
tive présentant l'histoire de l'astronomie en Pologne. Il n'a pu, hélas, 
matérialiser son souhait, mais ses nombreux mémoires et contributions 
ont frayé le chemin à ses successeurs.
		

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			VI 


Le présent volume des oeuvres d'Aleksander Birkenmajer réunit les 
mémoires, les contributions, les études et les articles consacrés à l'histoire 
des sciences polonaises, depuis l'époque de \Vitelo jusqua'à celle de Coper- 
nic. Seuls quelques titI'es échappent à ce cadre chI'onologique rigoureux, 
ceci afin d'illustrer l'étendue do la curiosité scientifique du médiéviste 
polonais. 
La plupart de ces travaux, publiés dans divers ouvrages collectifs 
et revues, ont été écrits en polonais. C'est afin de leUl' assure
 la diffusion 
et l'audience plus larges qu'ils méritent, que l'éditeUl' a décidé de les 
faiI'e traduire en français, en conservant la langue de l'original pour les 
autres. 
1. La première partie du volume consacrée à l'histoire des sciences 
et de l'enseignement en Pologne, comprend les études de généralités. 
C'est d'abord un aperçu sur l'histoire des sciences exactes en Pologne 
[173]*, depuis les origines jusqu'au XX e siècle, exactement comme l'esquis- 
Be d'une histoire de l'astronomie en Pologne [345] qui est le plan, fondé 
sur les matériaux préparés par les collaborateurs de l'Institut d'Histoire 
des Sciences et des Techniques auprès de l'Académie Polonaise des 
Sciences, d'Ill ouvrage exhaustif. L'auteur a donné les mêmes limites 
temporelles à La contribution du clergé polonais à l'essor des sciences mathé- 
matiques et naturelles [377], tandis que l'Histoire des sciences exactes et 
de la médecine en Pologne aux XIXe et XXe siècles [230] s'en tient, comme 
le titre l'indique, à une époque plus proche de nous. 
Ces quatre études traitent de problèmes apparentés et ne peuvent 
donc être exempts de répétitions, mais chacune fOUl'nit une moisson 
de faits nouveaux et considère sous un autre angle le PI'ogrès des scien- 
ces exactes en Pologne. Cette section du volume se termine P3.I' l'article 
intitulé L'enseignement clandestin polonais dans le "Generalgouverne- 
ment" à la lumière des renseignements recueillis par les autorités d'occu- 
pation [280]. Portant sur des événements récents, il témoigne de la sen- 
sibilité du savant médiéviste et de son profond engagement dans les 1)1'0- 
hlèmes de J'heure. Tout comme les souvenirs du camp de concentI'ation 
[276], publiés dans le volume précédent, c'est un tribut payé par l'hilSto- 
rien à un passé tragique. 
II. Le cortège des savants polonais commence par Witelo, auteur 
de la Perspectiva et du traité perdu Scientia motuurn coelestiurn. La seconde 
p3.I'tie du présent recueil rassemble presque tous les mémoires et études 
consacJ.'és à Witelo, aussi bien ceux qu'Aleksander Birkenmajer a publiés 


* Les chiffres entre crochets indiquent le numéro sous lequel l'écrit considéré 
figure dans la Bibliographie d'AlekBander Birkenmajer, par Aleksandra Maria Bir- 
kenmajer, dans: Aleksander Birkenmajer, EtudeB à'hiBtoire deB BcienceB et de la phi- 
10Bophie du Moyen Age, Wroclaw 1970. 


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			1 


VII 


que ceux que sa disparition laissa inachevés. Le savant nourrissait pour 
'Vitelo lUle véritable passion. Il lui avait consacré une de ses premières 
dissertations et continuait à s'y intéresser encore dans les années cinquante, 
alors qu'à la veille de sa mort, il complétait ses études inédites sur l'oeuvre 
(lu premier savant polonais. 
En 1918, Aleksander BÏI'kenmajer présenta à l'Académie des Sciences 
et des Lettres un rapport intitulé Etudes sur W itelo. le partie: Deux 
écrits inconnus de W itelo. Polémiquant contre les thèses formulées par 
Clemens Baeumker, il annonça la découverte du traité de 'Vitelo intitulé 
ne ca'ltsa primaria poenitentiae in hominibus et de substantia et nat'ltra 
(lae1nonum qu'il tenait alors pour deux opuscules distincts. Le résumé 
	
			

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			VIII 


vale en Pologne, et la seconde aux maîtres de l'Université de Cracovie - 
naturalistes et astronomes. 
Nous trouvons donc ici d'abord un essai sur les astrologues et les 
astronomes silésiens des XIIIe-XVe siècles [218]. Il est suivi de deux 
études sur l'histoire de l'Ecole cracovienne, considérée une fois du point 
£le vue de l'astrologie [le partie: Les débuts de l'Ecole astrologique de Cra- 
covie - 208, lIe partie: L'astrologie cracovienne à son apogée - 216], 
et une autre fois du point de vue de l'astronomie [321]. Comme Alek- 
sander Birkenmajer l'a écrit dans son Coup d'oeil sur l'histoire des sciences 
exactes en Pologne [173], l'astronomie cracovienne vivait alors ses heures 
de gloire. Depuis 1933, A1eksande
 Birkenmaje,:' s'attache, avec succès, 
à démontreI' et à populariser cette thèse, déjà formulée pa!' Kazimierz 
MOI'awski. Il la réitère donc à diverses occasions et publie de nouveaux 
matériaux à son appui. Dans ces circonstances, certaines répétitions 
sont inévitables, ce que le lecteur remarquera sans peine. Ainsi, Aleksan- 
der BirkenmajeI' a repris de nombreux passages de ses études sur l'histoire 
des sciences exactes [173] et de l'astrologie [208, 216] pour étayer son 
rapport, présenté en 1953 à la Session scientifique consacrée à la Re- 
naissance polonaise, et intitulé L'Université de Cracovie - centre interna- 
tional d'enseignement astronomique à la fin du Moyen Age [321], dont ce 
volume apporte la traduction française. Signalons qu'Aleksander Bir- 
kenmaje
 a prononcé encore deux rapports portant le même titre, en 
1938 au Congrès international des sciences historiques de Zurich [252, 268], 
et en 1956 au CongI'ès international d'histoire des 
ciences, à Florence 
et à Milan [336], chaque fois en mettant en relief sa thèse sur l'Age d'or 
de l'astronomie polonaise. 
Ces études sont suivies, dans la troisième partie du présent volume, 
par les biographies des astronomes polonais de l'époque [360, 374, 361, 
364, 372, 330, 295, 201, 223, 370, 371, 379a, 224, 169]. Le lecteur trouvera 
ici des renseignements détaillés sur les savants dont les noms reviennent 
souvent dans les études mentionnées plus haut. Deux biographies ont 
été complétées par des contr.ibutions portant sur des points de détail 
importants. C'est d'abord le résumé du rapport présenté à l'Académie 
des Sciences et des Lettres et consacré au tOl'quetum de Marcin Bylica 
d'Olkusz [33], et ensuite celui du rapport prononcé au IXe Congrès in- 
ternational d'histoire des sciences, à Barcelone, et relatif à la polémique 
entl'e J akub de Zalesie et Bartolomé Berp de Valence [346]. 
IV. La quatrième partie de ce volume, intitulée Nicolas Copernic, 
rassemble les études et les articles consacrés à la vie, à l'oeuvre et aux 
idées du grand astronome, ainsi qu'à l'audience première du système 
héliocentrique. Dès avant la Seconde Guerre mondiale, A1eksander Bir- 
kenmajel' avait commencé à préparer l'édition du De revolutionib
ts et 


Ii..
		

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			IX 


publia le fruit de ses travaux préliminaÏI'es. Toutefois, la plupart des 
études consacrées à Copernic datent de l'après-guerre. 
La biographie de Nicolas Copernic [309], publiée en polonais en 1953 
et traduite maintenant en français, ouvrc cette partie du volume. Vient 
ensuite la Lettre ouverte à M. le dozent dr. Hans Schmauch [262]. Bien 
que l'on ait renoncé à rééditer les articles de polémique, une exception 
a été faite en l'occurrcnce, étant donné que dans cette Lettre, Aleksander 
Birkenmajer a corrigé l'erreur de Hans Ruprich, savant viennois qui 
avait identifié Nicolas Copernic à Nicolas l'Allemand (Nicolaus Donis), 
cartographe connu du XVe siècle. Cette erreur fut à la source de nombreux 
malentendus et l'éditeur a jugé bon (le rappeler l'objet d'une polémique 
qui s'est déroulée il y a plus de trente ans. 
Il convient de mentionner maintenant un groupe d'articles et de 
mémoires que Birkenmajer a consacré aux multiples aspects de la per- 
sonnalité de Copernic - philosophe et naturaliste, mathématicien et astro- 
nome. C'est d'abord Le premier système héliocentrique imaginé par Nicolas 
Copernic [177], articlc relatif à la première étape des recherches pour- 
suivies par l'astronome. Viennent ensuite: Comment Copernic a-t-il conçu 
et réalisé son oeuvre? [203], Copernic philosophe [375], Les éléments tradi- 
tionnels et nouveaux dans la cosmologie de Nicolas Copernic [379, 382] 
et Le huit du cavalier d'Eudoxe et la couronne tordue de Nicolas Copernic 
[319]. Il convient d'y ajouter l'intervention de l'Auteur à l'Assemblée 
générale de la Société Philologique Polonaise [386] où il a présenté 
lc système héliocentrique du grand astronome et analysé l'apport que 
la philologie classique a fourni et doit encore fournir aux études co- 
perniciennes. 
Le groupe suivant d'articles et d'études porte sur les problèmes sou- 
levés par l'édition du De revolutionibus [313, 316, 318, 324]. Vient enfin 
un des derniers articles d'Aleksander Birkenmajer. Intitulé Les études 
coperniciennes en Pologne et leur perspectives [380], c'est en quelque sorte 
le testament de l'AuteuI' qui y établit le bilan des recherches passées 
et trace les projets de nouveaux travaux et éditions. 
Le présent volume se termine par cinq articles consacrés à l'audience 
du système de Copcrnic. Ce sont donc les biographies de l\Iarcin Bicm 
[199] et de Walenty Fontanus [286], premier à avoir professé à Cracovie 
la théoI'ie héliocentrique, auxquelles s'ajoutent trois monographies con- 
cises consacrées à Hilary de .Wislica [337], à Cyprian Leovitius [338], 
et au commentaire au De revolutionibus qu'écrivit le savant wurtember- 
geois Erasmus Reinhold [350]. 
Il reste à citer tous ceux qui ont contribué à préparer l'édition fran- 
çaise des oeuvres d'Aleksander Birkenmajer en les traduisant du polo- 
nais et en les mettant ainsi à la disposition des lecteurs étrangers: C. Bren-
		

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dei, H. Devechy, S. Dobrzycki, R. Kornecki, A. Pininska, Z. Radziwill, 
A. Sokolowska, 1. W oytowicz, Z. Wlodkowa. Il convient surtout de 
lllentionner J. Wolf qui a veill6 à la révision et à la correction linguis- 
tique du volume, enfin Z. Wlodek qui a lu les lIe et Ille parties des 1!Jtudes 
sur W itelo et complété certaines notes, et Aleksandra Maria Birkenmajer 
qui a ajouté les notes de la rédaction. 


J eTzy Bartlomiej KOTolec
		

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			1. HISTOIRE DES SCIENCES 
ET DE L'ENSEIGNEMENT EN POLOGNE
		

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COUP D'OEIL SUR L'HISTOIRE DES SCIENCES EXACTES 
EN POLOGNE. 


Il est hors de doute que les Slaves possédaient déjà dans les temps 
préhistoriques quelques notions élémentaires qu'on pourrait regarder 
comme appartenant aux mathématiques, à la physique ou à l'astronomie; 
p.ex., ils connaissaient les principales constellations célestes et ils ont 
donné à chacune un nom approprié. Ces vieilles dénominations slaves, 
on les retrouve aussi dans le folklore polonais. Mais nous ne nous attar- 
derons pas à l'analyse de ces notions primitives, car il serait difficile 
de leur attI'ibuer un caractère scientifique. Ce n'est qu'après l'an 965, 
date du baptême de Mieszko 1 er , qu'on peut parle
 de la science dans 
notre pays. 
Avec le christianisme, la civilisation latine s'enracina en Pologne. 
Toutefois, les guerres avec les enncmis extérieurs, les querelles intes- 
tines, les incursions des TaI'tares au XIIIe siècle, etc., ont retardé pen- 
dant bien des années le progrès culturel du pays. Ainsi s'explique le fait 
que, jusqu'à la fondation de l'Université de Cracovie par le roi Casimir le 
Grand (1364), les oeuvres scientifiques d'origine polonaise soient extrê- 
mement rares. 
(luant aux sciences exactes, nous n'avons à mentionner que deux 
savants qui vivaient avant cette époque. Witelo, fils d'un Thuringien 
immigré en Silésie et d'une Polonaise, naquit aux environs de Wroclaw 
ou de Legnica vers l'an 1230; il fréquenta les Universités de Paris et de 
Padoue et il fit un séjour prolongé à Viterbe. Son traité d'optique, la 
Perspectiva (1270-1278), est un exposé bien ordonné et très complet 
des connaissances qu'on pouvait avoÏI' de son temps sur les phénomènes 
physiques et météorologiques, produits par la lumière. Sa valeur scien- 


* Ouvrage publié en collaboration avec Samuel Dickstein. Hi8toire Bommaire 
deB BcienceB en Pologne, Cracovie 1933, pp. 1- 33.
		

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tifique n'est guère compromise par le fait que l'auteur a tiré la plus grande 
partie de son savoir du De aspectibus d'Alhazen, car il a su utiliser aussi 
les ouvrages d'Arist.ote, d'Euclide, de Ptolémée, d'Héron, d'Alexandre 
d'Aphrodise, d'Alkindi, de Roger Bacon, d'Albert le Grand etc.; il a fait 
encore plus, en intercalant ça et là des propositions qu'on ne trouve pas 
chez ses devanciers. Certaines d'entre elles méritent non seulement l'atten- 
tion d'un historien de la physique, mais aussi d'un historien de la géo- 
métrie. La culture mathématique de Witelo était, en effet, très consi- 
dérable et dépassait de beaucoup le niveau du savoir de ses contempo- 
rains. Il suffit de constater, avec Michel Chasles, que Witelo fut le pre- 
mier - et presque le seul - des mathématiciens du Moyen Age latin 
qui ait connu la théorie des sections coniques, et qu'il a empI'unté à Eu- 
tokios la construction de la conchoïde de Nicomède. Nous regrettons 
donc vivement la perte d'un autre oUVI'age de Wite1o, intitulé De ele- 
mentatis conclusionibus et qui était un traité de "géométrie supérieure". 
Si jamais on retrouve un troisième ouvrage dc 'Vitelo, aujourd'hui 
également égaré, la Scientia motuum caelestium, on commencera par 
lui l'hif;toire de l'astronomie en Pologne. En attendant, le père de l'astro- 
nomie polonaise est un certain Franko de Pologne, dont la biographic 
nous est complètement inconnue. Il nous a laissé un court traité sur le 
torquetum, composé à Paris le 2 juillet 1284; il était aussi l'auteur d'une 
critique des Tables de Tolède qui cependant ne semble pas nous être con- 
servée. 
Le conullencement du XIVe siècle rendit son unité à l'Etat polonais; 
sa fin restera à jamais mémorable par l'union de la Pologne avec la Litu- 
anie et les terres ruthéniennes. Cracovie, la capitale de l'Etat polono- 
lituanien, devint le centre principal de la civilisation et de la puis Rance 
politique des Slaves; la réorganisation de l'Uniyersité par le roi Ladislas 
Jagellon (1400) en fut un des facteurs prinlordiaux. 
Il serait difficile de surestinler l'importance que cet événement a eu 
pour l'histoire de la science en Pologne. Toutefois, une observation s'impose. 
Nous voilà au seuil du XVe siècle, du dernier siècle du Moyen Age latin. 
C'est en SOllune une époque de déclin, un crépuscule plutôt qu'une aube 
des temps modernes. La plus g!'ande puissance du mOll	
			

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Il n'en était pas autrement à Cracovie, tout au moins dans les pre- 
mières dizaines d'années après la réorganisation de l'Université. Cepen- 
dant, un fait intéressant mérite d'être retenu. Grâce à la générosité d'un 
certain Stobner, riche bourgeois de la métropole, l'Université polonaise 
se vit de très bonne heure en possession d'une chaire destinée spéciale- 
ment aux mathématiques et à l'astronomie. Aucune autre Université 
de l'Europe Centrale n'aurait pu se prévaloir, jusqu'à la fin du Moyen Age, 
d'une chaire analogue. 
Nous sommes assez mal renseignés sur l'activité des premiers "colle- 
gae St.obneriani"; nous ne saurions trouver parmi eux quelque indivi- 
dualité de marque. Mais dès 1440 et 1450 conunence le cortège inintefI'ompu 
de personnages qui devaient illustrer l'école astronomique de Cracovie 
dans toute l'Europe. 
Le t.itre de fondateur de cette école convient à MaI'cin KI'ôl de Zura- 
wica. Devenu maUre ès arts au début de 1445, il publia au cours de la 
même année un Algorismus 1ninutiarum et (un peu plus tard n un Trac- 
tatus proportionum ainsi qu'une Geometria practica. Ces trois compilations 
modernisèrent et élargirent, semble-t-il, l'enseignement mathématique 
à l'Université de Cracovie. Un recueil de tables astronomiques pour le 
méridien de Cracovie, les Tabulae resolutae, porte la même date de 144tj; 
mais la question reste encore ouverte 1 si l'on doit les attribuer à Krôl, 
ou plutôt à son élève Andrzej Grzymala (voir ci-dessous). 
La première l}hase de l'activité de Krôl à Cracovie ne dura pas long- 
temps; il s'est rendu à l'étranger, tout d'abord à Prague et à Leipzig, 
puis à Bologne. Il consacrait son temps à l'étude de la médecine; mais 
il ne cessait pas de s'occuper des sciences exactes, surtout de l'astronomie 
(et de l'astrologie). L'Université de Bologne lui confia les cours d'astro- 
nomie pendant l'année scolaire 1448 -1449; il inaugura donc la série 
des Polonais qui, tour à tour, occuperont la même chaire et dont nous 
parlerons encore. 
Devenu docteur en médecine, Krôl rentra en Pologne. Il exerçait 
à Craeovie sa profesRion de médecin et était, à ce qu'il paraît, professeur 
titulaire de cette matière à l'Université. Mais c'est toujours à l'astro- 
nomie qu'il réservait ses loisirs; il publia, entre autres ouvrages plus 
courts, un Intmductori1tm. in Tabulas Alphonsi, en trois livres. 
IJa mort, survenue vers 1459, interrompit l'activité féconde de ce 
j,;:Lvant à l}eiue quadragénaire qui, en somme, n'enseigna à Cracovie que 
pendant quelque dix ou quinze ans. Malgré cela, son influence sur ses 
élèves a été des plus profondes et devait se prolonger jusqu'au XVIe, 
voire jm;qu'au XVIIIe siècle! 


1 Voir la solution, provenant de 1958, p. 518. - N.d.l.R.
		

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			6 


La raison en est que Kr61 fonda, par l'acte de sa dernière volonté, 
une deuxième chaire pour les sciences exactes à l'Université de Cracovie. 
Nous n'hésitons pas à la qualifier de chaire de sciences exactes, bien 
qu'elle fut, à vrai dire, une chaire d'astrologie. Notre position est ample- 
ment justifiée d'une part par le fait que l'astrologie faisait alors partie 
intégrante des sciences mathématiques, ou plutôt qu'elle passait pour 
le couronnement de l'astronomie; d'autre part, l)ar les services incon- 
testables que la superstition astrologique a rendus au progrès de la véri- 
table science des astres. On n'aurait, sans l'astrologie, ni un Giovanni 
Bianchini en Italie, ni un Johannes de Monte Regio en Allemagne du XVe 
siècle; ni à Cracovie un Wojciech de Brudzewo et un Marcin Biem d'Olkusz. 
Parmi les élèves de Kr61 dont il y avait toute une pléïade, nommons 
seulement \Vojciech d'Opat6w, professeur d'astronomie à l'Université 
dc Bologne entre 1454 et 1456, puis docteur en médecine, mort après 
1465, et Andrzej Grzymala de Poznall (mort en 1466), érudit presque uni- 
versel, auteur des Canones Tabularum resol-utarU'ln (1449). Piotr Gaszo- _ 
 
wiec de Lo.zmierza PolRka (mort en 1474) appartient également à ce groupe. 
Après avoir fait ses études à Cracovie, à Pérouse et à Cologne, il s'est 
fixé à Cracovie en 1456 où il a joui d'une grande renommée comme astro- 
logue, médecin et orateur; il fit paraître, lui aussi, des Canones Tabularum 
resolutarum qui portent la même date (1449) que ceux de Grzymala; en 1 
outre, il est l'auteur de plusieurs traités astrologiques, dont un, adressé 
à GeI
hard de Hamont (professeur de Gaszowiec à Cologne), a introduit 1 
à Cracovie une nouvelle branche de cette "science", l'astrométéorologie, 
dont nous parlerons plus bas. 
Marcin Bylica d'Olkusz que les historien/'! classent aussi parmi les 
élèves immédiats de Kr61, nous semhle au contraire avoir été plutôt 
un élève de Grzymala. Sa vie mérite d'être racontée ici avec plus de détail!>, 
non seulement en raison des circonstances intéressantes dont elle est 
pleine, mais encore de ce chef que c'est par lui que commence une nou- 
velle phase dans l'histoire de "l'école astronomique de Cracovie". Cette 
phase est caractéI'isée par le fait que la plupart des astronomes formés à Ora- 
covie feront leur carrière en dehors de la Pologne. 
Né en 1433 ou en 1434, maître ès arts en 1459, Bylica suivit l'exemple 1 
de Kr61 et de Wojciech d'Opat6w en se l'endant en Italie où nous le voyons 
pI'ofesseur d'astronomie à Bologne pour l'année scolaire 1463-1464, 
et astrologue du cardinal Pietro Barbo, devenu pape sous le nom de Paul 
II (1464-1471). A Rome, où il assiRtait au conclave de 1464, Bylica 1 
rencontra .f ohannes de Montc Regio, alors astrologue de Bessarion; c'est 
avec lui que Regiomontanus a cu, le 28 août L464, son fameux })ialogus 
inter Viennensem et Cracoviensem super ('remonensia in planetarum Theo- 
ricis deliramenta. Peu de temps après, tous les deux partirent pour la
		

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			1 
1 
" 
1 
1 
1 


7 


Hong
ie, invités par le roi Mathias Corvin et pal' le primat Janos Yitéz 
qui leuI' offrirent des chaires à la nouvelle UniversiM de Presbourg (Brati- 
slava); en 1467, ils séjoUl'nèrent ensemble à la cour de Vitéz à Esztergom, 
où Regiomontanus a calculé (composuit) ses Tabulae directionum, "cui 
compositioni praedictus magister Martinus (de Olkusz) aderat et in plu- 
ribus adiutorio fuit", comme le dit un document contemporain. Regio- 
montanus quitta la Hong
ie en 1471, Bylica y a passé tout le reste (le 
sa vie. Il est devenu astrologue du roi, chanoine de plusieurs églises etc. 
En mourant (vers 1495), il légua ses instruments ast
onomiques à l'rni- 
versité de Cracovie qui les conserve enCOI'e de nos jours. 
I
a vie de Bylica peut être regardée comme le type do la carrière, 
plus ou moins réussie, que d'autres astronomes et astrologues polonais 
de son temps ont faite hors de leUl' patI'ie. Tel Grzegorz de Nowa 'Vies, 
successeur de Bylica comme astrologue du pape Paul II (entre 1161 et 
1468); tel Jan Stercze de K wieciszow (en Silésie), astrologue de la famille 
hongroise Rozgon (1467 -1468); tel Jakub de Zalesie, professeur à l'Uni- 
versité de Bologne (1469-1470) où il a eu une intéressante dispute avec 
l'ast.ronome espagnol Bartolomé Berp de Valence; tel Jan de Bossis, 
professeUl' à l'Université de Bologne en 1471-1475, astI'ologue de Miklos 
Stolz, évêque de Nagyvarad (Oradea). Leur activité se prolonge jusqu'en 
1475 environ; à Cracovie même, nous n'avons, au contraire, à mentionner 
pou!" cette période aucune nouvelle personnalité de quelque importancc. 
Ccla change cntièrement après 1475. Assm:ément, il y avait encore 
dans le dernier quart du XVe siècle, voiI:e au commencement du XVIe, 
des astronomes et des astrologues polonais parvenus à la notoriété surtout 
grâce à des cours faits à Bologne ou à Padoue 2; mais leur célébrité a été 
totalement éclipsée par celle de leurs compatriotes qui enseignaient alors 
à l'Université de Cracovie. 
Cette renaissance de l'école astronomique (et astrologique) de Cra- 
covie était en premier lieu l'oeuvre de Jan Schelynk de Glogow et de 
'Vojciech de Brudzewo. Le premier naquit vers IH5, fit ses études uni- 
versitaires dès 1461-1162 et devint maître ès arts en 1468; il profcssa 
pcmlant 40 ans, car il n'est mOI't qu'en 1507. Le nombre d'ouvrages 
q n'il a écrits est immense et ils se rapportcnt aux domaines les plus diff
- 
rents du savoir humain (grammaire, logique, philosophie, astronomie 
ctc.). On devine aisément qu'ils ne se recommandent pas par leur ori- 
ginalité; ce sont plutôt des compilations. Toutefois, ils sont assez intéres- 
sants grâce à l'érudition prodigieuse de leur auteur. Ses écrits astrono- 


1 Jerzy Kotermak de Drohobycz et Mikolaj Wodka. de Kwidzyn. tous les deux 
professeurs à Bologne entre 1478 et 1482; Balta.zar Samosarski de Ciechan6w, pro. 
fesscur à Padoue en 1521; etc. 


2 - A. Birkenmajer: Etudes d'hIstoIre...
		

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miques et astrologiques peuvent être distribués cn trois classes: les pro- 
nostics astrologiques dont il a publié toute une masse depuis 1475 jusqu'en 
1504; les manuels d'astrologie (dont une Summa astrologiae en quatre 
livres); et les ouvrages pu
ement astronomiques. Cette dernière classe 
comprend tout au moins neuf ouvrages différents, dont une l nterpre- 
tatio Tabularum resolutarum qui faisait concurrence au commentaire 
analogue de Wojciech de Brudzewo. 
Wojciech était presque du même âge que Jan, car il naquit (probable- 
ment) en 1446; mais il n'a commencé ses études universitaires qu'en 
1468 et n'est devenu maître qu'en 1474. Il enseigna pendant vingt ans 
et mourut en 1495. Ecrivain beaucoup moins fécond que Jan de Glogôw, 
il disposait d'une culture astronomique plus profonde. Il réforma l'enseigne- 
ment de l'astronomie théorique à l'Université de Cracovie, en remplaçant 
les Theoricae planetm'um de Gérard de Crémone par le manuel tout récent 
de Georg Peurbach; le commentaire qu'il a écrit aux Theoricae novae 
de Peurbach est son oeUVl'e principale. Ce commentaire révèle chez son 
auteur un remarquable talent pédagogique; ce n'est pas sans raison que 
les contemporains admiraient Wojciech pour son habileté à instruire 
ses élèves de manière "ut quae oculum nostrum fugiunt, luce clarius 
tamquam visa intelligant". La même observation s'applique aussi au 
Oalculus exernplaris Tabularum resolutarum de Wojciech. 
La nouvelle et vigoureuse impulsion que Jan de Glog:ôw et Wojciech 
de Brudzewo donnèrent aux études astronomiques dans l'Ecole de Cra- 
covie ne tarda pas de porter ses fruits. Presque d'un coup, tout un cercle 
d'autres adeptes de la noble science des astres s'est formé autour dc ces 
deux protagonistes: Stanislaw Selig de Cracovie (mort en 1512), 'Voj- 
ciech de Pniewy (mort en 1504), Bernard de Biskupie (mort en 1531), 
Stanislaw Bylica d'Olkusz (mort en 1514), Michal Falkener de Wroclaw 
(mort en 1534), Mikolaj Mikosz de Cracovie (mort en 1528), Wojciech 
Krypa de Szamotuly (mort en 1507), Leonard Vitreatoris de Dobczyce 
(mort en 1508), Lorenz Corvinus de Sroda SI
8ka (mort en 1527), Marcin 
Biem d'Olkusz (mort en 1540), Szymon de Sierpc (mort en 1512), ctc., 
pour ne citer que ceux devenus maîtres entre 1475 et 1492. Les dimensions 
de notre article nous forcent de nous contenter de cette simple énumé- 
ration de leurs noms; nous donnerons plus de place seulement à l'avant- 
clernier de notre liste. 
Marcin Bielll d'Olkusz mérite une notice à paI1i pour plusieurs raisolls. 
La plus faible en est qu'il appa,rtenait au groupe des astronomes de Ora- 
covie que Nicolas Copernic honorait ùe son amitié; la principale, en 
revanche, c'est qu'il a conçu un projet très remarquable pour la correc- 
tion du calendrier julien. La Nova calendarii Romani reformatio de Biem 
a été écrite en 1516, à la requête du Ve Concile du Latran, et appartient
		

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déjà au siècle suivant; toutefois, étant donné que la formation scienti- 
fique de son auteur a été le fruit de ses études universitaires faites entre 
1486 et 1491, et qu'il s'occupait des questions calendariographiques dès 
1493, il nous paraît plus à propos de le classer ici. La Reformatio contient 
une critique très consciencieuse du projet analogue, proposé p3.I' Paul 
de Middelbourg; elle le remplace par un projet de beaucoup plus raison- 
nable, fondé exclusivement sur des données astronomiques. Ajoutons 
que Biem a été un observateur assidu, non seulement des corps célestes 
(planètes et comètes), mais aussi des phénomènes météorologiques. Dans 
son "journal" il avait l'habitude de noter le temps qu'il faisait, jour par 
jour; il nous a laissé, de cette manière, des matériaux fort précieux pou:r 
la climatologie de son temps. Des annotations analogues (bien que moins 
copieuses) se trouvent d'ailleUl's dans les "journaux" de bien d'autres astro- 
nomes qui vivaient à Cracovie entre les deux siècles; nous en sommes 
redevables à Piotr Gaszowiec, le premier astrométéorologue de chez 
nous: Cal' c'est surtout l'intention de confronter la théorie astrologique 
avec l'observation qui guidait la plume de Biem et de ses coUègues. 
Ne nous scandalisons donc pas de cet amalgame d'astronomie et 
d'ast
olog
e qui faisait alors la gloire de l'Université de CI'acovie; les 
contemporains le regardaient avec de tout autres yeux. Donnons la parole 
à Hartmann Schedel (1493): "Cracoviae - écrit-il - est celebI'e gymna- 
sium multis clarissimis doctissimisque viris pollens, ubi plurimae inge- 
nuae artes recitantur; astronomiae tamen studium maxime viget. Nec 
in tota Germania, ut ex multorum :r-elatione satis mihi cognitum est, 
illo clarius reperitur". Il y a trente ans, l'éminent historien de l'humanisme 
allemand, Gustav Bauch, s'est donné la peine de contrôler l'exactitude 
de cet éloge; et il est arrivé à la conclusion que Schedel était loin d'exa- 
g-érer. En effet, après la mort de Regiomontanus et avant le commence- 
ment du XVIe siècle, il est difficile de trouver dans l'Allemagne entière 
plus de trois ou quatre astronomes de quelque impo!'tance, et le nombre 
de professeurs capables d'enseigner les sciences exactes y était alors si 
limité qu'il arrivait parfois que même les eours obligatoires n'eussent 
pas lieu. La première chaire spéciale pour les mathématiques ne fut créée 
qu'en 1492 (à Ingolstadt), la deuxième fut fondée seulement en 1500 
(à Vienne). Quelle pénurie en comparaison avec Cracovie, où fonctionnaient 
à la fois deux chaires de ce genre et où l'on avait jusqu'à six cours de ma- 
thématiques et d'astronomie pendant chaque semest
e! 
Rien d'étonnant donc que Cracovie attirât aloI's dans ses murs toute 
une fmùe d'écoliers aUemands, désireux de se perfectionner dans l'astro- 
nomie. Nommons les plus éminents parmi eux: Augustin Kasenbrod 
d'Olomouc (1467-1514), le savant éditeur des Tables astronomiques 
de Bianchini (1495), étudia à Cracovie depuis 1484/1485 jusqu'en 1488;
		

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Johann Virdung de Hassfurt, professeur d'astronomie et de médecine 
à l'Université de Heidelberg (depuis 1492), devint bachelier ès arts à 
Cracovie en 1486; le célèbre humaniste Conrad CeItis (1459-1508), avant 
de réformer l'enseignement mathématique à Vienne, fréquentait à Cra('ovie 
les cours de Wojciech de Brudzewo (1489-1491); Erasmus Hery<'7, de 
RoNce, plus tard membre de la deuxième école mat.hématique de Vienne, 
a passé â Cracovie les années 1495-1498; un autre membre de la même 
école, Stephan Rôsslein d'Augsbourg, fut créé maître ès arts à Cracovie 
en 1496; le réformateur de l'enseignement astronomique à 'Vittenberg, 
J ohann Volmar de VilIingen, devait une partie de sa renommée au fait 
qu'il avait commencé ses études à Cracovie (entre 1498 et 1501). Nous 
n'avons choisi que ces six noms sur une liste qui en contient le triple et 
se restreint à des personnalités qui, dans la suite, ont acquis une certaine 
notori
té. Ajoutons déjà ici, pour ne plus revenir à cette matière, que 
cette affluence des écoliers étrangers n'a nullement cessé après 1500. 
Il Y avait parmi eux: Johann Turmair (Aventinus) d'Abensberg, histo- 
rien et géographe bavarois bien connu; Bonifatius von Rode de Zôrbig, 
professeur d'astronomie à Wittenberg; Georg Strôlin d'Ulm, ami de 
Tannstetter à Vienne; Heinrich Schreiber (Grammateus) £l'Erfurt, auteur 
de plusieurs manuels d'arithmétique et d'algèbre. Leurs études à Cra- 
covie appartiennent aux années 1501-1515. 
L'histoire des sciences exactes en Pologne dans la première moitié 
du XVIe siècle est dominée par la personnalité gigantesque de Nicolas 
CopeI'llic (1473-1543). Son père, riche commerçant de blé, avait quit.té 
Cracovie vers 1458 pour s'installer à Torun qui justement venait de se 
défaÏ].'e du joug séculaire de l'ordre Teutonique; la mère de l'astronome 
était la soeur de Lukasz Watzenrode, chanoine de Wloclawek, de Gniezno 
etc., plus tard évêque de Warmie, le plus fervent champion de la raison 
d'état polonaise dans les territoires réintégrés à la Pologne en vertu {te 
la paix de 1466. Copernic fit ses études universitaires (depuis 1491) à Cra- 
covie, où il s'initia à l'astJ:"onomie et où naquirent chez lui les premiers 
doutes envers le système de Ptolémée. Il l'abandonna définitivement 
à Bologne où il fut envoyé par son oncle et tuteur, pour y étudier le droit 
canon (1496-1500). Après un deuxième séjour en Italie (1501-1504), 
consacré cette fois à l'étude de la médecine, il ne quitta plus la patrie. 
Chanoine de la cathédrale de Warmie depuis 1498, il resta, jusqu'à la 
fin de ses jours, fidèle exécuteur et héritier de la politique de son onclc 
(mort en 1512). 
Nous ne pouvons prétendre esquisser ici tous les aspects de l'acti- 
vité, très v3.I'iée, qu'il déployait comme citoyen et comme savant; nous 
dirons seulement quelques mots sur l'évolution de sa pensée en tant 
que créateur du système héliocentrique du monde. Ce fut l'observation
		

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d'Aldébaran, exécutée le 9 mars 1497 à Bologne, qui fournit à Copernic 
l'a,rgument décisif cont;re Ptolémée. Il se mit alors à la reche;rche d'un 
autre système cosmologique qui serait plus conforme aux faits observés. 
Des mentions assez vagues sur les doctI'ines pythago;riciennes, qu'il trouva 
chez Cicéron et chez Plutarque, engendrèrent dans son esprit l'idée que 
la terre n'est pas immobile; il commença donc à élaborer la phoronomie 
des mouvements célestes sur cette base. La première phase de son tra- 
vail constructif fut terminée avant 1515; car c'est assurément avant 
1515 qu'il rédigea le petit opuscule portant le titre: Nicolai Copernici 
De hypothesibus mot'uum caelestium a se constitutis commentariolus. Cet 
aperçu sommaire du système héliocentI'ique du monde était destiné 
à une circulation strictement privée, parmi les amis du grand penseur, 
dans des copies manuscI'ites; indice évident de ce que Copernic ne con- 
sidérait cette rédaction de sa doctrine astronomique que comme pro- 
visoire. Elle l'était, en effet, à plusieurs égards; non seulement en ce qui 
concerne les constructions géométriques qui y étaient employées, mais 
surtout quant aux valeurs numériques qui entraient en considération. 
Copernic a donc consacré la deuxième moitié de sa vie à élaborer son 
système dans tous ses détails; il exécuta de nombreuses observations 
pmU' évaluer les éléments des mouvements célestes avec toute la préci- 
sion possible. Jusqu'à sa vieillesse, il ne cessait de corriger, ici et là, l'auto- 
graphe de son ouvrage immortel De 1'evolutionibus; et on peut soutenir 
la thèse qu'il ne l'aurait jamais envoyé à l'imprimerie, sans l'inte;rvention 
tout à fait providentielle de Georg Joachim Rheticus. La première édition 
dn De 1'evolutionibus a paru, on le sait, à Nuremberg en 1543. 
Pendant toute sa vie, Copernic entretenait des relations avec les 
astronomes de Cracovie, surtout avec Marcin Biem et avec Bernard 
'VapowHki (mort en 1535); il leur communiquait ses écrits et faisait appel 
à leur coUaboration pour résoudre certains problèmes particuliers se 
rattachant à son Oeuvre. Car, dans la première moitié du XVIe siècle, 
il ne manquait pas à Cracovie de savants pour soutenir les bonnes tradi- 
tions du temps de Wojciech de Brudzewo. Néanmoins, c'est déjà à cette 
période que commence le déclin de l'école astronomique de Cracovie. 
Dans les premières années du siècle, l'Université de Vienne lui arrache 
le monopole d'être, pratiquement, le seul centre d'études astronomiques 
en Europe Centrale. Puis vient la réforme de l'enseignement mathématique 
it l'Université de Wittenberg et dans les autres universités allemandes; 
lc développement brillant deR sciences exactes en Italie, en France etc. 
Cracovie nc preml qu'une faible part à cc renouveau dans le domaine 
(lc l'inHtruction et de la science; on continuc ici d'enseigner les mathéma- 
tiques sur la base de manuels provenant (lu Moyen Age. A la suite de 
la ('ri se économique, lc traitement cleH professeurs diminue. de plus en
		

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plus. Peu à peu, le niveau scientifique de l'Université s'abaisse; elle cesse 
d'attirer les élèves étrangers et devient une école d'im!)ortance purcment 
locale, presque un établissement d'enseignement secondaire. 
Toutefois, il y a un tI'ait lumineux dans ce tableau assez somhre. 
Pendant tout Je XVIe siècle, ce n'est qu'à l'Université de Cracovie qu'on 
a le courage de professer ouvertement la doctrine héliocentrique. Cinq 
ans à peine après la mort de Copernic, en 1548, le maître Hilary de "\Vislica 
se met à calculer les Ephemerides pro anno Domini 1549 ex tabulis N icolai 
Copernici pro finitore Cracoviensi. Sylwester Roguski, Marcin de Klodawa, 
Jan Latosz, Jan Muscenius (mort en 1602), Stanislaw Jacobeius (mort en 
1612) suivent son exemple. Walenty Fontanus (1536-1618) repète trois 
fois son cours d'astronomie d'après Copernic (1578-1580). 
Mentionnons aussi que c'est au XVIe siècle que paraissent les pre- 
miers livres de mathématiques éc;rits en polonais. Le premier lllanuei 
polonais d'arithmétique fut publié par T. Klos en 1538, le second par 
B. W ojewôdka en 1553; la Géométrie 3 polonaise de Stanislaw Grzepski 
date de 1566. 
Pendant la première moitié du XVIIe siècle, les relations entre les 
mathématiciens polonais et étrangers deviennent plus étroites. Le fameux 
Adrien Romain (1561-1615) enseigne pendant deux ans (1610-1611) 
à l'Académie de Zamosé, fondée par le chancelier Jan Zamoyski; un 
autre Belge, le jésuite Charles Malapert, fait en 1613 des cours d'astro- 
nomie au collège de Kalisz. Avec les télescopes qu'il a apportés d'Ingol- 
stadt, il exécute des observations des taches du Soleil; ses collaborateurs 
sont deux Polonais, S
ymon Perovius et Aleksy Sylvius. Ce dernier se 
transporte plus tard en Belgique et en Espagne, où il construit (vers 1640) 
un magnifique planétarium héliocentrique. Revenu en Pologne, il publie 
un ouvrage fort érudit, intitlùé Lunae circulares periodi (Leszno 16(1) 
consacré à la solution de divers problèmes de calendariographie et de 
chronologie. 
D'autres Polonais font aussi des séjours prolongés à l'étranger, où 
ils entrent en contact avec la science de l'Europe occidentalc et méri- 
dionale. Le polygraphe Jan Jonston (1603-1673), dont le nom est familier 
à chacun qui s'occupe de l'histoire des sciences en Pologne C , puhlie en 
1632, pendant son séjour à Leyde, un traité sous le titre: N aturae constantia, 
où il fait l'éloge de la science de son temps. Il cite Copernic, Galil
e, Tycho 
Brahe, Stevin, Ramus, Briggs et d'autres. L'extrait tiré de Briggs, con- 
cernant la supériorité de Copernic par l'apport à Ptolémée, est d'un intérêt 


· Geometria to ieBt miernicka nauka, Krak6w 1566. - N.d.l.R. 
& Voir l'HiBtoire sommaire deB scienceB en Pologne. Cracovie 1933. le8 articles 
cOll8acrés il. l'histoire de la météorologie, de la minéralogie, de la botanique en Po- 
logne.
		

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particulier. Il parle aussi de l'invention des logarithmes, ainsi que de nou- 
veaux théorèmes d'algèbre et de trigonométrie sphérique, p.ex. de l'évalu- 
ation de l'aire d'un triangle sphérique que Briggs attribue par erreur 
à Barriot. 
Jan Brozek (Broscius, 1585-1652), professeur à l'Université de 
Cracovie, le plus éminent mathématicien polonais de la première moitié 
du XVIIe siècle, appartient également à ce groupe de nos savants qui 
ont visité les universités étrangères. Toutefois, le séjour de Brozek à Padoue 
n'a eu lieu qu'en 1620-1624 et fut consacré à l'étude de la médecine; 
en ce qui concerne ses études en mathématiques, il les avait déjà faites 
bien auparavant (depuis 1604), à Cracovie, sous la direction de Jaco- 
beius et de Fontanus. Sous l'influence de ces deux professeurs, B}"ozek 
devint un adhérent zélé du système héliocentrique du monde. Il fit, en 
HU8, un voyage en ,V 3.I'mie, où il découvrit plusieurs documents inédits 
concernant la vie et l'activité scientifique de Nicolas Copernic. 
Collectionnem: passionné de liVl'es, Brozek réunit une g!'ande biblio- 
thèque et se tint toujours au courant des progrès de la science mondiale. 
Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dans le domaine des mathématiques 
pures et appliquées. Son manuel d'arithmétique, l'Arithmetica integrorum 
(1620), est très complet et dépasse les limites d'un exposé élémentaire. 
Dans l'opuscule De numeris perfectis disceptatio (Cracoviae 1637, 2 e éd. 
1652) il donne une série de théorèmes nouveaux concernant la théorie 
des nomhres; il corrige les erreurs de plusieurs de ses prédécesseurs qui 
se sont occupés de nombres parfaitA. Dans son ouvrage le plus impoI'tant, 
intitulé Apologia pro Aristotele et Euclide CQntm Petrurn Barnum (Gedani 
1652), il étudie la théorie des polygone!! étoilés. C'est lui qui constate 
le premier, p3.I'mi les polygones à nombre de sonuuets impair, l'existence 
d'une espèce où la somme des angles vaut deux angles droits; ce thé- 
orème est vrai pour les polygones régulieI's aussi bien que pour les poly- 
gones ÏI'réguliers. Il expose aussi la manière de construire différentes 
sortes de polygones ayant un nombre donné de sommets, au moyen d'une 
répartition convenable de ce nombre. Il crée une nouvelle méthode de 
construction de tous les polygones réguliers à nombre.donné de sommets, 
en partant d'un polygone de ce genre. C'est aussi dans cet ouvrage qu'il 
formule la règle de calcul de l'aire d'un polygone sphérique, en soutenant, 
d'après Briggs et Jonston, qu'Harriot fut le premier à donner cette rilgle 
par rapport au triangle sphérique. Deux historiens des mathématiques, 
:Michel Chasles et Sigismund Günt.her, mirent en relief l'importance du 
travail de Brozek. 
Stanislaw Pudlowski (1597 -1645) était un ami de Brozek. Professeur 
de droit canon à l'Université de Cracovie, il consacra ses loisirs aux scien- 
ces exactes. Il fit trois voyages en Italie oit il entra en relations perRon-
		

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nelles avec Galilée, Viviani, Castelli etc.; il a pu apporter à Cracovie nombre 
de livres mathématiques, ainsi que d'instruments astronomiques et physi- 
ques. Il a transformé son domicile en laboratoire de physique et obser- 
vatoire astronomique. Il répétait et contrôlait les expériences de Galilée, 
il tenait le journal de ses observations des corps célestes, et s'adonnait 
à la géométrie algébrique, à la théorie des nombres etc. On peut regretter 
que cet amateur n'ait rien publié dans les domaines où il était tout à fait 
au courant de la science contemporaine; et c'est seulement une faible 
partie de ses notes autographes qui nous est conservée. 
Quelques années avant sa mort, Pudlowski conçut une idée très 
originale: il se proposa de former un système "universel" de poids et de 
mesures, basé sur un étalon unique, à savoir sur la longueur du pendule 
à secondes. Il a incité Tytns Liwiusz Burattini (1615? -1681), physi- 
cien et mécanicien italien naturalisé en Pologne, à développeI' cette idée. 
La Misura universale de Burattini vit le jour à Wilno en 1675; il faut 
donc considérer Pudlowski et Burattini comme prédécesseurs des savants 
français, auteurs du système mét
ique. 
Jan Tonski (mort en 1664), professeur à l'Université de Cracovie, 
fut élève de Brozek; il fit également un séjour à l'étranger. Son manuel 
Arithmetica vulgaris et Trigonometria rectilinearum parut à Ingolstadt 
en 1640; une deuxième édition, de beaucoup élargie, succéda à la pre- 
mière en 1645. Elle contient aussi un exposé détaillé de la trigonométrie 
sphérique, avec application de la méthode de prostaphérèse. Tonski 
connaissait bien la littérature du sujet; son manuel est très clair et très 
bien arrangé. Il est accompagné de tables trigonométriques, calculées 
pour le rayon 1,000,000. ' 
Maciej Gloskowski (mort en 1658), ami de Jan Âlnos Komensky, 
a passé une grande partie de sa vie aux Pays-Bas où il devint précepteur 
du prince Guillaume d'Orange. Il a publié, vers 1645, un opuscule anonyme 
sous le titre Geometria peregrinans. Nous y twuvons l'énoncé de 21 pro- 
blèmes géométriques dont la plupart se rattachent au calcul des distances 
inaccessibles; Gloskowski les proposa à ses contemporains en ajoutant 
la condition que les problèmes formulés ne doivent être résolus qu'au 
moyen de lignes droites. Le mathématicien hollandais Frans Schooten 
accepta ce défi et donna, dans ses Exercitationes mathematicae, la solu- 
tion de presque tous les problèmes en question. 
Vers le milieu du XVIIe siècle, à Varsovie, à la cour du roi Ladislas 
IV (1632-1648), il s'est fOI'mé un groupe qui s'intéressait vivement aux 
progrès de la science. Le roi correspondait avec Galilée et avec d'autres 
mathématiciens et physiciens itaJiens. Le secrétaire de la reine Marie- 
IJouise, Pierre Des Noyers, entretenait une correspondance animée avec 
les savants français: BouIlian, Mersenne, RoheI'val etc. C'est en présence 


1
		

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du roi que le père capucin Valeriano Magni a exécuté, au mois de juillet 
1647, ses expériences avec le tube de Torricelli Il. 
L'activité scientifique de Jan Hevelius (1611-1687), le fameux astro- 
nome {le Gdansk, commence peu de temps avant 1640. Etant donné que 
sa vie et ses ouvI:ages sont universellement connus, nous pouvons nous 
borner ici à ce simple rappel. Soulignons seulement le fait que Hevelius, 
hien que d'origine allemande, était sincèrement dévoué à sa patrie polo- 
naise. Dans une lettre adressée à Adam Kochanski (Adamandus), en 
date du 9 janvier 1681, il se dit lui-même: "civis Orbis Poloni, qui in hono- 
rem patriae suae, rei litterariae bono, tot labores molestiasque perduravit" 6. 
C'est lui aussi qui introduisit dans la cartographie céleste la constellation 
du "Bouclier de Sobieski", en l'honneur du roi vainqueur des Turcs. 
Le Theatrum cometicum de Stanislaw IJubieniecki (1623-1675), publié 
à Amsterdam en 1668, est également bien connu des historiens de l'astro- 
nomie. 
Nous venonR de mentionner le nom du jésuite Adam Kochanski 
(1631-1700). Il a longtemps séjourné à l'étranger: à '\'
urzbourg, :Mayence, 
Florence, Prague, Olomouc, 'Yroclaw; partout il professait les mathé- 
matiques aux collèges des jésuites. Rentré au pays, il devint bibliothécaire 
du roi Jean Sobieski et précepteur de ses fils. Depuis sa jeunesse, il s'adon- 
nait passionnément aux mathématiques et à la mécanique. Sa {lescl'ip- 
tion d'un nouveau genre de chronomètre parut dans l'ouvrage de Kaspar 
Schott, intitulé 1'echnica curiosa. Dans le Cursus mathematicus du même 
auteur (1661), nous trouvons une ample dissertation de Kochanski, sous 
le titre Analecta mathematica sive theoreses mecanicae novae, qui mérite 
d'êt!e placée à côté des ouvrages de Zucci, Fabri et Casati, trois chefs 
de "l'école jésuite" dans l'histoÎl'e {le la statique au XVIIe siècle. D'autres. 
travaux de Kochanski ont paru dans les "Acta eruditorum" de Leipzig. 
Nous en mentionnons les mémoires suivants: Consideratio speciminis 
lib,.i De momento gravium, oit l'auteur preml part à la discussion d'une 
question de statique, débattue par J. F. Vanni, Leibniz, Bernouilli et 
d'autres; Considerationes et observationes physico-mathematicae circa di
trnam 
telluris vm"tiginem, oit il tâche de démontrer par des expériences la rotation 
de la terre; Observationes cyclomet1'icae ad facilitandam praxim accommoda- 
tal', oÙ il donne une nouvelle construction graphique pour la rectification 
approximative de la circonférence du cercle, etc. Les manuscrits de Kochan- 


1 Voir l'Histoire sommaire deB BcienceB en Pologne, Cracovic 1933, l'article consacré 
à l'histoire de la météorologie cn Pologne. 
, Corrcspondance inédite de Hevelius (à la Bibliothèque Nationale de Paris), 
vol. XIV, p. 234. - Voir aussi les lettres de Hevelius à Des Noyers, dù 18 décembre- 
1660 et du 28 mai 1674 (ibid., vol. IV, p. 225, vol. XI, p. 283).
		

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ski, actuellement conservés à la Bibliothèque Nationale de Varsovie, 
contiennent, en hrouillon, de nombreuses pages concernant diffél'ents 
domaines de la science dont quelques unes étaient prêtes à l'impression 7 . 
Nous en citerons le Catalogus inventorum singularÙtm in amoeniori mathesi 
et curiosis artibu8 qui énumère les vastes projets scientifiques que son 
auteur se proposait à réaliser. Kochanski était un savant érudit et de 
t,aient, mais qui ne savait pas se concentrer sur un champ limité de re- 
cherches. Ainsi éparpillait-il ses forces intellectuelles en poursuivant 
avec plaisir des problèmes "curieux", mais dont la valeur pour la science 
fut trop souvent douteuse. On peut le comparer à Mersenne: comme 
celui-ci, il entretenait une correspondance avec les savants de presque 
toute l'Europe; les lettres qu'il a échangées avec Leibniz ne fUl:ent pu- 
bliées qu'en 1903. 
Les ouvrages volumineux de deux autre jésuites, Wojciech Tylkowski 
(1625-1695) et Stanislaw Solski (1623-1701), ne se l'ecommandent 
pas par leur originalité. Tylkowski était un polygraphe; le nombre de 
traités qu'il a composés dépasse la demi-centaine. Entre autres, il est 
l'auteur d'une Arithmetica curiosa (1668), d'une Geometria practica curiosa 
(1692), d'une 
J eteorologia curiosa (1669), d'une Ph.!/sica c'uriosa (1669) 
et d'une Astronomia curiosa (1694). Le mérite de Solski est d'avoir écrit 
en polonais; son Géomètre polonais (1683-1686)8 contribua beaucoup 
à la formation de notre terminologie mathématique. Par la richesse de 
détails qu'elle renferme, cette encyclopédie de la géométrie élémentaire, 
pure et appliquée, égale et même dépasse les oUVl'ages analogues parus 
iL l'étranger. L'Architecte polonais de Sol ski (1697)9 est, pour ainsi dire, 
la première mécanique publiée en polonais. 
Pendant la première moitié du XVIIIe siècle, triste période dans l'his- 
toire de Pologne sous les règnes d'Auguste II et d'Auguste III, les sciences 
mathématiques ont été chez nous dans une décadence presque complète. 
Mais c'est dès 1740 qu'on peut constater les premiers indices de redresse- 
ment. Htanislaw Konarl:!ki réorganise les écoles des piaristes; un groupe 
de professeurs à l'Université de Cracovie (Popiolek, Niegowiecki, Puta- 
llowicz) multiplie les tentatives de moderniser l'enseignement des mathé- 
matiques et de l'astronomie dans cette école, jadis si célèbre. Stanislas- 
Auguste fonde à Varsovie le Corps des Uadets (1766), avec une école mili- 
taire dont le programme assigne aux sciences exactes une place très con- 


7 Après la défaite de l'insurrection de Varsovie en 1944, les fonds de manuscrits 
et d'incunables de trois grandes bibliothèques de Varsovie, restés encore intacts, 
ont été brûlés par les nazis. Ce sort n'a pas non plus omis les manuscrits de A. Ko- 
chaoski (Adamandus est son nom de famille latinisé). - N.d.l.R. 
· Oeometra polski, Krakow 1683-1686. - N.d.l.R. 
· A.rc1titekt pulski, Krak6w 1690. - N.d.I.R.
		

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sidérable. Enfin, la Commission de l'Education Nationale, créée en 1773, 
entreprend sur une grande échelle la réforme de l'instruction secondaire 
et supé
ieure dans toute la Pologne. 
Les activités du prince J_ A. Jablonowski (1711-1777), de J. Rogalin- 
ski (1722-1802), de J.Bystrzycki (1737-1803), appartiennent à la 
même époque. Jablonowski, fondateur bien connu de la "Societas Jablo- 
noviana" (1763) auprès de l'Université de Leipzig, est l'auteur d'une 
Trigonométrie en polonais (1753)10, ainsi que de l'ouvrage De astrono- 
miae ortu atque progressu et de telluris motu (1763); c'est lui aussi qui a per- 
suadé le pape Clément XIII d'enlever de l'Index librorum prohibitomm 
l'oeuvre immortelle de Copernic. Rogalinski créa, vers 1765, un obseI'- 
vatoire astronomique et un laboratoire physique au collège de jésuites 
à Poznan; sa Physique en quatre volumes (1765)11 est le pI'emier manuel 
de cette science écrit en polonais. Bystrzycki publia, en 1769, un manuel 
de géométrie, également en langue polonaise. 
L'Observatoire astronomique de Wilno fut fondé en 1753, grâce à la 
générosité de la princesse Elzbieta Puzyna. Son directeur a été Marcin 
Odlanicki Poczobut (1728-1810). Après avoir fait ses études à l'étranger 
où il eut occasion de visiter les observatoÎl'es les plus célèbres, Poczobut 
s'est fixé à 'Vilno en 1768 et il y déployait une féconde activité jusqu'en 
1803. Ses obser:vations furent très appréciées par les astronomes de toute 
J'Europe; celles de Mercure ont permis à Lalande de calculer de nouvel- 
les tables du mouvement de ce planète. 
A Cracovie, une nouvelle période pou;r l'histoire de sciences exactes 
commence en 1778, date de la réorganisation de l'Université Jagel1onne, 
qui prend aloI's le nom d'Ecole Centrale du Royaume. Le premier recteur 
de cette Ecole, Hugo Kon
taj, membre de la Commission de l'Education 
Nat.ionale, a la chance de trouver dans la personne de Jan Sniadecki 
(1756 -1830) un réalisateur parfait de ses plans. Sniadecki part pour 
l'Allemagne, la France et l'Angletene, afin de se perfectionner dans 
les mathématiques et dans l'astronomie. Il revient à Cracovie en 1781. 
Dès 1783, il publie (en polona.is) sa Théorie du calcul algébrique adapté 
à la géométrie des lignes courbes, en deux volumes 12. Basé sur les cours 
de Cousin (dont Sniadecki fut l'élève à Paris) et sur l'lntroductio in ana- 
lysim infinitorum d'Euler, ce manuel excelle par ses qualités didactiques. 
La disposition en est très logique, l'exposé très clair, le langage très pur. 
lIT ous retrouvons les mêmes qualités dans les autres manuels de Sniadecki 


10 Trygonometria, [Lw6w] 1753. - N.d.l.R. 
11 Do
wiadczenia BkutkOw rzeczy pod zmYBly podpa.dajqcych [Expériences des 
effets des choees perceptibles aux sens], Poznan 1765-1776. - N.d.l.R. 
11 Rachunku algebraicznego teoria przYBtoBowana do Unii krzywych, Krak6w 1783. - 
N,el,l.R. 


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dont la composition remonte également aux années passées par lui à Cra- 
covie, bien qu'ils n'aient été publiés que plus tard. 
Mais l'enseignement est loin d'absorber toutes les forces de Hniadecki. 
Doué d'un remarquable talent d'organisateur, il préside le "Collegium 
physicum" qui réunissait alors les chaires des sciences et de la médecine. 
Il met sur pied l'Observatoire astronomique (1787) où il exécute de lon- 
gues séries d'observations. Il entretient une correspondance suivie avec 
d'Alembert, Cassini, Cousin, HeU, Herschell, Hornsby, Ingenhom;z, 
Lalande, Laplace, Messier, etc. Il publie nombre de mémoires scienti- 
fiques, non seulement dans le domaine de l'astronomie et des mathéma- 
tiques, mais encore dans ceux de la philosophie, de l'histoire littéraire, etc. 
Il est, sans contredit, l'homme le plus en vue parmi les professeurs ùe 
l'Ecole de Cracovie qui, grâce à lui, regagne l'estime de toute l'Europe. 
L'Université de Wilno fut également réorganisée par la Commis- 
sion de l'Education Nationale et prit le nom d'Ecole Centrale de la Lituanie. 
La chaire des mathématiques supérieures fut confiée à Franciszek Ksawery 
Narwoysz (1742-1820). Il s'appuyait dans ses cours sur les ouvrages tle 
Newton, Maclaurin, Clairaut, Cotes, Halley, Euler, Cramer etc. Il pro- 
fessa jusqu'en 1809. 
A Varsovie, nous avons à mentionner deux mathématiciens tlout 
l'activité appartient encore à la fin du XVIIIe siècle: Michal Hube (1737- 
1807) et Simon Lhuilier (1750-1840). 
Hube fit ses études aux Universités de Leipzig et de Gôttingen; sa 
thèse sur les sections coniques parut en 1759. Sur une recommandation 
d'Euler et de BÜsching, il fut invité à la chaire de mathématiques à l'Uni- 
versité de Moscou; mais il refusa cette proposition flatteuse et se fixa 
à Torun, sa ville natale. Parmi les traités assez nombreux dont il est 
l'auteur, c'est son mémoire sur les lois générales du mouvement (Über 
allgemeine Gesetze der Bewegung, 1763) qui mérite une attention particu- 
lière; il Y a généralisé les théories de Maupertuis, publiées dans le traité 
sur les Lois du mouvement et du repos, déduites d'un principe métaph?/sique 
(Berlin 1746). En 1781, Hube fut nommé professeur de mathématiques 
et de physique à l'Ecole Militaire de Varsovie. C'est ici qu'il a écrit ses 
manuels de physique (1783,1792)13, approuvés par la Commission de 
l'Education Nationale. 
Lhuilier naquit à Genève où il devait occuper plus tard la chai.re de 
mathématiques et se rendre célèbre par ses ouvrnges qui lui ont valu 
l'honneur d'être membre de plusieurs A(
adémies. Mais le début ùe sa 


11 Wst<1P do fizyki dia Bzk61 narodowych [Précis de physique pour les écoles na- 
tionales], Krak6w 1783; Fizyka dia Bzk6l narodowych [Physique pour les écoles na- 
tionales], Krak6w 1792. - N.d.l.R.
		

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carrière se place à Varsovie, où il remplissait les devoirs d'instituteur 
dans la maison des princes Czartoryski. Il devint membre de la Société 
pour les livres élémentaires attachée à la Commission de l'Education 
Nationale. Invité par la Commission, il a composé d'excellents manuels 
d'arithmétique, d'algèbre et de géométrie qui, apI'ès avoir été traduits 
du français en polonais par A. Gawronski, ont eu plusieurs éditions depuis 
1778 jusqu'au commencement du XIXe siècle. En 1782, Lhuilier publia 
à Varsovie son traité De relatione 'mutua capacitatis et terminorum figu- 
rarum, geometrice considerata, seu de maximis et minimis pars prim., ele- 
mentaris, que l'on peut considérer comme le plus important entre les 
ouvrages mathématiques édités en Pologne au XVIIIe siècle. Il fut comblp 
d'éloges par Jakob Steiner en 1836. C'est encore à Varsovie que Lhuilier 
a écrit son mémoire critique sur la théorie mathématique de l'infini, 
couronné pal' l'Académie de Berlin en 1786 et publié sous le titre: Expo- 
sition élémentaire des principes des calculs supérieurs. Dans sa vieillesse, 
le célèbre mathématicien suisse aimait à répéter que les cinq années qu'il 
avait passées en Pologne, étaient la période la plus heUl'euse de sa vie. 


En 1795 eut lieu le troisième partage de la Pologne; elle cessa d'exister 
comme Etat indépendant. La Russie, la Prusse et l'Autriche s'emparent 
définitivement (le tous ses territoires. Napoléon ne réalise pas les espé- 
rances des patriotes polonais. Le COng}'ès de Vienne (1815) sanctionne 
le démembI'ement de notre patrie. 
Voilà les événements politiques qui maI'quent le début d'une nouvelle 
phase dans l'histoire de la science polonaise. Pendant tout le XIXe siècle 
et jusqu'à la fin de la Grande Guerre (1918) elle est condamnée à une 
lutte incessante contre ceux qui s'efforcent d'enrayer son développement. 
Toutefois, elle ne cesse pas de faÏI'e des progrès, même dans ces condi- 
tions si dures. 
Avant l'insurrection de 1830-1831, il y avait en Pologne quatre 
foyers principaux de la vie scientifique: \Vilno, Varsovie, Cracovie et 
Krzemieniec. Nous y voyons un cortège ininterrompu de pI'ofesseurs 
de mérite dont l'activité se dirige surtout vers le travail pédagogique. 
Aniadecki quitte Cracovie en 1803 pour s'installer à Wilno, où il con- 
tinue ses observations astronomiques et où il publie ses excellents manuels 
dont nous avons déjà parlé. Depuis 1826, son succeseur à la chaire d'astro- 
nomie est PiotI' Slawinski, (lont les Principes d'astronomie théoriqu,e et 
pratique paraissent en 1828 14 . Narwoysz enseigne les mathématiques 
supérieures jusqu'en 1809; après sa retraite, la chaire passe à Zachariasz 
Niemczewski qui enseigne la géométrie analytique d'après Biot, le calcul 


1& Poczqtki aBtronomii teoretycznej i praktycznej, Wilno 1828. - N.d.l.R.
		

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différentiel et intégral d'après Lacroix, la mécanique théorique d'après 
Francoeur. Son successeur est Michal Pelka Polinski (1784-1848), auteur 
d'un manuel de trigonométrie plane 16. Antoni Szahin publie, en 1829, 
dcux manuels d'arpentage et de géodésie supérieure 16; après la feI'meture 
de l'Université de Wilno, il devient professeur d'astronomie à Kharkov. 
Karol Chrystian Lang8dorf (1757 -1834), ancien professeur à l'Univer- 
Hité d'Erlangen, enseigne la mécanique et la technologie à l'Université 
de Wilno (1804-1806), d'où il passe ensuite à celle de Heidelberg. Deux 
ouvrages de Langsdorf furent publiés aux frais de l'Université polo- 
naise, en 1806: les Principia staticae et mechanicae corporum 8olidorum 
et fluidorum et les l nstitutiones technologicae. 
Dans la capitale de la Pologne, le gouvernement du Duché de Varsovie 
fonde une Ecole d'Artillerie et de Génie, où il introduit l'enseignement 
des mathématiques cupérieures y compris la géométrie descriptive, science 
toute nouveJ1e et jusqu'alors inconnue en Pologne. Il en confie les cours à 
Jacques Joachim Livet (1783-1811), jeune savant français, formé à Paris 
par Monge et Hachette. Son élève est Franciszek Sapalski (1791-1838), 
professeur à l'Ecole Militaire d'application de Varsovie et ensuite à l'Uni- 
versité de Cracovie, auteur du premier manuel de géométrie descriptive 
écrit en polonais (1822-1839)17. 
D'autres travaux appartenant au même domaine de la géométrie 
ont été publiés par Kajetan G3.I'binski (1796-1847) et par Adrian Krzy- 
zanowski (1788-1852), l'un et l'autre professeurs à l'éphémère Université 
ùe Varsovie. Kr.zyzanowski est aussi l'auteur d'une Géométrie analytique 
des courbes et des surfaces du second degré (1822)18; l'arrangement de ce 
manuel reflète les cours de Binet dont Krzyzanowski avait été l'élève 
à Paris. 
L'ObservatoÏ!'e astronomique de l'Université de Varsovie fut créé 
en 1825; son premier directeur devint Franciszek Arminski (1789-1848), 
professeur de mathématiques supérieUl'es et d'astronomie depuis 1816. 
Elève d'Arago et de Delambre, il trouve dans la personne de l'astro- 
nome adjoint, Jan Baranowski (1800-1879), un collaborateur assidu. 
L'activité de Baranowski à l'ObservatoÏ!'e de V3.I'sovie se prolonge jusqu'en 
1870; c'est grâce à ses soins que parait, en 1854, la première édition COln- 
plète des oeuvres de Copernic. 
Après avoir fait ses études à Tübingen, Karol Hube (1760-1845), 


11 Poceqtki trygonometrii plaBkiej, Wilno 1816. - N.d.l.R. 
l' Miernictwo i r6wnowatenie. Wilno 1829 et Jeodezja wyiBza, Wilno 1829. - 
N.d.l.R. 
17 Geometria wykreIJlna, Krak6w 1822-1839. - N.d.l.R. 
11 Geometria analitycena Unii i powierechni drugiego re#Jdu. Wa.rszawa 1822. - 
N.d.l.R. 


J
		

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fils de Michal, est nonuné professeur à l'Université de Cracovie en 1810. 
Ses cours embrassent la trigonométrie, la géométrie analytique, le calcul 
infinitésimal et la mécanique. Il publie, dans les Roczniki Towarzystwa 
N aukowego Krakowskiego, nombre d'articles où il discute et complète 
les recherches, alors récentes, de Laplace, de Gauss, de Monge, de Chasles 
etc. 
Parmi les professeurs du Lycée de Volhynie, à Krzemieniec, mention- 
nons Grzegorz Hreczyna, auteur d'une Algèbre (1830)111, et Franciszek 
Miechowicz, auteur d'une Théorie des machines (1827)20, ainsi que de 
plusieurs autres ouvrages restés inédits. 
C'est également à cette génération des mathématiciens polonais qu'ap- 
partient Jozef Maria Hoene-Wronski (1778-1853); mais il occupe parmi 
eux une place tout à fait à part, tant par les vicissitudes de sa vie, que 
par le caractère de ses oeuvres. Après avoir quitté la Pologne en 1799, 
il s'établit à Marseille (1800-1810), puis à Paris. Il se dévoua entièrement 
au travail scientifique proprement dit. Il était surtout philosophe, bien 
qu'il s'adonnât aux mathématiques pures et appliquées, à la physique, 
à la politique, à l'histoire, aux questions économiques, à la. statistique, 
etc. Mais ce fut toujoUl's du point de vue de sa "philosophie absolue" 
(ou "messianique") qu'il abordait ces divers domaines de la science. 
Il était un écrivain extrêmement fécond; en dehors de plusieurs dizaines 
d'ouvrages qui virent le jour pendant sa vie, il a laissé un nombre consi- 
dérable de manuscrits dont seule une minime partie a. été publiée jusqu'à 
présent. 
On doit considérer la séI'ie d'articles, publiés entre 1801 et 1803 (sous 
le titre collectif de la Philosophie critique découverte par Kant, fondée 
sur le premier principe du savoir), comme la première esquisse de la "phi- 
losophie absolue" de 'Vronski. Il y annonce son dessein de baser sur 
eette philosophie une réforme complète du savoir humain. Il se propose, 
en premier lieu, de réformer les mathématiques qu'il considère comme le 
prototype de toutes les sciences. 
Nous ne pouvons pas, dans notre aperçu sonunaire, entrer dans tous 
les détails de la ,,l'éforme'' PI'ojetée P3.I' Wronski. Elle visait tant les 
fondements que les méthodes de l'analyse infinitésimale. Wronski s'ef- 
fOl'çait . de prouver que l'ensemble des méthodes en question dérive d'une 
formule très générale qu'il appelait la "loi absolue" ou la "loi suprême". 
Il (lonna cette formule dans un mémoire sur le Premier principe des mé- 
thodes analytiques qu'il envoya à l'Académie des Sciences à Paris en 1810; 


18 Poceqtki algebry, Krzemieuiec 1830. - N.d.l.R. 
10 Teoria machin do lat'Wego ich wyracho'Wania eaetoBo'Wana, Krzemieniec lR
7. 
N.d.l.R.
		

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mais ce mémoire est resté inédit. L'année suivante, 'Vrollski a publié 
sur le même sujet un ouvrage assez volumineux, l'Jntroducti01
 à la phi- 
losophie des mathématiques et technie de l'algorithmie; la Philosophie de 
la technie algorithmique n'a paru qu'entre 181.5 et 1818, en deux grands 
volumes in-4,°. 
Il appliqua ensuite sa formule à la Résolution générale des équations 
de tous les deg1.és (1812). Ce mémoire fut sévèrement critiqué par Ruffini 
en 1820. Le mathématicien polonais revint au même problème en 18.! 7, 
mais en se servant cette fois d'une méthode toute différente et dont nous 
parlerons dans la suite. 

'étant engagé dans une polémique avec 1eR membres de l'Aca	
			

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			23 


infinies, avec des considérations sur la mécanique céleste. Le Ille volume, 
comme nous l'avons dit plus haut, renferme un exposé de la méthode 
dite téléologique qui n'est qu'une g-énéralisation de la méthode de Daniel 
Bernouilli et d'Euler, pour la solution des équations numériques. La 
manière dont elle fut exposée par Wronski est trop compliquée; la faute 
en est aux symboles incommodes. Elle se présente d'une façon plus acces- 
sible sous la forme qu'elle reçut de Jacobi (1841). 
Nous ne pouvons pas nous attarder ici à l'énumération des autres 
oeuvres de Wronski où il applique ses méthodes au calcul des probabilités, 
à l'astronomie, à la physique, à la technique etc. Mentionnons seulement 
que sa manière de traiter les problèmes de mécanique céleste trouva un 
enthousiaste dans la personne d'Yves Villarceau (1813-1883), astronome 
français bien connu. 
La répression brutale de l'insurrection de 1830 -1831 eut pour effet 
une longue interruption dans le développement des sciences dans notre 
patrie. Le tsar Nicolas 1 er ordonna la fermeture des Universités de Var- 
sovie et de Wilno, de même que celle du Lycée de Krzemieniec. L'Uni- 
versité de Cracovie, la seule école supérieure polonaise qui existât entre 
1831 et 1862, est tombée entre les mains des Autrichiens en 1846 et fut 
exposée aux assauts de la germanisation. Ainsi s'explique le fait que 
les trente années dont nous parlons en ce moment, constituent, dans 
l'histoire des sciences exactes en Pologne, une période de stagnation 
presque totale. Les travaux de Baranowski et Prazmowski à l'Observatoire 
astronomique de Varsovie sont à cet égard une exception louable; nous 
y reviendrons dans la suite. Quant à la production littéraire de cette 
génération des mathématiciens polonais, elle dut se restreindre, vu les 
circonstances extérieures défavorables, à la publication des manuels. 
Jan Steczkowski (1800-1872), professeur à l'Université de Cracovie, 
publia entre 1851 et 1859 son cours de mathématiques élémentaires et 
supérieures; Grakchus Henryk Niew
glowski (1807 -1881), émigré polo- 
nais établi à Paris, est l'auteur d'un bon manuel d'arithmétique et de 
géamétrie (1854), dont la deuxième édition parut en 1870; etc. 
Au mois de novembre 1862, l'Ecole Centrale fut ouverte à Varsovie; 
elle n'exista que jusqu'au mois de juin 1869. Malgré sa courte durée et 
sa dotation insuffisante, cette école sut donner une impulsion des plus 
décisives an développement de la vie scientifique dans le tronçon russe 
de la PolI gne démembrée. Dans la quatrième année de son existence, 
elle posfédait déjà une Faculté de mathématiqnes et de physique com- 
plètement organisée. Le prcgramme des cours embrassait l'algèbre supé- 
rieure, la théorie des nombres, le calcul différentiel et intégral, le calcul 
des variations, les parties spéciales de l'analyse supérieure, le calcul des 
probabilités, la tr'g mométrie et l'astronomie sphérique, l'astronomie 


1;1 


3 - A. Birkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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			24 


théorique, la géodésie, la goéométrie analytique, la géométrie descriptivE:, 
la mécanique analytique, la mécanique pratique, la physique expéri- 
mentale et la physique théorique. Augustyn F

czkiewicz (1796-1883), 
ancien professeur à l'Université de Varsovie (1828-1830), jadis élève 
de Karol Hube à l'Université de Cracovie, enseignait les parties spéciales 
de l'analyse, le calcul des vaI'iations et le calcul des différences finies. 
Ses cours se distinguaient par la clarté et par la connaissance approfondie 
du sujet. Il publia quelques travaux dans le domaine de la géométrie 
et de la théorie des séries. Tytus Babczynski (1830-1910) professait 
l'algèbre supérieure, le calcul différentiel et intégral, la physique mathé- 
matique et en particulie
 la théorie de l'élasticité et de la conduction 
de la chaleur. Il publia un mémoire sur la multiplication des fonctions 
algébriques symétriques. Ses cours d'algèbre supérieure et de calcul 
infinitésimal parurent dans une édition lithographiée. Wladyslaw Za- 
j
czkowski (1837-1898), professeUl' de mécanique analytique à l'Ecole 
Centrale de Varsovie, plus tard professeur à l'Ecole Polytechnique de 
Lw6w, s'occupait de la théorie des équations différentielles et est l'auteur 
des manuels précieux, auxquels nous reviendrons dans la suite. Le cal- 
cul des probabilités et de la mécanique pratique fut enseigné, respecti- 
vement, par Wladyslaw K wietniewski et par Kazimierz Kopytowski, 
chargés de cours." Le p
ofesseur d'astl'onomie et en même temps le direc- 
teur de l'Observatoire fut Jan B3.I'anowski dont le nom nous est déjà 
familier. La physique expérimentale était professée de 1862 à 1863 par 
Adam Prazmowski (1821-1885), le plus remarquable peut-être de nos 
astronomes du milieu du XIX e siècle, et, en même temps, physicien de 
mérite. Elève d'Arminski, il occupait dès 1839 le poste de son assistant; 
en 1848, il fut nommé astronome-adjoint à l'Observatoire de Varsovie. 
Il participa, de 1846 à 1849, à la grande triangulation du Royaume du 
Congrès; en 1852, il dirigea l'expédition envoyée en Bessa;rabie pour 
déterminer l'arc . du méridien. Son mémoire Sur les erreurs personnelles 
(lans les observations astronomiques (1854) lui valut l'éloge de Leverrier 
et de Karl Wolf. Il s'est rendu célèbre dans le domaine de l'astrophysique 
par ses recherches concernant la lumière des protubérances et de la couronne 
solaire; il eut l'occasion d'observer ces phénomènes pendant les éclipses 
totales du soleil, en 1851 (en Pologne) et en 1860 (en Espagne). A la suite 
de l'insurrection de 1863, Prazmowski quitta Varsovie et s'établit à Paris, 
où il dirigea les ateliers d'instruments optiques Hartnack-Pra.zmowski. 
Il a perfectionné le microscope, l'héliostate, l'héliographe, le saccharimètre, 
etc. Il ne cessait cependant pas de s'occuper £le l'astrophysique, et il 
se mit à étudier le spectre des comèteR, de l'aurore boréale, etc. 
En 1869, le gouvernement russe remplaça l'Ecole Centrale par l'Uni- 
versité impériale de Varsovie; la conséquence en fut le renvoi des pro-
		

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			25 


fesseurs polonais et la russification de l'Ecole. Mais, en revanche, c'est 
vers le même temps que le gouvernement autrichien se vit forcé de rendre 
son caractère polonais à l'Université de Lw6w, germanisée dès le premier 
partage de la Pologne. Quant à Cracovie, c'est déjà avant cette date 
que le dernier effort d'imposer un caractère allemand à l'Université Ja- 
gellonne (1854), avait été mis en échec. En 1873 fut fondée à Cracovie 
l'Académie Polonaise des Sciences et des Lettres 21. Ces événements ne 
tardèrcnt pas de créer, dans le tronçon autrichien, des conditions plus 
favorables au développement de la science polonaise. En ce qui concerne 
les sciences exactes, il convient de mentionner encore le fait qu'un centre 
important de ces études s'était formé à Paris vers 1865. C'est à Paris 
qu'avaient trouvé asile plusieurs mathématiciens polonais, forcés de 
quitter leur patrie après les insurrections de 1830 et de 1863. Gl'âce à la 
générosité du comte Jan Dzialynski, ils purent fonder la Société des 
Sciences Exactes (1870)22 dont les publications constituent un digne 
monument de leur activité scientifique. 
Vu les proportions de notre article, nous ne pouvons réserver ici une 
place adéquate à tous les savants qui ont contribué au progrès des sciences 
exactes en Pologne entre 1870 et 1900. Nous nous contenterons d'une 
simple liste des plus éminents 13. 
A Cracovie, nous voyons Franciszek Karlinski (1830-1906), mathé- 
maticien, astronome, géodésien, météorologue et historien de ces sciences; 
Franciszek Mertens (1840-1927), professeUl' à l'Université Jagellonne 
entre 1865 et 1884, plus tard professeur à Graz et à Vienne, mathématicien 
de renommée mondiale, auteur d'une centaine de mémoiI'es embrassant 
plusieurs domaines des mathématiques supérieures (algèbre, théorie des 
nombres, multiplication des séries infinies, etc. etc.); Marian Aleksander 
BaI'aniecki (1848-1895), successeur de Mertens à C:racovie, auteur de 
plusieurs manuels fort appréciés, initiateur d'une collection de manuels 
p3.I'aisRant à Varsovie depuis 1884 sous le titre do Bibliothèque mathé- 
matique et physiq
te2C; Edward Skiba (1848-1911), professeur de physique 


Il Sous le nom d'Académie des Sciences et des Lettres de Cracovie; elle a pris 
l'adjectif "polonaise" lors la reconstitution de la République Polonaise, en 1918. - 
N.d.l.R. 
.. Towa.rzystwo Nauk Scislych w Pa.rytu, 1870-1882. - N.d.l.R. 
.. Forcés de reduire cette liste au minimum de place, nous renvoyons le lecteur 
aux volumes III et suiv. du Handworterbuch eUT GeBchichte der ezakten Wi8BenBchaften 
de Poggendorff. Il y trouvera une bibliographie plus complète des ouvrages publiés 
par nos savants depuis 1858 et, notamment, la bibliographie de leurs mémoires. Il 
faudrait doubler ou tripler l'étendue de notre aperçu Bommaire. Bi nous prétendions 
mentionncr ne fut ce quc les plus marquants d'cntre ces travaux. 
" "Biblioteka matematyczno-fizyczna" 1884-1891. - N.iI.l.R.
		

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			26 


théorique; Zygmunt Wr6blewski (1845-1888) qui s'est rendu célèbre 
par la liquéfaction de l'oxygène et d'autres gaz réfractaires 211 , mais dont 
les recherches sur la diffusion des gaz méritent aussi une mention; Ludwik 
Antoni Birkenmajer (1855-1929), docent de physique théorique depuis 
1881, plus tard premier titulaire de la chaire d'histoire des sciences exactes; 
August Witkowski (1854-1913), élève de Helmholtz, de Kirchhoff et 
de Lord Kelvin, expérimentateur habile et théoricien profond, auteur 
d'un excellent manuel de physique, en trois volumes, plusieurs fois ré- 
édité depuis 1892; etc. 
Parmi les savants qui enseignaient à l'Université et à l'Ecole Poly- 
technique de Lwow, il convient de citer les suivants: Wawrzyniec Zmurko 
(1824-1889), auteur d'un Cours des mathématiques fondé sur le concept 
de la quantité à directions arbitraires (1864)26, conçu d'une manière très 
originale; W1:adyslaw Zaj
czkowski, ancien professeur à l'Ecole Cen- 
trale de Varsovie, auteur du premier manuel sur la Théorie des équations 
différentielles écrit en polonais (1877), d'une Géométrie analytique (1884) 
et des Eléments de l'algèbre supérieure (1884)27; Jan Franke (1846-1918), 
auteur d'une Mécanique théorique 28 ; Oskar Fabian (1844-1897), pro- 
fesseur de physique théorique; W1:adyslaw Kretkowski (1840-1910) 
dont nous parlerons encore; Jozef Puzyna (1856-1919), auteur d'une 
Théorie des fonctions analytiques (1897) en deux volumes 29 ; Stanislaw K
- 
pinski (1867 -1908), auteur d'un Manuel de la théorie des équations dif- 
férentielles (1907)30; etc. 
Nous avons déjà mentionné la Société des Sciences Exactes, fondée 
à Paris en 1870. Son activité ne se bornait nullement à organiser le tra- 
vail des mathématiciens polonais, refugiés en France; elle comptait, 
parmi ses membres, nombre de savants de Cracovie, de Lw6w, de Var- 
sovie, etc. En ce qui concerne ses membres établis à Paris même, il faut 
citer en premier lieu W1:adyslaw Folkierski (1842-1904) et W1:adyslaw 
Gosiewski (1844-1911). Folkierski, ancien élève de l'Ecole des Ponts 
et Chaussées, plus tard professeur à l'Université de Lima au Pérou, fut 
un des principaux organisateurs de la Société; il est l'auteur de Prin- 


. 


Il Voir l'HiBtoire Bommaire deB BcienceB en Pologne, Cracovie 1933, l'article con- 
sacré à l'histoire de la chimie en Pologne. 
Il Wyklad matematyki na podstawie il08ci 0 dowolnych kierunkach w przeBtrzeni, 
2 vol., Lw6w 1861-1864. - N.d.l.R. 
17 Teoria ogolna rozwiqzan oBobliwych r6wnan rotniczkowych ewyczajnych, Krak6w 
1877; Geometria analityczna, Warszawa 1884 et Zasady algebry wyzBzej, Lw6w 1884. - 
N .d.l.R. 
Il Mechanika teoretyczna, Warszawa 1889. - N.d.l.R. 
It Teoria funkcji analitycznych, Krak6w 1897. - N.d.l.R. 
10 Podr
cznik rownan r6zniczkowych, Lw6w 1907. - N.d.l.R.
		

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			27 


cipes de calcul différentiel et intégral (1873)31 dont la deuxième édition 
parut en 1904-1909. Gosiewski, ancien élève de l'Ecole Centrale de 
Varsovie, succéda à Folkierski conlllle secrétaire permanent de la Société. 
Il se distingua dans le domaine de la physique théorique (théorie de l'élasti- 
cité) et dans celui du calcul des probabilités. Mathématicien très doué 
et penseur profond, il abOI'da aussi les problèmes philosophiques (cons- 
titution de la matière, relations entre l'analogie, la déduction et l'induc- 
tion), en les élucidant du point de vue d'un mathématicien. 
Les noms d'Edward Habich (1835-1909) et de Wladyslaw Kretkow- 
ski (1840-1910) se rattachent aussi à l'activité de la Société des Sciences 
Exactes. Habich devint en 1876 directeur de l'Ecole des Mines à Lima; 
ses travaux concernent surtout la cinématique et la théorie des courbes 
planes (caustiques, etc.). Kretkowski, plus tard docent à l'Université 
de Lw6w, publia beaucoup de mémoires du domaine de la théorie des 
fonctions, de la géométrie supérieure, etc.; il est aussi l'auteur du pre- 
mier exposé en polonais de la théorie des déterminants (1870) 31. Il faut 
encore relever le fait qu'il avait offert à l'Académie de Cracovie sa riche 
bibliothèque d'ouvrages de mathématiques, qu'il organisait, à ses frais, 
des concoID'S scientifiques et qu'il a légué à l'Académie toute sa fortune, 
assez considérable, en la destinant aux voyages scientifiques des jeunes 
mathématiciens polonais et à l'établissement de cours spéciaux de mathé- 
matiques à l'Université de Cracovie. 
Dans le tronçon russe de la Pologne, la politique chauvine du gouver- 
nement créait des obstacles presque insurmontables à ceux de nos com- 
patriotes qui voulaient se consacrer à une activité scientifique plus intense. 
Ainsi s'explique le fait que plusieurs d'entre eux, ne pouvant pas tra- 
vailler dans leur patrie même, se résignaient à occuper des chaires uni- 
versitaires en Russie. Nous y voyons p.ex. Julian Sochocki (1842-1927) 
et Jan Ptaszycki (1854-1912), tous les deux professeurs de mathémati- 
ques à PéteI'sbourg; Boleslaw Mlodziejowski (1858-1923), professeur 
de mathématiques à 
foscou; Witold Michal Ceraski (1849-1925), profes- 
seur d'astronomie et directeur de l'Observatoire à Moscou; Marian Ko- 
walski (1821-1884), professeur d'astronomie et directeur de l'Obser- 
vatoire à Kazan, membre de la Royal Society à Londres; Jan Sleszynski 
(1854-1931), professeur de mathématiques à Odessa; etc. Sleszynski, 
pédagogue éminent, auteu
 d'un ouvrage important sur la théorie de 
la démonstration, eut le bonheur d'enseigner, du moins au déclin de sa 
vie, en sa langue maternelle, car il fut nonuné pI'ofesseur à Cracovie en 1910. 


al ZaBady rachunku rozniczkowego , calkowego, 2 vol., Paryz 1873. - N.d.l.R. 
.. Krotkie wiadomoici 0 wyznacznikach, Paryz 1870 (publié sous le pseudonyme 
Wladyslaw Trzaska). - N.d.l.R.
		

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			2H 


Le nombre des Polonais qui avaient réussi à trouveI' un poste scien- 
tifique ou de le garder à Varsovie même, était, après l'insurrection de 
1863, très restreint. En ce qui concerne les sciences exactes, il faut nommer 
Jan Kowalczyk (1833-1911) et Jozef JeI'zy Boguski (1853-1933). 
Kowalczyk, élève de l'Université de Cracovie, devint astronome-adjoint 
à l'Observatoire de Varsovie en 1865; observateur passionné, il est aussi 
l'auteur d'un catalogue des étoiles fixes comprises entre 1°50' et 7°10' 
de la déclinaison australe (1904), ainsi que de deux manuels d'astronomie 
(1889,1901)33. Boguski acquit une juste l'enommée par ses travaux appar- 
tenant aux confins de la chimie et de la physique (cinétique des systèmes 
hétérogènes etc.)3C. 
Mais peu à peu, malgré les chicanes du gouvernement russe, les sa- 
vants polonais du Royaume du Congrès parvinrent quand même à s'orga- 
niser. En 1879 mourut Jozef Mianowski, ancien recteur de l'Ecole Centrale. 
On résolut d'honorer sa mémoire par la création d'une institution qui 
cultiverait les sciences et les lettres selon la tradition de l'Ecole. Vu l'impos- 
sibilité d'obtenÎl' la permission du gouvernement pour fondCl' une so- 
ciété scientifique, les initiateurs se vÏI'ent forcés de réaliser leur projet 
sous une forme plus modeste, celle d'une caisse de secours pour les tra- 
vailleurs scientifiques. Créée en 1881, la Caisse Mianowski est, pour ainsi 
dire, une émanation de l'Ecole Centrale de Varsovie, la continuation de 
son existence sous une forme nouvelle. Les sciences exactes profitèrent 
largement des subsides de la Caisse; grâce à elle, Baraniecki a pu réaliser 
ses plans de publier cette ample collection de manuels, au niveau des 
meilleures publications étrangères, la Bibliothèque mathématique et physique, 
dont nous avons déjà parlé. C'est dans cette coIJection qu'ont paru les 
manuels de Baraniecki, de Folkierski, de Franke, de Kowalczyk, de 
Witkowski, de Zaj
czkowski, cités plus haut, ainsi que ceux de J 
drze- 
jewicz, de Sierpinski, de Sochocki etc. 
C'est encore à Varsovie qu'on a pu fonùer la revue Prace Matematyczno- 
Fizyczne paraissant depuis 1888. Cette revue est le PI'emieI' périodique 
polonais consacré exclusivement aux sciences exactes. Elle compte parmi 
ses collaborateurs presque tous les mathématiciens polonais ainsi que 
plusieUl's ét
angers 36. 


. 


.. 0 8poBobach wysnaczania biegu cial niebieBkich [De la manière de déterminer 
les révolutions des corps célestes], Krak6w 1889, et 0 BpoBobach obliczania prseBsk6d 
biegu cial niebieBkich [De la manière de calculer les obstacles aux révolutions des 
corps célestes], Warszawa 1901. - N.d.l.R. . 
1& Voir l'HiBtoire Bommaire deB Bcienc6B en Pologne, Cracovie 1933, l'article con- 
sacré à l'histoire de la chimie en Pologne. 
Il Prace Matematyczno-fizycz1
e (1888-1939) ont été fondés et édités par Samuel 
Dickstein. - N.d.l.R.
		

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			29 


Grâce au travail scientifique et pédagogique des professeurs de Cra- 
covie et de Lwow, grâce aux publications de l'Académie Polonaise et 
de la Caisse Mianowski, grâce à la fondation, au début du XX e sii>cle, 
des Sociétés Savantes £le Varsovie et de Lw6w, nous assistons, pendant 
les vingt dernières années du siècle passé et jusqu'à la GI'ande Guerre, 
à un développement de la science polonaise de plus en plus rapide. Le 
nombre de travailleurs dans le domaine de sciences exactes s'accroît 
aussi de plus en plus. A côté des savants dont les noms nous sont déjà 
connus, il faut citer encore: Stanislaw Zaremba (né en 1863)36 et Kazi- 
mierz Z6rawski (né en 1866)37, tous les deux pI'ofesseurs de mathématiques 
à l'Université de Cracovie, bien connus par leurs travaux dans le monde 
entier; \Vaclaw Sierpinski (né en 1882)38, professeur de mathématiques 
à l'Unive:rsité de Lw6w (maintenant à l'Université de Varsovie), qui 
Re consaCJ..e surtout à la théorie des ensembles, et, plus généralement, 
à la théorie des fonctions à vm:iables réelles; :M"aurycy Rudzki (1862 -1916), 
docent d'astl'onomie à l'Université d'Odessa depuis 1890, plus tard suc- 
cesscur de Karlinski à l'Université de Cracovie, géophysicien renommé 
et, en même temps, auteur d'une Astronomie thém'ique (1914) en (leux 
volumes 311 ; .Wladyslaw Natanson (né en 1864)410, professeur de physique 
théorique à la même Université, auteur d'une excellente Introd1wtion 
à la physique théorique (1890) 41 et de plusieurs (lizaines de mémoires 
Rpéciaux, concernant la thermodynamique, la théorie cinétique de la 
matière, la théorie de l'élasticité, l'hydrodynamique, la théorie du rayon- 
nement, etc.; Tadeusz Godlewski (1878 -1921), élève de \Vitkow:o>ki, 
d'Arrhenius et de Rutherford, professeur de physique à l'Ecole Poly. 
technique de Lw6w, spécialiste distingué dans le domaine (le la radio- 
activité; mais surtout Marian Smoluchowski (1872-1917), un des plus 
éminents physiciens de l'époque modeI'ne. Elève d'Exner et de Stefan 
à Vienne, de Poincaré, Hermite et Lippmann à Paris, collaborateur de 
IJord Kelvin à Glasgow et de J. J. Thomson à Cambridge, il fut nommé 
professeur à l'Université de Lwow en 1900; en 1913, il devint successeur 
de \Vitkowski à Cracovie. Son nom restera pour toujours attaché à la 
renaissance £le la théorie atomistique de la matièl'e, renaissance qui s'est 
opérée vers 1900. C'est lui qui a démontré que la thermodynamique 
classique n'est pas capable de rendre compte de certains phénomc.nes 
physiques tels que p.ex. le mouvement brownien. Il a consacré toute 


Il Mort cn 1942. - N .d.l.R. 
87 Mort en 1953. - N.d.l.R. 
31 Mort en 1969. - N.d.l.R. 
88 Astronomia teoretyczna, Krak6w 1914. - N.d.l.R. 
.0 Mort en 1937. - N.d.l.R. 
U JVBtep do fizyki teoretycenej, Warszawa 1890. - N.d.l.R.
		

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			30 


une série de dissertations à l'étude de ces phénomènes, établi leur connexion 
avec la diffusion, et démontré que le second principe de la thermodyna- 
mique admet des exceptions. D'ailleurs, il ne s'est pas borné à la théorie 
cinétique de la matière; il se distingua aussi dans les domaines de l'hy- 
drodynamique, de la théorie de l'élasticité, de l'électricité, des colloïdes, 
etc. Théoricien en premier lieu, il était encore habile expérimentateur; 
on n'a publié qu'après sa mort prématurée les résultats importants de 
ses expéI'iences sur les phénomènes de l'opalescence qu'il avait su exécu- 
ter avec des moyens dont la simplicité nous étonne. 
Parmi les savants polonais, établis à l'étranger, et dont l'activité 
se situe entre les deux siècles, citons Jozef Wierusz-Kowalski (1866-1927), 
professeur de physique à l'Université de Fribourg (Suisse), qui s'est voué 1 
plus particulièrement à l'étude des phénomènes de la phosphorescence; 
et surtout Mme Maria Sklodowska-Curie (née en 1867)412 qui partage avec 
son mari, Pierre Curie, le mérite d'avoir découvert les éléments radio- 
 
actifs et qui, depuis 1906, continue l'oeuvre de cet éminent physicien 
et chimiste. 


. 


La reconstitution de la République Polonaise en 1918 fit tomber les 
entraves qui, pendant plus d'un siècle, ont gêné le développement normal 
de la science dans notre patrie. C'est par cette date que le futur historien 
des sciences exactes en Pologne COllUllencera un nouveau chapitre de 
son exposé. Quant à nous, nous sommes encore trop près du début de 
eette nouvelle période et nous ne pouvons pas apprécier toute la portée 
des faits de notre domaine qui se sont produits devant nos yeux pendant 
ces derniers quinze ans. Nous nous sentons donc incapables de tracer 
ici, en détail, le tableau des progrès que les sciences exactes ont faits 
chez nous depuis 1918. Essayons du moins de nous rendre compte des 
facteurs d'ordre général qui ont rendu ce progrès possible. 
Il convient de noter, en premier lieu, l'heureux développement de 
nos écoles d'enseignement supérieur. C'est déjà pendant la Grande Guerre, 
en 1915, que l'Université de Varsovie a pu être repolonisée; dans la même 
année, l'Ecole Polytechnique de Varsovie, fondée par les Russes en 1899, 
commença, elle aussi, à fonctionner comme un poste de la science polo- 
naise. Après la guerre, le gouvernement polonais a créé des Universités 
à Poznall et à Wilno, et a augmenté le nombre des chaires aux Universi- 
tés de Cracovie et de Lwow. L'Ecole Supérieure des Mines fut fondée 
à Cracovie. En somme, nous possédons aujourd'hui huit écoles d'en- 
seignement supérieur pourvues de chaires vouées à diverses branches des 


&1 Morte en 1934. - N.d.l.R.
		

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			31 


sciences exactes, et d'instituts de recherches scientifiques dans le même 
domaine. Autour des professeurs titulaires de ces chaires, se groupe toute 
une équipe d'élèves dont plusieurs ont déjà donné des preuves intéres- 
santes de leur talent et de leur dévouement à la science. 
L'Académie Polonaise des Sciences et des Lettres, la Caisse Mianowski, 
les Sociétés Savantes de Varsovie et de Lw6w, continuent à subvention- 
nel' le travail des mathématiciens, des physiciens et des astronomes polo- 
nais, et à publier les résultats de leurs recherches. Le gouvernement destine 
un fonds spécial pour satisfaire aux besoins les plus pressants de la science 
en Pologne. L'activité de plusieurs sociétés savantes région::11es (à Po- 
znan, à Wilno, etc.) mérite, elle aussi, d'être mentionnée ici. 
Les savants s'intéressant aux sciences exactes ne tardent pas à s'orga- 
niser en sociétés spécialisées. La Société Polonaise de 
iathématiq uc 
(1919), la Société Polonaise de Physique (1920), la Société Polonaise 
d'Astronomie (1923), la Société Géophysique de Varsovie (1930), se ran- 
gent, tour à tour, à côté de la Société Copernic des Naturalistes Polo- 
nais, dont la fondation date de 1874. EUes créent bientôt des sections 
régionales dans toutes les villes universitai,res de la Pologne; elles orga- 
nisent des congrès auxquels participent non seulement les membres polo- 
nais, mais aussi des savants étrangers. 
Grâce à tous ces faits, la production littéraÏ!'e dans notI'e domaine 
s'accroît rapidement. La nécessité de créer des revues spéciales s'impose. 
Citons-en les suivantes: les Fundamenta mathematicae paraissant depuis 
1920, selon le programme établi par Zygmunt Janiszewski (1888-1920) 
dont la mort prématurée a été une perte sensible pour notre science; 
les Annales de la Société Polonaise de Mathématique paraissant depuis 
1921; les Studia mathematica (depuis 1929); les Acta physica Polonica 
(depuis 1920); les Acta astronomica fondés en 1925; les bulletins des Obser- 
vatoires Astronomiques de Varsovie et Wilno C3 ; le Bulletin de la Société 
Géophysique de Varsovie (depuis 1931)4141. Tous ces périodiques sont bien 
connus des savants étrangers dont plusieurs y collaborent activement. 
Constatons enfin que l'activité de nos mathématiciens d'aujourd'hui 
s'oriente surtout dans trois directions: la théorie des ensembles conjoin- 
tement avec la théorie des fonctions à variables réelles, l'analyse fonction- 
nelle et la logique mathématique. Grâ.ce à cette spécialisation, c'est en 
Pologne que, dans une large mesure, se sont constitués les centres inter- 
nationaux des recherches pour chacun de ces trois domaines. 


Il Sprawozdanie e Dzialalnoflci ObBerwatorium Astronomicznego i Meteorolog.icz- 
nego UniwerBytetu WarBeawBkiego 1928-1930 et Biuletyn ObBerwatorium ABtrono- 
micznego w Wilnie 1921-1939. - N.d.l.R. 
ta Second titre: Biuletyn TowareYBtwa Geofizyk6w w WarBzawie 1931-1939. - 
N.d.l.R.
		

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			32 


Voilà quelques-uns des facteurs et des indices d'une nouvelle renais- 
Bance des sciences exactes dans notre patrie. La perspective histOl'ique 
nous manque encore, nous l'avons déjà dit, pour formuler un jugement 
définitif sur la valeur des travaux de notre génération; c'est la posté- 
l'ité qui s'en chargera. Nous nous croyons cependant en droit d'exprimer 
l'opinion que ces tI
avaux autorisent les meilleurs espoirs.
		

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			ESQUISSE PRELUIINAIRE D'UNE 
HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE EN POLOGNE. 


Dans cet article, je me propose de récapituler sous une forme concrète, 
bien que seulement provisoire, les résultats des activités du Groupe d'his- 
toire de l'astronomie qui fonctionne depuis 1955 au sein du Comité d'His- 
toire de la Science, agrégé au Comité Directeur de l'Académie Polonaise 
des Sciences. Dès le début ce Groupe a, en effet, assumé la tâche de mener 
collectivement à bonne fin l'élaboration d'une histoire détaillée et synthé- 
tique de l'astronomie en Pologne, depuis les temps les plus anciens jusqu'à 
nos joUl's. Il va sans dire que la réalisation d'un projet aussi ambitieux 
n'est pas chose facile, même si l'on tient compte du fait que depuis une 
centaine d'années ont pal'U chez nous des livres et des mémoires assez 
nombreux sur l'histoire de l'astronomie polonaise. Pour le but que s'est 
proposé le Groupe, ce fait est sans doute d'un intérêt considérable, mais 
son importance a des limites. Il faut, en effet, objectivement remarquer 
que c'étaient pI'esque sans exception des livres et des mémoires portant 
sur des sujets d'histoire plus ou moins limités, concernant parfois un seul 
astronome (p.ex. Nicolas CopeI:nic); même si quelques-unes de ces publi- 
cations ont joué en leur temps un rôle primordial pour le sujet traité, 
elles n'ont, par leur nature, de commun avec la synthèse projetée par 
le Groupe que le fait d'avoir prépa!'é pour elle des matériaux plus ou moins 
élaborés et polis. Si l'on demande ce que l'on a fait durant ces cent ans 
pour une conception d'ensemble de l'histoire de l'astronomie en Pologne, 
il y aura à signaler, il est vrai, quelques aperçus synthétiques, mais parmi 
eux un seul mémoire qui, publié sous forme d'un livre de format courant 
(c.-à-d. in-8°), aurait compté à peu près 10 feuilles d'imprimerie. C'est 
le mémoire de Feliks Kucharzewski 0 astronmnii w Polsce (Sur l'astro- 


* Roboczy konspekt eespolowej "Historii astronomii w PolBce" . Studia i Matel"ialy 
z Dziej6w Nauki Polskiej Ber. C, fasc. 2, Warszawa 1959, pp. 7-27. Les notes pro- 
viennent de la Rédaction.
		

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			34 


nomie en Pologne), publié en 1872 dans la revue PamifJtnik Towarzystwa 
Nauk Scislych w Paryzu (t. II, pp. 123-228, in-4°). Il mérite d'être lu 
encore aujourd'hui, surtout pour ce qui se rapporte à la période 1750 -1870, 
mais il est, tout à fait ou presque, en défaut pour les époques antérieures 
et ne s'occupe évidemment pas des années suivantes. On voit donc que 
le lecteur contemporain ne saurait nulle part trouveI' une synthèse telle 
que l'a conçue le Groupe mentionné plus haut. 
Parmi ses membres, il compte plusieurs astronomes éminents qui 
s'intéressent vivement à l'histoire de cette science en Pologne, et deux 
astronomes-amateurs qui ont déjà puùlié des études sur ce sujet, en parti- 
culier sur les temps antérieurs aux partages de la Pologne. Cette compo- 
sition du Groupe est sans doute d'heureux augure, car elle permet 
d'espérer que les chapitres de l'oeuvre projetée qui auront à décrire les 
vicissitudes de l'astronomie polonaise jusqu'à l'aube de sa renaissance 
chez nous, aussi bien que les chapitres qui s'occuperont du passé non moins 
mouvementé de nos observatoires astronomiques au cours des deux 
siècles suivants, seront rédigés par des personnes compétentes. Ce sont .. 
précisément cette circonstance et le fait, déjà mentionné, que dans les 
écrits antérieurs on trouve de précieux matériaux pour la synthèse PI'O- 
jetée, qui ont amené le Groupe à décider, en 1955, de consacrer tout son 
effort non pas à des travaux monographiques ou d'édition, mais à la ré- 
daction en commun d'un ouvrage qui remplacerait, sous une forme amé- 
liorée et considérablement augmentée, le mémoire de Kucharzewski 
de 1872. 
La voie qui menait à ce but était presque évidente dès 1955, car si 
ce devait être le résultat du travail de plusieurs auteurs, il fallait en pre- 
mier lieu qu'ils s'entendent sur la limite chronologique de l'Histoire, et 
qu'en même temps ils la partagent en périodes et sous-péI'iodes de telle 
manière que chacune puisse échoir à un auteur compétent. La première 
de ces questions ne causa au Groupe aucun embarras, c'est pourquoi 
il fut décidé à la séance du 6 octobre 1955 de n'amener le récit que jusqu'à J 
l'année 1945, n'excluant toutefois pas les cas exceptionnels où cette limite 
serait un peu dépassée pour des astronomes disparus entre-temps (p.ex. . 
Tadeusz Banachiewicz]). La seconde question, p3.I' contre, présentait 
des difficultés qu'il sera peut-être utile d'exposer ici en détail, ne fût-ce 
que parce que l'expérience concrète du Groupe pourra aider dans le futur 
les autres groupes du Comité d'Histoire de la Science auprès l'Académie 
Polonaise des Sciences dans le cas où ils entreprendraient de rédiger col- 
lectivement des ouvrages similaires sur l'histoire des mathématiques, 
de la physique ou de la médecine polonaises. 


1 Né en 1882. mort en 1954.
		

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			35 


Or, au cours de ses premiers débats sur la périodisation détaillée de 
l'histoire de l'astronomie polonaise avant et après les partages du pays, 
le Groupe s'est persuadé que dans la suite des travaux préliminaires il 
sera commode d'appliquer, au regard de chacune de ces deux époques, 
une méthode un peu différente. Cela résultait en effet des deux prémisses 
dont j'ai parlé plus haut sans les formulcr explicitement. L'une d'elles, 
essentielle, en appelait au fait historique que nos plus anciens observa- 
toires astronomiques, dans le sens actuel du mot, avaient été fondés à un 
moment proche du premier partage de la Pologne (celui de Wilno en 1753, 
celui de Cracovie une trentaine d'années plus tard). Cette prémisse con- 
cordait bien avec la seconde, de caractère accidentel et personnel, à savoir 
que le Groupe comptait deux personnes déjà versées dans l'histoire de 
l'astronomie en Pologne avant les partages. C'est donc à elles que le Groupe 
confia le soin d'établir une périodisation détaillée de cet espace de plu- 
sieurs siècles. 
De façon concrète, le Groupe avait affaire à. deux plans prélimi- 
naires partiels, élaborés chacun par une personne, le second devant faire 
suite au prcmier, car leur limite chronologique avait été fixée à la moitié 
du XVIe s., qui coïncide presque exactement avec la mort de Nicolas 
Copernic et par cela même avec la publication de son immortel traité 
Sur les révolutions. Le premier plan partiel a été élaboré par l'auteur de 
cet article; c'est 
onc moi-même qui suis responsable de la disposition 
et de la subdivision des chapitres 1 - VI dans la Liste provisoire des chapi- 
tres d'une Histoire de l'astronomie en Pologne, imprimée aux dernières 
pages de cet article. Pour être exact, je dois pourtant ajouter que ces 
chapitres présentent par rapport à mon projet primitif certains écarts 
dus à la féconde discussion entreprise par le Groupe en sa séance du 23 
mars 1956 et à mes propres réflexions ultérieures. Deux motifs de nature 
essentielle ont rendu le second plan partiel, confié au docteur Tadeusz 
Przypkowski, beaucoup moins aisé à établir. Il y a lieu, tout d'abord, 
de reconnaître que, dans la littérature du sujet, l'histoire de l'astronomie 
en Pologne, après Copernic et avant Poczobut et Sniadecki, a été moins 
étudiée et surtout moins systématisée que ceUe de la période antéricure. 
En second lieu, à l'ouverture de ses débats, le Groupe n'était pas encore 
suffisamment orienté quant à la date qui devait clôre la période dont 
était chargé Tadeusz Przypkowski. Sachant fort bien que Poczobut avait 
eu pour prédécesseurs d'autres jésuites polonais, il ne pouvait pas, en 
effet, décider sans hésitation si ces jésuites (avec Zebrowski et Rogalinski 
en tête) appartenaient encore à cette période ou plutôt à la suivante, 
dont il sera question plus loin. Bref, pour la période dont nous occupons 
maintenant il a été difficile non seulement de la subdiviser, mais encore 
d'en fixer un terme ad quem. Min de nc pas retarder l'élaboration du troi-
		

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			36 


sième plan partiel, le GI'oupe s'est concentré, en discutant le projet du Dr 
Przypkowski, avant tout sur la subdivision chronologique de l'histoire 
de l'astronomie polonaise depuis le milieu du XVIe jusqu'au milieu du 
XVIIIe s. (voir les chapitres VII-XII de la Liste provisoire), en remettant 
l'étude de la partie finale du projet, clôturé par la date de la fondation 
de la Commission de l'Education Nationale (1773), jusqu'à l'établisse- 
ment de sa concordance avec la partie initiale du troisième plan, dont 
je vais maintenant exposer les formes successives. 
Dans la premi(\re phase de son élabo
ation, il devait comprendre 
toute la période, comptant pI'esque 200 ans, pendant laquelle ont fonc- 
tionné chez nous, jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, des obser- 
vatoires astI'onomiques permanents et modernes, à commencer par celui 
de Wilno; quant au caractère et au cours des travaux, il était dès le début 
évident, pour les raisons dont l'essentiel a été dit plus haut, qu'ils seront 
le labeur collectif des astronomes spécialisés qui s'étaient déclarés prêt!:! 
à collaborer avec le Dr Przypkowski et moi-même à l'ouvrage projeté. 
Tous, et d'abord les professeurs Wladyslaw Dziewulski, Eugeniusz Rybka 
et J6zef Witkowski, ont effectivement apporté leu
 précieuse contribu- 
tion, surtout au regard de l'histoire des observatoires dans lesquels ils 
avaient autrefois travaillé ou travaillent encore. C'est précisément ce 
que j'avais en vue en écrivant plus haut qu'eu égard à l'histoire de l'astro- 
nomie polonaise après les partages de la Pologne, le GI'oupe avait prévu 
des préparatifs un peu différents de ceux que j'ai esquissés en parlant 
des deux premiers plans partiels. Il est néanmoins évident que ce troi!:!iè- 
me plan a aussi été discuté à plusieurs reprises par le Groupe entier. 
Il est de même évident que, dans ce cas aussi, le prohlüme PI'incipal 
consistait à établir uno périodisation détaillée de l'histoire de nos obser- 
vatoires du XVIIIe au XXe s. Mais la solution raisonnable de ce p
oblèmo 
était encore plus difficile que pour l'histoire de notre astronomie depuis 
le milieu du XVIe jusqu'au milieu du XVIIIe s. Au regard des années 
postérieures à 1870, absentes chez KuchaI'zewski, c'était en effet un pro- 
blème tout nouveau, jusqu'ici complètement négligé par l'historiographie; 
mais en ce qui concerne la période antérieure à cette date la situation 
n'était guère meilleure, car la division en chapitres adoptée par Kucha- 
rzewski (à partir de la p. 164) ne se prêtait pas sous do nombreux rapports 
à l'imitation, car elle violait la chronologie en classant le sujet par obser- 
vatoires, sans parler du fait que les deux derniers chapitres (pp. 202 -228) 
traitent amplement de choses socondaÏI'es pour le progrès de la science 
astronomique, à savoir la "Commémoration de Copernic dans notre 
pays au XIXe s." et les "Livres de vulgarisation astronomique publiés 
en polonais au cours de ce siècle". C'est pourquoi les auteurs du troisième 
plan se trouv(\rent obligés d(' rechercher eux-mêmes des critères propres 


-
		

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à la périodisation de l'histoire de notre astronomie après la fondation des. 
obseryatoires permanents en Pologne. 
Il est aisé de comprendre que la première date ainsi fixée fut 1918, 
qui mettait fin aux années d'esclavage de notre nation et ouvrait les deux 
décennies d'indépendance de l'entre-deux-guerres. Cette premièI'e césure 
ayant été choisie, la première version du troisième plan dut être parta- 
gée en deux parties inégales: jusqu'à la, fin de la Premièl
e Guerre mon- 
diale et de 1918 à 1945, date assignée auparavant comme terme ad q1te-m 
de l'ensemble de l'ouvrage. Cette seconde partie a été préparée par le 
professeur E. Rybka; c'est donc à lui qu'est due la subdivision de la pério- 
de 1918-1945 que présentent les chapitres XVIII-XIX de la Liste 
provisoire. Comme le Groupe était venu déjà plus tôt à bout des discus- 
sions sur la périodisation de l'histoire de notre astronomie jusqu'à la moitié 
du XVIIIe s., il ne restait plus qu'à le faire pour les années 1750-1918- 
et notamment à décider de la place que l'ouvrage donnerait aux pre- 
miers rudiments de nos observatoires astronomiques permanents, anté- 
rieurs aux activités de Poczobut et de Sniadecki. 
On sait que ce n'étaient pas des obsel'Vatoires d'Etat, néanmoins 
leur destin est étroitement lié à la genèse des observatoires établis auprès 
de l'Ecole Centrale de Lituanie et de l'Ecole Centrale de la Couronne sous 
l'autoI:ité de la Commission de l'Education Nationale; c'est pourquoi 
leur histoire a été incorporée non setùement au plan établi précédemment 
par le Dr Przypkowski, mais aussi à la version primitive du troisième 
plan et, après son partage, à sa première partie {lont je m'occupe mainte- 
nant qui doit sa périodisation précise aux professeurs Dziewulski et Wit- 
kowski. Le plan, rédigé par eux, de l'histoire de l'astronomie polonaise 
depuis le Siècle des Lumières jusqu'au commencement du nôtre, m'a 
servi de guide, en ce qui concerne cette période, dans la rédaction du plan 
d'ensemble de l'Histoire de l'astronomie en Pologne. C'est en effet à moi 
que le Groupe a confié la tâche de rédacteur de ce plan d'ensemble qui 
réunit en un tout les plans partiels qui l'ont précédé. 
Sous sa forme actuelle, la Liste p1"Ovisoire des chapitres, mentionnée 
déjiL à plusieurs reprises, en compte 22, ainsi qu'une introduction et une 
{'onclusion de ma plume. Pour ce qui se rapporte aux "chapitres" pro- 
prement dits, je rappellerais, en résumant et en précisant mes considé- 
rations précédentes, que je suis le premier responsable de la disposition 
des chapitres 1 - VI, tandis que pour les seize autres la chose se présente 
comme suit: les chapitres VII - XII sont le résultat de la discussion du 
projet présenté par le Dr Przypkowski, les chapitres XIII-XVII celui 
de la discussion du projet présenté par les professeurs Dziewulski et Wit- 
kowski, enfin les chapitres XVIII-XXI sont presque sans modifications 
c£>ux du projet présenté par le professeur Rybka. Lui aussi a bien voulu
		

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m'aider de ses conseils dans la rédaction de quelques énoncés des chapi- 
tres VII-XVII. 
Il ne m'appartient pas de juger cette Liste sur le fond, mais il me semble 
qu'en la lisant on aura déjà une idée sur toute l'histoire de notre astro- 
nomie. Son premier objet est toutefois de servir d'instrument de travail 
aux auteurs d'un ouvrage collectif SUl' cette histoire. Instrument sans 
doute utile, bien qu'encore insuffisamment poli. Son caractère provisoire 
est attesté non seulement par le titre, mais aussi par les signes d'interro- 
gation qui suivent certains mots; ils indiquent que le problème en ques- 
tion n'est pas encore tout à fait clair pour le rédacteur ou pour les autres 
auteurs de la Liste. Il convient de remettre l'élucidation de ces problèmes 
au moment, très proche, où l'on se mettra déjà à écrire l'ouvrage projeté 
par le Groupe; c'est aussi l'avenir qui dil.'a s'il n'y a pas lieu de modifier 
tel ou tel chapitre par rapport à ce que propose la Liste. Il convient 
d'ailleurs de remarquer que cette disposition ne poursuit qu'un seul but: 
orienter le lecteur de la Liste sur le caractère des problèmes qui appar- 
tiennent, d'après l'opinion de ses auteurs, au chapitre correspondant; les 
auteurs n'ont nullement cherché à épuiser ces questions jusqu'au fond. 


... 


LISTE PROVISOIRE DES CHAPITRES D'UNE 
HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE EN POLOGNE 


Introduction (but et caractère de l'ouvrage, considérés dans le contexte 
de la littérature antérieure du sujet). 
Chapitre 1. Les connaissances astronomiques spontanées des Slaves, 
et en particulier des tribus slaves qui ont formé la nation polonaise. 
1. Déductions per analogiam de ce que nous savons sur les origines 
de l'astronomie en général. Des connaissances rudimentaires étaient 
indispensables à des fins pratiques (division du temps, orientation). 
2. Déductions fondées sur les témoignages préhistoriques de la culture 
matérielle. Le gnomon présumé dans la Forêt de Tuchola (II - Ille 
s. apr. J.-C. n 
3. Déductions à partir de la mythologie slave. Rites liés au solstice 
d'été, etc. 
4. Déductions fondées sur h
s survivances ethnographiques. Noms 
des constellations. 
Chapitre II. Cadre historique des origines de l'astronomie et de l'astro- 
logie en Pologne médiévale. 
1. Dans l'histoire de la culture intellectuelle de l'Europe, ce qu'on 
appelle le Moyen Age ne constitue pas une époque homogène. Le 
maigre savoir astronomique en Europe après les migrations des 


-
		

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			, 
b 
r 


39 


peuples; ses sources. La révolution intellectuelle au XIIe s.; ses 
causes et ses manifestations. 
2. En conséquence de cette révolution, l'astronomie européenne 
se tourne de nouveau vers l'astronomie grecque, prenant en même 
temps connaissance de l'apport des peuples de l'Islam à l'astro- 
nomie. Bref aperçu de l'histoire de l'astronomie (et de l'astrologie) 
depuis le Ve s. av. J.-C. (Eudoxe de Cnide) jusqu'aux XIe et XIIe 
s. (Azarchel et Alpetragius). 
3. Histoire générale de l'astronomie européenne dans le bas Moyen 
Age (depuis les astronomes de l'Europe occidentale du XIIe s., 
les Tables alphonsines, jusqu'à Georg Peurbach et Regiomontanus). 
L'astrologie - compagne inséparable de l'astronomie. 
4. L'enseignement de l'astronomie dans les universités des XIIIe 
et XIVe siècles. Ces universités deviennent le terrain d'émulation 
entre la théorie des sphères homocentriques et celle des excentri- 
ques et des épicycles. 
Ohapitre III. L'astronomie et l'astrologie en Pologne du Xe au XIVe s. 
1. Leurs traces insignifiantes avant le milieu du XIIIe s.; causes de 
cet état (le choses. 
2. Witelo. Sa biographie, ses oeuvres astI'onomiques présumées ou 
perdues, ses connaissances astronomiques d'après son traité d'op- 
tique. 
3. Franko de Pologne. Son traité sur le torquetum, sa critique des 
tables astronomiques usuelles. 
4. Connaissances rudimentaires d'astronomie et d'astrologie en Po- 
logne au XIVe s. Manuels de calendariographie, pronostic craco- 
vien sur la comète de 1368, tables des syzygies, horoscope pour 
l'enfant d'Hedvige et de Ladislas Jagellon, etc. 
Chapitre IV. L'astronomie et l'astrologie à l'Université de Cracovie au 
xve s. 
1. Matières enseignées à la Faculté des arts. Méthode d'enseignement 
et manuels. Importation de manuscrits astronomiques de Prague. 
2. La chaire d'astronomie fondée par Stobner; son activité au cours 
de la première moitié du siècle. Détermination de la latitude et 
de la longitude de Cracovie. Tab
tla6 resol1ttae. 
3. Marcin Kr61. Sa biographie, son traité sur la correction des Tables 
alphonsines, la chaire d'astrologie fondée par lui. Rapports entre 
l'astrologie et la médecine. 
4. Les disciples et sllccesseurs directs de Krol (Amlrzej Grzymala, 
Wojciech d'Opat6w, Piotr Gaszowiec, etc.). 
5. Marcin Bylica. Sa biographie et sa collaboration avec J ohaIUles 
Rcgiomonot.anus. Ses instruments astronomiques. 


4 - A. Birkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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			40 


6. Les autres astrologues et astronomes itinérants de nationalité 
polonaise. 
7. Nouvelle phase dans l'histoire de l'astronomie de Cracovie, ini- 
tiée par Jan de Glog6w et Wojciech de Brudzewo. Biographies, 
oeuvres, int
oduction d'un nouveau manuel d'astI'onomie thé- 
orique. 
8. Les disciples polonais de Jan de Glog6w et de Wojciech de B;ru- 
dzewo assurent, de concert avec leurs maîtres, l'abondance de 
cours d'astI'onomie et d'astrologie à l'Université de Cracovie dans 
le dernier quart du xve s. 
9. G
ande renommée de l'Université de Cracovie, meilleure école 
d'astronomie en Europe centrale. Affluence d'étudiants étrangers, 
parmi lesquels de futurs professeurs d'ast
onomie à Heidelberg, 
Vienne et Wittenberg. 
Chapitre V. Nicolas Copernic (1473-1543). 
1. Origine, adolescence, études à Cracovie; ses maîtres cracoviens. 
Hypothèses au sujet du bagage de connaissances que Copernic 
a pu acquérir dans cette école. 
2. Premier séjour en Italie (Bologne - Rome). Collaboration avec 
Domenico Maria, observations faites à Bologne et à Rome. 
3. Second séjour en Italie (Padoue - Ferrare). Genèse de la théorie 
héliocentrique, ses hypothèses aprioristes. 
4. Le Commentariolus. Séjour de Copernic à Lidzbark. Son début 
littéraire en 1509. 
5. Les premiers livres du De revolutionibus. Découverte du mouve- 
ment desapsides, passage de la construction biépicyclique à la 
construction excentrépicyclique. Le t
aité perdu de Copernic sur 
la correction du calendrie;r. 
6. Les livres suivants du De revolutionibus (théorie du mouvement 
des planètes supérieUl
es et inférieures). Observations faites à From- 
bork et à Olsztyn. Modifications dans la division du De revolutioni- 
bus en livres. Détermination de plus en plus précise des éléments 
du mouvement de la Terre et des autres planètes. Lettre à 'IV a- 
powski. 
7. Retard dans la mise sous presse du De revolutionibus; exhortations 
de Tiedemann Giese et de Nikolaus Schonberg. Rumeurs en Europe 
sur une nouvelle théorie ast
onomique. Almanach astronomique 
pour 1536, ouvrage pe:rdu de Cope
nic. 
8. Arrivée de Georg Joachim Rheticus. Compléments à quelques 
chapitres de l'autographe et mise au net. La N arratio prima de 
Rheticus. Publication séparée de la Trigonométrie de Copernic. 


-
		

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9. Impression du De revolutionibus. Le faux d'And!'eas Osiander 
et la protestation de Copernic. Son épUre dédicatoire à Paul III. 
10. La dernière maladie de Copernic et sa mort. Démarches de Giese 
en vue d'obtenir d'Osiander une révocation; espérances déçues 
pa:r Rheticus. Sort de l'oeuvre manuscrite et de la bibliotèque 
de Copernic. 
Chapit;re VI. Déclin de l'école astronomique de Cracovie dans la première 
moitié du XVIe s. 
1. Recul par :rappo:rt au développement de l'ast:ronomie en Allemagne, 
concurrence des unive:rsités allemandes (Ingolstadt, Vienne, Heidel- 
berg, Wittenberg, etc.). 
2. Les de.rnie.:rs ét;rangers ayant étudié l'ast;ronomie à l'Université 
de Cracovie (Funck, Turmair, Buchwald, Von Rode, St:rôlin, Moi- 
ban, Johann Budo;rensis). LeUl' séjou;r passage:r à C:racovie. 
3. L'enseignement de l'astI'onomie s'enlise dans la routine et l'inertie, 
tandis que l'astrologie fleu;rit (Mikolaj de Szadek et d'autres). 
Causes économiques et sociales de ce déclin, témoigné par les publi- 
cations astronomiques et astrologiques des imprimeI'ies de C:racovie. 
4. Marcin Biem, épigone de l'école de Wojciech de Brudzewo. Ses 
:relations probables avec Copernic. Son t;raité sur la correction du 
calendrier, son ast:rométéoI'ologie. Observations astronomiques spo- 
radiques des autres professeurs de l'Unive;rsité de Cracovie. 
5. Intérêt porté il. l'astronomie et l'astrologie pa;r Berll3.I'd W"apowski 
et Maciej de Miech6w. 
6. Audience partielle de l'oeuvre de Copernic il, Cracovie (almanach 
d'Hilary de Wislica). 
Chapitre VII. L'astronomie et l'ast:rologie à l'Unive.rsité de Cracovie 
dans la seconde moitié du XVIe a. 
1. L'activité pédagogique et scientifique des professeUl's de ce temps, 
en p3.I'ticulier de Stanislaw Jacobeius et de Jan Muscenius. 
2. Le séjoUl' de Georg Joachim Rheticus il, C;racovie (vers 1555-1570) 
et de Johann Praetorius (vers 1570). L'obélisque de Rheticus. 
L'observation collective du 24 août 1563. 
3. Walenty Fontanus et son cours sur le De revolutionibus (1578-1580). 
4. Vulgarisation de l'astronomie. Les Phaenomena d'Aratos traduits 
par Jan Kochanowski; les cartes célestes de Jan J anuszowski 
(1584). Les feuilles astronomiques volantes de Cracovie. 
5. L'ast:rologie: PI'onostics de Mikolaj P:rokopowicz de Szadek (mort 
en 1564); horoscopes politiques de Piotr de Proboszczowice pour le 
roi Sigismond-Auguste (1572), de Rheticus (') pOUl' les futurs rois 
élus, ainsi que de Fontanus pour le l'oi Sigismond III Vasa (1587- 
-1610), etc.
		

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			42 


,1 


Chapitre VIII. La controverse au sujet du calendrier grégorien. 
1. Les prédécesseurs polonais de la réfol'lne du calendrieI' (Copernic, 
Biem). 
2. La polémique scientifique entre Jan Latosz et Feliks ZebrowAki. 
3. Introduction officielle du calendrier grégorien en Pologne ct les 
émeutes de protestation à Riga (1583-1586) Il. 
Chapitre IX. L'astronomie polonaise dans la première moitié du XVIIe s. 
1. Aperçu des progrès de la pensée astronomique après la mort de 
Copernic. Les Tabulae Prutenicae d'Erasmus Reinhold. Tycho 
Brahé, en tant qu'observateur et inventeur d'un nouveau système; 
ses contacts avec la Pologne. Invention de la lunette et son a})pli- 
cation aux obseI'vations astronomiques (Galilée, Scheiner, etc.). 
Travaux théoriques de Kepler; ses cont.acts avec la Pologne (Waw- 
rzyniec Susliga, Florian Crusius, Jan Papius). Consolidation de 
la théorie héliocentrique; sa condamnation par la réaction catho- 
lique. 
2. Introduction de la lunette en Pologne. Observations de Charles 
Malapert et de ses élèves polonais (Szymon Perovius, Aleksy Sylvius). 
L'enseignement de l'astronomie dans les écoles jésuites, travaux 
de Mikolaj Smogulecki (mort en 1648), Jan Rudomina-Dusiacki 
(Wilno 1633), Oswald Krüger (1598-1665). 
3. L'astronomie traditionnelle et l'astronomie nouvelle à l'Univer- 
sité de Cracovie. Jan Brozek et Stanislaw Pudlowski; leurs rela- 
tions avec les astronomes étrangers. Etudes de Brozek sur la vie 
et l'oeuvre de Copernic. L'Académie de Zamoéé (?). 
4. L'astronomie à Gdansk. Bartlomiej Keckermann (1573-1619) 
et Piotr Krüger (1580-1639). 
5. L'astronomie dans les autres centres acatholiques. Rak6w (Joa- 
chim Stegman, mort en 1632), Leszno (Jan Amos Komensky-Co- 
menius, Jan Jonston, Maciej Gloskowski), Torun (
), Wroclaw (?), 
Koenigsberg (n 
6. Intérêt porté à l'astronomie par les rois de la dynastie des Vasa 
(lunette envoyée à Sigismond III par Galilée, Pierre des Noyers et.c.). 
Chapitre X. Jan Hevelius (1611-1687). 
1. Sa biographie et sa correspondance avec les savants étrangers. 
2. Sa contribution à l'amélioration de la technique des observations 
et ses inventions dans ce domaine. 
3. Observations de la Lune, découverte de la libration, cartes du 
disque lunaire. 


1 Riga était alors la capitale de la Livonie polonaise. 


" 


-
		

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			43 


4. Observations de Saturne et des comètes, Hevelius et le système 
copernicien. 
5. Nouvelles constellations et catalogue des étoiles. 
Chapitre XI. Les contemporains d'Hevelius. 
1. Stanislaw Lubieniecki (1623-1673) et son ouvrage sur les comètes 
(1667). 
2. La cosmographie de Jozef Naronski (mort en 1676), les données 
géophysiques dans les travaux de Samuel Suchodolski (mort en 
1697). Adam Kochanski (Adamandus). Le problème de l'influence 
exercée par l'astronomie polonaise sur la Russie (Slawiniecki) 
et la Chine 3. 
3. Inertie de l'enseignement de l'astronomie à l'Université de Cra- 
covie et dans les écoles qui lui étaient subordonnées. L'astronomie 
ne poursuit que des buts purement utilitaires. La gnomonique 
théorique dans les travaux de J. Brozyna (1665) et Stanislaw Solski 
(1686). La gnomonique pratique (cadrans solaires). L'astrologie. 
Chapitre XII. L'époque des rois de Saxe. 
1. Décadence complète de la pensée astronomique polonaise, surtout 
en comparaison avec le développement de l'astronomie en Europe 
occidentale. 
2. La gnomonique théorique (Jozef Tulawski 1751, Franciszek Slupski 
1773) et pratique. 
3. Les calendriers et almanachs publiés à Cracovie et à ZamoM, do- 
minés sans reste par l'astrologie. 
Chapitre XIII. L'aube de la renaissance de l'astronomie polonaise dans 
le troisième quart du XVIIIe s. 
1. Cadre général. Les débuts de la révolution intellectuelle en Pologne: 
réforme partielle des écoles piaristes (Konarski) et jésuites; des 
magnats propagent les idées du Siècle des Lumiè
es occidental 
(influence des relations avec la France). Echec des démarches 
(l'Andrzej-Stanislaw-Kostka Zaluski en vue de réformer l'Uni- 
versité de Cracovie. 
2. L'observatoire astronomique jésuite à Wilno. Fondation d'Elzbieta 
Pllzyna (1753). L'activité scientifique et pédagogique de Tomasz 
Zebrowski (1714-1758). Son successeur Jan Nakcjanowicz. Les 
études de l\Ial'cin Poczobut à l'étranger et son retour à "\Vilno en 
1764. Ses pI'emiers travaux à l'observatoire de cette ville et son 
secoml séjour à l'étranger (1768). Nouveaux instruments et début 
des obllervations systématiques (1773). 
3. L'observatoire astronomique jéRuite à POZllan. Activité de Jozef 
Rogalill.Hki (1728-1802). Son séjour it Paris, l'achat d'instruments 
a ABtrollomCB jésuiteB polonais en Chine.
		

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			44 


astronomiques grâce aux fonds offerts par la reine Marie Leszczynska. 
Organisation de l'observatoire. Les collaborateurs de Rogalillski: 
J. Paprocki, A. Gawronski, les jésuites français Sionest et Dela- 
borde. Observations (éclipse du Soleil le 1 er juin 1764; détermi- 
nation des coordonnées géographiques de l'observatoire). Publi- 
cations de Rogalinski (manuel de physique en 4 volumes, tables 
du lever et du coucher du Soleil). Suppression de l'ordre des jésui- 
tes; incendie de l'observatoire, transport des instruments sauvés 
à Cracovie. 
4. Campagne en faveUl' du système héliocentrique. Travaux de Jozef- 
Aleksander Jablonowski (1760, 1763), traduction polonaise de 
Fontenelle par Eustachy D
bicki (1765), brochure de Grzegorz 
Arakielowicz (1768). 
5. L'astronomie en vogue à la cour royale et à celles des magnats. 
L'observatoire de Stanislas-Auguste et les jésuites de Varsovie 
(Stefan Luskina, Jan Bohomolec). Les observatoires privés des 
familles Czartoryski, Puzyna, RadziwiU, Sapieha, Rusiecki (à Tro- 
janka, la lunette de Le Rebours et Secrétan se trouve au musée 
de l'Université de Cracovie). 
6. Efforts de Jozef Popiolek (1750) et de J. F. Niegowiecki (1763) 
pour le renouveau de l'astronomie à l'Université de Cracovie. 
Chapitre XIV. Entre le premier et le troisième partage de la Pologne. 
1. Suppression de l'ordre des jésuites, fondation et activité de la Com- 
mission de l'Education Nationale. Réforme du système scolaire, 
notamment universitaire. 
2. L'astronomie à l'Ecole Centrale de Lituanie. Activité initerrompue 
de Marcin Poczobut. Observations astI'onomiques régulières et 
leur publication dans les "Cahiers des observations astronomiques 
faites à l'Observatoire de Vilna". 
3. L'astronomie à l'Ecole Centrale de la Couronne. Réforme de l'Uni- 
versité de Cracovie par Hugo KolllJ!taj. Annonce de la fondation 
d'un observatoire astronomique (1780), ses premiers instruments. 
Jan Sniadecki, ses études à l'étI'anger et son retour à Cracovie en 
1781. Sa Pochwala Mikolaja Kopernika [Eloge de Nicolas Copernic] 
(1782) comme intI'oduction à ses cours d'astronomie. Ses démarches 
pour l'équipement de l'observatoire en instruments. Construction 
de l'observatoire pendant le second séjour de Sniadecki à l'étranger. 
Premières observations (1788-1791). Les événements politiques 
interrompent les travaux astronomiques de Sniadecki; sa parti- 
cipation à l'insurrection de 1794. Cracovie passe sous la domination 
de l'Autriche; germanisation PI'ogressive de l'Université. Sniadecki 
publie ses observations dans les périodiques scientifiques allemands; 


-
		

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			45 


son mémoire 0 Koperniku [Sur Copernic] (1802). Sniadecki quitte 
Cracovie en 1803. 
4. L'astl'onomie en dehors des centres universitai,res. Jowian-Fry- 
deryk Bystrzycki, astl'onome du roi Stanislas-Auguste. Autres 
observatoires privés. L'astronomie dans les manuels de physique et 
de géographie publiés P3.I' la Société des livres élémentaires. Les 
méI'ites d'Andrzej Gawronski pour la nomenclature astronomique 
polonaise. 
Chapitl'e xv. L'astronomie polonaise dans le pI'emier quart du XIXe 
siècle. 
1. L'Observatoire de Wilno. Poczobut contribue à aSSUI'er l'avenir 
de l'Ecole Centrale de Lituanie. Ses dernières observations et son 
mémoire sur le .zodiaque de Denderah (1803). Son successeur est 
Jan Sniadecki (1807); son élection au poste de recteur de l'Uni- 
versité impériale de Wilno. Les multiples fonctions et occupations 
de Sniadecki ne l'empêchent pas de faire de nombreuses observa- 
tions dont il communique les résultats aux savants étrangers. 
Ses manuels de géographie et de trigonométrie sphérique, son mé- 
moire 0 obserwacjach astronomicznych [Sur les observations astro- 
nomiques] et ses autI'es travaux scientifiques. Ses collaborateurs 
de Wilno; sa l'etraite en 1825. 
2. L'ObservatoÏ!'e de Cracovie. Ses vicissitudes entre le troisième 
partage de la Pologne et le Congrès de Vienne. Les autorités du 
Duché de Varsovie nomment directeur Jozef L
ski (1811) qui, 
sous la République de Cracovie, dote l'Observatoire de nouveaux 
instruments astronomiques (1818-1822). Démission de L
ski 
en 1824 et direction passagère de Wincenty Karczewski (1824- 0 
-1825). 
3. Démarches pour la fondation d'un obsel'vatoÏ!'e dans la capitale 
du Royaume du. Congrès c . A l'Université Royale de Varsovie, 
érigée en 1816, la chaire d'astronomie est confiée à Franciszek Ar- 
minski. Ses efforts pour assurer l'équipement et la constl'uction 
du futur observatoire. Mise en sel'vice de cet Obsel'vatoire en 1825. 
4. L'astronomie en dehol's des centres universitaires et sa vulgarisa- 
tion. Manifestations du culte de Copernic en Pologne dans ce temps. 
Wincenty Wis.zniewski (né en Pologne en 1781, mo!'t à Saint- Pé- 
tersbourg en 1855), premier professeur d'astronomie à l'Université 
de Saint-Pétel'sbourg, membre de l'Académie Impériale des Scienées. 
Chapitre XVI. Depuis l'inauguI'ation de l'ObseI'vatoire de Varsovie jus- 
qu'à la suppression de l'Ecole Centrale. 


, Nom donné au Royaume de Pologne créé par le Congrès de Vienne (1815).
		

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			46 


f 


1. Cadre général. Histoire de l'astI'onomie mondiale dans les premières 
décennies du XIXe s. et caraeMI'istique de son état vers 1840. 
Développement de l'astronomie méI'idienne; Bessel, V. Struve 
(Poulkovo), Airy (Greenwich). Développement de l'astronomie 
stellaire (positions des étoiles, étoiles doubles, parallaxes des étoiles). 
2. L'Observatoire de Varsovie. Arminski directeur. Suppression de 
l'Université Royale de Varsovie (1832), après l'éehec de l'insurrec- 
tion de 1830. Arminski continue à diI'iger l'ObseI:vatoÏI'e et procède, 
avec son adjoint J. B3.I'anowski, à de nombreuses observations 
(astl'onomiques et météorologique!:!). Les adjoints J. Falkowski 
et A. Prazmowski; travaux scientifiques de Prazmowski dans ce 
temps. Après la mort d'Arminski, la direction de l'Observatoire 
est assumée p3.I' Baranowski; son activité scientifique, didactique 
et administrative. L'édition varsovienne des Oeuvres de Copernic 
avec leur tl'aduction polonaise; importance scientifique et politique 
de eette édition. Prazmowski nommé professeur de physique à l'Ecole 
Centrale Il, où il n'enseigne que pendant une année, après quoi 
il s'établit à l'étranger (1863). Son successeur à l'Observatoire est 
J. Kowalczyk qui devient bientôt chargé de cours à l'Ecole Centrale 
(où il enseigne l'astronomie sphérique, l'astronomie pratique et 
la géodésie). 
3. L'Observatoire de Wilno. Après Sniadecki, la direction est confiée 
à Piotr Slawinski; son activité didactique à l'Université de \Vilno 
et son manuel d'astronomie (1828). Suppression de l'Université 
de Wilno (1832) après l'insurrection de 1830. L'Observatoire passe 
sous l'autorité de l'Académie Impériale des Sciences à Saint- Péters- 
bourg, mais Slawinski en reste le directeur jusqu'en 1843. Réamé- 
nagement de l'ObservatoÏI'e qui reçoit de nouveaux instruments. 
Observations de Slawinski et de l'adjoint M. Hluszniewicz; la part 
prise par l'Observatoire de Wilno à la triangulation de la Litua- 
nie et de la Courlande, effectuée dans les aIUlées 1816 -1833 sous 
la direction du général Tenner. Hluszuiewicz directeur, ses nouvelles 
observations (1843-1848). Russification de l'Observatoire de \Vilno, 
placé successivement sous la direction de Georg Fnss (1848-18:53), 
Sabler (1853-1865), Gousiev (1866) et Berg. Incemlie (le l'Obser- 
vatoire et sa suppression; transfert des instruments et de la biblio- 
thèque à Poulkovo. 
4. L'Observatoire de Cracovie sous la direction de Maximilian Weisse 
(de 1825 à 1862). Renouveau des activités scientifiques auquel 


l 
1 


1 Ecole centrale de Varsovie, fondée en 1861, fermée ('n 1869; à sa place il exis- 
tait entre 1869 et 1915 une Université impériale de Varsovie, de langue russe et 
avec un corps enseignant rus8C.
		

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contribue l'adjoint J. Steczkowski. L'achat de nouveaux instru- 
ments permet de procéder à des observations astronomiques l'égu- 
lières, surtout des étoiles fixes. Début d'observations météorolo- 
giques systématiques (1839-1847). C
acovie incorporée à l'Autri- 
che en 1846; l'Observatoire menacé de suppression, entre autres 
du fait de la vétusté du bâtiment. Réaménagement de ce bâtiment 
dans les années 1858-1859. 
5. Travaux des astronomes polonais (Boguslawski et autI'es) à l'Obser- 
vatoire de Wroclaw, fondé par Jungnitz en 1790. 
Chapitre XVII. Depuis la suppression de l'Ecole Centrale jusqu'à la fin 
de la Première Guerre mondiale. 
1. Cadre général. Histoire de l'astronomie mondiale du
ant cette 
période. Catalogues de la position des étoiles. Débuts de l'astro- 
physique. 
2. L'Observatoire de Varsovie. En 1870 (1869
) Baranowski prend 
sa retraite, son successeur est J. A. Vostokov, auparavant adjoint 
à l'ObseI'vatoire de Kiev. Reconstruction de l'Observatoire et 
achat de nouveaux instruments. Observations de Kowalczyk. 
Incorporation de l'Observatoire à l'Université Impériale de Var- 
sovie. Kowalczyk nommé astronome-observateur supérieur. Son 
travail au catalogue varsovien de 6041 étoiles. Ses manuels d'astro- 
nomie théorique. Mort de Vostokov (1898); A. V. Krasnov direc- 
teuI' de l'ObservatoiI'e. La part prise par Tadeusz Bana/chiewicz, 
assistant de l'Observatoire, aux travaux de cette institution. 
S. Tchornyï directeur de l'Observatoire (1907). L'observatoire 
sous l'occupation allemande 1915-1918 (Swiderski, K:rassowski). 
3. L'Observatoire de Cracovie. Franciszek Karlinski directeur. Les 
travaux d'observation entravés par l'insuffisance des subventions 
du gouvernement autrichien. La part prise par J. Kowalczyk 
et L. A. Birkenmajer aux travaux de l'Observatoire. Observa- 
tions gravimétriques et météorologiques. Les calculs de Karlinski. 
Maurycy-Pim; Rudzki est appelé à l'Université de Cracovie et 
succède à Karlinski (1902) comme directeur de l'Observatoire, 
auprùs duquel Rudzki fonde un'3 Station shnnique. Rudzki en tant 
que théoricien et auteur 	
			

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bowski. GI'abowski en tant que théoricien et observateur. J. Ry- 
zner, adjoint de l'Observatoire. Erection, à l'Université de Lw6w, 
d'une chaire d'astronomie, confiée à Marcin Ernst. Mérites d'Ernst 
dans le domaine de l'enseignement et de la vulgarisation. 
5. Les observatoires privés, indépendants des hautes écoles. L'obser- 
vatoire de J. J
drzejewicz à Plonsk. J
drzejewicz en tant qu'obser- 
vateur et auteur d'un manuel. Observatoire de l'abbé Kowalski 
à Sienniki près de Przemy
l. Observatoire de 'V. Szaniawski à Prze- 
galiny. La maison de Magier à Varsovie (rue Piwna). 
6. Les astronomes polonais à l'étranger. Activité scientifique de A. Praz- 
mowski après son départ en France. Herkules Dembowski (la 
question de sa nationalité polonaise). Kazimierz GraU (né en 1878); 
ses travaux astronomiques à Berlin et à Hambourg. Les Polonais 
professeurs d'astronomie en RU8sie; Marian Kowalski, Witold 
Ceraski, Bolesla w Mlodziejowski (
), Leopold Berkiewicz, A. 01'- 
binski (î), L. Okulicz (n Autres astronomes polonais qui ont 
longtemps travaillé dans les observatoires russes et sont ensuite 
revenus en Pologne: A. Gromadzki, T. Banachiewicz, M. Kamienski, 
B. Zaleski. Quelques-uns d'eux seront directeurs des observatoires 
de Cracovie, Poznan et Varsovie après le recouvrement de son 
indépendance par la Pologne. 
7. L'Observatoire de Wroclaw, dirigé successivement par Galle, Franz 
et Wilkens. 
8. Etudes sur l'histoire de l'astronomie en Pologne: F. Karlinski 
(1864), F. Kucharzew8ki (1872), T. Zebrawski (1873, 1886), L. A. 
Birkenmajer (depuis 1890), S. Kramsztyk. La célébration du 400 e 
anniveI'saire de la naissance de Copernic (1873); les publications 
qui s'y rattachent (Karlinski, Pauli, Polkowski, \Volynski). 
Chapitre XVIII. Les premières années de l'organisation des observatoi- 
res en Pologne indépendante (1918-1923). 
1. La situation au lendemain des partages. Etat de l'ObseI'vatoire ! 
de Cracovie après la mort de M. P. Rudzki. Situation provisoire 
à l'ObseI'vatoire de Varsovie. Piètres pos8ibilités de travail scien- 
tifique des astronomes de Lwow. De nouveaux observatoires 
doivent être fondés, entre autres en rapport avec la fondation des 
universités à Poznan et à Wilno. 
2. De retour en Pologne, Tadeu8z Banachiewicz est appelé à l'Uni- 
versité de Cracovie. L'Observatoire de Cracovie dans les premières 
années après la guerre. Objet des observations (étoiles variables 
à éclipses, occultations des étoiles par la Lune). Problèmes théori- 
ques à l'Ohservatoire de Cracovie. 
3. Fondation de l'Observatoire de Wilno sous la direction de W1adyslaw 


-
		

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Dziewulski. Le premier cabinet des instruments de Wilno. Début 
des études de photométrie photographique. Observations des 
étoiles variables. 
4. La création d'un observatoire auprès de l'Université de Poznan 
est décidée. Echec des pOUl"parlers avec Kazimierz Graff. Bohdan 
Zaleski et la fondation de l'Observatoire de Poznan. Les travaux 
s'orientent vers l'astrométrie. 
ChapitI'e XIX. Années de collaboration entre les observatoires en Pologne 
(1923-1930). 
1. L'astronomie polonaise dans le contexte de l'astronomie mondiale 
moderne. Rapides progrès de l'astrophysique et de l'astronomie 
stellaire à l'étranger; au regard d'eux les études dans ce domaine 
sont, en Pologne, très en ret3.I'd, les observato4'es polonais étant 
insuffisamment équipés en instruments modernes. 
2. En 1923 la Pologne célèbre le 450 e anniversaire de la naissance 
de Copernic. Le congrès astronomique de Torun. Fondation de la 
Société Astronomique Polonaise. Parution des Acta Astronomica. 
3. L'Observatoire de Cracovie étend le champ de ses activités. Obser- 
vations systématiques des étoiles variables à éclipses. P3.I't de 
l'Observatoire dans les travaux de la Commission Géodésique des 
Etats baltes. Problèmes de géodésie. Publications de l'Observatoire 
de Cracovie. Station astronomique de haute montagne sur le Lubomir 
(Lysina)8. Découverte d'une nouvelle comète par Lucjan OI'kisz. 
4. L'Observatoire de Varsovie. La nomination de Michal Kamienski 
à la chaire d'astronomie de l'Université de Varsovie met fin au 
provisoire. Travaux de Felicjan K
pinski à l'Observatoire univer- 
sitaire. Travaux de M. Kamienski sur le mouvement de la comète 
de Wolf. Commencement des observations des étoiles variables. 
5. Erection d'tme chaire d'astronomie à l'Ecole Polytechnique de 
Varsovie et fondation auprès d'elle de l'Institut d'astronomie 
pratique. Activités scientifiques de F. K
pinski et de ses collabo- 
rateurs. . 
6. Développement de l'Observatoire de Wilno. Construction des pa- 
villons destinés aux observations en dehors de la ville. Organisation 
de l'Observatoire et programme de ses travaux. Etudes sur les 
céphéides. 
7. L'Observatoire de Poznan. Travaux de B. Zaleski; sa mort en 
1927. La chaire d'astronomie est confiée à Jozef Witkowski; ses 
travaux d'astrométrie. 


· Dans le Beskide moyen, partie centrale des Beskides de l'Ouest.
		

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			50 


8. L'astronomie à Lwow. Études d'astronomie géodésique à l'Ob- 
servatoire de l'École Polytechnique (L. Grabowski). L'activité 
de Marcin Ernst à la chaire d'astronomie de l'Université de Lwow; 
ses manuels. 
9. L'Institut d'Astronomie à l'Université polonaise libre de Varsovic. 
Jan Krassowski et Leon Hufnagcl. 
10. La Société Astronomique Polonaise de 1923 à 1930 sous la pré- 
sidence de T. Banachiewicz. Les Acta Astronomica. Expédition 
en Laponie suédoise pour l'observation de l'éclipse du Soleil. L'Insti- 
tut national d'astronomie. 
Chapitre XX. Les observatoires polonais dans la seconde décennie de 
la Pologne indépendante (1930-1939). 
1. Caractéristique générale de cette période de l'astronomie polonaise. 
Activité croissante des jeunes astronomes formés en Pologne après 
1918. Relâchement des liens entre les observatoires. Extinction 
des activités de la Société Astronomique Polonaise. 
2.. Histoire de l'Observatoire dc Cracovie au cours de la période con- 
sidérée. Développement des rccherches sur le calcul des cracoviens. 
Continuation des observations des étoiles variables à éclipses. 
Expéditions de 1930 et 1936 pour l'observation des éclipses du 
Soleil. Les observations sur le Lubomir. Travaux d'observation 
d'Antoni 'Vilk (découverte de nouvelles comètes). 
3. J..J'astronomie à Lwow. Eugeniusz Rybka appelé à la chaire d'astro- 
nomie de l'Université de Lw6w. Organisation des recherches de 
photométrie photographique à l'Observatoire universitaire. Acti- 
vité scientifique de l'Observatoire de l'Ecole Polytechnique de Lwow. 
4. L'Observatoire de Poznan. Continuation des travaux d'astrométrie 
de J. Witkowski. Observations des comètes et des plar..étoides. Tra- 
vaux théoriques sur les calculs. 
5. L'Observatoire de l'Université de Varsovie. Continuation des étud('s 
sur le mouvement de la comète de Wolf. Ohservations des étoiles 
variables. Autres travaux de recherches. Fondation d'une Succur- 
sale de l'Observatoire en haute montagnc sur lc Pop 1 wan (dans 
les monts Czarnohora)7. 
6. L'Institut d'astronomie pratique de l'Ecole Polytechnique dc 
Varsovie. Travaux d'astronomie géodésiquc et de photométric 
photographique (F. Kepinski et 1\1. Kowalczewski). 
7. L'Observatoire de Wilno. Continuation des études ùe photométrie 


. 


7 Partie oricntalc dcs Bcslddcs dc l'Est. 


-
		

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			51 


et de spectrophotométrie. W. Iwanowska et ses travaux. W. Zonn, 
1\1. Kowalczewski et autres astronomes de l'Observatoire. 
8. Les astronomes polonais à l'étranger. Kazimierz Graff, Lucjan 
Matkiewicz et autres. 
9. L'Observatoire de Wroclaw de 1918 à 1939. 
ChapitI:e XXI. Autres manifestations de l'activité astronomique en Pologne 
de 1918 à 1939. 
1. Le mouvement amateur. Fondation de la Société des Amateurs 
de l'Astronomie, transformé plus tard en Société Polonaise des 
Amis de l'Astronomie. La revue Urania à Varsovie et à Lw6w. 
Observatoires d'amateurs: Cz
stochowa, J
drzej6w (F. Przypkowski). 
Activité scientifique de T. Rakowiecki. 
2. Les historiens polonais de l'astronomie. Continuation des études 
de L. A. Birkenmajer SUI' l'oeuVl'e de N. Copernic. Projet d'une 
nouvelle édition de ses oeuvres, irréalisé à cause de la mOI't de 
de L. A. Birkenmajer (1929). Mémoires scientifiques sur l'histoire 
de l'astronomie étrangère (L. A. Birkenmajer et A. Birkenmajer). 
3. Ouvrages de vulgarisation dans le domaine de l'astronomie. Les 
livres de M. Ernst et d'autres auteurs. Travaux astronomiques 
dans les publications de caractère encyclopédique. 
4. L'astronomie à l'école secondaire. Les manuels de M. Ernst, J. Ga- 
domski, E. Rybka. Démarches en vue d'inscrire l'astronomie au 
programme comme matière à part. Les activités des enseignants 
des écoles secondaires. 
Chapitre XXII. Les observatoires polonais pendant la Seconde Guerre 
mondiale. 
1. L'Observatoire de Cracovie sous le régime nazi. L'emprisonnement 
de T. Banachiewicz et sa détention dans un camp de concentration 
(1939-1940). Activité du curateur allemand K. Walter. La Sta- 
tion du mont Lubomir incendiée par la gestapo. 
2. L'Observatoire de Varsovie pendant les années d'occupation. 
L'insurrection de Varsovie et l'incendie de l'Obse;rvatoire univer- 
sitaire. Incendie de l'Ecole Polytechnique de Varsovie. 
3. L'Observatoire de Poznall sous la direction allemande. 
4. Les observatoires de Lw6w pendant les années 1939-1941; col- 
laboration avec l'Institut Sternberg de Moscou; observations des 
étoiles variables. Les observatoires de Lwow pendant l'occupation 
allemande. Mort de Lucjan Grabowski. Le prog!'amme des obser- 
vations à l'Observatoire universitaire. 
5. I..e sort de l'Observatoire de 'Vilno et de ses astronomes pendant 
la guerre. 
6. Les pertes humaines de l'astronomie polonaise pendant les années
		

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			52 


de guerre. Mort de M. Kowalczewski et de nombreux autres jeunes 
astronomes. Les astronomes polonais en émigration (Y). 
7. Etat de l'astronomie polonaise à la fin de la Seconde Guerre mon- 
diale. 
Conclusion. Aperçu synthétique SUI' l'ensemble de l'histoire de l'astro- 
nomie polonaise. Ses splendeurs et ses ombres. 


Traduit par Stanislaw Dobrzycki
		

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			LA CONTRIBUTION DU CLERGE POLONAIS A LESSOR 
DES SCIENCES MATHEMATIQUES ET NATURELLES. 


L'oeuvre du clergé catholique polonais dans le domaine de la pratique 
et du développement des sciences mathématiques et naturelles date du 
XIIIe siècle et fut poursuivie sans interruptions notables jusqu'au 
début du XIXe siècle. Quoique par la suite elle perdît considérablement 
de son ampleur ce ne fut pas sans exceptions. Du reste, il est facile 
de constater un phénomène historique semblable dans d'autres pays 
d'Europe, et notanunent dans ceux qui au XVIe siècle se prononcèrent, 
soit dans leur totalité, soit dans leur majorité, pour le catholicisme. Cette 
analogie a, il est vrai, certaines limites, et cela principalement en fonction 
de l'époque à laquelle les représentants laïques de telle ou autre nation 
se mirent à pratiquer à une échelle plus importante les sci
nces en question; 
quoi qu'il en soit, on admet d'un commun accord que les premiers ouvra- 
ges latins consacrés aux mathématiques ou à l'astronomie, après le 
déclin de la culture scientifique antique, furent écrits p3.I' des ecclésiasti- 
ques et que, tout au long du l\foyen Age, la contribution du clergé euro- 
péen à la pratique des sciences mathématiques et naturelles fut très 
importante, voire même prédominante dans certains domaines. Et bien 
que la Renaissance et la Réforme aient de fond en comble modifié cet 
état de choses en faveur des savants laïques, les ecclésiastiques catholi- 
ques n'en continuèrent pas moins à s'inscrire glorieusement dans les pages 
de l'histoire des sciences, et ce tant en Pologne qu'ailleurs. 
Puisque les cinq premiers siècles des mille ans d'existence de l'Etat 
polonais apPaJ:'tiennent sans l'este au Moyen Age, rien d'étonnant à ce 
que les plus anciens mathématiciens et naturalistes polonais provinssent 
	
			

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			54 


ment leurs travaux dans la mesure où ils cadrent avec notre sujet. Nous 
agirons évidemment de même avec leurs successeurs qui apparticnnent 
déjà à la deuxième moitié de notr
 millénaire. Par contre, nous ne nous 
intéresserons aux détails de leur vic et de leur oeuvre que dans la mesure 
où ils établiront irréfutablement que nous n'avons pas affaire dans le 
cas concret à un laïque. Et qu'il soit parfois indispensable de recourir 
à une telle preuve, l'exemple concret qui suit nous en convaincra sur le 
champ. Il s'agit d'ailleurs d'un savant qui a droit ici à la priorité en égar(l 
i1 la chI'onologie. 
Il s'agit de Witelo, physicien, mathématicien, astronome et philo- 
sophe, né en Basse-Silésie vers 1230; il nous a légué un ample cours d'opti- 
que, célèbre à l'échelle européenne, ainsi que nous le verrons sous peu. 
Et pourtant, jusqu'aux premières années de notre siècle, nos connaissances 
sur la vie de Witelo étaient très fragmentaires, car les biographes ne pou- 
vaient puiser que dans une source unique: son ouvrage d'optique (inti- 
tulé Perspectiva) lequel toutefois ne nous procure sur ce plan que des ren- 
seignements extrêmement maigres et, SUl'tout, ne nous dit pas si son 
auteur était un laïque ou un ecclésiastique. Et ce n'est qu'au début de ce 
siècle que la découverte du deuxième ouvrage de Witelo (cette fois-ci 
de nature philosophique) nous apprit que celui-ci était curé (plebanus) 
d'une paroisse silésienne et qu'autour de 1265, il étudiait le droit canon 
à l'Université de Padoue, ayant l'intention d'entreprendre ensuite des 
études théologiques. Cependant, déjà à Padoue, si ce n'est plus tôt (et 
notamment pendant son séjoUl' à Paris), ses goûts personnels s'orientaient 
de préférence vers la géométrie et l'optique et, lorsque quclque temps 
après il quitta l'Italie du Nord pour Viterbe où il connut et se lia d'amitié 
avec un dominicain flamand, Guillaume de MoeI'beke, c'est SUI' la demande 
de ce dernier (ainsi qu'il l'affirme), qu'il se mit à écrire son oeuvre capi- 
tale, la Perspectiva déjà citée. 
POUl' un historien des sciences, cette oeuvre de dix livres équivaut 
à une encyclopédie systématiquement établie des connaissances de l'épo- 
que sur les phénomènes optiques. Dans sa majeure partie, elle a pour mo- 
dèle une encyclopédie analogue élaborée par Alhazen, le grand opticien 
arabe (965 -1039). Toutefois, Witelo enrichit la teneur grâce à l'apport 
d'autres traités d'optique, écrits dans la Grèce antique ou dans le monde 
de l'Islam et traduits en latin aux XIIe et XIIIe siècles, ainsi que de 
travaux du même genre dûs à Robert Grosseteste, Roger Bacon et Albert 
le Grand, donc à des écrivains chrétiens contemporains de notre auteur. 
Dans ce sens, la Perspectiva est une compilation, mais il ne faut pas pour 
autant croire que son auteur no l'a pas enrichie d'un apport pcrsonnel 
sérieux. Le fait de ne pas avoir omis un seul de tous les traités d'Ol)tique, 
connus dans l'Europe latine de la seconde moitié du XIIIe siècle, mérite
		

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à lui seul des éloges. Witelo connaissait donc toute la littérature ancienne 
et contemporaine du sujet et la comprenait en général fort bien. Il con- 
vient enfin de préciser que, en dépit d'un usage antérieurement consacré, 
Witelo traita également dans son encyclopédie optique de phénomènes 
lumineux, tel que l'arc-en-ciel, qui se produisent dans l'atmosphère ter- 
restre; en d'autres termes, sa Perspectiva est à l'échelle européenne le 
premier cours systématique de la science de la lumière qui n'omet point 
l'optique dite météorologique. 
En alignant telles et autres qualités de l'oeuvre analysée, on comprend 
sans le moindre étonnement pourquoi celle-ci eut un large retentissement 
presque immédiatement après sa parution et fut considérée comme classi- 
que dès la première moitié du XVIe siècle. Elle fut recopiée avec empres- 
sement dans l'Europe occidentale et méridionale tout au long du bas 
Moyen Age et, au XVIe siècle, fut l'objet de trois éditions imprimées 
successives. Cette oeuvre nourrit l'esprit tant de Léonard de Vinci que 
de Nicolas Copernic et, en 1604, Johannes Kepler intitula son traité 
d'optique Ad Vitellionem paralipomena, autrement dit, il le qualifia 
modestement de "suppléments à Witelo". 
En qualité de mathématicien et d'astronome, Witelo a encore droit 
à quelques phrases supplémentaires. De ses propres propos, il résulte 
qu'il consacra des ouvrages, ou tout au moins des opuscules séparés à ces 
deux sciences; il semble toutefois que ceux-ci aient irrémédiablement 
disparu. Néanmoins, en ne se fiant qu'à la Perspectiva, nous pouvons 
nous convaincre que son auteur appartenait aux géomètres l(,s plus éru- 
dits ayant vécu au Moyen Age en Europe. Quant à la Pologne, telle qu'elle 
était au treizième siècle, ce représentant des sciences exactes était un 
phénomène entièrement isolé, dû uniquement au fait que Witelo passa 
la majeure partie- de sa vie à l'étranger. 
Il n'en est pas autrement en ce qui concerne le premier (du moins 
à notre connaissance) botaniste polonais, puisque originaire de la Silé- 
sie, il acquit lui aussi sa formation de naturaliste en Europe occidentale. 
Il s'agit là de Tomasz, évêque auxiliaire de Wroclaw et titulaire de Sarepte, 
auparavant chapelain du duc de \Vroclaw, Henri VI. Mais avant d'accéder 
à ces honneurs, il avait passé la première moitié de sa vie à l'étranger, 
d'a\)orù à fairc des études canoniques et médicales, ensuite à exercer la 
méùocine "ùans différentes parties (ainsi qu'il le dit) du Monde". Il dé- 
cOllle ùe son oeuvre qu'il connaissait parfaitement bien les conditions 
et los IIsages tchèques, allemands et anglais; il est également établi qu'il 
voyag'Ja ùans 10 Miùi de la France et il n'est pas exclu qu'il ait parcouru 
l'B:spag.lC ùu Norù et l'Italie. C'était donc un homme qui avait vu bien 
de/-i pays, plÜsànt son savoir non seulement dans les livres, mais aussi 
da. ." la fréq uOlltation des hommes et dans le commerce avec la nature. 


5 - A. Blrkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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			56 


Touchant la quarantaine, il se fixa à Wroclaw où, vers le milieu du XIVe 
sii>cle, il fut consacré évêque. Il mourut en 1378, âgé dc plus de 80 ans. 
Une quinzaine d'années avant sa mort, il avait entrepris la rédact,ion 
ùe ùeux grands ouvrages médicaux, l'un établi dans l'o:rdre alphabétique 
et l'autre dans l'ordre des matières. Ce dernier était consacré à la science 
de la conHervation de la santé, aux médicaments simples (principalemcnt 
tirés des plantes médicinales), aux médicaments composés et au traite- 
ment des maladies. En lisant cet ouv:rage, nous pouvons const.ater que 
l'évêque Tomasz avait l'esprit clairvoyant et un remarquable don d'ohser- 
-vation de la nature; il s'intéressait tout particul
èrement au règne vé- 
gét.al, non seulement à titre de médecin, mais aussi en naturaliste. Aussi, 
n'est-ce pas sans fondement que nous le considérons conune le premier 
bot.aniste polonais. . 
La restauration de l'UniveI'sité Jagellonne, en 1400, permit au clergé 
polonais, dans une mesure bien plus gI'ande qu'auparavant, de s'instruire 
dans les sciences mathématiques et même de les développer. En effet, 
t.ous les étudiants inscrits à la Faculté des arts libéraux (dans leur majorité 
soit appartenant déjà à l'état ecclésiastique, soit s'y préparant) étaient 
obligés d'assister aux cours de mathématiques et d'astronomie; l'accom- 
plissement de cette obligation ne se heurtait à aucune difficulté, puisque, 
dès les pI'emières années du XV e siècle, une chaire destinée précisément 
à l'enseignement de ces sciences fonctionnait dans le cadre de ladite faculté. 
Le professeur qui en était chargé, le collega Stobnerianus, devait enseigner 
l'algorithme des nombres entiers et fractionnaires, la géomét:rie selon 
Euclide, les connaissances fondamentales portant sur le système cosmo- 
logique reconnu à l'époque (d'après le manuel de Jean de SacI'obosco), 
ainsi que les modes d'emploi des tables astronomiques; en outre, il était 
tenu d'établir chaque année le calendI'ier astronomique pour le méridien 
de Cracovie. Et bien que ces cours n'eussent jamais dépassé un niveau 
de connaissances assez élémentaires, du moins assurèrent-ils à l'Univer- 
sité Jagellonne l'enseignement ininterrompu des mathématiques et de 
l'astronomie, continniM que bien des universités européennes de l'époque 
pourraient envier. Mais, ce qui nous intéresse le plus sur ce plan, c'est 
que certains professeurs cI'acoviens ne se contentèrent pas d'enseigner 
et qu'ils élaborèrent des manuels à l'usage des étudiants; c'est que, parmi 
ces professeurs, il y eut des ecclésiastiques tels que, pal: exemple, Andrzej 
Grzymala de Poznan (mort en 1466 alors qu'il était curé de Saint-Nico- 
las à Cracovie), Wojciech de Brudzewo (mort en 1495 en tant que chanoine 
de la collégiale Saint-Florian à Cracovie), ou Jan (le Glog6w (mort en 1507, 
chanoine de la même collégiale). 
(luant à Jan Stanko (mort en 1493), professeur de médecine à l'Uni- 
verr.;ité .T agellonne et médecin du roi, il était membre de deux chapit.res, 


-
		

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			( 


57 


r 


ceux de "\Vroclaw et de Cracovie. La postérité lui doit un index alpha- 
bétique de la flore et de lai faune polonaise, émunérant 523 espèces de 
végét.aux et 219 espèces d'animaux, chiffres impressionnants pour l'épo- 
que et témoignant d'une ren13.I'quable connaissance du sujet. Aussi, 
l'un des plus éminents historiens de la botanique (aujourd'hui décédé)! 
revendiquait-il non sans fondement pour Stanko une place entre des na- 
turalistes aussi remarquables en leur temps qu'Albert le Grand et Konrad 
Gesner. 
En abordant le XVIe siècle, il serait inconcevable que nous omettions 
Nicolas Copernic (1473-1543), puisque ce génial savant appartint lui 
aussi à l'état ecclésiastique en sa qualité de chanoine du chapitre de From- 
bork (depuis 1497) et passagèrement de la collégiale de la Sainte-Croix 
à Wroclaw. N'oublions pas non plus qui'il étudia à Bologne le d!'oit canon 
flont il fut promu docteur à Fe1'l'are. Il est inutile de consacre
 ici plus 
de place à son oeuvre immoI'telle, le De revolutionibus, qui inaugure l'épo- 
que moderne dans l'histoire de l'astronomie; par contI'e, au nom de la 
vérité histo
ique, il nous faut affirmer que ceux qui attribuent à Copernic 
une vision matérialiste du monde, sont dans l'erreur. En effet, la chose 
se présente sous un tout autre jour, puisque l'auteur proclame explici- 
tement dans quatre différents passages de son oeuvre principale que 
l'Univers doit son existence à Dieu en tant que Créateur de toutes choses 
(Opifex omnium), et qu'il ajoute dans un de ces passages que cet Etre 
l'mprême et parfait (Optimus Maximus) a créé l'Univers pou
 le bien du 
genre humain. 
. Parmi les amis de Copernic se trouvaient deux autres élèves de l'Uni- 
versité JageUonne: Marcin Biem d'Olkusz, mort en 1540 alors qu'il était 
professeur à la Faculté de théologie, et Bernard W apowski, mo
t en 1535 
en t.ant que membre du chapitre de la cathéd!'ale de Cracovie. Le premier, 
conciliant en sa personne la formation du t.héologue et l'él'Udition de l'astro- 
nome, élabora pour le compte de l'Université un projet d'amélioration 
du calendrier julien, destiné au V e Concile du Latran (1516). Le second, 
Wapowski, qui entretint un contact soit direct, soit épistolaire avec 
Copernic jusqu'à la fin de sa vie, dès ses études en Italie témoigna de 
l'intérêt pour la géographie, et plus précisément pour la cartographie, 
et participa à l'établissement de la plus ancienne carte xylographique 
de l'Etat polonais (et des pays limitrophes) - intitulé Tabula moderna 


1 J6zef Rostafin8ki, Medycyna na UniwerBytecie Jagiellofl.Bkim w XV w. [La 
médecine à l'université de Cracovie au XV e siècle], Krak6w 1900, p. 79; le même. 
Botanika i zoologia w PolBce od czasow najdawniejBzych az do otwarcia Szkoly G16wnej 
w WarBzawie [La botanique et la zoologie en Pologne depuis l'époque la plus ancienne 
jusqu'à la fondation de l'Ecole Centrale à Varsovie], "Polska w kulturze powszech. 
m'f'. Krak6w 1918, vol. JI, pp. 268-279, aux pages 268-269.
		

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Poloniae, Ungariae, Bohemiae, Germaniae, Russiae, Lithuaniae -laquelle 
fut annexée à l'édition latine de la Geographia de Ptolémée, imprimée 
à Rome en 1507. Mais Wapowski est en premier lieu l'auteur d'une grande 
carte de la Pologne, tirée en trois feuilles xylographiées, vers 1526, chez 
l'imprimeur cracovien Florian Ungler. 
A cet endroit de notI.'e esquisse, il nous faut objectivement constater 
qu'en dehors de Copernic, Biem et Wapowski, le XVIe siècle en Pologne 
. ne donna jour à aucun autre ecclésiastique qui se soit distingué par un 
ouvrage original et valable dans le domaine des sciences mathématiques 
ou naturelles et ayant, de ce fait, mérité d'être mentionné ici. A consi- 
dérér, en outre, que ces trois savants sont nés encore au XVe siècle et 
décédés avant les années cinquante du siècle suivant, on constate que 
la deuxième moitié du XVIe siècle n'apporte à notre sujet rien qui soit 
digne d'attention. Il est facile, du moins à notre avis, d'attribuer comme 
cause principale à cet état de choses le fait qu'il s'agisse là d'une époque 
où les querelles confessionnelles et les controverses théologiques absor- 
bèrent en Pologne les esprits, en premier lieu ceux des penseurs les plus 
éclairés et les plus audacieux, et ceci tant du côté des partisans de la Ré- 
forme que du côté des défenseurs du catholicisme. Aussi, ce n'est qu'après 
l'an 1600 que parmi le clergé catholique polonais renaît la tradition du 
travail créateur dans le domaine des sciences exactes et naturelles. 
Jan Brozek (1585-1652) fut l'un des auteurs de ce renouveau. Pro- 
fesseur à l'Université Jagellonne depuis 1610, curé à Stasz6w depuis 1632, 
à Mi
dzyrzecz depuis 1636, chanoine du chapitre de la cathédrale de Cra- 
covie depuis 1649, son érudition était complexe et approfondie; ses goûts 
et ses occupations étaient cependant multiples et c'est pourquoi, à notre 
avis, il ne consacra aucun ouvrage plus important aux mathématiques, 
bien qu'il eût placé cette discipline au-dessus de toutes les autres sciences. 
Il publia toutefois quelques opuscules sur la théorie des nombres (science 
jamais jusqu'alors pratiquée en Pologne), l'arithmétique, la géométrie 
et l'astronomie, discipline dans laquelle il était partisan du système hélio- 
centrique et zélateur enthousiaste de son auteur. Profondément attaché 
à son Université, il convainquit en 1631 un certain Adam Strzalka de 
Rudza de fonder une chaire de géométrie pratique et, en 1639, il légua 
lui-même à l'Université une somme assez importante pour l'époque, 
dont les intérêts devaient, entre autres, arrondir les honoraires du pro- 
fesseur de mathématiques et servir à doter la bibliothèque du Collège 
Majeur en livres et instruments mathématiques et astronomiques. Il 
légua également à l'Université sa précieuse bibliothèque personnelle, 
dont il ne se réserva que la jouissance viagère. 
Brozek avait pour ami intime Stanislaw Pudlowski (1597-1645), 
juriste de formation, mais physicien, astronome et mathématicien de
		

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			1 
j . 
1 
1 


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préférence, qui s'intéressait aux extraordinaires découvertes scientifiques 
multipliées de son temps par les savants, surtout italiens avec Galilée 
en tête, et qui parvenaient d'autant plus facilement à sa connaissance 
qu'il fit trois longs voyages en Italie. Le deuxième de ces voyages (1633- 
1634) fut le plus fructueux, puisqu'il en rapporta non seulement de nom- 
breuses publications nouvelles consacrées aux sciences naturelles, mais 
aussi et principalement divers instruments nouvellement construits 
en Italie: lunettes, thermoscopes, aimants, boussoles, balances de pré- 
cision, etc. Et comme il était déjà à l'époque le curé de l'église Saint- 
Nicolas, établie dans un faubourg de Cracovie, il installa dans son pres- 
bytère une sorte de laboratoire de physique et d'observatoire astrono- 
mique. Il établit minutieusement l'orientation du méridien et la latitude 
de son observatoire; à l'aide de deux lunettes, il observa et fixa sur des 
dessins autographes la position des taches solaires, les phases de Vénus, 
les mouvements des satellites de Jupiter, le paysage montagneux de la 
surface du satellite terrestre, etc. Quant à la physique, il répéta les expé- 
riences de Galilée sur la chute libre des corps, établit le poids spécifique 
de différentes substances, la température d'ébullition de certains liquides, 
etc. Cependant, l'élément le plus original dans toute l'oeuvre scientifique 
de Pudlowski consiste dans le fait qu'ayant établi expérimentalement 
pour Cracovie la longueur du pendule à secondes et qu'étant convaincu 
que cette mesure était également de rigueur pour un endroit quelconque 
du globe terrestre (ce qui n'est vrai, ainsi que nous le savons à présent, 
qu'approximativement), il estima que cette longueur pouvait être admise 
comme "universelle", c'est-à-dire servir d'unité internationale de longueur, 
capable de mettre fin à la confusion due à l'usage, dans les différents 
pays d'Europe, de diverses mesures purement locales en dépit de noms 
souvent identiques ou semblables. Ainsi, l'intention de Pudlowski était, 
au fond, celle qui, plus de cent ans après, aboutit à la création du système 
métrique des mesures et des poids. 
Quant aux deux autres ecclésiastiques polonais qui, au même siècle 
que Pudlowski, se consacrèrent à l'observation des taches du Soleil, nous 
ne connais
ons pas encore en détail leur vie et leur oeUVI'e j mais même 
les maigres informations dont nous disposons sont, pour une bonne part, 
tellement extraordinaires et si peu connues qu'il convient de les l'apporter 
ici d'une manière moins sonunaire, d'autant plus que ce qu'on a écrit 
jusqu'à présent au sujet de ces deux observateuI's ne se confirme que 
dans une proportion minime. Ainsi, par exemple, rien de plus vain que 
les suppositions, entièrement fantaisistes, quant aux "vrais" noms de 
ces deux ecclésiastiques, dont l'un apparaît toujours dans les sources 
en tant que Simon Perovius, l'autre en tant qu'Alexius Sylviusj le pre- 
mier ayant appartenu à la Compagnie de Jésus, le second au clergé sécu-
		

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lier, mais tous les deux ayant étudié, peu après 1610, au collège j
sllite 
de Kalisz. Ils furent, d'après ce que nous en savons aujourd'hui, les pre- 
miers Polonais qui eurent la possibilité PI'atique d'apprendre à se servir 
d'une lunette pour les observations astronomiques, ceci grâce à lem' }II'O- 
fesseur de Kalisz, le jésuite belge Charles Malapert (1581-1630), ayant 
séjourné en Pologne depuis le mois d'août 1613 jusqu'à l'année Hi17. 
Malapert disposait (à ce qu'il semble) de deux lunettes qui, aux termes 
de l'accord préalablement conclu avec le jésuite allemand Christoph 
Scheiner, devaient sel'Vir en premier lieu à l'observation des taches du 
Soleil, domaine qui était en quelque sorte la spécialité des astronomes 
jésuites de l'époque. Aussi, par leurs objets, instruments et méthodes, 
toutes les observations, effectuées à Kalisz de 1614 à 1617 par Malapert, 
Perovius et Sylvius, ne se distinguent par rien d'essentiel des observations 
faites par Scheiner à Ingolstadt. 
Cependant, les observations de Kalisz eurent, en quelque sorte, Ulie 
suite. En effet, après le départ de Malapert pour la Belgique, elles furent 
pOUl'suivies par deux équipes, puisque les deux anciens collaborateurs 
de Malapert n'abandonnèrent pas l'astI'onomie, bien qu'ils se fussent 
séparés, suivant chacun sa pI'opre voie. Perovius resta en Pologne, demeu- 
rant d'abord à Kalisz (d'où proviennent ses observations des taches 
solaires datées de mars et de juillet 1618), puis à Poznan, oil encore en 
1621 il enseignait les mathématiques au collège de sa Compagnie. Par 
contre, Sylvius, soit parce qu'il avait accompagné Malapert, soit parce 
qu'il le rejoignit ensuite, s'établit à Douai, siège d'une université jésuite 
prospère à l'époque. Dans cette ville, de nouvelles observations du (lisque 
solaÏI'e furent entreprises depuis 1618 et systématiquement poursuivies 
par Malapert assisté de Sylvius, particulièI'ement (ainsi qu'il s'avéra) 
doué et ingénieux SUI' le plan de la mécauique de précision, g!'âce à quoi 
le cycle belge de leurs observations communes pouvait, par l'apport au 
cycle de Kalisz, faire appel à des instnillwnts plus maniables, in veut(.s 
et construits par notre compatriote. Ce cycle dura pour le moins jusqu'à 
l'année 1627, et probablement jusqu'à l'année 1630, puisque ce n'est 
qu'à cette dernière date que les deux astronomes quittèrent Douai pour 
Re rendre à Madrid, au collège jésuite impérial qui avait confié à Malapert 
la chaire des mathématiques. Cependant, ce dernier tomba malade en 
cours de route et à peine eut-il franchi la frontière espagnole qu'il mourut, 
aux premiers joUl's de novembre 1630. Cet événement tragique ne fit 
pas, semble-t-il, rebI'ousser chemin à Sylvius, puisqu'on sait qu'il cons- 
truisit en 1634, dans le collège de Madrid, une "sphère d'Archimède" 
qui, arrangée d'après le système héliocentrique et mise en mouvement 
à l'aide de petits poids, reproduisait le mouvement des corps cMeRtes 
avec, à ce qu'il paraît, une précision proprement invraisemblable.
		

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.A partir de 1635, et jusqu'à 1649, l'existence extI'aordinaire de Sylvius 
se prête mal à une datation précise; il semble cependant que notre auteur 
Roit resté en Espagne jusqu'en 1638, date à laquelle il revint en Belgique 
et élut domicile chez les bénédictins du monastère d'Anchin, situtl à quel- 
que quinze kilomètres de Douai. Là, peut-être sous l'influence d'un (les 
religieux, il commença l'élaboI'ation d'un ample traité calendariographique, 
tout en revenant à la lecture des oeuvres des gI'ands mathématiciens 
grecs, à laquelle il s'adonnait déjà (selon ses dires) en 1620. Il n'en continua 
pas moins à s'intéresser aux applications pratiques (le la physique bien 
que (à ce qu'il semble) seule une partie minime de ses "inventions" œalors 
et (le plus tard eussent donné lieu, par les soins de leur auteur, à (les 
réalisations concrètes. Avant l'année 1649, il quitta Anchin et revit enfin 
le sol natal, faisant probablement partie de la suite du châtelain de Kalisz, 
.J. n. Rozdrazewski, qui devint son mécène. Pendant combien de temps 

yhrius fut-il l'hôte des Rozdrazewski, dans leur domaine de Krotoszyn, 
situé en Grande-Pologne Y Nous ne connaissons à ce sujet qu'une seule 
(late, celle de février 1650; mais il est plus que probable qu'il y habitait 
encore en 1651, époque à laquelle l'imprimerie de Leszno publia son 
premier et dernier livre, comptant plus de 400 pages, dont 87% consa- 
crées au traité calendariographique mentionné plus haut. Cependant, 
ce n'est pas lui, bien qu'intéressant, qui décide (à notre avis) de la valf'ur 
du livre, car ses parties strictement mathématiques (pages 365 à 368 
et 374 à 418), sont de beaucoup plus captivantes, voire même surpre- 
nantes. Ces pages prouvent d'abord que leur auteur, malgré ses multil)les 
occupations, combien variées, et ses inventions, suivait de près les progrès 
des sciences mathématiques en Europe occidentale (qui, (le son vivant, 
préparaient le terrain sur lequel devait naître quelque temps après l'actuel 
calcul infinitésimal), puiBqu'elles procédaient déjà par des opérations 
qui, bien que présent
es sous l'aspect géométrique légué par les Grecs, 
conduisent aux résultats qu'un mathématicien obtient (le nos jours par 
le calcul d'une intégrale définie adéquate. Qui plus est, Sylvius ne se 
contentait pas de suivre les progrès des mathématiques, mais encore il 
y participait activement. C'est ainsi qu'il publia, fait que peI'sonne n'avait 
jusqu'ici remarqué, exactement à la même date (1651) que le jeune Chris- 
tiaan Huygens, la l}reuve que l'oeuvre, par ailleurs très précieuse, (le 
Grégoire a Sancto Vincentio sur la quadrature du cercle contient aUl5si 
des théorèmes mathématiques erronés. Il s'avère donc que la Pologne 
possédait en la personne œ Aleksy SylviuH un savant étant parvenu, 
indépendamment du génial Hollandais, aux mêmes conclusions que ce 
dernier et qui, de ce fait, méI'ite de se voir décerner une place d'honneur 
parmi les mathématiciens polonais du XVIIe siècle. 
C'est déjà à la seconde moitié du XVIIe siècle qu'apI)artient l'activité
		

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scientifique d'Adam Kochanski (Adamandus) (1631-1700), qui, après 
être entré dans la Compagp.ie de Jésus, passa de nombreuses années 
à l'étranger et y noua de précieuses relations, ce qui lui permit de publier 
par la suite ses traités (écrits en latin) en Allemagne, principalement 
dans une revue scientifique connue paraissant alors à Leipzig et intitulée 
Acta eruditorum. Et bien que Kochanski n'eût jamais limité ses recherches 
aux sciences exactes, c'est pourtant à cette discipline qu'appartiennent 
presque sans exception les travaux imprimés qu'il nous a laissés. Sur 
le plan de la physique, il s'intéressait à la statique et à la dynamique; 
sur le plan des mathématiques pures, il publia en 1685 deux ouvrages, 
fort intéressants, dont l'un contient la théorie des "carrés magiques" et 
sa généralisation à l'espace à trois dimensions. Cependant, Kochanski 
est surtout connu pour son deuxième ouvrage, les Observationes cyclome- 
tricae, qui établissent une approximation plus serrée qu'auparavant du 
rapport de la circonférence du cercle à son diamètre. Ce même ouvrage 
contient une construction graphique originale pour la rectification appro- 
ximative de cette circonférence, construction que certains manuels de 
géométrie élémentaire citent encore de nos temps. 
Le long et malheureux règne d'Auguste II (1697-1733) amena le 
déclin de presque toutes les disciplines scientifiques en Pologne, y compris 
les sciences mathématiques et naturelles, et cet état de choses persista 
encore en partie sous le règne d'Auguste III. Heureusement, le clergé 
polonais comptait dans ses rangs des hommes que leur clairvoyance et 
leur patriotisme profond poussèrent à tenter, depuis 1740, des réformes 
plus ou moins réussies dans le domaine de l'enseignement et de l'éducation. 
Parmi ces patriotes éclairés, il y a Stanislaw Konarski, de l'ordre des 
piaristes, et Andrzej-Stanislaw-Kostka Zaluski, évêque de Cracovie, qui 
s'illustrèrent: le premier en initiant la fondation du Collegium N obilium 
de Varsovie, le second en entreprenant la modernisation de l'Université 
Jagellonne, principalement en vue d'y introduire l'enseignement des 
sciences mathématiques et physiques modernes. Et même si les efforts 
déployés par Zaluski n'eurent que des effets partiels et passagers, du 
moins préparèrent-ils le terrain sur lequel les sciences exactes et naturelles 
devaient se développer dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. 
La première école qui à cette époque, à savoir la seconde moitié du 
XVIIIe siècle, veilla à une pratique active des sciences mentionnées, 
fut l'Académie jésuite de Wilno, puisque déjà en 1753 elle s'engageait 
sur la voie des réformes, grâce à Tomasz Zebrowski S. J. (1714-1758). 
Celui-ci, après des études à Prague, revint à Wilno en 1753 et non seule- 
ment y enseigna l'astronomie et les mathématiques d'après la conception 
moderne, mais obtint également de la princesse Elzbieta Puzyna née 
Oginska, châtelaine de Mscislaw, une certaine somme d'argent destinée
		

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à la construction d'un observatoire astronomique, ce qui fut bientôt fait, 
tout au moins quant au bâtiment. Faute de fonds on dut s'en contenter, 
surtout en raison de la mort prématurée de Zebrowski, et durant les 
années suivantes, les jésuites de Wilno durent s'en tenir à l'aménagement 
d'un "cabinet d'instruments astronomiques", doté d'ailleurs principa- 
lement par des donateurs privés. Aussi, le véritable fondateur de l'obser- 
vatoÎl'e de Wilno est-il Marcin Odlanicki Poczobut S. J. (1728-1810) 
qui, après plus de trois ans passés à l'étranger, revint dans son pays à la 
fin de 1764, époque à laquelle il était déjà connu en Europe en tant qu'a- 
stronome-observateur. C'est grâce à ses efforts, secondés de nouveau par 
les dons généreux de E. Puzyna, que l'observatoire de Wilno put non 
seulement acquérir des lunettes anglaises, les plus modernes à l'époque, 
mais aussi disposer, jusqu'à la suppression de l'ordre en 1773, d'un budget 
annuel de 420 ducats. 
Les activités que Poczobut poursuivit par la suite, jusqu'au début 
du XIxe siècle, constituent dans sa vie scientifique et publique un chapitre 
brillant auquel, eu égard aux rigueurs de la chronologie, nous consacrerons 
notre attention un peu plus tard. Pour l'instant, revenons encore aux 
dernières années du règne d'Auguste III, par lesquelles commence éga- 
lement le renouveau des sciences exactes dans le collège jésuite de Poznan. 
C'est là que travaillait un excellent professeur de mathématiques et de 
physique, Jozef Rogalinski S. J. (1728-1802), originaire d'une riche 
famille de Grande-Pologne. Pendant ses études à Paris, il était reçu, 
de par ses attaches, à la coul' de la reine Marie Leszczynska. De retour 
en Pologne, il fut chargé au collège de Poznan du cours de physique 
expérimentale, disposant d'un laboratoire de physique très bien équipé, 
fondé par l'épouse de Louis XV. Rogalinski assurait à ses cours une qualité 
exceptionneUe, et c'est précisément son enseignement qui décida Jan 
Sniadecki, alors adolescent, à se consacrer aux sciences mathématiques. 
Ces cOUl'S servirent également pour l'élaboration de l'oeuvre capitale de 
Rogalinski, comprenant quatre volumes et intitulée D08wiadczenia skut- 
Mw rzeczy pod zmysly podpadajqcych [Expériences des effets des choses 
perceptibles aux sens] (1764-1767), premier manuel polonais de physique 
correspondant au niveau attemt par cette science à l'époque. 
Cependant, Rogalinski a droit à la reconnaissance de la science polo- 
naise, non seulement en tant que professeur. Il est aussi le fondateur du 
premier observatoire astronomique de Poznan, installé dans une tour 
spécialement construite à cet effet et surmontant le bâtiment du collège. 
Les frais de ces travaux et de l'achat de certains instruments furent à nou- 
veau en grande paI'tie couverts par la reine de France. A partir de 1770, 
cet observatoire servit de poste de travail à Rogalinski et à un autre 
jésuite, ancien élève des écoles de Vienne et de Rome, Andrzej Gawronski
		

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(1740-1813). Toutefoh;, ces deux observateurs ne PUl'ent travailler 
à Poznan que jusqu'en 1773, puisque, après la suppression de la Compagnie 
de Jésus, Rogalinski fut dessahÜ de ses charg
s de professeur et d'astro- 
nome et Gawronski quitta la Gramle-Pologne, tandis que l'obsen-atoire 
fut démoli en 1781. Ainsi son existence fut-elle trop brève pour qu'il ait 
pu jouer un rôle plus impoI'tant; il a néanmoins laissé quelques tra.ces 
lie son activité, ne serait-ce que les comptes rendus manuscrits des obser- 
vations qui y furent effectuées en 1771 et 1772, conservés jusqu'à nos 
jours. 
La suppression de la Compagnie de Jésus menaçait également l'exis- 
tence de l'observatoire jésuite de Wilno et Poczobut dut s'adresser per- 
sonnellement au roi Stanil!las- Auguste Poniatowski, en lui demandant 
de le laisser à ce poste de recherches scientifiques et de lui assurer de 
nouveaux moyens financiers, puisque le capital dont les intérêts avaient, 
jusqu'en 1773, servi à son ent:r:etien et à son fonctionnement, avaient 
été, avec tous les autres biens des jésuites, transmis à la Commission de 
l'Education Nationale. Heureusement, cette requête fut entendue et 
Poczobut, grâce à l'appui du roi, put poursuivre la réalisation du pro- 
gramme qu'il avait établi pour l'observatoire quelques mois seulement 
avant la suppression de l'ordre. Et il s'agissait là d'un programme qu'en 
Pologne personne n'avait jusqu'alors osé esquisser; moderne et ambitieux, 
il prévoyait de nombreuses observations systématiquement effectuées 
à l'aide d'instruments de précision achetés en Angleterre et dont les 
résultats devaient être régulièrement publiés. Une circonstance favorable 
avait en outre encouragé Poczobut à établir des plans aussi ambitieux, 
à savoir que, depuis 1769, l'observatoire de Wilno employait un second 
astronome, le jésuite Andrzej Strzecki (1737 -1797) qui, jusqu'à sa mort, 
fut "le compagnon inséparable et l'aide le plus précieux dans tous les 
travaux" de son confrère. La collaboration de Strzecki devint d'ailleurs 
imlispensable à partir de 1780, date à laquelle Poczobut obtint la charge 
de recteur de l'Ecole Centrale du Grand Duché de Lituanie, poste qui 
l'obligeait à de fréquents voyages à Varsovie et aut:r:e part. Il continua, 
à assumer ces fonctions encore deux ans après le troisième partage (le 
la Pologne (1795), quand l'Université devint une des écoles de l'empire 
de Russie. 
Enfin dégagé de ses charges administratives absorbantes, Poczohut 
se consacra encore pendant dix ans aux observations astronomiques, 
puisque ce n'est qu'en 1807 qu'il transmit le centre créé par ses soins 
à un successeur digne de lui, Jan Sniadecki. Il laissait (avec Strzecki) 
pour héritage, les comptes rendus manuscrits de 34 années d'observationH, 
tenus depui8 1773. Il n'en publia qu'une faible part dans les Cahiers de.'1 
Qbservations astronomiques faites à l'Université de Vilna, fomlés par lui 


... 


-
		

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(1777), et une autre part dans diverses revues étrangères. De toutes ces 
observations, les plus précieuses pour la science se montI'èrent celles de 
Mcrcure; un grand nombre d'entre elles, envoyées en 1787 à P3.I'is, aidèrent 
en premier lieu Lalande à corriger les paramètres des révolutions de 
cette planète la plus proche du Soleil et à calcule
 de nouvelles tables 
pour elle. 
Vivant et agissant à la même époque que les jésuites de Wilno et de 
Poznaii, le piariste Jozef-Herman Osinski (1738-1802) se fit connaître 
en tant que vulgarisateur des sciences pratiquées par ses illustres con- 
temporains. Après quatI'e ans d'études à l'étI'anger (à Paris et à Vienne), 
il revint à Varsovie où, au collège des piaristes, il enseigna les mathéma- 
tiques et la physique, sans négliger la chimie (considérée souvent à l'époque 
comme une partie de la physique) qu'il PI'ofessait d'après Lavoisier. En 
1777, il publia la première édition de sa Fizyka doswiadczeniami stwier- 
dzona [Physique confirmée par des expériences] dont l'audience fut consi- 
dérable, bien qu'elle ne £fIt pas officicllement recommandée aux écoles 
directement subordonnées à la Commission de l'Education N at.ionale. 
Une nouvelle édition, complétée par l'auteur, parut en 1801; par contre 
les trois éditions suivantes furent publiées après la mort d'Osinski (en 
1803, 1806 et 1810) par les soins de Jan Bystrzycki (1772-1835), piaris- 
t.e lui aussi. En outre, Osinski consacra un de ses ouvrages, Gatunki po- 
wietrza odmiennego od tego, w ktorym zyjemy [Les espèces d'air diffé- 
rentes de celui dans lequel nous vivons] (1783), aux corps gazeux, et, 
chose la plus importantc, il fonda le premier laboratoire chimique de 
Varsovie, lequel surT"écut, il est vrai, à son fondateur, mais cessa malheu- 
reusement d'exister cn 1807, lorsque les piaristes durent quitter la rue 
Dlugà pour s'installer à Zoliborz, faubourg de Varsovie. 
Osinski n'était guère plus âgé qu'un autre vulgarisateur infatigable 
des sciences naturelles, Krzysztof Kluk (1739 -1796), d'autant plus 
digne d'éloge qu'il s'agit d'un autodidacte. Né à Ciechanowiec en Podla- 
chie, où il revint après vingt-neuf ans en tant que curé de sa paroisse 
natale, il remplissait sCI'upulcusement ses devoirs de prêtre, mais consa- 
crait tous ses loisirs à la lecture et à la rétlaction de livres dédiés aux 
Rciences naturelles. Il employait la langue courante, parfois mêmc lc 
style de la causerie, facilement compréhensible au lecteur moins instI'uit, 
dont il savait admirablement discerner les capacités et les besoins intel- 
lectuels. Il le prouva dès son premier ouvrage, intitulé Roslin potrzeb- 
nych, pozytecznych, wygodnych, osobliwie krajowych opisanie [Description 
des plantes utiles, profitables et pratiques, notamment propI'es à notre 
pays] (1777 -1779), divisé en trois volumes, dont le premier est consacré 
aux plantes des jardim
, le seeond aux plantes sauyages, le troisième à cel- 
les cultivées par les ag'I'iculteurs. C'était donc là un manuel populaire
		

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1 
1 
l' 


d'horticulture, de sylviculture et d'agriculture; mais il est incontestable 
qu'il fournissait également aux lecteurs une certaine somme de connais- 
sances scientifiques sur la botanique, bien que devant seI'vir à des buts 
pratiques. 
Kluk adopta une autre formule pour son oeuvre suivante, composée 
de quatre volumes et intitulée Zwierzqt domowych i dzikich, osobliwie 
krajowych, historii naturalnej poczqtki [Précis d'histoire naturelle des 
animaux domestiques et sauvages, notamment propres à notre pays] 
(1779-1780). Il chercha à rehausser son niveau scientifique en tenant 
compte de la systématique du monde animal et de certains problèmes 
économiques. Toutefois, cette idée ne fut pas des plus heureuses, d'abord 
parce que Kluk était avant tout un botaniste et non pas un zoologiste; 
ensuite, parce que les visées scientifiques de l'auteur ennuyaient le lec- 
teur plus qu'elles ne l'intéressaient. C'est pour ces mêmes raisons qu'il 
convient de ranger parmi les ouvrages moins réussis de Kluk ses W ia- 
domosci 0 rzeczach kopalnych [Informations sur les minéraux] (1781), 
consacrés plutôt aux problèmes miniers qu'à la géologie. 
Par contre, quelques années plus tard, Kluk revint au monde végétal, 
enrichissant notre littérature naturaliste de deux précieux ouvrages. 
Le premier, intitulé Botanika dla szkOl narodowych [La botanique à l'usage 
des écoles nationales] (1785), fit par la suite l'objet de nombreuses réédi- 
tions et servit longtemps de manuel aux lycéens; le deuxième, composé 
de trois volumes, était un Dykcjonarz roslinny [Dictionnaire des végé- 
taux] (1786-1788) qui suivait la classification de Linné. Ce dictionnaire, 
réédité à deux reprises au début du XIXe siècle, fut le premier consacré 
à la flore polonaise et devint ainsi le point de départ de l'essoI' futur de 
la floristique polonaise, ce qui lui confère une importance historique. 
Encore du vivant de Kluk, la floristique eut un second représentant, 
Stanislaw-Bonifacy JundziU (1761-1847), piariste, pour qui les auto- 
rités de l'ordre fondèrent en 1790 une chaire d'histoire naturelle dans 
leur co1l(.ge de Wilno. Il travailla ensuite à l'Ecole Centrale de Lituanie, 
devenue plus tard Université Impériale de Wilno, puis fut mis en 1824 
à la retraite, se séparant du jardin botanique qu'il avait fondé et qui pos- 
sédait alors 6500 espèces. Son Opisanie roslin w prowincji W. Ks. Litews- 
kiego naturalnie rosnqcych [Description des plantes sauvages dans la pro- 
vince du Grand Duché de Lituanie] (1791) n'est au fond qu'une compi- 
lation du livre latin de Jean Gilibert 2 et du Dykcjonarz de Kluk, mais, 


1 Jean Emmanuel Gilibert (1741-1814), botaniste et médecin français; en 1768 
professeur d'anatomie, de chirurgie et d'histoire naturelle à Lyou (où il fonda le 
Jardin botanique), invité par A. Tyzenhauz à. Grodno. Il y organisa (1775) l'Ecole 
Royale de Médecine et, auprès d'elle, le Jardin botanique. Il constitua uu riche herbier 
qui lui servit pour sa Flora Lithuanica incholata (1781-1782). Il enseigna encore l'hi-
		

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en raison de claire présentation, il fut généralement employé par les étu- 
diants de Wilno jusqu'à la fermeture de l'Université (1832) par le tsar 
Nicolas 1 er . Il faut d'ailleurs reconnaître que la description des crypto- 
games est oeuvre originale de l'auteur. En outre, JundziU écrivit les 
Poczqtki botaniki [Les principes de botanique] (1804), dans lesquels 
il attribue une grande importance à la physiologie des plantes, discipline 
scientifique jamais jusqu'alors abordée en Pologne, et la Zoologia krotko 
zebrana [La zoologie brièvement exposée] (1807), élaborée très soigneuse- 
ment du point de vue scientifique, bien que réduite plutôt à la systéma- 
tisation du monde animal. Il convient enfin d'ajouter que JundziU eut 
pour élève l'abbé Ambrozy Pabrez (1771-1849), de dix ans son cadet, 
qui, résidant à Kretinga, consacra toute sa vie à l'étude de la flore de sa 
région natale, la Samogitie, dont il rassembla assidûment les spécimens 
dans son herbier et leurs descriptions dans ses notes. Ces matériaux, qui 
ne furent malheureusement jamais publiés, existaient encore en 1918, 
mais on ignore ce qu'ils sont devenus depuis. 
Et c'est ainsi, qu'à partir du déclin de l'époque des rois de Saxe jusqu'au 
début du XIXe siècle, de nouvelles branches des sciences naturelles s'épa- 
nouirent successivement en Pologne, non sans une sérieuse contribution des 
ecclésiastiques réguliers et séculiers. Après l'astronomie, la physique, la 
botanique, la zoologie, la chimie, ce fut le tour de la géologie. Le mérite 
en revient exclusivement à l'abbé Stanislaw Staszic (1755 -1826) qu'il 
n'est pas question d'omettre ici, car, bien qu'avec le cours du temps ses 
convictions se fussent éloignées de l'enseignement de l'Eglise, il ne rompit 
jamais avec celle-ci et fidèle à sa prêtrise (reçue approximativement en 
1777), il porta jusqu'à la fin de ses jours l'habit ecclésiastique et se disait 
toujours prêtre; en vertu de sa dernière volonté, il fut enseveli dans le 
petit cimetière du couvent des camaldules à Bielany, tandis qu'un office 
pour son âme était célébré dans la cathédrale de Varsovie. 
L'intérêt de Staszic pour la géologie datait de ses années de jeunesse, 
époque à laquelle il suivit à Paris les cours de Buffon et de Daubenton, 
les créateurs de la paléontologie moderne, et visita pendant son voyage 
de retour, les Alpes Maritimes, les Apennins et les deux volcans italiens. 
Dans les années quatre-vingt du XVIIIe siècle, il entreprit ses premières 
excursions et explorations géognostiques en Pologne, effectuées depuis 
les provinces de Lublin et Chelm jusqu'aux voïvodies du Sud de la Polo- 
gne déjà dépouillée d'une partie de ses terres par le premier partage (1772). 
Mais il consacrait sa plus grande attention aux Karpates. Il parcourut 


stoire naturelle à Wilno qui lui doit également son Jardin botaniqu(\. Rentré à Lyon 
en 1783, il fut nommé professeur d'histoire naturelle et directeur du Jardin bota- 
nique en 1794.
		

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cette chaîne de montagnes à maintes reprises, de 1798 à 1805, et non 
seulement ses versants polonais, mais aussi hongrois, parvenant jusqu'aux 
frontières de la Transylvanie, de la Moldavie et de la Valachie. 
Les résultats de ces explorations, auxquelles il procéda pendant plus 
de dix ans, furent synthétisés dans l'oeuvre capitale de Staszic, 0 zie- 
miorodztwie Karpatow i innych gor i dolin Polski [De la géologie des Kar- 
pates et d'autres montagnes et vallées de la Pologne], qui ne fut publiée dans 
Ra version définitive qu'en 1816 (dans le troisième volume des oeuvres 
de Staszic), bien que la majorité de ses chapitres eussent été imprimés 
plus tôt par la revue Roczniki Towarzystwa Warszawskiego Przyjaciol 
N auk. Le tout, comptant 390 pages grand format, constitue la première 
et excellente description géologique de toute la Pologne, complétée par 
la Carta geologica totius Poloniae, Moldaviae, Transsilvaniae et pm'tis 
Hungariae et Valachiae (1806), composée de quatre sections de la carte 
proprement dite, et d'une carte représentant la coupe géographique et 
morphologique du territoire allant des Karpates jusqu'à la Baltique. 


Ii 
1. 
i 
" 
1 
i, 
Il 


Les faits et les dates cités jusqu'ici prouvent d'une manière irréfutable 
que le renouveau des sciences mathématiques et naturelles, commencé 
dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, fut en grande partie, si ce n'est 
essentiellement, l'oeuvre d'hommes appartenant au clergé. Il est cependant 
facile de comprendre qu'un tel état de choses ne pouvait se maintcnir 
plus longtemps, ne serait-ce que pour cette raison générale qu'à partir 
de la création de la Commission de l'Education Nationale, la laicisation 
de tout l'enseignement n'était plus qu'une question de temps. Aussi, 
la retraite de JundziU (1824) et la mort de Staszic (1826) devaient-elles 
irrémédiablement signifier la fin de cette génération d'ecclésiastiques qui 
avaient joué un rôle aussi essentiel dans ce renouveau. 
Ceci ne signifie nullement qu'il n'y eut plus par la suite parmi le clergé 
d'hommes qui mériteraient d'être mentionnés ici, soit parce qu'ils s'intéres- 
saient aux progrès des sciences exactes, soit même parce qu'ils y contri- 
buaient. Voici quelques exemples peu connus. 
Karol Teliga (1808-1884), professeur de théologie dogmatique à l'Uni- 
versité J agellonne et recteur de cette école à trois reprises, afin de cOlluué- 
morer en 1873 le quatre centième anniversaire de la naissance de Nicolas 
Copernic, fit peI'sonnellement don à l'Observatoire astronomique de Cra- 
covie de 4000 florins d'or autrichiens pour la fondation d'une bourse des- 
tinée à un étudiant en sciences exactes. Cette fondation subsista jusqu'à 
la PremiClre Guerre mondiale, et les étudiants qui en bénéficièrent étaient 
tenus de participer aux travaux de l'Observatoire 3 . 


1 L'auteur bénéficia de cette bourse en 1911 et 1912. 


....
		

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			(19 


Antoni Baranowski (18
5-1902), évi\que titulaire de TheRpies, encore 
avant de prendre possession de l'évêché de Sejny publia deux ouvrages: 
l'nn, 0 wzorach sluzqcych do obliczania liczby liczb pierwotnych, nie prze- 
kraczajqcYl'h danej granicy [Des formules servant au calcul du nombre 
£les nombres premiers ne dépassant pas une limite donnée] fut imprimé 
par les Roins de l'Académie des Sciences et des IJettres de Cracovie en 
18911. IJ'autre, 0 progresji transcendentalnej [De la progression transcen- 
dentale], publié à Varsovie en 1897, occupe une place limitrophe entre 
les mathématiques et la philosophie. 
Aleksamler Gromadzki (1833-1913), au moment où, en 1878, il 
entrait. dans la Compagnie de Jésus, avait déjà à son compte plus de dix 
ans de travail dans trois observatoires astronomiques russes (Kiev, Poul- 
kovo et Moscou). A partir de 1883, il enseigna 1eR mathématiques et la 
physique au collège jésuite de Tarnopol, puis au colli'ge de Chyr6w C Oil, 
en 1905, il publia (leux ouvrages, le premier consacré à l'astrophysique, 
le second à la météorologie. 
Ce sont précisément ces faits et £l'autres £lu même genre qui nous 
ont autoriRé à annoncer, Ionique nous abordions ce fmjet, que l'oeuvre 
du clergé polonais dans le domaine des scicnces mathématiques et natu- 
relles avait, il est vrai, considérablement perdu de son ampleur bien avant 
l'ann
e 1830, mais que des exceptions s'Haient néanmoins produites. 


Tmilllit par Olail'e R1.endel 


. Il Y était un des professeurs de l'auteur. 


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			HISTOIRE DES SCIENCES EXACTES 
ET DE LA MEDECINE EN POLOGNE AUX XIXe 
ET XXe SIECLES* 


Parmi les sciences historiques, l'histoire des sciences n'est pas la bran- 
che la plus jeune, ses débuts remontant à l'Antiquité. Déjà les disciples 
directs d'Aristote, Théophraste de Lesbos et Eudème de Rhodes culti- 
vaient l'histoire des mathématiques, de l'astronomie et d'autres disci- 
plines similaires. On peut trouver des passages relatifs à l'histoire des 
sciences chez bon nombre d'écrivains de l'Antiquité et même du Moyen 
Age. Ces passages se multiplient dans les ouvrages du XVIe s., et, à partir 
du XVIIe, on rencontre des ouvrages entiers consacrés à cette matière. 
Les historiens de la littérature universelle et des littératures nationales 
en tiennent également compte. Au Siècle des Lumières, l'histoire des 
sciences se cristallise sous la forme définitive d'une discipline distincte. 
Pour des raisons compréhensibles, la contribution de la Pologne à cette 
évolution est infime et tardive. Même les rares écrivains polonais de la 
fin du XVIIIe et de la première moitié du XIXe s., que l'on pourrait men- 
tionner ici, se limitaient presque exclusivement soit à des traductions et 
des résumés tirés de la littérature étrang.ère, soit à des biographies de 
savants. Les historiens de l'enseignement et de la littérature nationale 
qui tentèrent, à cette époque, de faire un travail de synthèse original 
(Soltykowicz 1810, Bentkowski 1814, Wiszniewski-Zebrawski 1840- 
-1857, Lukaszewicz 1848-1852) ne purent, faute d'une formation 
professionnelle appropriée, porter un jugement correct sur cette matière, 
qu'ils présentent dans une optique plutôt biographique et bibliographique. 
A cet égard, le Zbi6r wiadomosci do historii 8ztuki lekarskiej w Polsce [Recueil 
de connaissances sur l'histoire de l'art médical en Pologne] de Lu(l wik 


* Historia nauk matematyczno-przyrodniczych i medycyny, Kwartalnik Histo- 
ryczny, LI, 1937, pp. 425-434.
		

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G
siorowski est visiblement, à sa parution (1839-1855), l'unique vaste 
oUVl'age écrit en connaissance de cause par un spécialiste; sous ce modeste 
titre on découvre une histoire 1'00uplète de la médecine polonaise. Des 
ouvrages originaux de caractère synthétique, mais moins touffus, toujours 
du même domaine, sont publiés par Adamowicz (1853), HecheU (1839), 
Maje
 (1861), et d'autres médecins. 
Au troisième quart du siècle, cet état de choses s'améliore. L'un des 
premiers indices en est la p3.I'ution de l'ouvrage collectif intitulé Zaklady 
uniwersyteckie w Krakowie [Les établissements universitaires de Cracovie] 
(1864): plusieurs pI'ofesseurs de l'Université Jagellonne y retracent, en 
s'appuyant sur des documents de première main, l'histoire des établis- 
sements qu'ils dirigent, en remontant parfois jusqu'au XV e s. (comme 
le fait F. Karlinski pour l'histoire de la chaire d'astronomie). En 1870 et 
1872, paraissent les mémoires, appréciés encore de nos jours, de L. Wituski, 
o zyciu i dziele optycznym Vitelliona [Sul' la vie et l'ouvrage d'optique 
de Witelo], et de F. Kucharzewski, 0 astronomii w Polsce [Sur l'astI'onomie 
en Pologne], en 1873, de T. Zebrawski, Bibliografia pismiennictwa pols- 
kiego z dzialu matematyki i fizyki [Bibliographie de la littérature polonaise 
du domaine des mathématiques et de la. physique ainsi que leurs appli- 
cations] comportant de nombreuses notes relatives au niveau et à l'his- 
toire de ces écrits; cette bibliographie constitue, jusqu'ici, un instrument 
auxiliaire indispensable dans le travail sur l'histoire des sciences en Po- 
logne. A partir des années soixante-dix et quatre-vingt du XIXe s., un 
mouvement plus vif et plus moderne anime l'histoire des sciences. C'est 
à cette période que se situent les débuts de l'activité de M. A. Baraniecki, 
S. Dickstein, J. N. Franke, F. Kucharzewski en ce qui concerne l'histoire 
des sciences exactes, de J. Rostafinski pour l'histoire de la botanique, 
et enfin de H. Dobrzycki, F. Nawrocki, J. Oettinger, E. Swiezawski, 
K. Wende, quant à celle de la médecine et de la pharmacologie, pour 
ne citer que ces chercheurs. 
Leurs noms nous font arriver aux années 1886-1936, marquées 
aujourd'hui par le jubilé du Kwartalnik Historyczny. En analysant ce 
cinquantenaire, nous nous garderons de lasser le lecteur par la bibliog
aphie 
des ouvrages et des mémoÏI'es parus pendant ce temps et faisant partie 
de notre sujet 1. Nous tenterons plutôt une caractéristique géné:rale du 
travail accompli en Pologne pendant ce demi-siècle. 


1 Jusqu'ici nous ne possédons que des rudiments de la bibliographie de la litté- 
rature polonaise relative à l'histoire des sciences mathématiques et naturelles. Nous 
notons à titre d'exemple: S. Dickstein, WiadomoAd bibliograficzna 0 badaniach hiBto- 
ryczno-matematycznych w PolBce [Communication bibliographique relative aux recher. 
ches sur l'histoire des mathématiques en Pologne], Warszawa 1890 (un fascicule com- 
prenant des additions a paru en 1892), ainsi que les bibliographies se rapportant 


. - A. Blrkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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Comme le présent article est destiné à une publication consacrée 
au développement de l'historiographie polonaise en général, il nous con- 
vient de souligner d'abord que les historiens polonais de la science ont 
travaillé, et, le plus souvent, travaillent encore, dans des conditions beau- 
coup plus précaires que leurs collègues qui se penchent sur d'autres do- 
maines: histoire politique ou économique, histoire de l'Eglise, histoire 
du droit, etc. Pour toutes ces disciplines, il existe des institutions tra- 
vaillant en permanence, souvent de longue date, sous forme de chaires uni- 
versitaires et de séminaires - où les activités sont organisées d'une maniè- 
re permettant d'éliminer l'incompatibilité entre le travail pI'ofessionnel, 
pédagogique, rétribué, d'une part, et le travail personnel, scientifique 
et créateur, de l'autre. Cela concerne également les jeunes adeptes de la 
science historique qui obtiennent, dès la fin de leurs études universitaires, 
des postes d'assistants, d'adjoints, d'archivistes, ou tout au moins de 
professeurs d'histoire dans les lycées. La situation des historiens de la 
science a, généralement, toujours été différente. Jamais il n'y a eu, en 
Pologne, de chaire d'histoire des sciences naturelles descriptives; l'Uni- 
versité Jagellonne a possédé, entre 1910 et 1931, une chaire d'histoire 
des sciences exactes; après cette date, cet organisme a été supprimé. 
L'histoire de la médecine, elle, a bénéficié, depuis peu il est vrai, de cir- 
constances plus favorables, car, au lendemain de la reconstitution de 
l'Etat polonais, on a cherché à l'introduire dans toutes les universités 
nationales. En effet, quatre chaires d'histoire de la médecine ont été 
créées, dont deux seulement (celles de Cracovie et de Poznall) sont parve- 
nues à subsister pendant une quinzaine d'années. Les résultats de cette 
carence furent variés, mais tous, pow telle ou autre raison, défavorables. 
"Si J. Rostafinski, qui fut le plus remarquable de nos historiens de 
la botanique, s'est occupé exclusivement de cette discipline pendant la 
seconde moitié de sa vie, la chose fut PI'ofitable à l'histoire de la botanique, 
mais empêcha ce savant de créer, à Cracovie, un laboratoire de botanique", 
déclal'e B. Hryniewiecki. L. A. Birkenmajer a écrit ses meilleurs ouvra- 
ges sur l'histoire de l'astronomie pendant les loisirs dont il disposait, 
lorsqu'il enseignait les mathématiques élémentaires dans une école agri- 


aux articles consacrés à l'histoire des mathématiques, de la physique. de la minéra- 
logic et de la botanique. dans la nouvelle édition du Poradnik dIa BamoukOw [Guide 
pour autodidactes]. Warszawa 1915 et suivantes, t. 1, II, V, VII. La chose se présente 
mieux quant à la bibliographie de 1a. littérature relative à l'histoire de la médecine; 
voir Wykae oryginalnych prac lekarBkich polBkich ea ceaB od roku 1831 do 1890 wl/}cenilJ 
[Liste des ouvrages originaux des médecins polonais, parus entre 1831 et 1890 in- 
clusivement]. Warszawa 1897, pp. 888-935. ainsi que la bibliographie courante. 
publié ensuite dan8le périodique Przegl
d Pismiennictwa Lekar8kiego Polskiego. XV, 
1892 et aux tomes suivants.
		

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cole secondaire. Ces deux exemples suffisent à se faire une idée des con- 
ditions anormales dans lesquelles les historiens des sciences étaient obli- 
gés de travailler en Pologne. En vérité, les stimulants extérieurs suscep- 
tibles de les inciter à cultiver cette discipline étaient fort rares. Ces 
historiens obéissaient presque exclusivement à des stimuli internes, 
à une prédisposition spirituelle. Et une telle prédisposition n'est nullement 
fréquente. Pour devenir un bon historien d'une des sciences naturelles, 
il faut la connaître à fond, il est aussi indispensable d'avoir un certain 
type d'aptitudes et une formation scientifique appropriée; en second 
lieu, il faut avoir nécessairement le goût de l'histoire, une inclination pour 
celle-ci, et une parfaite maîtrise de la méthode historique; enfin, la phi- 
lologie a également son mot à dire ici, étant donné que l'histoire de la 
science fait partie de l'histoire de la littérature, dans la large acception 
du te
me. Bref - les conditions indispensables sont ici: aptitudes variées 
et formation scientifique complète, c'est-à-dire aussi bien dans le domaine 
des sciences naturelles que dans celui des sciences humaines. 
Laissons de côté la question des aptitudes; reste celle de la formation 
scientifique. Or, en analysant la vie de nos historiens de la science, nous 
constatons que leur formation professionnelle (mathématique, naturaliste, 
médicale) se faisait dans les écoles supérieures, tandis que leUl' formation 
historique et philologique était le plus souvent oeuvre d'autodidactes, 
ce qui n'est ni le plus économique ni le plus sûr moyen de se préparer 
à la profession d'historien. On est guetté par le dilettantisme, et seules 
les personnes réellement douées échappent, dans leur travail, aux défi- 
ciences méthodologiques. 
Le fait qui nous a servi de point de départ, à savoir le manque, en 
Pologne, de chaires universitaires et de séminaires d'histoire des sciences, 
a eu aussi pour résultat d'empêcher, presque toujours, la fOI'mation de 
disciples et la création d'une "école". Cela explique l'absence de centres 
d'études plus importants dans ce domaine; presque chaque chercheur 
t.ravaillait isolément, la continuité des recherches se trouvait inteI'fompue 
coup sUI' coup. 
Comme les historiens de la science étaient peu nomb
eux, les ouvrages 
les plus remarquables n'avaient pas le retentissement mérité. Les criti- 
ques, même s'il y en avait, se bornaient à des comptes rend.us arides; 
dans la plupart des cas il ne se trouvait personne pOUl' contI'ôler les d.éduc- 
tions de l'auteur, pour essayer de les compléter ou de les l'ectifier. Ce silence 
de la critique décourageait les auteurs consciencieux; dans d'autres cas, 
faute d'une critique pertinente, certaines eI'feurs histo
iques persistaient 
pendant de longues années. 
Nous passons sous silence les cas où l'importance des recherches his- 
toriques, dans le domaine de l'histoire des sciences, se trouvait sous-es- 


-
		

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timée - d'un côté par les naturalistes et de l'autre par les historiens du 
métier. Par bonheur, ces cas étaient sporadiques. 
Le tableau que nous venons de brosser est sombre; il le fallait pour 
expliqueI' les "ombres" de l'historiogI'aphie polonaise dans le domaine 
qui nous concerne, surtout si l'on en compare le niveau à celui des autres 
disciplines scientifiques. Pour l'ester fidèle à la vérité, constatons que, 
premièrement, en dehors de la Pologne, la situation de l'histoire des 
sciences n'était pas toujours bien meilleure; deuxièmement, disons qu'il 
faut ajouter, à ce tableau "polonais", quelques touches claires, car à côté 
des taches d'ombre on y découvre également des "lumières". 
Puisque ce progrès était dû, le plus souvent, à l'effort personnel de 
quelques chercheu;rs, commençons par cite;r leurs noms. Il a existé en 
Pologne, et il existe encore, un nombre assez considérable de savants 
qui ont consacré leUl' talent et leurs loisirs aux recherches sur l'évolution 
de la science au cours de l'histoire. Les ouvrages et les dissertations d'une 
valeur durable, parus entre 1886 et 1936, sont dus aux auteUl's suivants: 
M. A. Baraniecki, B. Bartkiewicz, A. Bednarski, T. Bilikiewicz, L. A. Bir- 
kenmajer, S. Dickstein, T. Estreicher, J. Fritz, R. Gansiniec, F. Giedroyé, 
B. Hryniewiecki, A. W. Jakubski, J. Kolodziejczyk, B. Koskowski, 
K. Koziorowski, S. Krzemieniewski, J. Lachs, A. Maurizio, H. Merczyng, 
Z. Myslakowski, W. Natanson, E. Ostachowski, A. Perenc, J. Rostafinski, 
E. Stamm, W. Szafer, W. Szajnocha, W. Szumowski, S. Trzebinski, 
L. Wachholz, A. Wrzosek, J. Zawidzki, L. Zembrzuski, W. Ziembicki 
et d'autres. 
Nous avons déjà signalé plus haut une certaine amélioration récem- 
ment enregistrée dans l'enseignement universitaire de l'histoire des scien- 
ces. Elle n'a été vraiment notable que dans l'histoÏ!'e de la médecine que 
l'on a même inscrit, depuis 1920, au programme des facultés de médecine. 
Il en a résulté, pour le moins en ce qui concerne ce secteur, une certaine 
continuité dans les travaux, où aux professeurs plus âgés sont venus se 
joindre leurs jeunes disciples; notons à l'occasion qu'outre les Polonais, 
des chercheurs tchèques et hongrois ont déjà profité des cours d'His- 
toire de la médecine à Cracovie. Par contre, les cours et les exercices d'his- 
toÏ!'e des mathématiques et des sciences naturelles descriptives restent 
toujours occasionnels et dépendent du "bon vouloir" des professeurs 
et des docents. 
Ne pouvant compter que sur leur propre initiative, les historiens polo- 
nais des sciences ont essayé, au XX e s., d'organiser un centI'e de travail 
extra-universitaire près l'Académie des Sciences et des Lettres, dénommé 
Komisja Historii Nauk Matematyczno-Przyrodniczych [Commission d'his- 
toire des sciences mathématiques et naturelles] actuellement: Komisja 
Historii Medycyny i Nauk Matematyczno-PrzYl'Odniczych [Commission 


-
		

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			1 


-- 


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d'histoire de la médecine et des sciences mathématiques et naturelles]; 
la première séance de cet organisme a eu lieu le 21 févrie
 1910. Cette 
Commission avait pour objectif principal l'édition de sources pour l'his- 
toire des sciences en Pologne, cependant seules deux publications de ce 
genre ont paru (ainsi qu'une série de communications et contributions 
insérées dans Sprawozdania z Posiedzen Akademii...). La guerre et ses 
séquelles ont sensiblement réduit l'activité de la Commission. 
Après la gueI'l'e, un périodique spécialement consacré à l'histoire des 
sciences exactes a été créé à Po.znan, pa
 les soins du professeUl' A. Wrzo- 
sek, à savoir Archiwum Historii i Filozofii Medycyny oraz Historii Nauk 
Przyrodniczych. Les quinze volumes p3.I'US jusqu'ici (1924-1935) con- 
tiennent de nombreux matériaux de valeur, surtout en ce qui concerne 
l'histoire de la médecine et celle des sciences biologiques; la rubrique des 
comptes rendus s'ouvre à une critique sérieuse dont le manque se faisait 
tellement sentir. Les dernières années, deux publications sous forme 
de séries consacrées à l'histoire de la médecine ont commencé à paraître 
à Cracovie. Ce sont, depuis 1933, les Wydawnictwa Kmkowskiego Towa- 
rzystwa M ilosnikow H istorii M edycyny [Editions de la Société des amis 
de l'histoÏ!'e de la médecine], et depuis 1935, les Rozprawy z Historii Medy- 
cyny [Dissertations sur l'histoire de la médecine]. 
Il faut souligner que les rédactions de certains périodiques et de quel- 
ques publications collectives (Kosmos, N auka Polska, Organon, Poradnik 
dla samoukOw [Guide pour autodidactes], Wiadomosci Matematyczno- 
Pizyczne, etc.) ne ménagent pas leurs efforts - ceci dans le passé comme 
aujourd'hui - pour publier les travaux du domaine qui nous concerne: 
L'attitude adoptée à cet égard par les rédactions d'autres revues et par 
d'autres éditions scientifiques était plutôt passive, et elle continue à l'êtI'e: 
on publie les ouvrages qui sont fournis, sans faire preuve d'aucune ini- 
tiative. 
En faisant le point, il no
s faut constater que, dans les années 1886- 
-1936, ce que l'on pourrait surtout reprocher à l'historiographie polo- 
naise, c'est le manque d'esprit de suite, d'organisation, de coordination 
et de plan d'une certaine envergure; l'histoire de la médecine constitue, 
en ce qui concerne les dernières années et jusqu'à un certain degré, une 
exception positive à cet égard. L'historiographie se développait sous 
le signe de l'individualisme. Les goûts scientifiques du savant décidaient, 
en premier, du sujet, du contenu et du caractère de toute oeuvre; parfois, 
c'était simplement un effet du hasard, certains matériaux étant plus 
accessibles à un chercheur que d'autres; quelquefois la chance voulait 
qu'ils lui tombent sous la main. Un pareil individualisme se manifeste 
d'ailleurs également dans les pays où l'histoire de la science est cultivée 
à une plus vaste échelle qu'en Pologne; cependant étant donné le grand
		

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nombre de chercheurs, l'existence d'instituts de recherche, celle de cours 
universitaires qui, de par leur nature même, favorisent la tendance à la 
synthèse - les ouvrages détachés et fragmentai,res finissent par former 
certains touts. Nous sommes, en général, encore assez loins d'y atteindre, 
même dans le domaine restreint de l'histoire de la science polonaise. 
Dans l'histoire des sciences, notre acquis est essentiellement fait de 
"contributions". Celles-ci sont souvent précieuses, eUes mettent en lumière 
des faits scientifiques importants, injustement tombés dans l'oubli. Mais, 
de toute manière, ces "contributions" ne concernent que tel ou autre 
détail de l'évolution historique des sciences. Malg!'é leur nombre élevé, 
eUes n'arrivent pas à combler, même prises ensemble, les lacunes sensibles 
de nos connaissances histoI'iques. En effet, il arrive que, dans tel ou autre 
secteur de première importance, l' "inconnu" reste beaucoup plus vaste 
que le "connu". (C'est précisément le cas de l'histoire des sciences dans 
la Pologne d'après les partages). 
L'historien des sciences tI'ouve son matériau brut dans les publica- 
tions de sources publiées, et cela tant parmi les ouvrages biographiques - 
tels que ceux de Gied!'oyé, Kosminski, Lachs, su
 les médecins, ou les 
ouvrages bibliographiques - tels les t
avaux de Bielinski, la Bibliografia 
flory polskiej [Bibliog!'aphie de la flore polonaise] de D. Szymkiewicz 
ou la Bibliografia..., déjà mentionnée 2 , de T. Zebrawski, et enfin dans 
les 
ditions critiques des anciens textes savants. C'est à ce domaine qu'ap- 
partiennent les éditions des écrits de Mikolaj de Pologne, publiés par 
R. Gans'iniec, les ouvrages de Marcin Kr61, de Wojciech de Brudzewo 
et de Marcin Biem, éditf,s par L.A. Birkenmajer, les Symbola ad historiam 
nat1tralem medii aevii de J. Rostafinski, Lekarstwa [Les médicaments] 
de Szymon de Lowicz publiés par A. Wrzosek, Algorytm [L'algorithme] 
de T. Klos publié par M. A. Baraniecki, les oeuvres de W.Oczko publiés 
par E. KJinek, les Ogrody kr6lewskie [J3.I'dins royaux] de M. Bernitz dans 
l'édition de J. Rostafinski, la correspondance d'Adam Kochanski avec 
'Leibniz publiée par S. Dickstein, une partie des lettres de Jan Sniadecki 
publiée par L. Kamykowski, Teoria jestestw organicznych [La théorie 
des êtres organiques] de J
drzej Sniadecki publiée Par A. Wrzosek; tout 
récemment ont paru les Oeuvres complètes de E. Godlewski (aîné) et de 
M. Amoluchowski. Le choix des monuments littéraires était heureux 
pour la plupart; il faudrait néanmoins en allonger considérablement la 
liste. Planifiées depuis longtemps, la publication des Opera omnia de Nicolas 
Copernic ou celle des Oeuvres complètes de J. Hoene- Wronski n'ont pas 
dépassé le stade des préparatifs; les exhortations à publier une édition 
critique de la Perspectiva de Witelo, ou une édition complète des travaux 


1 Voir page 71. - N.d.l.R. 


,
		

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			. 


77 


de z. 'Vr6blewski n'ont pas trouvé d'écho; personne en vérité ne s'est 
soucié non plus de :rendre accessibles les trésors inestimables de la corres- 
pondance de J. Hevelius. 
Les éditions de source, citées plus haut, sont d'habitude pourvues 
de notes spécialisées et historiques, ainsi que d'une analyse détaillée du 
contenu. Aux travaux de caractère analytique appartiennent d'autres 
encore, publiés sous forme soit de dissertations séparées, soit de chapi- 
tres dans les monog!'aphies. Dans ce groupe, une attention particulière 
revient aux études SUI' l'oeuv:re de Nicolas Copernic, qui constituent la 
première paI'tie du liVl'e de L. A. Birkenmajer 3 , parue en 1900; g!'âce 
iL son caractère exhaustif et incisif, cet ouvrage Me situe au premie:r rang 
de l'histo:riog!'aphie unive:rselle des sciences exactes. 
En passant aux ouvrages de caractère synthétique, nous devons 
constater qu'il s'agit dans la grande majorité des cas, de monographies. 
Commençons par celles consac:rées iL des savants, oomme: M3.I'cin Bylica 
et Mikolaj Wodka (de L. A. Birkenmajer), Jan Brozek (de J. N. Franke), 
Jan Jonston (de T. Bilikiewic.z), Kr.zys.ztof Klnk (de J. Kolodziejczyk), 
J
dr.zej Sniadecki et Ludwik Bierkowski (de A. WI'zosek), Jozef Hoene- 
.WI'onski (de S. Dickstein), Jozef Dietl (publiée par W. Szumowski pour 
le 50 e annive:rsaire de la mort du médecin), et passons sous silence les 
monog!'aphies de moindre ampleur. Suivent les monogI'aphies de divers 
domaines, comme Medycyna na Uniwersytecie Jagiellonskim w XV wieku 
[La médecine à l'Université Jagellonne au xve s.] de Rostafinski, Szpitale 
krakowskie [Les hôpitaux de Cracovie] de L. Wachholz, Krakowski cech 
chirurgow [La corporation des chirurgiens de C:racovie] de J. Lachs, 
N auki przyrodnicze w dzialalnosci Komisji Edukacji ]); arodowej [Les scien- 
ces naturelles dans l'activité de la Commission de l'Education Nationale] 
de J. Kolodziejczyk, Krakowska szkola lekarska po reformach Kollqtaja 
[L'école de médecine de Cracovie après les réformes de Koll
taj] de W. Szu- 
mowski, iL qui on doit également Galicja pod wzgl
dem medycznym za 
J. KrupÏ'f/'skiego [La Galicie médicale du temps de J. Krupinski], War- 
szawska Medyko-Chirurg'iczna Akademia i wydziallekarski Szkoly GlOwnej 
Warszawskiej [L'Académie Médico-Chirurgicale de Varsovie et la Faculté 
de médecine à l'Ecole CentI'ale de Varsovie] de B. Bartkiewicz, et enfin 
un ouvrage collectif: Stulecie Towarzystwa Lekarskiego Warszawskiego 
[Le centenaÏI'e de la Société Médicale de Varsovie] etc. c Presque toutes 


1 Mikola; Kopernik, t. 1: Studia nad pracami Kopernika oraz materialy biograficzne 
[Nicolas Copernic. T. 1: Etudes sur les oeuvres de Copernic et matériaux biogra- 
phiques], Krak6w 1900. - N.d.I.R. 
, Nous ne faÏ80ns pas mention des chapitres concernant l'histoire des sciences 
qui figurent dans les ouvrages sur l'histoire des écoles supérieures (Morawski, Ba- 
rycz, etc.)
		

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les monographies se recommandent par leur élaboration consciencieuse, 
et constituent l'une des réalisations les plus valables de notre historio- 
g
aphie des sciences. 
La situation se présente sous un jour plus modeste pour ce qui est 
des travaux englobant de plus vastes sujets. Pour le moment, nous nous 
arrêterons à ceux qui ont tI'ait à l'histoire des sciences en Pologne. Nous 
ne possédons aucune oeuvre de quelque ampleur qui ptésenterait l'histoire 
générale des sciences exactes, des sciences naturelles descriptives et des 
sciences médicales dans notre pays. Pour la majorité de ces disciplines, 
faute d'études historiques plus vastes, on doit se contenter jusqu'ici des 
esquisses publiées dans trois ouvrages collectifs, à savoir: Poradnik dla 
samouk6w [Guide pour autodidactes], nouvelle édition, Warszawa 1915 
et suivantes (on y trouve l'histoire des mathématiques, de la physique, 
de la minéralogie, de la botanique, de l'anatomie comparative, en Pologne) ; 
Polska w kulturze powszechnej [La Pologne dans la culture universelle], 
Krak6w 1918 (somme des réalisations polonaises dans les domaines sui- 
vants: sciences exactes, chimie, géologie, botanique, zoologie, médecine); 
enfin l'Histoire sommai1.e des sciences en Polog1te, (en français), Cracovie 
1933 (histoire des sciences exactes, de la météorologie, de la chimie, de 
la minéralogie, de la géologie, de la botanique, de l'anthropologie, de la phy- 
sique et de la médecine en Pologne). Pour quelques disciplines seulement, 
il existe, en outre, des précis comprenant l'ensemble de leuI' histoire; 
ce sont: l'anatomie (A. Adamowicz, 1853), l'astronomie (F. Kucharzewski, 
1872), la botaniquc (B. Hryniewiecki, 1931, en français), la chimie (W. Lep- 
pert, 1917), la chirurgie (L. Zembrzuski, 1919, 1929), l'ophtalmologie 
(A. Bednarski, 1928), la médecine vétérinaire (A. Perenc, 1936). Le tome 
jubilaire du J(osmos de Lwow devait contenir l'histoire des sciences natu- 
relles en Pologne dans les années 1875-1925, période particulièrement 
féconde et importante; cependant seuls deux fascicules ont paru (1928, 
1931). En dehors de la géographie et de la préhistoire, on y traite des 
disciplines suivantes: anthropologie, astronomie, botanique, géologie 
et zoologie. 
Il reste encore à nous occuper de la contribution des Polonais à l'his- 
toriographie des sciences non polonaises, universelles. Cette participation 
fut fort faible. Le fait qu'en général toute notre historiographie soit net- 
tement - on serait même tenté de dire, exclusivement - axée sur les 
thèmes polonais ou liés à la Pologne, caractérise dans le passé, comme 
dans lc présent, le secteur qui nous retient. La littérature historique est 
particulièrement pauvre en ce qui conceI'ne les recherches originales 
qui élargiraient, corrigeraient, ordonneraient tout ce que nous savons 
grâce au travail des Anglais, des Français, des Allemands, des Italiens, 
etc., sur l'évolution des sciences exactes, naturelles et médicales en dehors 


-
		

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de nos frontières. Même les "contributions" de chercheurs p ,lonais sont, 
dans ce domaine, fort rares. Ajoutons, à l'occasion, que quelques-uns 
des ouv;rages mentionnés, publiés en polonais n'ont pas enrichi le trésor 
commun de la science mondiale". Des tl."avaux monographiques plus 
amples (p.ex.: T. Bilikiewicz, Die Embryologie im Zeitalter des Barock 
und des Rokoko, W. Szumowski, Névroses et psychoses au Moyen Age, 
A. MaUl'izio, Geschichte der gegorenen Getriinke) n'ont commencé à parai- 
tJ."e que ces dernières années; toute récente est également Historia medy- 
cyny filozoficznie uj
ta [Histoire de la médecine dans ses aspects philo- 
sophiques] de W. Szumowski, oUVl'age original et précieux par sa concep- 
tion. Parmi les études originales d'ampleur moyenne, consacrées à des 
savants étrangers, quelques-unes méritent d'être mentionnées, à savoir, 
p3,J."mi les moins récentes: l'excellent mémoire de F. Nawrocki sur John 
Mayow (1883), et parmi les plus récentes - celles de L. A. Birkenmajer 
SUI" Marco de Benevento (1901), de E. Ostachowski sur J. B. Van Helmont 
(1932), de A. Birkenmajer sur Henri Bate (1923), Giovanni Fontana (1932) 
et Johann Virdung (1933)8. Le reste de notre littérature concernant l'his- 
toire des sciences universelles, y compris ou non compris les sciences polo- 
naises, se compose, en majeure partie, de traductions, refontes d'ouvra- 
ges venant de l'étranger, ou encore de précis ou de manuels, basés pres- 
que entièrement sur l'acquis étranger. Nous ne mettons pas en question 
l'utilité de tels livres ou brochures: compte tenu de la situation en Pologne, 
présentée plus haut, cette utilité est absolument évidente, néanmoins 
nous ne voyons pas de motif à citer ces ouvrages. 
En terminant, nous tenons à faire remarquer que, dans la présente 
esquisse écrite à la hâte et en un temps limité, nous avons commis sans 
doute plus d'un peccatum omissionis, ayant oublié, momentanément, 
tel ou autre nom, ou titre. Toutefois nous espérons que ces omissions 
involontaÎl'es 7 n'ont pas déformé le tableau général dc notre historio- 
graphie des sciences. En effet, nous ne pouvions nous donner pour objec- 
tif qu'un tel tableau général, un bilan d'ensemble, une caractéristique 
esquissée dans ses grandes lignes. 


Traduit pm' Anna Pininska 


1 Naturellement à caUBe de leur publication en langue polonaÏBe, peu répandue. - 
N.d.l.R. 
· Publiée SOUB le titre Formula. - N.d.l.R. 
, Certaines omiBsionB ont été évitées grâce aux renseignementB que MM. B. 
Hryniewiecki et W. SzumowBki ont bien voulu nous fournir, ce dont nOUB les remer- 
cions vivement. 


-
		

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			L'ENSEIGNEMENT CLANDESTIN POLONAIS 
DANS LE "GENERALGOUVERNEMENT" 
A LA LUMIERE DES RENSEIGNEMENTS RECUEILLIS 
PAR LES AUTORITES D'OCCUPATION ALLEMANDES. 


Il est aujourd'hui généralement connu et incontel5tablement établi 
que le but essentiellement poursuivi par les Allemands pendant la Seconde 
Guerre mondiale, dans leur politique envers la population des territoi- 
res passagèrement occupés, était l'extermination complète de la nation 
polonaise et qu'ils tendaient à ce but final par tous les moyens possibles, 
uniquement limités dans leurs effets par les besoins immédiats du temps 
£le guerre. En ce qui concerne l'enseignement, le llloyen devait être - 
à la longue - la suppression totale des écoles polonaises. Cependant, 
ce moyen ne fut pas appliqué d'emblée dans toute son étendue, car l'énorme 
machine de guer.re allemande avait besoin de la main-d'oeuvre polonaise, 
et celle-ci ne pouvait assurer un rendement convenaùle sans un minimwll 
d'instruction élémentaire ou même professionnelle. Donc, lorsque la cam- 
pagne de septembre 1939 fut terminée et que le Fiihrer eut constitué 
le "Generalgouvernement", les autorités allelllandes rouvrirent sur son 
territoire les écoles prinlaires en éliminant (évidemment) du p
ogI'amme 
tout ce qui était contraire à la politique d'extermination projetée; elles 
créèrent aussi des écoles dites professionnelles. Par contre, il ne pouvait 
être question d'autorise:.: la réouverture des lycées et des établissements 
d'enseignement supérieur. Il est vrai que l'Université Jagellonne à Cra- 
covie, prenant à la lettre les ordonnances générales et les appels des auto- 
rités d'occupation, qui ordonnaient aux habitants de retourner inunédia- 
tement à leurs postes, pI'océda début novembre 1939 à l'inauguration 


* Co wlad
e okupacyjne wied
ialy 0 polBkim tajnym nauc
aniu w t
w. Generalnej 
Guberni!, Przegl
d Historyczno-Oflwiatowy, l, 1947, pp. 146-159. - Communication 
présentée le 23 janvier 1946 à la séance de la Commission pour l'étude de l'histoire 
de l'enseignement et de l'éducation, près de Z.N.P. (Syndicat des Enseignants polo- 
nais).
		

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de l'année univeI'sitaire, mais on sait aussi quelles monstrueuses répl'es- 
sions contre le corps enseignant en furent le résultat. On étouffa par de 
semblables répressions tous les essais de réactivation des lycées entre- 
pris ici et là sur le tefI'itoire du "Generalgouvernement". 
Ne pouvant ouvertement élever leUl"s enfants, tout au moins dans 
le sens exigé par le bien et l'avenir de la nation, les Polonais puisèrent 
dans l'arsenal des expériences acquises pendant plus de cent ans de joug 
étranger (pendant les partages) et organisèrent un enseignement clandes- 
tin aux trois niveaux: élémentaire, secondaire et supérieur. L'analyse 
exhaustive et la reconstitution de l'histoire de cet enseignement clandes- 
tin pe sont pas une tâche facile et ne pourront résulter que d'un travail 
collectif. Le Syndicat des Enseignants polonais (Zwi
zek Nauczycielstwa. 
Polskiego) a crM dans ce but une Commission dont la première réunion 
s'est tenue à Varsovie le 23 janvier 1946. J'ai eu l'honneur d'y présenter 
la première communication. Comme sujet, j'ai choisi un ample mémoire 
allemand, consacré en entier à l'enseignement clandestin en Pologne, 
que je me propose ici de résumer et de caractériser. 
Il porte la date du 25 août 1943 et apP3.I'tient à la correspondance 
officielle entre deux organismes de la police: l'expéditeur est le comman- 
dant de la Police de Sécurité et de la Police Spéciale (Sonderdienst) du 
"Generalgouvernement", le destinataire étant l'Office central de la Sécu- 
rité du Reich (Reichssicherheitshauptamt - RSHA) à Berlin, c'est-à-dire 
l'autorité suprême de la police allemande pour tout le Reich et les pays 
conquis. Son chef était le "chef de la Police Allemande", Heinrich Himm- 
ler en personne. Ce mémoire a été reproduit à Cracovie en une assez 
grande quantité d'exemplaires (au moins dix), destinés, entre autres, 
à différentes sections du RSHA. Il n'y a pas longtemps, un de ces exemplai- 
res m'est tombé entre les mains. Evidemment, ce mémoire est stricte- 
ment confidentiel, conune le prouve le gI'and cachet rouge "Geheim" 
figurant en première page de l'exemplaire dont je me sers pour ma COIll- 
munication. 
La genèse de ce document est en ce moment enCOI'e difficile à rétablir 
avec certitude, entre autres pa;rce qu'il se réfère formellement à un autre 
mémoire antérieur qui ne m'est pas connu. Ce deI'nier, daté du 29 mars 
1943, embrassait pI'obablement un champ plus vaste - C3.I' il est cité 
en tant que mémoire relatif à "l'organisation de l'administI'ation de la 
science et de l'enseignement" dans le "GeneI'algouveI'nement" et compre- 
nait plusieurs pa!'ties. La quatrième certainement et peut-être aussi les 
précédentes, touchaient également aux pI'oblèmes de l'enseignement 
polonais clandestin. Mais la teneur essentielle de ce mémoiI'e antérieur 
concernait - semble-t-il - un pI'oblème qui avait pour les autoI'ités 
d'occupation une importance encore plus fondamentale. Tl s'agissait 


1.....-
		

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pour eUes de savoir queUes directives doit appliquer, à l'égard de la po- 
pulation polonaise, l'office qui jouait dans le "GeneI'algouveI'nement" 
le rôle de Ministère de l'éducation et portait le nom de Département cen- 
tral de la science et de l'enseignement du GeneI'algouvernement (Haupt- 
abteilung Wissenschaft und Unterricht in der RegieI'tlng des GG). 
Au cours des premières années de la guerre, le président de cet office 
était Watzke, polonophobe connu, partisan absolu d'une politique de la 
main forte à l'égard des Polonais et de leur abêtissement massif dans 
toutes les écoles entretenues par les autorités du "Generalgouvernement". 
En automne 1942, il tomba cependant en disgrâce et fut subitement révo- 
qué de son poste, à la suite, semble-t-il, de détournements conunis 
par sa secrétaire et maîtresse. Il fut remplacé par Eichholz qui traitait 
les Polonais (au moins en apparence) avec une certaine tolérance. Il semble 
probable que le mémoire de mars 1943, déjà cité, était précisément en 
rapport étroit avec les changements à la direction du "Hauptabteilung 
Wissenschaft und Unterricht" de Cracovie. Le docmuent que j'ai trouvé 
fournit des fondements assez solides à cette supposition dont la justesse 
sera peut-être confirmée par l'examen des archives du "Hauptabteilung" 
qui, autant que je sache, ont été sauvées en partie et se trouvent, dit-on, 
à Cracovie. 
N'en disons pas plus de la genèse et du contexte historique général. 
Quant au document daté du 25 août 1943, il se compose du mémoire pro- 
prement dit, de 36 pages dactylographiées, précédé d'une introduction 
distincte de 9 pages et accompagné de 18 annexes de diverse longueur 
qui totalisent 61 pages dactylographiées; nous avons donc devant nous 
un rapport de plus de cent pages. L'ensemble est élaboré avec une pédan- 
terie toute allemande et basé sur des matériaux cités en partie dans le 
texte même du mémoire, en partie dans les annexes. Parmi les annexes 
on peut distinguer deux groupes. Dans le premier figurent les sept pI'e- 
miè:res annexes, sorte d'introduction historique aux déductions ultérieures, 
puisque relatives à l'enseignement polonais clandestin avant le recouvre- 
ment de l'indépendance en 1918, donc surtout à l'enseignement clandestin 
dans les provinces autrefois annexées par la Russie. Les sources de ces 
annexes "historiques" sont, presque exclusivement, des matériaux polo- 
nais publiés après la Première Guerre mondiale (la revue NiepodlegloAé 
etc.) qui ne présentent donc rien de nouveau pour le lecteur polonais. 
Ils ne pourraient l'int6resser qu'en tant que témoignage que les autori- 
tés d'occupation se rendaient parfaitement compte de la continuité idéelle 
(et en partie organisationnelle) existant entre l'enseignement clandestin 
du temps des tsars et celui fonctionnant sous le régime hitlérien. Par 
contre, la seconde partie des annexes (N0S 8-18) nous intéresse beaucoup 
plus, puisque toutes datent de la récente occupation (pour la plupart 


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de l'année 1943) et nous révèlent les voies par lesquelles les informations 
sur l'enseignement clandestin parvenaient aux oreilles et aux yeux de 
l'occupant allemand. 
C'étaient des voies diverses, mais trois surtout étaient importantes. 
Celle qui a permis aux autorités de pénétrer le plus profondément dans 
l'organisation du réseau de l'enseignement clandestin était l'utilisation 
des matériaux écrits, tombés aux mains de l'occupant à Radom le 21 
févrieI' 1943. La source dont je dispose n'en indique pas explicitement 
les circonstances, mais signale toutefois qu'il s'agit "du courrier transporté 
à Varsovie par un agent de liaison de la Résistance et saisi par le comman- 
dant de la Police de Sécurité et de la Police spéciale du district de Radom". 
Je ne saurais dire si l'agent de liaison a été lui-même capturé par la police 
allemande, mais il me semble que non, car il n'est fait mention ni de son 
arrestation, ni de son inter!'ogatoire. Il devait alors se rendre à Varsovie 
par Radom, venant de la Petite-Pologne centrale, pI'obablement de Prze- 
worsk ou de Rzesz6w, et était porteUJ:" de documents concernant l'orga- 
nisation du réseau de l'enseignement clandestin dans cette région et, 
en général, dans le district de Cracovie. Bien que ces documents n'eussent 
pas été très importants et que leur rédaction eût été prudente, ils livrè- 
rent néanmoins à l'occupant de précieux détails sur l'organisation ainsi 
que des informations sUI' cette région du pays. 
En second lieu viennent les informations, nombI'euses mais disparates, 
provenant de différentes localités, recueillies par les autorités scolaires 
des occupants à l'occasion d'inspections dans les écoles polonaises PI'i- 
maires et professionnelles qui fonctionnaient légalement SUI' le territoÎl'e 
du "Generalgouvernement". En feuilletant les liVl'es et les cahiers, en 
soumettant les élèves et les instituteurs à des interrogatoires apP3.I'emment 
innocents, les inspecteurs allemands tombèrent sur la trace de l'en- 
seignement clandestin qui s'appuyait SUl' ces écoles, tout en allant, natu- 
rellement, au-delà de leur programme didactique et pédagogique of- 
ficiel. Dans les annexes à ce mémoire figurent les résultats de ce genre 
d'inspections, provenant seulement de deux centres: de Cz
stochowa 
(annexes N°s 9, 10 et 13) et de l'Institut des Ursulines à Cracovie (annexe 
N° 12); cependant le mémoire lui-même se réfère également à des rapports 
semblables d'inspections faites dans d'autI'es écoles, tant urbaines que 
rurales. 
La troisième source à laquelle puisaient les Allemands étaient les 
délations d'agents provocateurs, de traîtres, hélas!, de nationalité polo- 
naise, cal' il y en eut malheureusement dans notre communauté dont la 
majorité absolue, ce que personne n'ignore, a su, en gardant strictement 
le secret, dissimuler l'enseignement clandestin aux yeux et aux oreilles 
de l'ennemi... 


.1
		

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Sans m'occuper plus avant des autres moyens par lesquels les auto- 
rités policières et scolaires de l'occupant s'efforçaient d'arriver de fil 
en aiguille, j'ajouterai seulement queUe valeur l'auteur du mémoire attri- 
bue aux pièces de conviction qu'il avait recueillies. Il déplore qu'on accorde 
encore trop peu d'importance à l'enseignement clandestin. "Sous la pres- 
sion des événements quotidiens (écrit-il) même certains de nos milieux 
spécialisés ignorent souvent l'existence d'écoles polonaises clandestines. 
Les preuves de cas particuliers d'enseignement clandestin (der Geheim- 
schulung) ne suffisent pas, à soi-disant, à conclure qu'un- réseau scolaire 
clandestin (Geheimschulwesen) se développe ou se soit déjà développé au 
point de démontrer son efficacité (leistungsfahig)". Il n'y a là rien d'éton- 
nant (ajoute-t-il), puisque les Polonais savaient déjà du temps des tsars 
si bien dissimule:r leur enseignement clandestin que la police :russe n'ar- 
riva pas à le découvrir et que son existence n'a été révélée que par la presse 
polonaise dans les années 1920-1939. "Âujourd'hui encore (continue-t-il) 
les preuves ne peuvent être acquises que difficilement, et, même prises 
ensemble, elles ne fournissent que des présomptions indéniables sur l'acti- 
vité générale des écoles clandestines, mais ne la saisissent pas comme 
telle par des milliers de constatations". Traduisant cette phrase assez 
confuse en un langage plus clair, nous voyons qu'en dépit de tous les 
efforts que la police allemande faisait pour démasquer notre enseignement 
clandestin, les résultats n'étaient qu'à demi satisfaisants, puisqu'ils 
se limitaient à des présomptions (indéniables, il est vrai) - "sichere 
Hinweise" - sans avoir pu les transfo:rmer en milliers de preuves incon- 
testables - "Tausende von Belegen" - qui, évidemment, auraient été 
le butin le plus désirable. 
Il faut néanmoins l'econnaître que le travail de fourmi de la Police 
de Sécurité et de la Police Spéciale n'a pas été entièrement vain et qu'il 
a quand même permis aux auto:rités d'occupation de pénétrer assez pro- 
fondément dans les coulisses du travail clandestin dans le domaine de 
l'enseignement. Pour s'en convaincre, il faut lire notre ample mémoire 
d'un bout à l'autre; on obtiendra alors une réponse complète à la question 
qui figure dans le titre de cette conférence: "Ce que savaient (au milieu 
de 1943) les autorités d'occupation sur l'enseignement polonais clandes- 
tin dans le »Generalgouvernement«". Dans le cadre de ma communica- 
tion il n'est pas possible de donner à cette question une réponse détaillée 
et exhaustive, car il faudrait résumeI' l'une après l'autre au moins 45 
pages dactylographiées de texte allemand (sans compter les annexes). 
Le manque de place ne le permettant pas, je suis obligé de choisir une 
autre voie - consistant à donner d'abord une réponse générale à la ques- 
tion posée, pour choisir ensuite dans les pages du mémoire celles qui 
méritent, à mon avis, une attention particulière. 


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Or, cette réponse générale pourrait être formulée à peu près comme 
suit: Les Allemands savaient relativement beaucoup de choses tant sur 
l'organisation générale de l'enseignement clandestin, mais aussi sur les 
détails de son fonctionnement. Néanmoins, même après quatre années 
de guerre, ils étaient loin de le connaître dans son ensemble; il est surpre- 
nant, par exemple, de constater combien peu ils savaient sur l'en- 
seignement universitaire clandestin. Ce qu'ils ne savaient pas positivement, 
ils s'efforçaient de se l'imaginer; POUI' cela, ils se basaient non seulement 
SUI' des présomptions fragmentaires, mais aussi sur un raisonnement par 
analogie - avec les données, soigneusement recueillies dans les publi- 
cations polonaises, sur les écoles clandestines de l'époque du tsarisme. 
LeUl's suppositions étaient en général prudentes, donc justes; ils ne s'éga- 
raient dans leurs raisonnements que par endroits. D'ailleurs il est au- 
jourd'hui encore assez difficile de porter un jugement sur ce dernier point, 
c3.I' même actuellcment seul un groupe restreint d'initiés dispose d'in- 
formations vraiment étendues et authentiques sur l'ensemble de l'enseigne- 
ment clandestin dans les années 1939-1945; les autres, notamment les 
représentants de la foule des humbles travailleurs actifs dans les secteurs 
locaux de cette grande conspiration, ne disposent pas, ce qui est bien 
naturel, d'informations de ce genre. Personnellement, j'appartiens aussi 
iL cette foule. 
Je passe aux détails. Les cinq pages d'introduction du mémoire ana- 
lysent le contexte général et les objectifs de l'enseignement polonais clan- 
destin. Nous n'y trouvons que peu d'observations susceptibles d'intéres- 
ser particulièrement le lecteur polonais. L'auteur du mémoire se rend 
évidenuuent compte que l'enseignement clandestin constitue une réac- 
tion de la communauté polonaise patriotique à la politique scolaire et édu- 
cative dc l'occupant et qu'il "serait absurde d-e la part de chaque Polo- 
nais de risquer la perte de sa libeI'té personnelle et de sa vie si l'
nseigne- 
ment clandestin n'avait pour but que dispenser des connaissances sans 
exercer d'influence éducative sur les adolescents polonais", et il ajoute 
assez naïvement que "les institutions scolaires publiques existantes 
suffiraient à préparer toute la jeunesse polonaise aux professions qui 
lui sont accessibles pour le moment (zur Zeit)". C'est justement là l'essen- 
tiel; effectivement l'enseignement clandestin sert non pas tant 1eR besoins 
immédiats de la société polonaise pendant la guerre que son avenir. Il 
a pour but d'inculquer à la jeunesse la conviction que la Pologne a perdu, 
passagèrement il est vrai, son indépendance en tant qu'Etat, mais qu'elle 
continue encore à exister en tant que nation et qu'elle recouvrera un jour 
sa liberté. Le programme didactique et pédagogique de l'enseignement 
clandestin est un prolongement du programme £l'avant 1939 et tend à at- 
teindre les mêmes buts que celui-ci. Du point de vue allemand, cela signi-
		

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fie que les é.) Jles clandestines ont pour tâche ncn seulement de former 
des Polonais instruits, mais aussi et surtout, animés d'un "fanatisme 
patriotique" . 
Le passage suivant, assez long, conceI'ne la structure de l'enseignement 
clandestin. Il commence par une ph
ase soulignée qui constate que l'en- 
seignement clandestin dans le "Generalgouvernement" est dirigé par un 
office central sis à Varsovie !!t (\onstituant une délégation du gouverne- 
ment polonais de Londres. Cet office serait composé d'anciena fonction- 
naires du Ministère des Cultes et de l'Education publique d'avant-guerre 
et d'officiers supérieurs de l'ancienne armée polonaise. Il possède des 
échelons intermédiaires (Mittelinstanzen) dans les chefs-lieux des districts; 
les districts sont divisés en circonscriptions scolaires (Aufsichtskreise). 
Les autorités policières ont réussi à établir un certain nombre de détails 
sur le district de Cracovie. Il est divisé en 28 circonscriptions, numéro- 
tées en chiffres romains et désignées p3.I' les mêmes numéros dans la 
correspondance secrète. On a pu établÏI' que la cÏI'conscription de Rzeszow 
porte le N° XIV, celle de Cracovie probablement le N° XXVIII, etc. ! 
Au début de 1943, sur les 28 cÏI'conscriptions du district de Cracovie, 
la plupart, plus de 20, travaillaient sans séI'ieux obstacles de la part des 
occupants. A la tête de l'organisation dans le district de Cracovie il y a un 
directeur assisté d'un "conseil scolaire" secret (dont le nombre de memb
es 
est indiqué). Il contrôle l'enseignement clandestin par l'entremise d'inspec- 
teurs, dont une grande partie travaille simultanément dans les offices 
scolaires allemands. Il faut, en général, constater que les Polonais savent 
très adroitement exploiteI' le système légal de l'organisation scolaire mise 
en place p3.I' l'occupant ainsi que le réseau des écoles élémentaires et pro- 
fessionnelles qui fonctionnent dans le "GeneI'algouvernement" sous l'au- 
to;rité allemande. 
Laissant de côté de nombreux détails moins importants, épars un 
peu au hasard dans le passage actueUement en cause et relatifs à des 
questions telles que: gI'oupes d'élèves, programme d'enseignement, jurys 
d'examens, recrutement et formation des instituteurs, distribution des 
manuels, etc. - je m'a!'fêterai à une phrase, de nouveau soulignée, dont 
la teneuJ: est la suivante: "Il en est donc comme on l'a. toujours supposé, 
à savoir que les écoles professionnelles, en particulier les écoles commer- 
ciales, portent, à l'extérieur, le cachet d'écoles dirigées par les autorités 
allemandes, mais dissimulent en ;réalité des établissements d'instruction 
nationaliste, qui servent leurs propres fins bien déteI'minées (ausgespro- 
chenen)". "Cela est tout naturel (continue le mémoire), puisque ces écoles 
sont fréquentées surtout pal' ceux des jeunes Polonais qui avaient aupara- 
vant fréquenté les lycées sans pouvoir terminer leurs études. Ici il n'est 
plus nécessaire de se donner la peine de former des petits groupes d'élèves,
		

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ici l'instituteur peut parler à la classe tout entère et, de ce fait, réaliser 
beaucoup plus vite le programme d'enseignement prescrit par le centre 
clandestin". Cela explique l'afflux considérable de la jeunesse dans ces 
écoles professionnelles, surtout commerciales. 
Un rôle semblable est joué par les écoles primaires légales, dans les- 
quelles fleurit aussi l'enseignement clandestin de l'hiRtoire, de la géogra- 
phie et de la littérature polonaise. Les élèves des classes supérieures 
(6 e et 7 e ) apprennent les matières prescrites par les programmes polonais 
d'avant-guerre pour les deux premières classes des lycées. 
La jeunesse qui ne peut compléter clandestinement son instruction 
ùans les écoles légales, le fait dans les groupes d'élèves. Il en est assez 
souvent question dans le mémoire, mais ce que nous y lisons n'est pas 
partout exact (au moins si j'en crois ma propre expéI'ience de Cracovie). 
Il semble donc qu'il était plus difficile aux auto!,ités d'occupation de 
pénétrer dans la coulisse des groupes clandestins que dans celle des 
écoles. 
Je m'occuperai maintenant du passage suivant, le plus long, qui parle 
successivement des différents "types", c'est-à-dire des difféI'entes formes 
et niveaux de l'enseignement clandestin. Le mémoire distingue cinq 
types: l'éducation familiale (Mutterschule), l'enseignement dans les crè- 
ches et les maternelles, l'enseignement primaire, l'enseignement secondaire 
et l'enseignement supérieur. 
Le mémoire parle longuement de l'éducation familiale, en se référant 
fmrtout aux cahiers, aux albums, etc., confisqués lors de perquisitions 
policières domiciliaires, cependant ces matériaux fragmentaires, abon- 
damment cités dans leuI' teneur originale en polonais et dans leur traduction 
allemande, ne forment à proprement parler aucun tableau généI'al. Ils 
ne peuvent conduire qu'à une seule conclusion: que les familles polonaises 
faisaient tout leur possible pour instruÎl'e et élever leurs enfants dans 
l'esprit patriotique; mais c'est là une conclusion qui doit s'imposer d'avance 
à tout homme, serait-il Allemand, pour peu qu'il réfléchisse à la menta- 
lité d'une nation asservie. Ce qui mérite d'être souligné dans cet enchaî- 
nement d'idées, c'est peut-être seulement que l'auteur du mémoire s'ima- 
gine que cet enseignement familial ou privé est organisé d'une façon simi- 
laire "aux JI{ utterschule organisés par les Allemands dans l'ancienne Po- 
logne". Sans élucider s'il en était vraiment ainsi, nous voyons ici confirmés, 
noir sur blanc, les deux poids et mesures que les Allemands appliquaient 
dans des circonstances analogues, selon qu'il s'agissait d'eux-mêmes ou 
de nom;. Ce qui nous était imputé à cI'ime d'Etat, était considéré, au re- 
gard des nationaux allemands, COllUlle une chose tout à fait naturelle, 
ne demandant aucune apologie; et pourtant, combien différente était 
la situation de la minorité allemande en Pologne avant 1939, compar
e 


7 - A. Blrkenmajer: Etudes d'histoire... 


.10.....
		

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à notre situation pendant l'occupation barbare des années de la 
guerre! 
Dans les crèches et les maternelles, les choses se passent à peu }u'ès 
de la même faç.on que dans l' "enseignement familial", mais à une phu; 
grande échelle. Une inspection effectuée par surprise dans de tels établis- 
sements à CZ
Rtochowa a permis de réunir des preuves nombreuses et 
évidentes de leur activité anti-allemande. Outre les crèches et les mater- 
nelles officiellement autorisées et subventionnées par la Rada Gl6wna 
Opiekuncza (Conseil Général de Tutelle), il en existe aussi d'illégaleR et 
clandestines. Les mateI'nelles s'en tiennent aux prograllunes polonais 
d'avant-guerre, et enseignent même les m&tières des deux premières classes 
de l'école primaire. Elles délivrent des certificats qui épargnent aux 
enfants une ou deux années de scolarité. Il en est d'ailleurs de m;'me 
de l'enseignement familial, ainsi qu'en témoignent les examens clandes- 
tins de passage, à la fin de l'école primaire. 
"En ce qui concerne l'enseignement clandestin dans les écoleR pri- 
maires polonaises, on a recueilli une quantité de pièces à conviction dont 
on peut tirer les conclusions suivantes", - déclare le mémoire et expose 
ces conclusions en cinq points. Il faudrait peut-être les citer in exten!lo, 
mais je l'éviterai pour plus de concision, en me bornant à constater qu'elles 
brossent au total un tableau fidèle du fonctionnement réel de l'enseigne- 
ment clandestin dans les écoles en question. Les autorités d'occupation 
étaient (lonc très bien renseignées en cette matière. Elles connaissaient 
l'esprit de cet enseignement, savaient ce qu'on enseignait en secret, quelles 
matières "légales" servaient de couverture à l'enseignement des matières 
"interdites", dans quelles classes fleUl'issa.it l'enseignement clandestin, etc. 
Il importe encore d'ajouter que les occupants se rendaient compte que 
le programme officiel, c'est-à-dire imposé par les autorités allemandes 
aux écoles primaires, favorissait l'enseignement clandestin - ceci par son 
niveau désastreux, p3.I' son exiguité et sa facilité. "Chaque instituteur 
polonais (écrit l'auteur), ne serait-il que passablement assidu, peut venir 
à bout du programme prescrit en n'utilisant qu'à peu près le tiers des 
heures de classe dont il dispose. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner s'il 
considère comme son devoir de pédagogue d'employer le reste du temps 
au profit des élèves". L'ironie du sort a donc voulu que le fameux Stm' 
de Burdecki 1 produise des effets exactement contraires il, ceux qu'il 
recherchait. 
L'enseignement clandestin est le domaine d'élection des écoles pri- 
maiI'es privées. Sous ce rapport, le mémoire se réfère, entre autres, à l'inxpec- 


1 Périodique édité sous les auspices des autorités allemandes à l'intention des 
écoles primaires. - N.d.l.R.
		

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			89 


ticm (le l'école conventuelle des Ursulines à Cracovie. Nous lisons à cette 
occasion une phrase qui peut faire vraiment plaisir en tant que preuve 
involontaire d'estime à l'égard des écoles polonaises: "Il est particuliè- 
rement remarquable de constater que l'Ecole ménagère rattachée à cette 
école (primaire) représente un niveau que n'approche, même de loin, 
aucune école allemande de ce type (hinter welchem jede deutsche Haus- 
haltungsschule weit zurÜckstehen muss)". Il en est plus largement ques- 
tion dans l'annexe cOrrespondante. "Les institutrices (y lisons-nous) 
sont, sans exception, à considé:l.er comme excellentes. Les élèves sont 
pour la plupart très intelligentes et sagaces. Aux questions du programme 
qu'on leur posait, elles répondaient par de petits exposés qui démontrent 
que l'enseignement ne consiste pas à bûcher sans comprendre. Elles ré- 
pondaient aisément, sans hésiter, dans un style excellent, et savaient 
développer sans aide les aspects qu'avait en vue l'interlocuteur. Si cette 
école était allemande, elle mériterait la plus haute approbation. L'école 
élémentaire a donné lieu à des observations identiques. Là aussi presque 
toutes les élèves peuvent être qualifiées d'intelligentes et sagaces. Les 
compositions prouvent que les institutrices veillent strictement à l'ordre 
et à la propreté et qu'elles évitent les stéréotypes. On peut constater que 
tous les devoirs avaient fait l'objet d'une réflexion et d'une préparation 
il, la maison, sans aide d'autrui; chaque composition différait essentiel- 
lement de toutes les autres. Les cahiers de quelques élèves sont si bien 
tenus qu'ils peuvent :remplacer les manuels, en particulier les cahiers 
d'histoire naturelle. Nombre de ces cahiCl's pourraient être imprimés 
sans changements essentiels et recommandés aux écoles primaires". 
HuI' l'enseignement au niveau secondaire, l'auteur du mémoire déclare 
disposer également de nombreux matériaux. Nous constatons, en effet, 
qu'eu cette matière il est aussi bien ;renseigné que sur l'enseignement 
clandestin au niveau primaire. Il écrit fort justement que les écoles pro- 
fessionnelles polonaises, surtout commerciales, sont, sans conteste, de 
"véritables pépinières (Trager) de l'enseignement secondaire clandestin". 
Bien que ce soit interdit, elles enseignent aux élèves des deux sexes le 
programme des lycées polonais d'avant-guerre. Elles disposent d'un corps 
enseignant bien instruit, expérimenté et dévoué, composé d'anciens 
professeurs des écoles secondaires et aussi des universités polonaises. 
La jeunesse, surtout depuis 1941, apprend avec assiduité. Les Ecoles 
Normales clandestines forment les enseignants des écoles élémentaires 
de la future "Nouvelle Pologne". Il existe au moins deux de ces Ecoles 
Normales, à Rzeszow sous la direction du professeur \Valowiec et à Craco- 
vie sous la direction du professeur H. Rowid. 
Les renseignements que contient le mémoire sur l'enseignement clan- 
destin au niveau supérieUl', universitaire, sont étrangement maigres.
		

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			w 


Cela viênt peut-être de ce que cet enseignement avait fait l'objet de deux 
mémoires antérieurs, du 4 août 1942 et du 21 avril 1943. Le titre du second 
d'eux mérite d'être cité, car il dit: "L'instruction des futurs pseudo-savants 
polonais (eines polnischen pseudowissenschaftlichen Nachwuchses) dans les 
écoles polonaises ayant lc caI'actère d'établissements d'enseignement 
supérieur dans le «Generalgouvernement»". Il concernait probablement 
les établissements officiels qui devaient soit-disant avoir le caI'acN
re 
d'écoles supérieures - tels que les "Cours professionnels d'Etat à Lwow 
(Staatliche Fachkurse Lemberg)"; ici, dans la correspondance officielle 
confidentielle, on a levé le masque et clairement reconnu que les "cours" 
de ce genre devaient fournir à la communauté polonaise non pas des savants, 
mais seulement des "pseudo-savants". Dans le mémoire analysé, il est 
presque exclusivement question de l'ancienne Ecole Wawelberg à Varso- 
vie, rebaptisée "Ecole professionnelle de construction mécanique à Var- 
sovie". En dépit des interdictions, elle s'en tient à l'ancien -programme 
polonais et a organisé des cours supplémentaires (également interdits) 
et un cours spécial pour les anciens étudiants de l'Ecole Polytechnique. 
L'école a 39 professeurs hautement qualifiés qui "n'enseignent pas, comme 
l'exigent les règlements, mais professent" et, en général, continuent à tra- 
vailler "comme des pI'ofesseurs d'université". 
Je passe maintenant au dernier chapitre, assez COUl't mais important, 
de notre mémoire, intitulé: "La surveillance de l'enseignement clandestin 
par les inspecteurs clandestins". Il y est plus 13.I'gement question d'un 
fait qui avait été accidentellemcnt mentionné plus tôt dans le mémoire, 
à savoir des avantages que l'enseignement clandestin tire de ce que "les 
autOI:ités scolaires allemandes, en raison des devoirs qui leur incombent, 
sont obligées d'employer un personnel auxiliaire non-allemand"; ce person- 
nel polonais joue le rôle d'agent de liaison entI'e le centre clandestin de 
Varsovie et l'enseignement clandestin en province. Aujourd'hui nous 
savons tous parfaitement qu'il en était bien ainsi et que cela a rendu des 
services inappréciables à la cause de l'enseignement clandestin (mutatis 
mutandis, il en était de même dans les autres secteurs (le l'activité cul- 
turelle: dans les archives, les bibliothèques, les musées, les instituts scien- 
tifiques allemands)... Ce fait étant actuellement de notoriété publique, 
je ne m'y arrêterai pas plus longtemps - je regrette seulement que nous 
ne connaissions pas le mémoire (déjà mentionné plus haut) du 29 mars 
1943, intitnlû: "Organisation de l'administration de la science et de l'en- 
seignement", cal' il nous fournirait certainement plus de renseignements 
à ce sujet. Il semble que les Allemands aient parfaitement connu le fonds 
de la chose et su à quel point ce "personnel auxiliaire non-allemand" 
empêchait l'extirpation de l'enseignement clandestin polonais. 
Sous ce rapport, le mémoire mentionne encore d'autres obstacles
		

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			. 


91 


de ce genre, p.ex. les quantités insuffisantes d'essence attribuées aux 
offices scolaÏI'es (Schulamt), l'appel des conseillers scolaires (Schulrat) 
sous les drapeaux, d'autre part surchargés d'obligations secondaires par 
l'administration et le parti nazi, le manque de compréhension auquel 
se heurtaient en province les directives du "Hauptabteilung Wissenschaft 
und Unterricht" de CI'acovie, etc. L'auteur est cependant d'avis (et ce 
sont ses remarques finales) "qu'on peut cependant efficacement combattre 
l'enseignement clandestin et ceci sans grandes dépenses, à condition 
que toutes les auto;rités centrales (Regierungsstellen) soient diUllent 
instruites et que le Département Central de la science et de l'enseignement 
obtienne non seulement plein pouvoir pour une politique scolaire raison- 
nable, mais aussi le dI'oit de l'appliquer uniformément. Il faut en premier 
lieu, constate-t-il, remplacer le personnel dirigeant de certaines admi- 
nistrations et inspections scolaires. Certaines gens qui, dans le Reich, 
pourraient être de bons fonctionnaires de l'administration ou de l'inspec- 
tion, restent ici désemparés face aux problèmes essentiels, incapables 
qu'ils sont de se l'endre compte du danger que ces questions constituent 
pour le Reich; et pourtant les efforts de l'ennemi, qu'il s'agit ici de com- 
battre, réussissent ou échouent suivant l'attitude des Allemands qui se doi- 
vent de mener énergiquement cette lutte de longue haleine". 
Ces remarques finales du mémoire proprement dit (Erfahrungsbericht) 
sont développées plus amplement dans la paI'tie du document que, par 
esprit de concision, j'ai appelée "intI'oduction", et qui mérite plutôt le 
nom de "lettre annexe au mémoire". Du point de vue allemand, officiel, 
c'est la partie la plus importante de tout le document analysé, car son 
but était d'inciter Berlin à approuver les changements que le "Haupt- 
abteilung Wissenschaft und Unterricht" de Cracovie avait l'intention 
d'introduire dans l'ensemble de la politique scolaire à l'égard des Polo- 
nais. J'ai déjà dit plus haut que le nouveau président de ce Département, 
Eichholz, avait désapprouvé de nombreuses mesures prises par son pré- 
décesseur Watzke, selon lui nuisibles aux intérêts allemands dans le "Gene- 
ralgouverll()ment". Pour ne pas m'en tenir à une affirmation gratuite, 
je vais maintenant choisir dans cette "int:roduction" (dont l'auteur est, 
sinon Eichholz lui-même, certainement quelqu'un inspiré par lui) quel- 
ques phrases très caractéristiques, puisqu'il y est explicitement question 
ùe la "fausse direction" prise par la politique scolaire de l'occupant jusqu'en 
automne 1942, c'est-à-dire justement sous la présidence de Watzke. Ces 
phrases sont en même temps très impoJ:"tantes pour nous, car elles sont 
pour le monde entier le témoignage le plus compétent des monstrueuses 
conditions dans lesquelles devaient s'instruire nos enfants dans le "Gene- 
ralgouvernement" au cours des années 1939-1943 (on sait qu.'également 
plus tard rien n'a, à vrai dire, changé en mieux). Voici la teneur de ce
		

/Licencje_040_05_105_0001.djvu

			'92 


l, 


passage: "Pour tout Allemand conscient de sa responsabilité qui entre 
dans une école primaire polonaise quelconque, il est évident que, IJar 
suite de la fausse direction suivie par les écoles publiques jusqu'en automne 
1942 et dont il n'est pas facile de les détourner, elles semblent inaptes 
aux Polonais à assurer ne fut-ce que le minimum d'instruction. Les élèves 
y sont entassés l'un sur l'autre, sans liVI'es, dépourvus des accessoires 
d'exercice les plus élémentaires, souvent privés d'un personnel enseignant 
capable de travailleI'. En outre, les écoles polonaises restent ferm
es 
pendant au moins 5 mois sur les 10 de l'année scolaire, faute de charbon 
ou d'autres combustibles. Sur les 20 à 30 spacieux bâtiments scolaires 
que possédait p.ex. Cracovie avant 1939, seuls les deux plus mauvais 
sont aujourd'hui disponibles, bien que le nombre des écoles ait considé- 
rablement augmenté. L'enseignement doit tous les joUl's avoir lieu par 
roulement. Dans ces conditions, la journée scolai,re, qui dure normale- 
ment 5 heures, se réduit à une heure au plus. Si l'on tient compte de cette 
situation et de ce que les Polonais intéressés peuvent observer dans les 
écoles allemandes et ukrainiennes, il est psychologiquement tout à fait 
évident qu'ils se décident à envoyer leurs enfants dans leurs propres éco- 
les, c'est-à-dire dans les écoles clandestines organisées selon leurs pro- 
pres voeux. Réaliser une telle décision ne demande même pas un courage 
exceptionnel, car l'enseignement clandestin peut facilement être dissimulé 
aux yeux des non-initiés dès qu'on l'organise comme les Polonais savent 
magistralement le faire, mettant à pI:ofit leUl's anciennes traditions". 
En se basant sur ces critiques et sur d'autres remarques semblable
, 
l' "introduction" formule 8 conditions absolument indispensables à remplir 
pour mettI:e frein au développement de l'enseignement clandestin dans 
le "Generalgouvernement". Elles peuvent être classées en deux groupes. 
Au premier gI'oupe appartiennent les 4 e , 5 e et 6 e conditions, relatives 
aux changements et aux perfectionnements à mettre en oeuvre au liein 
même de l'administration allemande d'occupation; nous pouvons les 
passer sous silence. Le second groupe, plus ample, comprend le reste des 
conditions (le, 2 e , 3 e , 7 e et 8 e ); eUes se rapportent toutes, directement ou 
indirectement, à la population polonaise. La moins importante semble 
être la troisième qui se rapporte aux crèches et aux maternelles; nom; 
la laisserons aussi de côté. La septième demande qu'on débarasse les offices 
scolaires allemands des Polonais "éminents", "car ils sont certainement 
des agents secrets de l'administration scolaire polonaise illégale"; il en 
a déjà été question précédemment. La huitième suggestion constitue 
une nouveauté du fait qu'elle réclame une amélioration des conditions 
d'existence des instituteurs ruraux polonais placés, lisons-nous, "dans 
une situation matérielle tout à fait désespérée", ce qui les force tout simple- 
ment à gagner leur vie par l'enseignement clandestin. Les propositions 


1 
"
		

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			III 


93 


essentielles sont cependant les deux premières, à juste titre mises en tf-te 
(les réformes projetées. La particularité qui les lie est (évidemment dans 
l'intérêt des Allemands eux-mêmes) qu'elles intercèdent en faveur d'une 
politique scolaire un peu plus libérale à l'égard des Polonais. Cette poli- 
tique, lisons-nous, a déjà été inaugurée par le nouveau président du Dépar- 
tement CentI'al de la science et de l'enseignement du "Generalgouver- 
nement" par des "mesures hardies qui, malheureusement, ne sont pas 
toujou
s dûment comprises par toutes les autorités allemandes"; elles 
ont pour but une "réorganisation raisonnable" du système scolaire polo- 
nais (officiel), qu'il faut "aussi tôt que possible tirer d'une situation chaot,i- 
que qui ne cadre pas avec la dignité de l'administration allemande". 
"L'administration scolaire allemande peut assurer (aux Polonais) une 
instruction élémentaire générale d'un certain niveau avec d'autant moins 
<.l'appréhension que les enfants recommenceront (le ce fait à fréquenter 
les écoles publiques; on maintiendra alors aussi la posRibilité d'exercer 
le contrôle nécessaire tout en arrêtant, d'une manière naturelle, l'afflu- 
ence à l'enseignement clandestin. IJes programmes et les manuels, qui 
commencent enfin à paraître, peuvent sans peine être mis au service de 
l'emieignement dans les écoles primaires polonaises. Ils servent les in- 
térHs allemands par le choix des matières, débarassées des tendances 
nationalistes, et remplacel'ont les programmes clandestins et les manuels 
ind
sirables employés faute d'en avoir d'autres. Il faut tendre par tous 
les moyens à procurer le papier nécessaire à l'impression des manuels 
et à placer ce travail parmi les tâches les plus urgentes des imprimeries". 
Telle est la teneur de la première proposition; la deuxième la complète 
en postulant l'ouverture de quelques Ecoles Normales, évidemment di- 
rigées par (les Allemands et avec des maîtres allemands, qui doivent 
pourtant parler couramment le polonais. 
Tels étaient, en été 1943, les projets du président Eichholz (conRt.a- 
t.onH, en passant et à leur avantage, qu'ils ne suggèrent pas de répression
 
policières à l'égard des participants de l'enseignement clandestin). Nous 
ne savons pas comment les a reçus le "chef de la Police Allemande", 
le t.out-puissant Heinrich Himmler. Aujourd'hui, (l'ailleurs, cela nous 
est fort indifférent. Je terminerai donc ma communication en cit.ant deux 
br('fs passages qui se rapportent à nos enseignants de l'ent.re-	
			

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			94 


instituteurs aUemands". Et dans le second: "Nul, en Pologne, n'a été 
un plus grand patriote que le pI'ofesseur de lycée et, pour une part, éga- 
lement l'instituteur des écoles primaires. Nul ne pourra s'enflammer 
pour la cause nationale autant que la jeunesse qui a de tels éducateurs". 
Combien précieux sont ces témoignages par leur authenticité irréfu- 
table! 


Traduit par Helena Devechy 


r 



 


-
		

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			II. ETUDES SUR WITELO
		

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			... 


-
		

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			.1 


PREMIERE PARTIE 


DEUX ECRITS INCONNUS DE WITELO * 


Les dix dernières années ont rappelé au monde des érudits le nom 
de "Vitelo; on s'est beaucoup occupé de lui, non seulement chez nous, 
mais aussi à l'étranger, surtout en Allemagne. Clemens Baeumker lui 
a consacré une monographie 1 exhaustive qu'attendent encore bien des 
plus illustres écrivains médiévaux. Il a ainsi suscité toute une pléiade 
de critiques, de polémiques, de compléments, de résumés et de mentions. 
Il semblerait donc qu'en présence d'une littérature aussi abondante et 
d'un ouvrage aussi touffu que celui de Baeumker, il ne sera pas facile 
d'ajouter de nouvelles informations sur la vie et les oeuvres du Ravant 
silésien. 
Mais un tel scepticisme n'est heureusement pas justifié; j'espère même 
que les Etudes, dont je présente ici la première partie, permettront au 
lecteur de se faire une idée plus complète et en même temps un peu dif- 
férente de celle que nous donne sur la biographie et les oeuvres de 'Vitelo 
la lecture de l'ouvrage de Baeumker. Ceci pour deux raisons. Il est ind{>.- 
niable qu'outre ses sérieux mérites la monographie de BaeumkeI' présente 
quelques aspects négatifs; qu'à côté de matériaux extrêmement précieux 
recueillis avec autant de patience que d'érudition, on y trouve des fautes 
de méthode, à tel point que les dernières pages contredisent beaucoup 
de conjectures énoncées dans la première partie 2 . Nous allons voir plus 
loin, dans ces Etudes, que l'action destructive de ces erreurR de méthode 


* Studia nad W itelonem, Archiwum Komisji dIa Badania Historü Filozofii 
w Polsoe, II: 1, 1921, pp. 1-149. 
1 C. Baeumker, Witelo, ein PhiloBoph und NatmforBcher des XIII. JahrhundertB, 
Beitra.ge zur Geschichtc der Philosophie des Mittelalters. III: 2. Münster 1908. 
1 Voir la caractéristique imagée, quoique exagérée. de l'oeuvre de Baeumker 
dans la seconde édition d(' l'exc('llent ouvrage de P. Mandollnet, Siger de Brabant, 
l, Louvain 1911, p. 128.
		

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			98 


1 
Il 


est malheureusement encore plus profonde. En les éliminant, nous pour- 
rons corriger et compléter les informations sur Witelo et son oeuvre. 
C'est cette ligne qu'ont suivi dès le début mes travaux 3: je présenterai 
dans la seconde partie de ces Etudes, ainsi que dans les parties suivan- 
tes, les résultats obtenus de cette manière. 
Un heureux hasard m'a aidé: après des recherches relativement cour- 
tes, j'ai réussi à retrouver deux opuscules de Witelo dont jusqu'à présent 
on ignorait même le titre. Je commence ces Etudes par leur publication, 
pour rendre accessibles aux lecteurs les nouveaux matériaux qu'ils ajou- 
tent à nos connaissances sur la vie et l'oeuvre du savant silésien. Ceci 
se rapporte surtout au plus long des opuscules, le De natura daemonum. 
Dès 1911, j'étais tombé sur la première trace d'un tel écrit de "\Vitelo. 
J'avais appris auparavant, par l'ouvrage de M. Curtze 41, que Nicole Ores- 
me (v: 1325-1382) figurait parmi les lecteurs assidus de la Perspectiua 
de Witelo. Je me décidai donc à regarder de plus près les oeuvres, surtout 
non imprimées, de ce savant universel. L'occasion s'en présenta aisément, 
car la Bibliothèque Jagellonne possède quatre copies (les codd. 749, 751, 
2095 et 2117) des Quaestiones Meteororum magistri Nicolai Oresme, oeuvre 
que l'on lisait et copiait assidûment 5 aux XIVe et XV e siècles, mais qui - 
du moins dans sa forme authentique - ne fut jamais imprimée. En effet 
j'ai trouvé dans ces intéressantes Quaestiones de nombreuses références 
à l'Optique de Witelo - mais quel fut mon étonnement de tomùer sur 
deux citations d'un traité, dont le titre même était jusque-là inconnu. 
Les voici, telles qu'elles figurent toutes les deux dans la question 19 du 
livre III 6 : 
"Hoc idem etiam dicit Witelo in tractatu suo De natura daemonulll, 
qui sic incipit: »Domino et fratri suo magistro Ludouico«, ubi recitat 
eandem historiam Aristotelis in III. Meteoro:rum et aliam historiam, 
quam per famam audiuit in Polonia, quod deamones fecerunt telam in 
summitatibus arborum et quod miles quidam, dictus Henricus Katho, 
uenando lupos in diluculo ante diem circa Ligniz, uillam famosam, et 
Gotswalddorf 7, uidit lupum tam magnum ut arbores siluarum uenientem 
ad ipsum ad clamorem porcelli, et ille putans esse daemonem fortissime 


Il 


1 Travaux continués, malgré maintes interruptions et obstacles, depuis 1908. 
· M. Curtze, Sur l'orthographe du nom et la patrie de Witelo, Bullettino di biblio- 
grafia e di storia delle scienze matematiche e fisiche, IV, 1871, pp. 49-76, aux pp. 
64-66 (pp. 18-20 du tirage à part). 
1 Voir plus loin, dans l'Appendice Il, ce qui concerne les autres manuscrits de 
cet ouvrage. 
, Je présente le texte établi d'après tous les manuscrits dont je disposais, bien 
qu'ils s'écartent assez fortement les uns des autres dans ce passage; voir l'édition 
critique de la QueBtion eutière qui précède l'Appendice I. 
7 Voir plus bas note 45. - N.d.l.R. 


-
		

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			99 


. 


timuit illum, illo autem ueniente iuxta se, uidit ipsurn minorari ad modum 
lupi et rapere porcelhml et rapi et interfici propter hoc. Et hoc non fuit 
nisi per reflexionem uel per refractionem radiorum uisualium in aëre, 
et non fuit daemon sed lupus, licet ille fatuus miles nesciens mathematicam 
scientiam credidisset ip8um esse daemonem. Et ibidem circa medium reci- 
tat auctoritate Alhacen in III. Perspectiuae, quod homo aliquando ap- 
pareat sicut unurn magnum nemus uel mons". 
"Et optimmn remedium contra tales humores melancholicos est 
laetari et solatiari in locis secretis et non imaginari de diabolo, sicut dicit 
Wïtelo in tractatu suo De natura daemonum". 
La première de ces citations est plus longue et plus importante car 
elle donne deux fragments précieux de l'écrit cité. Le premier est l'incipit 
du traité, information d'autant plus importante qu'elle donne au moins 
le nom de la personne à laquelle cet opuscule était dédié; le second est 
important par son analogie avec le passage fréquemment cité du IVe 
livre de la Perspectiua 8 , ce qui établit l'authenticité de l'opuscule que 
Nicole Oresme avait en main. 
Bien plus tard (en 1914) j'ai trouvé une troisième citation dans un 
autre traité inédit d'Oresme, la Quaestio contra diuinatores, écrite en 1370. 
C'est exactement le traité auquel se réfère Curtze" et c'est le même manu- 
'Scrit parisien (Paris. lat. 15126) - auquel puisèrent leurs informatiollR 
le professeur de Torun et, avant lui, également LaunoPo, Meunier 11, 
Hauréau 12, et le phu; exact de tous, Jourdain 13 - qui me servit aussi 
de source lC . Ce gros traité - qu'il faut distinguer 15 de deux ouvrages 


· Perspectiua IV 28 (chez Baeumker, l.c., p. 162): "Et huius simile accidit iuxta 
ciuitatem Wratislauiensem apud ncmus uillae Borcc; uisi sunt enim homines ibi 
in crepu8Culis altiores nemore illo alto. Et uisus est lupus iuxta Ligniz, castrum Po- 
loniae, aequalis altitudinis ip8Ï nemori". 
. Outre son oeuvre citée plus haut, voir aus8Ï: M. Curtze, Die mathematischen 
Schriften deB Nicole OreBme, Berlin 1870, pp. 15-16. 
10 J. Launoü Regii Navarrae gymnasii ParisienBis hiBtoria, II, Parisiis 1677, 
p. 458; Opera omnia, IV: l, Coloniae Allobrogum 1732, pp. 504-505. 
11 F. Meunier, EBBai Bur la vie et leB oUVTageB de Nicole OreBme, Paris 1857, pp. 
32 - 33. 
11 Dans l'article sur Nicole Oresme qui se trouve dans le Dictionnaire deB BcienceB 
phil080phiqueB, publié par A. Franck, 2 M., Paris 1875, p. 1227. 
la Ch. Jourdain, B icole OreBme et leB aBtrologueB de la cour de OharleB V, Revue 
des questions historiques, XVIII, 1875, pp. 135-159. 
11 Le second manuscrit, incomplet comme celui de Paris, se trouve à Florence, 
cod. Flor. Ashb.136, fi. 3 r -70 v ; je ne l'ai trouvé d'après le catalogue (C. Paoli, 1 codici 
ABhburnhamiani della r. Biblioteca Mediceo-Laurenziana di Firenze, Roma 1891, 
p. 255) que pendant la Grande Guerre et je n'ai pu l'utiliser jusqu'à présent [voir 
aussi l'Appendice III, note 10. - N.d.l.R.]. 
11 Cf. Jourdain, 1. c. - P. Férct, La Faculté de théologie de PariB, III, Paris 1896, 
p. 292, n'a pas évité la confusion, bicn qu'il ne se base que sur Jourdain.
		

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			Ion 


semblables du même auteur, c'est-à-dire d'un opuscule, assez répandu 16, 
le Oontra iudiciarios astronomos (écrit vers 1350) et d'un autre, le Traité 
des divinations17 écrit en français - est divisé en quatre parties 18 qu'on 
considérait autrefois (Meunier, Curtze) comme des travaux séparés. Les 
citations de l'Optique de Witelo sont très nombreuses, mais une seule 1& 
est empruntée au De natura daemonum. On la trouve dans la pI'emière 
partie de l'oeuvre, c'est-à-dire dans la Quaestio proprement dite, là où 
l'auteur, après avoir établi onze thèses principales (conclusiones), examine 
les objections qu'elles pourraient éveiller. Nous y lisons 20: 
"Et iuxta hoc nota 23°, quod simplices et ignari audientes aliqua 
noua, si sint bona, attribuunt Deo sine medio, et si mala, attribuunt ilL't 
daemonibus sine medio, quia non cognoscunt principia nec causas natu- 
raies. Et quia omnis homo, secundum magis tamen et minus, est simplex 
et ignarus, inde est, quod non est aliquis homo, quin saepe in iudicando 
et credendo decipiatur. Unde qui non sunt medici, quamuis lllagni clerici, 
saepe de morbis et causis et curis deluduntur et attribuunt daemonibus 
uel caplo et influentiae ignotae, sicut de apoplexia, de paralysi, de epilep- 
sia, de uariolis, de mania et melancholia et tortura et prolongatione memori 
uel exitu, quia ista quasi subito accidunt et etiam sanis existentibus; 
et quia nesciunt causas, ideo attribuunt etc., et ita de aliis factis natura- 


11 Jourdain (l.c., p. 145) signale trois copies à la Bibliothèque Nationale de Paris 
et une copie à la Bibliothèque Universitaire de Bâle; je le connais des codd. Amplon. 
Qu. 125 et Qu. 205 (il se trouve aussi dans le cod. Ashb. 136 déjà cité, pp. 84 v - 89). 
Cet opuscule ne mentionne point le nom de Witelo. 
17 Conservé dans les codd. Paris. franç. 1350 et 19951; la traduction latine de 
14Il (') se trouve dans le cod. Ba.sil. F. V. 6. 
11 La "Quaestio" proprement dite: "Utrum res futurae pcr astrologiam possint 
praesciri '" (le ms cité, ff. Ir - 39 r ), est suivie immédiatement par les "Rationes et 
causae plurium mirabilium in natura" (ff. 39 r - 80 r ) en quatre chapitres; ensuite 
vient la "Tabula problematum" (ff. 80 r - 93 V ), c'est-à-dire la liste des problèmes 
qui doivent être résolus dans la quatrième partie, liste divisée en 11 groupes (le der- 
nier semble incomplet, car le f. 94 r - v est blanc); enfin la "Solutio problematum" 
(ff. 95 r -156 V ) qui est malheureusement bien défectueuse, car le manuscrit s'arrête 
à la fin du premier des Il groupes. [La description détaillée se trouve dans l'Appendice 
III. - N.d.l.R.]. 
11 Il me semble cependant que tout au moins la seconde citation devrait se 
trouvcr dans la quatrième partie de l'ouvrage qui manque en grande partie dans le 
manuscrit parisien. Cette supposition m'est suggérée par le fait que, d'après la liste 
des problèmes qui doivent y être résolus, le 36 e problème du dixième groupe ("Circa 
operationes animae seu circa animam") s'occupait de la question suivante: "Propter 
quid communiter melancolicis adustis, si infirmentur, fiunt apparitiones nigrorum 
et dacmonum et malorum et Bimilium etc." (cf. le ms. cité, f. 86 V ). [Cf. l'Appendice 
III. - N.d.i.R.] 
10 Le ms. cité, f. 31 v -32 v . [Cf. l'Appendice III, p. 241 et la note 1) concernant 
ce texte. - N.d.i.R.] 


-
		

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libus, ut ponit Witelo de apparentia daemonum et diuersis apparentiÜ;, 
quae faciliter per perspectiuam possunt saluari, ut in illo tractatu patet... 
Unde a multis multum reputatis saepe audies multa dicta satis simplicia. 
et de hoc bene caue: nam lupus potest apparere maior, quam unum cast- 
rum et unum castrum minus, quam unus lupus, hoc et hoc natUl'aliter t 
et hoc declarat Witelo in loco praeallegato et adhuc mirabiliora... Et 
possibile est, quod homo loquatur idioma, quod numquam didicit, et 
possibile, quod homo dicat aliqua futura uera, quae tamen nescit, et 
possibile est, quod homo sentiat seu sibi appareat de aliquo futuro, quid 
inde erit, et quod nec per astra nec per reuelationem iIlud didicerit. Et 
ista post quaestionem declarabuntur". 
D'où Oresme pouvait-il connaître l'opuscule de Witelo que personne - 
à ce que nous sachions - n'a mentionné jusqu'à présent Y Nous sommes 
heureux de pouvoir donner une réponse presque certaine à cette question: 
une copie de cet écrit se trouvait encore vers la moitié du XIVe siècle 
dans la bibliothèque de la Sorbonne à Paris et c'est là que maître Nicole 
a pu aisément le compulser. 
Le catalogue de la bibliothèque du Collège de Sorbonne daté - tout 
au moins dans sa rédaction définitive - de 1338, était connu déjà au 
XVIIIe siècle conune une souree bibliographique très précieuse 21 . Aujourd'- 
hui, il nous est facilement accessible grâce à l'édition de Delisle 22 qui, 
bien qu'un peu surannée et susceptible d'être révisée et complétée, est 
très soignée, comme d'ailleurs tout ce qu'a écrit cet éminent médiéviste 
franç.ais. Ce catalogue se divise en trois parties: 1. le catalogue général, 
2. l'inventaire des "codices catenati", 3. le répertoire méthodique de ces 
manuscrits. Les deux dernières parties étaient écrites, le catalogue gén(>ral 
omettant les manuscrits qui étaient fixés par des chaînettes aux 26 pupi- 
tres de la "libraria communis" (la grande librairie), et portaient en con- 
séquence (outre leurs premières cotes, p.ex. .,Quadruuialis 60") des cotes 
spéciales, composées d'une majuscule indiquant le pupitre et d'une mi- 
nuscule indiquant la place du manuscrit dans ce pupitre. Deux listes 
de ces manuscrits ont été conservées: l'une générale, l'inventaire établi 
dans l'ordre des pupitres oit l'on a noté brièvement quels manuscrits 
(>t.aient fixés à chaque pupitre; l'autre détaillée, le répertoire méthodique, 
compof\é d'après le sujet des traités, où chaque traité distinct faisant 
}mrtie d'un manuscrit est signalé par la cote permettant de retrouver 
le manuscrit approprié. Malheureusement, dans l'inventaire les lettres 
minuscules manquent, de sorte qu'il est quelquefois difficile de savoir 


Il Voir p. ex. Quétif-Echard, ,{jcriptor6B Ordinis Fratrum Praedicatorum, Parisiis 
1719-1721, pas8im. 
.. L. Delisle, Le cabinet deB manuscritB de la Biblioth
que Nationale, III, Pa.ris 
1881, pp. 8-114.
		

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			102 


dans quel codex (d'habitude signalé seulement par le premier titre) se 
trouvait le traité cherché. La confusion devient encore plus grande lorsque 
nous voyons Delisle inscrire chaque article de l'inventaire sur une ligne 
séparée, tandis que la confrontation des deux listes indique que deux 
ou trois lignes de Delisle correHpondent parfois à un seul manuscrit. 
C'est précisément le cas df' l'article qui nous intéresse dans l'inventaire. 
D'après DeliRle 23 , la description (lu 20 e pupit.re commence ainsi: 
Vigesimi scamni V. 
Albumasar de electionibus et de aRpectibus. 
Astronomia perspectiva. 
De yride et de halo demonstrative. 
De illusionibus, de diebus creticis, CUln aliis. 
Geometria cum multis aliis. 


Or, l'analyse détaillée du répertoire nous indique que nous avons 
affaire non pas à cinq manuscrits, comme il pourrait sembler, mais seulement 
à trois. IJes deux premières lignes décrivent le manuscrit pour lequel 
on peut établir la cote "Vm" 241 (c'est aujourd'hui le cod. Paris.lat. 7434)25; 


08 Delisle, l.c., p. 77. 
2& Cette cote revient 13 fois dans le répertoire, exclusivement parmi les Libri 
quadruviales (Delisle, l.c., pp. 88-90). Nous avons ici les traités suivants: Jordanus 
(de Nemore) De numeriB datis (inc. "Numerus datus est, cuius quantitas nota est"); 
Johannes Peckham De Bphaera ("Corporum principalium mundanorum"); Tractatu8 
(Roberti Lincolniensis) De iride ("Et perspectiui et phisici est speculatio de iride"); 
Albumasar de electionibus [et de aspectibus]; Doctrina breuiB ad inueniendum eclipBim 
Solis et Lunae ("Inuenta coniunctione"); frater Gerardus (de" ) Summa 
de astriB ("A domino Ihesu Christo"); Roger (de Hereford) De tribuB iudiciiB gene- 
ralibuB a
tronomiae (" Quoniam circa tria sit omnis astronomics speculatio"); Tahula 
stellarum fixarum et .figurae multarum conBtellationum, item tabulae cum figuriB et 
canonibuB aBtrorum; quaedalli Geometria cum commento ("Omnium duorum trian- j 
gulorum")j PerBpectiua (Rogeri Bacon) habenB treB parteB ("Propositis radicibus scien- 
tiae tam diuinae, quam humanae"); PerBpectiua (Johannis Peckhani) cum commento 
("Inter philosophicae considerationis studia"); PerBpectiua ("Philosophorum nonnulli 
ab oculo"); De BpeculiB urentibuB et sectione mikefi ("Quoniam in opere speculorum"). 
Il est possible que le traité (d'Alhazen) De Bpeculis urentibuB ("De sublimiori, quod 
geometrae inuenerunt"), qui figure sans cote dans le répertoire (p. 1:10), se trouvait 
dans ce manuscrit. 
Il Dans les notes du docteur A. A. Bjornbo (mort en 1911), qui me furent con- 
fiées, fi
ure une dpscription assez détaillée de ce manuscrit parisien. D'après ces 
notes nous avons d'abord (ff. l r -12 v ) "Fra
ment af en astrologi, hvilken efter kata- 
logell skulde vaere Albnmasars de judiciiB", c'est donc évidemment ce que l'inven- 
taire de la Sorbonne décrit comme "Albumasar de electionibuB et de aspectibuB". Vient 
cnsuite (ff. 13 r -48 v ) la PerBpectiua de Roger Bacon avec son incipit: "Prepositis 
radicibus" et Je titre: "Tractatus Perspectiuae habens tres partes"; suivent: un fragment 
astrologique (ff. 49 r -51 V), J'Astronomie d'Alfragan (ff. 52 r -71 V), et de nouveau 


"-- .............
		

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			103 


la troisième et quatrième ligne décrivent le manuscrit coté "VI" dont 
nous allons encore nous occuper plus largement. Enfin la cinqUleme 
ligne correspond, semble-t-il, à cette copie de la Géométrie d'Euclide, 
qui chez Delisle est cotée ,,- - -" 26; c'est probablement ce manuscrit 
qui portait la cote "Vk" 27, car dans l'inventaire il est suivi par des manu- 
scrits pour lesquels j'ai établi d'après le répertoire les cotes "Vh", "Vi", 
"Vg", "Ve", "V d", "Vc", "Yb", et "Va". 
Regardons donc de plus près le manuscrit "VI". Dans le répertoire 
cette cote se répète dix fois, à savoir: 
l - 2: deux fois 28 parmi les Libri natUl'ales: 
Tractatus quidam de fluxu et refluxu ll13.I'is 28 : "Visis effecti- 
bus, qUOI'um causa latet". 


des fragments et des tables astrologiques (ff. 72 r -75 V ). Vient ensuite l'ABtrologie 
de Roger de Hereford (ff. 76 r -79 V ), un écrit anonyme dont l'incipit est "Demon- 
strare uolumus qualiter protrahamus" (ff. 79 r -81 r ), et une copie incomplète du 
Liber carastoniB de !abit ibn Qurra (ff. 81 r -83 v ). Le nouveau cahier commence de 
nouveau par un fragment dont les premiers mots sont: "pro tracta. equidistante a capite 
unius transibit"; c'est un traité géométrique et son premier théorème complet nous 
dit: "Omnium triangulorum duorum supra. bases equales constitutorum a.ngulus 
unus"... (ff. 84 r - 87 V ). Viennent ensuite deux traités d'optique dont les incipit sont: 
"Philosophorum nonnulli ab oculo" (ff. 88 r -l0l v ), et "Quoniam in opere speculorum" 
(ff. 102 r -l03 v ); le manuscrit entier finit de nouveau par deux fragments qui con- 
cernent la mesure du temps (ff. 104 r -l05 v ) et la construction d'un astrolabe (ff. 
108 r -1l2 v ). Le manuscrit provient de la Sorbonne et fut incorporé à la Bi- 
bliothèque Royale en 1732 avec la librairie de Colbert (Dclisle, Le cabinet, II, 201). 
Ainsi c'est indubitablement le manuscrit "Vm" de l'inventaire du XIVe s. Surtout 
les traités d'optique aux ff. 88 r -1 01 v et 102 r -103 v témoignent en faveur de son 
identité; ils sont extrêmement rares, on ne connait que deux exemplaires de chaque 
traité (le texte de "Philosophorum nonnulli" se trouve dans le cod. Paris. lat. 7434 
et dans le cod. Florent. BibI. Nat. Conv. soppr. J.X.9, ff. 3 r -29 r ; le texte de "Quoniam 
in opere speculorum" figure dans le cod. Paris. lat. 7434 et dans le cod. Camerac. 
1330, ff. 69 seqq.), il est presque impossible de supposer qu'encore un autre manuscrit 
de la Sorbonne ait pu contenir les deux traités à la fois. Les divergences entre 
la description du XIVe 8. et celle du docteur Bjornbo s'expliquent par l'état actuel du 
manuscrit qui n'est que trop visiblement fragmentaire. On peut donc très bien sup- 
poser qu'il contenait autrefois tous les traités énumérés par le bibliothécaire de la 
Sorbonne vers 1338. Et si réoiproquement le bibliothécaire médiéval a omis quelques 
petits traités anonyme8, qu'un bibliographe consciencieux du XXe siècle a réussi 
à trouver - personne ne doit s'en étonner. [Cf. l'Appendice II, note 161. - N.d.i.R.] 
Il Delisle. l.c., p. 90. 
17 Je ne trouve dans le répertoire qu'un seul traité (p. 88) qui porte la cote" Vk": 
TractatuB (Roberti r..incolniensis) De stella comata (inc.: "Occasione cometae, quae 
nuper apparuit"). 
.. Delisle. l.c., pp. 82 et 85. 
28 C'est probablement ce traité que cite Themo Judaei (Thémon le Juif), QuaeBtio- 
neB -,Veteororum II, 1 (édition de 1522, f. 102 ra ); il est conservé dans le cod. Basil. 


8 - A. BlrkenmaJer: Etudes d'hl	
			

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Scripta super tercium Meteororum. Prohemiunl: "Doctoribus 
Parisiensis studii". 
3 - 9: sept fois 30 parmi les Libri quadruviales: 
Tractatus de yride et halo demonstrative: "Cum expertum 
(sit) per astrolabium" 81. 
Dc iUusionibus demomun: "Domino et fratri" etc. 
De diebus criticis 32 : "Circa (signa) universalia distributiva 
non termini communis, sed influencie celcstis". 
De iudiciis, infirmitatibus, medicinis et immutacionibus. 
Ysagoge maiores Albumazar 33 : "ln nomine Dei pii et mi- 
sericordis " . 
Almanach planetarum 341: "Cum intencio mea sit componere 
almanach planetaI'Un1". 
Alkimia: "Cum multas provincias". 
10: et enfin une fois 311 parmi les Summae morales et tractatus 
modernorum doctorum: 
Tractatus de iUusionibus demonum: "Domino et fratri suo". 
Post salutem: "Petistis ut sCl'ibeI'em". 
En confrontant ces passages du répertoire à celui de l'inventaire, 
cité plus haut, nous concluons que le manusCl'it fixé autrefois au pupitre 
V, sous la lettre 1, de la "libraI'ia communis" à la Sorbonne contenait en 
premier lieu un traité sur l'arc-en-ciel à l'incipit "Cum expertum sit pcr 
astrolabium" et, en second lieu, le traité De illusionibus daemonu'm précédé 
par une dédicace dont les premiers mots étaient: "Domino et fratri suo". 
Nous connaissons déjà ces mots par les Quaestiones Meteororum de Nicole 
Oresme, où ils reproduisent l'incipit du De natura dae-monum de Witelo; 
c'est donc bien ce traité, et pas un autre, que la SOI'bonne détenait encore 


F.II.33, fi. 41 V -43 V (voir Alkindi, TideuB und PBeudo-Euklid, Drei optiBche Werke, 
hrgg. von A. A. Bjornbo uud S. Vogl, Abhandlungen zur Geschichte der mathemati- 
schen Wissenschaften, XXVI: 3, Leipzig 1912, p. 125) et peut-être dans le cod. Paris. 
lat. 16089, f. 257 v sqq. 
10 Delisle, l.c., pp. 88 (cinq fois), 89 et 90. 
Il Nicole Oresme et Themo Judaei (Thémon le Juif) citent ce traité dans leurs 
QuaestioneB Meteororum: voir l'Appendice II. 
.. Arnaud de Villeneuve en est l'auteur; cf. les codd. Paris.lat. 7416, ff. 39 r -48 r , 
Paris. lat. 14068, fi. 110 r -120 v , Ampl. Qu. 361, fi. 117 r -119 v , etc. 
.. Il s'agit probablement de la traduction que Jean de Séville a faite en 1133 
ou 1171, car cette traduction commence d'habitude par la transcription de la 
formule arabe traditionnelle "bismi-llâhi-rra
mani-rra
imi" = "ln nomine Dei pii 
et misericordis" (cf. le cod. Ampl. Qu. 376, ff. Ir-92 r ), omise dans la traduction de 
Hermann le Dalmate (cf. le cod. Ampl. Qu. 363, fi. 38 r -58 r ). 
Il Guillaume de Saint-Cloud en est l'auteur; voir le cod. Paris. lat. 7281, fi. 
141 r -144 v . 
Il Delisle, l.c., p. 109. 


-
		

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vers 1338. Le bibliothécaire du Collège l'a répeI'torié deux fois: dans 
l'index des ouvrages mathématiques et dans la liste des t
avaux "moder- 
norum doctorum". Il ajoute dans le second lieu que les premiers mots 
après la dédicace étaient: "Petistis ut scriberem". 
MalheUl'eusement le manuscrit de la Sorbonne que Nicole Oresme 
avait encore en mains quelques dizaines d'années ap
ès la composition 
du répertoire ne nous est pas demeuré; du moins il n'existe pas à la Biblio- 
thèque Nationale de Paris, à laquelle les manuscrits du Collège de la Sor- 
bonne furent transmis en 179636; ce sont actuellement (en ce qui concerne 
les manuscrits latins) les N°s 15176-16718 du fonds latin 37 . 
L'oeuvre de Witelo n'a cependant pas complètement disparu; elle 
fut conservée, bien que sous une fOI'me difféI'ente, dans un autre manu- 
sorit parisien qui porte maintenant la cote cod. lat. 14796, et provient de 
l'Abbaye Saint-Victor. C'est un manuscrit théologique du XVe siècle 38 , 
il contient 11 traités différents que l'on peut classer en quatre groupes. 
C'est le second groupe, compris entre le f. 13 r et le f. 97 v , qui nous inté- 
resse; outre les Meditationes super septem psalmos poenitentiales de Pierre 
d'Ailly, nous y trouvons quatre traités de Heinrich de Hainbuch près 
de Langenstein en Hesse (De cognitione spirituum, Speculum animae, 
IJe intelligentia illius passus euangeUi secundum J ohannem: qui non ex 
sanguinibus etc. et IJe Verbo incarnato), et encore trois opuscules liés au 
nom de Witelo. 
Le premier (ff. 81 V -86 V ) est un écrit anonyme: Solutio quaestionis, 
qua quaeritur, utrum secundum naturalem philosophiam sint aliquae sub- 
stantiae separatae praeter motores orbium caelestium Y L'auteur anonyme 
vécut probablement au XIVe s., peut-êt:re même au XVe; nous allons 
examiner plus loin ses rapports aveo Witelo. 
Le second (ff. 86 v -89 V ), également anonyme, est un très court écrit 
p8ychologique et moral. Le titre manque tant au commencement qu'à. 
la fin, mais nous allons voir qu'on l'attribuait à Witelo et qu'on lui don- 
nait le titre De primaria causa poenitentiae. Nous allons encore considé- 
rer d'un oeil critique ces deux assertions. 
Le troisième enfin (ff. 89 v -97 V ) est un traité qui commence par les 
mots: "Quaestio de substantia daemonum et natura. difficilis est ", et 


al L. Delisle, Le cabinet de8 manuBcNt8 de la Bibliothèque Nationale, II, Paris 
1874, pp. 142-208. 
17 Voir leur liBte établie par DeliBle dans la Bibliothèque de l'Ecole deB charteB, 
XXXI, 1870, pp. 1-50, 135-161. Il serait intéressant de vérifier si notre manuscrit 
figurait encore daus le catalogue des manusorits de la Sorbonne d'environ 1750, que 
conserve la Bibliothèque de l'Arsenal à Paris, le ms. fr. Rist. 856 A (oopie dans le 
ms. fr. Rist. 856 B). 
Il Voir sa description détaillée dans l'Appendioe 1.
		

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finit par le colophon suivant qui concerne évidemment aussi l'opuscule 
précédent: "Explicit tractatus ùe primari:1 eausa penitentie et de natura 
demonum, quelll fecit H. de studens in iure canonico, qui 
ut dicit hic in fine libri pauca subtilia huiusmodi 39 dicit, quia iuriste sunt 
gI:ossissimi intellectus et inuidus fuerat discipulus (!) sacre theologie ut 
dicit. Hunc autem tractatum composuit tempore paschali in uacacioni- 
bus. Non autem totus tractatus de uerbo ad uerbum est hic scriptus, 
quamuis quanmis (!) pauca sint obmissa, sed precipue sententiam con- 
tinet. Et sic est finis. Explicit". Tout d'abord le nom de l'auteur manquait, 
car après les mots "quem fecit H. de" il y avait un blanc; ce n'est que 
plus tard que le copiste combla cette lacune en écrivant d'une encre un 
peu différente le lllot "Witilo"; nous lisons donc maintenant "quem fecit 
H. de Witilo"; c'est sous ce nom bizarre que les deux écrits figurent au 
catalogue des manuscrits de la Bibliothèque Nationale co . On peut expli- 
quer fort simplement cette combinaison de noms: le copiste voulait d'abord 
écrire H. de Hassia, car - nous le savons - il venait de copier d'autres 
oeuvres de ce théologien; mais lorsqu'il se rendit compte que sa supposi- 
tion était pour le moins prématurée, il laissa un blanc, qu'il combla ewmite 
en y mettant le nom de Witelo, mais en oubliant d'effacer les deux mots 
déjà écrits, "H. de". De toute manière, il s'agit indubitablement du traité 
De natura daemonU'iu écrit par l'auteur de la Perspectiua. 
Il est vrai qu'à première vue on serait enclin d'exclure la paternit.é 
de Witelo, son traité étant dédié à un certain "frère Louis"; les premiers 
mots étaient: "Domino et fratri suo magistro Ludouico", ici cette dédi- 
cace manque. Le copiste l'explique dans le colophon que nous venons 
de citer: il y avoue qu'il n'a pas copié tout le texte mot à mot, mais qu'il 
l'a abrégé à son gré, en s'efforçant seulement de garder intact le raison- 
nement de l'auteur. Il ne nous est malheureusement pas possIble de véri- 
fier à quel point son résumé s'écarte du texte original, car même les cita- 
tions que fait Oresme de ce dernier ne sont pas transcrites littéralement; 
la même chose concerne les citations dans la Solutio quaestionis etc. anonyme 
dont nous allons parler ultérieurement. Mais il semble que nous pouvons 
croire le copiste quand il nous assure que son résumé a reproduit assez 
fidèlement les idées essentielles de Witelo. 
L'analyse fouillée de ces idées n'est pas ici notre propos, car elle nous 
obligeI'ait à totalement l'eviser la biographie de Witelo établie par mes 
prédécesseurs (nous allons voir que le nouvel écrit nous fOUl'nit nombre 


If Le mot hic est corrigé ici en huiuBmodi, selon la note de l'auteur (cf. Etudes 
Bur Witelo, IV, p. 396 note 173). - N.d.l.R. 
'0 L. DemIe. Inventaire deB manuBcritB latins de Saint-Victor, Bibliothèque do 
l'Ecole des chartes, XXX, 1869, pp. 1-79, aux pp. 48-49.
		

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			. 


107 


de dates auparavant ignorées), ainsi qu'à asseoir sur de nouvelles bases 
notre connaissance du système philosophique du savant silésien; ce qui 
à son tour exigerait d'établir maintes parallèles avec la Perspectiua, ainsi 
qu'avec l'opuscule De intelligentiis, faussement attribué à Witelo. Tout 
ceci augmenterait énormément cette dissertation dont l'unique but est 
l'édition de textes nouvellement découverts avec un commentaire suffi- 
sant pour les faire comprendre et évaluer. Je me réserve donc, pour des 
Etudes ultérieures, tous ces sujets en ne donnant ici que le résumé général 
{lu nouvel écrit de Witelo. 
On peut le diviser en une introduction et deux chapitres. L'introduction 
est intéressante par la référence que l'auteur fait, dès les premières lignes, 
à l'autorité de Platon, et par la position qu'il prend à l'égard de la théologie. 
n ne faut pas oublier que l'activité de Witelo se situe à une époque oit 
beaucoup de philosophes, surtout parisiens, propageaient la théorie aver- 
roiste de la "double vérité", théologique et philosophique, réciproquement 
indépendantes Cl . 'Vitelo se place ici pI'esqu'au même point de vue que 

iger de Brabant 412. n stipule bien ne pas vouloir contredire les "principes 
de la, sainte religion chrétienne" et nourI'ir seulement l'intention d'examiner 
"secundum uiam naturalem et possibilem" la nature des démons, que 
la religion examine "secundum uiam non naturalem immo diuinam et 
diuinitus revelatam". Cependant l'exemple dont il sert indique aussitôt 
que ces deux voies sont pour lui divergentes: il tâche en effet de démon- 
t.rer que "bien que la Foi oblige absohunent à admettre la chute des anges, 
il est impossible de la reconnaître à la lumière de la raison innée et 
par égard à l'ordre de l'Univers". Il cite maints arguments à l'ap}mi, 
mais il termine en disant que "la religion répond à ces arguments, et à d'au- 
tres semblables, par la Foi, car la Foi est une chose qui n'a pas de m
rite 
si elle se fonde sur des preuves expérimentales". Bien que l'Ecriture lle 
donne paH expressement. témoignage de la chute des anges, celle-ci est 
quand même affirmée par les Pères de l'Eglise, Saint Grégoire et d'autres: 
"ainsi croyons à la chute des anges et à ce que ces anges sont maintenant 
des démons". Tout ce qui vient ensuite dans le traité témoigne éloquem- 
ment que, dans la bouche de Witelo, le mot "démon" ne peut se voir 
attribuer le sens de "mauvais esprit" ou "satan". 


U E. Renan, AverroêB et l'averroïBme, 3 e éd., Paris 1866, pp. 273-275; M. Maywald, 
Die Lehre von der eweifachen TVahrheit, (Thèse), Berlin 1868 (une thèse concise et 
réussie, mais qui ne cite pas sa source principale, c'est-à-dire Renan); P. Mandonnet, 
Siger de Brabant, Fribourg 1899, pp. CLXVIII-CLXXI; 2 e éd., t. l, Louvain 1911, 
pp. 149-153; M. de Wulf, Histoire de la philosophie médiévale, 4 e éd., Louvain-Paris 
lIH2, pp. 469-470; F. überweg-M. Baumgartner, GrundriBB der Geschichte der 
PhiloBophie, t. II, lOe éd., Berlin 191.5, pp. 536, 540-541. 
.. Mandonnet, l.c., 2 e éd., t. l, pp. 150-161.
		

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Vient maintenant le premier chapitre. Il donne d'abord une définition 
du démon qui est quelque chose de "maleficum et deforme, apparens 
praeter formas sensatas et notas". A cette définition correspondent deux 
catégories d'apparitions; les unes ne font que se montrer et tout au plus 
paI'ler, les autres, au contraire, accomplissent diverses fonctions, mais 
ne se laissent que rarement voir aux hommes. Le premier chapitre doit 
traiter de la première catégorie à laquelle on pourrait donner le nom de 
"pseudo-démons" et que Witelo appelle "apparitiones", en estimant 
que leur cause se trouve en nous-mêmes, et non dans l'action de facteurs 
surnaturels. Ce sont, en pI'emier lieu, les "apparitions maladives" que 
voient les malades mentaux 413: "frenetici" , "melancholici" , "epileptici" , 
"apoplectici"; elles se montrent aussi parfois aux gens bien portants, 
surtout pendant leur sommeil, lorsque les "humeurs" s'agitent en eux. 
En état de veille, les gens sains en voient par auto-suggestion; lorsqu'ils 
pensent vivement à quelque chose, il leur semble quelquefois voir cet objet 
ou cette personne. Ceux qui ont une tendance à la mélancolie voient 
parfois des apparitions au crépuscule, ce qui peut devenir la cause de 
différentes maladies; c'est pourquoi il faut leur conseiller de moins penser 
aux mauvais esprits et de se divertir avec leurs amis cc. Ces apparitions 
maladives semblent parfois dire quelque chose; mais on peut de nouveau 
l'expliquer par des causes psychiques et physiologiques. Aux "appari- 
tiones" appartiennent en second lieu les iUusions optiques qui sont aussi 
de deux genres. Alhazen (Haincem filius Hucayn filii Haycin) explique 
le premier genre daus le troisième liVl'e du De aspectibus, en se ba::;ant 
sur le fait que c'est l'angle de vision qui décide de la grandeur appareute 
d'un objet visible. C'est parmi les illusions - ajoute l'auteur - qu'il 
faut ranger l'événement "dont j'ai entendu parler en Pologne, lorsque 
je suis rentré de Paris, à savoir que des mauvais esprits ayant forme 
humaine tressaient un filet au sommet des arbres devant la forêt de Gotz- 
wordorf clI , etc.; Henricus Catho, chasseur de loups, m'a pareillement 


,. Par sa classification des maladies mentales Witelo se présente en partisan 
de la théorie des cellules cérébrales; voir en cette matière W. Sudhoff, Die Lehre von 
den Hirnventrikeln in teztlicher und graphischer Tradition deB AltertumB und Mittelal- 
terB, Arehiv für Geschichte der Medizin, VII, 1914, pp. 149-205 (tirage à part Leipzig 
1913). 
.. Oresme cite ce passage; voir plus haut p. 99. 
CI Aujourd'hui Goslinow, district de Legnica, à 7,5 km à l'ouest de cette ville. 
Le nom allemand Gassendorf, figurant dans les documents dès 1480, dérive du nom 
médiéval Goslowendorf (attesté vers 1350) ou Gozlawindorfh (attesté vers 1320), 
voir A. Zum Winkel, Zur Namenkunde deB Liegnitzer LandeB, Liegnitz 1928 (Mittei- 
lungen des Gesehichts- und Altertumsvereins zu Liegnitz, Bd. XI), p. 368. A chaque 
fois, le dorf (village) allemand est ajouté au nom slave de Goslowin (ou Goslawin) 
imparfaitement rendu par l'orthographe médiévale. Le manuscrit Sloane 2156 (cf.
		

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. 


raconté qu'un jour où il s'était levé à l'aube pour chasser, il a vu un loup 
aussi grand que les arbres de la forêt" - passage que nous connaissons 
déjà par la citation qu'en fait Nicole Oresme. Le second genre d'illusions 
est, lui, expliqué par Aristote dans le troisième liVl'e des M eteom par une 
maladie des yeux. 
Mais tout autre est la nature des (vrais) démons, qui apparaisHent 
rarement, et qui accomplissent des fonctions naturelles. C'est de ces êtres 
que traite le second chapitre, divisé en trois paragraphes. 
Le but du premier est de démontrer que de tels êtres exÏl:,tent vraiment. 
Min d'établir ce fait, Witelo cite six raisons qui se ramènent à des "té- 
moignages dignes de foi" et à l'autorité des écrivains antiques, sUl'tout de 
Platon et des platoniciens. Le second paragraphe est, par contre, plus 
intéressant, car il répond à la question: que sont les démons? C'est là - dit 
l'auteur - que se place toute la difficulté; car selon la Foi ce sont des 
anges déchus du ciel; tandis que selon certains des anciens philosophes, 
ce sont les âmes des pécheurs qui après leur mort deviennent des esprits 
malins, POUI' ne reprendre forme humaine qu'après mille ans d'errance. 
Cependant, la plus vraisemblable de toutes est l'opinion de Platon, que 
Chalcidius nous a conseI'vé dans son commentaire sur le Timée 416: "daemones 
esse animalia composita ex corpoI:e et anima, sed tamen aeterna" 417. 
Witelo admet la première partie de cette définition et la défend par deux 
arguments intéressants et plus longs. Le premier, empI'unté à Ohalcidius c8 , 
est fondé sur la notion de l'ord!'e de l'Univers (ordo Uniuersi) modeM 
Huivant les cubes des nombres (qui... ad modum numeI:orum perfectormn 
solidorum est ordinatus, quales sunt numeri cubici). Ainsi, de même 
qu'entre deux cubes (p.ex. a 3 et b 3 ) il y a toujours deux nombres géométri- 
quement moyens (a 2 b et ab 2 ) qui forment avec les premiers une double 
proportion continue: 


a 3 : a 2 b = a 2 b : ab 2 = ab 2 : b 3 


- il doit toujoUl's y avoir dans le monde, entre les deux extrêmes, deux 
existences intermédiaires. C'est par là que Platon motivait dans le Timée la 
nécessité de l'existence de quatre éléments, tandis que dans le Phèdre 


EtudeB..., Partie 3 bis, Bulletin international de l'Académie Polonaise des Sciences 
et des Lettres, 1926, p. 
 ou plus loin p. 408), au folio 152 r col. 1 nous a transmis le 
nom Gotzuidorf; cette forme abrégée - à cause de l'accent dynamique sur la pre- 
mière sylabe - est probablement la plus proche, sinon identique au nom écrit par 
Witelo lui.même. (Information de Jerzy Burchardt). - N.d.l.R. 
.. 
 135 (éd. Wrobel, p. 197). 
.7 Les trois derniers mots manquent dans l'abrégé que je résume; voir tout de 
même Solutio quaeBtioniB et le texte de Chalcidius. 
Il 
 131 (M. Wrobel, pp. 194-195).
		

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il démontrait qu'il doit y avoir quatre espèces d'êtres doués de facultés 
cognitives (quidditates cognoscitiuae). L'espèce supérieure est faite d'es- 
prits purs (intelligentiae separatac) qui mettent en mouvement les' sphè- 
res célestes, les animaux constituant l'espèce inférieUl'e; les premicrs 
connaissent l'essence des choses (quidditates rerum), et ce dc manière 
immatérielle; les seconds ne connaissent que les accidents (accidentia), 
et ce de façon matérielle, par les sens. Entre ces deux extrêmes se trouve 
l'homme qui connaît tant l'essence des choses que les accidents, mais il 
est plus proche des êtI'es qui ne connaissent que par les sens (substantiae 
sensitiuae) que des êtres immatériels. D'après ce qui précède, il est donc 
nécessaire qu'il existe encore une autre espèce d'êtres intermédiaires, 
qui seraient plus proches des espI'its purs: ce seront justement les démons. 
Leur nature, en tant qu'intermédiaire, doit avoir quelque chose de commun, 
tant avec la natUl'e indestructible des espI'its PUl'S qu'avec la nature mor- 
telle des animaux; elle doit donc se composer d'une partie mortelle, c'est- 
à-dire d'un corps, et d'une partie immortelle, c'est-à-dire de l'âme. Cette 
démonstration "mathématique" de Platon convient grandcment à 'Vitelo, 
bien qu'il fasse illunédiatement la réserve de ne pas vouloir, en l'admet- 
tant, se trouver en opposition à la Foi chrétienne. Cependant il trouve 
plus convaincant son propre argument que nous pourrions appeler "phy- 
sique", pour le distinguer du premier. Par un raisonnement subtil, l'auteur 
tâche de prouver que le démon ne peut être ni quelque chose de purement 
passif, c'est-à-dire suivant ses mots, quelque chose de "mû" (motum, 
mobile), ni une chose purement active, c'est-à-dire "mouvante" ou 
"motrice" (mouens, motor); il faut donc qu'il soit composé d'une partie 
"motrice" qui est l'âme, et d'une partie "mue" qui est le corps. La seconde 
partie de la définition dc Platon plaît toutefois moins à Witelo; sans la 
rejete
 explicitement, il affirme que si nous admettons avec les nécro- 
manciens qu'il y a différentes espèces (species) de démons qui compren- 
nent un certain nombre d'individus semblables (comme nous l'observons 
dans le monde animal et humain), il faut en conclure que les démons nais- 
sent et meurent. 
Le troisième paragraphe doit répondre à huit objections que l'on 
peut opposer aux déductions précédentes. Bien qu'il ne contienne rien 
de plus curieux, il mérite tout de même d'être rél.mmé, car on y trouve 
d'intéressants détailR biographiques et chronologiques. La première 
objection est le "locus ab auctoritate": pourquoi Aristote ne dit rien 
sur les démons 
 La réponse nous révèle combien \Vitelo, malgré ses sympa- 
thies platoniciennes, avait d'estime pour Aristote; il l'appelle "l'homme 
le plus parfait, créé f\pécialement pour expliquer la nature véritable". 
La seconde objection met en doute les corps aériens (aërea) et invisiblcs 
que Platon attribue aux démons; la troisième trouvc inconcevable qu'un
		

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			1 . 


111 


démon, tel que le définit Platon, puisse être cause de péché. La quatrième 
objection concerne les organes corporels des démons; Witelo ajoute ici: "Et 
tamen mulier quaedam Paduana confessa fuit sace
doti cuidam hircum cor- 
nutum secum concubuisse, qui post concubitum disparuit nec amplius ui- 
sus est; et istud accidit Paduae anno Domini 1262". La cinquième 
objection s'occupe du lieu où séjoUl'llent habituellement les démons; une lon- 
gueréponse nous rapporte l'opinion COrrespondante de Platon ce qui distingue 
en quelque sorte trois étages de l'espace sublunaire et donc trois espèces 
de démons, Witelo souligne néanmoins que les raisonnements de Platon 
se contredisent eux-mêmes. La sixième objection concerne la nourriture 
des démons, la septième la possession des hommes par les démons. A cette 
occasion l'auteur narre l'histoire d'une possédée allemande, avec laquelle 
Henri, curé de Legnica, parlait en diverses langues, qu'elle n'avait 
jamais entendues auparavant. La huitième et dernière difficulté est 
de savoir comment les démons peuvent prédire l'avenir. La réponse à cette 
question termine l'opuscule. 
Avant d'aller plus loin, examinons encore le traité anonyme qui se 
trouve dans le manuscrit parisien aux ff. 81 v -86 v sous le titre Sol1ttio 
quaestionis, qua quael'itur, utrum secundum naturalem philosophiam sint 
aliquae s'ubstantiae separatae praeter 1notores orbium caelestium! C'est 
une de ces "Quaestiones" types que l'on trouve en si grand nombre dans 
les manuscrits philosophiques des XIVe et XVe siècles; sa construction 
est caractéristique pour ces ouvrages. Nous avons donc d'abord des argu- 
ments "contre" ("et arguitur quod non") suivis par des arguments "pour" 
("Oppositum arguituI'''), ensuite des observations préliminaires sur la 
portée du sujet discuté ("Pro quaestione praemitto"), suivi par le "corpus 
quaestionis" proprement dit, et enfin la réponse aux objections. Exami- 
nons brièvement ces cinq parties. 
Le premier des arguments qui s'opposent à l'existence des esprits 
purs, en dehors de ceux qui meuvent les sphères célestes, est l'objection 
que ni Aristote ni Averroès n'en disent rien. C'est donc le même "locus 
ab auctoritate" que nous avons chez Witelo; si nous passons directement 
à la cinquième partie, nous constatons que la solution est, elle aussi, 
reprise mot à mot de Witelo qui y est même nettement cité. Les autres 
arguments "pour" et "contre" ainsi que les réponses à ces derniers ne 
l'évèlent pas d'emprunts au De natura daemonum 60. 
La troisième partie contient trois observations. Il est dit première- 
ment que l'opuscule ne s'occupera pas de l'intellect hmnain, puisqu'il 


.. Comme Chalcidius la préscnte dans le 
 135 (M. Wrobel, p. 197). 
60 Exception faite, peut-être, du troisième argument contre l'existence des esprits 
purs en dehors des intelligences.
		

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s'agit uniquement de savoir si lcs esprits purs, que les anciens appelaient 
anges ou démons, existent. La seconde réserve concerne la Foi j l'opuscule 
ne veut pas pénétrer dans le domaine de la théologie, mais présenter son 
sujet exclusivement "secundum sapientiam humanitus inuentam", et 
cela "praecipue ex una recitatione Witilonis in lihro suo De natura dae- 
monum". L'auteur utilise immédiatement la sonrce à laqueUe il se réfère, 
en soulignant après Witelo l'autorité de Platon et des platoniciens et 
en se plaignant que si peu d'auteurs aient examiné les aspects philoso- 
phiques de la naturc des démons. La troisième observation, qui reproduit 
la classification des démons que nous connaissons déjà, est à nouveau 
un emprunt direct à 'Vitelo. 
Conformément à cette classification, le "corpus quaestionis" est aussi 
divisé en deux parties, comme chez Witelo j la première, un peu plus 
longue, parle des "apparentiae", la seconde des démons proprement dit. 
Dans la première, l'auteur suit pas à pas le premier chapitre de Witelo, 
ne se permettant, ci et là, que de légères transpoRitions. De cette façon, 
nous disposons là déjà d'un second résumé de tout le pI'emier chapitre 
du De natura daemonum - résumé qui en plusimlI's endroits complète 
celui décrit plm; haut, duquel il est évidemment indépendant. En outre, 
cette différence se présente encore entre les deux, que le premier divi- 
sait les "apparentiae" en hallucinations d'origine psycho-physiologique 
et en illusions optiques, alors que dans le second résumé la même matière 
est une liste numérotée de 1 à 13 des diverses "manières 111 dont peuvent 
se produire les fausses apparitions de démons". Toutefois, l'auteur les 
donne toutes pour "intrinsèques" (ab intrinseco), et ajoute à 1.. fin encore 
quat.re manières "ext.rinRèques" (ab extrinseco) qu'on ne trouve pas chez 
Witelo. 
lia seconde partie du "corpus quaestionis", divisée cn deux paragra- 
phes, s'éloigne un peu plus du second chapitre de Witelo. Le premier para- 
graphe démontre l'existence des démons, c'est-à-dire d'êtres suprasen...ibles 
qui diffèrent des intelligences. L'auteur en donne neuf preuves, les quatre 
prcmières correRpondent exactement aux quatre premières preuves du 
premier paragraphe de Witelo, bien qu'elles soient interverties (1,4,2,3), 
la cinquième réunit en une seule les deux dernii\res preuves de 'Vltelo 
(5 et 6), les trois suivantes n'ont pas d'équivalent danR le De nat/tm daemo- 
n1.tmj la neuvième enfin est un remaniement (le la démonstration "mathé- 
matique" de Platon qui, comme nous l'avons vu, ne se trouvait que dans 
le second paragraphe de Witelo. Quant au second paragraphe de l'écrit 


onYllle, il présente d'aburd (suivant 'Vitelo) les opinions d'autres phi- 


L__ -:." 
Il Onze concernent le8 apparition8 d'origine psychique, et df>uX 8eulpment (1£'8 
12 e et 13 e ) des illusions optiquc8. 


--
		

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losophes sur la nature des démons, puis - sans la justifier - celle du 
philosophe silésien lui-même, qu'il considère comme la plus vraisemblable; 
POUI' terminer, il ajoute quelques observations sur le lieu où les démons 
résident. 
Cette analyse, considérée du point de vue quantitatif, indique qu'au 
moins les 
 de la Solutio quaestionis anonyme sont composées d'extraits 
du De natura daemonum de Witelo. Ce fait n'étonnera nul de ceux qui 
se souviennent qu'au Moyen Age la conscience et même la notion de pro- 
pri(lté littéraire n'existaient pas. Cela étonnera encore moins le chercheur 
"witelonien" qui sait fort bien que le "gigantesque et laborieux ouvrage" 
d'optique de Witelo présente enCOI'e moins d'originalité que la Solutio 
quaestionis examinée. Il faut plutôt se réjouir de ce qut' le sort qui a voulu 
faire disparaître, peut-être à jamais, le texte original du De natura dae- 
monum, nous ait con8ervé dans le manuscrit parisien pas moins de deux 
réfmmés de ce traité. 
Le même manuscrit parisien, conmle nous le savons, nous a d'ailleurs 
préservé enCOI'e un autre opuscule que le colophon, déjà si souvent mention- 
né, attribue à Witelo en l'intitulant De primaria causa poenitentiae. Ni 
le contenu ni le but de cet écrit n'apparaissent clairement à première vue, 
puisqu'il ne contient qu'une classification des facultés de l'âme. Partant 
de l'être humain, l'auteur le divise en corps et en âme, dans laquelle il 
distingue trois facultés (potentiae) générales: végétative, sensitive et 
intellectuelle. Il ne dit que quelques mots sur les deux premières et pro- 
ci>de à la classification de la faculté intellectuelle, c'est-à-dire de la raison 
qu'il divise en 8péculative et pratique; la premii>re étant par la suite ap- 
pelée "intellectus (speculatiuus)", et la seconde "intellectus practicus". 
Il llivise elÛin chacun de ces deux intellects en parties passive et active, 
c'est-à-dire potentielle et actuelle li2 . Nous obtenons ainsi le schéma suivant: 


l corpUS j 1. Potentia uegetabilis (Generatio, nutritio, augmentatio) 
Homo . 2. Potentia sensitiua (Potentiae extrinsecae et intrinseoae) 
AnIma P . ul t " { P088ibiliS (Passibilis) 
{ otentla spec a ma A 
3. Potentia intellectiua {p ge
 b s ili ' 
P . . assIs 
otentla practlCa A 
gens 


Le schéma s'arrête ainsi à la distinction de quatre intellects que l'auteur 
examine successivement. Il ne dit pas grand chose sur l' "intellectus spe- 


.. Nous lisons constamment dans le manuscrit: ..passibilis et agens"; il faudrait 
plutôt lire, du moins en égard à l'intellect spéculatif: "possibilis et agens". Il est 
vrai que dans ce cas particulier les significations de "passibilis" et ..possibilis" sont 
tellement proches qu'il importe peu queUe leçon nous jugerons correcte. La chose 
se répète dans bien "de traités médi
vaux similaires, peut-être dans la recherche d'un 
j l \1l de mots et de significations.
		

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culatiuus possibilis", peut-être par la faute du copiHte qui aura omis ici 
plusieurs phrases 113; nous apprenons cependant que cet intellect connaît 
tout en puissance (intelligit omnia in potentia) et accompagne l'âme 
en vertu de son union avec le corps (consequitur animam per unionem 
sui Clun corpore), tandis que l' "intellectuR speculatiuus agens" connaît 
toujours actuellement (est semper actu intelligens) et est lié directement 
à l'essence de l'âme (consequitur animam per sui ipsius essentiam); alorR 
que le premier est éloigné de la nature de l'Acte Pur, le second est éga,l 
(compar) aux esprits purs dont la connaissance est toujours actuelle. L'in- 
tellect agent est donc cette faculté de l'âme par laquelle nous nous rap- 
prochons des anges, et ceci encore dans un deuxième sens, à savoir que 
c'est sur cette partie de l'âme que s'exercent les influences (influentiae) 
venant de Dieu par l'intermédiaire des esprits purs. L'auteur trouve 
ici l'occasion d'un long et très intéressant argument d'origine visiblement 
néo-platonicienne. L'âme tient son entité (entitas) directement de Dieu, 
tandis que les autres influences intellectuelles et morales (scientiae et, 
bonitates) viennent à elle de Dieu par l'inteI'1l1édiaire des esprits purs 
(intelligentiae), c'est-à-dire des anges (angeli), parmi lesquels il y a divers 
degrés hiérarchiques, selon la pureté plus ou moins grande de leur essence 
(puritas essentiae), c'est-à-dire selon qu'ils sont plus ou moins proches 
de Dieu qui est "l'entité la plus simple et bénie, qui éclaire tous les êtres 
selon leur aptitude à recevoir cette lumière" (entitas simplicissima et. 
benedicta, quae omnia illuminat secundum capacitatelll recipientium). 
Selon cette hiérarchie, les intelligences reçoivent (recipiunt) les influences 
plus ou moins immédiates (immediatius) de Dieu. Les intelligences sup
- 
rieures reçoivent les formes plus générales, c'est-à-dire qu'elles connaiRsent 
mieux l'essence des choses. Leur influence sur l'âme est double: elle s'exerce 
aussi longtemps que celle-ci est unie au corps et même après la mort, 
si elle a quitté ce monde sans tache (praeter contagia malorum offuscan- 
tium suam puritatem). De telles âmes, délivrées de leur corps, reçoivent 
les influences des intelligences d'une manière continue (receptio conti- 
nua), et par cette réception elles voient toujours Dieu (Deus 8emper ipsis 
praesens est), ce qui est l'essence du bonheur éternel. Cependant, la souil- 
lure du péché (sordeR peccati) qui est la flétriR sure de l'âme par de mau- 
vaises actions (offuscatio animae pe
 mala opera) peut faire obstacle 
à ce bonheur; de la punition qui s'ensuit l'auteur ne veut pas parler beau- 
coup, mais le plus grand châtiment est l'éloignement de l'âme de sa pro- 
pre nature, de Dieu, qui verse l'entité danR l'âme (influit sibi entitatem), 
et des intelligences Rupérieures qui versent dans l'âme la connaissance 


Il En signalant seulement qu'à cet endroit l'auteur ,.rcprchendit pluries nomen 
Platonis" .
		

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(influunt sibi cognitionem aliqualiter). L'influence des intelligences sur 
l'âme encore unie au corps n'est toutefois pas continue, ou plutôt c'est 
l'âme qui ne la reçoit pas toujours, mais uniquement lorsqu'elle se détourne 
des choses d'ici-bas vers les (choses) éternelles, et se détache des volup- 
tés de la chair. Ce détachement peut résulter de diveI'ses causes. Quel- 
quefois, comme dans l'épilepsie et pendant le sommeil, il provient de l'inertie 
momentanée des facultés sensitives; l'âme délivrée des liens corporels 
revient pour ainsi dire à sa propre essence (redit in sui ipsius substantiam) 
et voit en rêve l'avenir; ou bien elle a même la vision de Dieu et des anges. 
Un aut.re genre de détachement des choses sensibles provient d'un travail 
intellectuel intense ou bien d'une longue contemplation; il s'ensuit que 
les âmes de ceux qui s'adonnent aux études tout en évitant la souillure 
du péché, acquièrent la connaissance de choses que nul ne peut croll:e: 
les âmes des saints accèdent à l'inspiration prophétique et prédisent l'avenir. 
Dans la hiérarchie des êtres, ces saint.s prophètes sont des intermédiaires 
ent.re les anges et les hommes savants (homines scientes), tout comme 
ceux-ci sont des intermédiaires entre les prophètes et les ignorant.s, et 
comme enfin les anges sont les intermédiaires entre Dieu et les prophètes. 
"Tout ceci - dit l'auteur en finissant par une phrase assez obscure - se 
passe en nous en vertu de l'essence (substantia) de notre âme intellec- 
tuelle, laquelle essence, une fois délivrée des entraves corporelles, et 
retournée vers elle-même (l'edit super se ipsam), s'appelle l'intellect actif 
(intellectus agens) en égard à sa position envers le corps (per respectum, 
quem habet ad corpus); et lorsqu'un obstacle empêche sa cognition (im- 
pedit.ur a sua cognitione), elle s'appelle l'intellect potentiel (intellectus 
possibilis)" . 
Ainsi l' "intellectus agens" et l' "intellectus possibilis" - comme l'au- 
teur l'observe encore une fois au commencement de la seconde partie 
de son opuscule - ne sont pas essentiellement différents; ils se distin- 
guent seulement "in modo", comme Socrate debout est différent de Socrate 
assis; de même l' "intellcctus speculatiuus", en géné;ral, ne diffère pas es- 
sentiellement de l' "intellectus practicus", car les deux sont identiques 
par leur substance qui est l'âme, entité indivisible. Il en résulte que l'in- 
tellect pratique obéit pour ainsi dire aux ordres de l'intellect spéculatif. 
Il eHt divisé en partie passive (pars passibilis, dominata et uicta) et en 
partie active (pars agens, dominans et uincens), ceci conformément au 
rôle des facultés sensitives qui partiellement dominent l'intellect spécu- 
latif et partiellement sont dominées pal' lui. Dans le premier cas nous 
avons affaire à la partie passive de l'intellect pratique, dans le second cas 
à sa partie active. Si c'est la premii>re partie qui a l'avantage, l'âme humaine 
s'éloigne de la pureté de son essence, dont l'action approprié-e est la con- 
naissance, et devient ainsi dépravée, car la partie supérieure eHt alors
		

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dirigée par la partie iIûérieure; et cet avantage qui signifie donc le triomphe 
des facultés sensitives sur les facultés intellectuelles qui sont l'essence 
de l'âme humaine, rapproche l'homme des animaux et le prive du bien 
qui lui est inné; nous appelons péché cette déviation de la nature humaine. 
Par contre, la partie active de l'intellect pratique est l'âme qui revient 
à son essence (rediens super essentiam suam), se connaît elle-même, et 
partant méprise tout ce qui l'éloigne du Premier Principe (c'est-à-dire 
de Dieu); elle méprise donc l'essence même du péché (radices peccatorum), 
se laisse guider par les conseils (le l'intellect spéculatif et délaisse le bien 
temporel pour le vrai bien (simplex bonum). Aristote appelle cette faculté 
de l'âme "synheresis", ce qui voudrait dire en latin "cooperatio"; son 
activité c'est la conscience. En vertu de cet aspect de son essence, l'âme 
non seulement répugne (remurmurat) au péché, mais elle le surmonte 
et s'oppose à ses prémices (praeambulis); c'est donc là que se situent le 
principe et la cause du repentir (principium et causa poenitentiae) qui 
consiste à déplorer les anciens péchés et à ne pas commettre ceux qu'il 
faudrait déplorer. "Telle est donc - termine l'auteur -la première 
cause du repentir (primaria causa poenitentiae) chez les hommes; quant 
au choix et au mode de pénitence (operatio et modus poenitendi), ils 
dépendent de la religion; ils sont autres pour les chrétiens, autres pour 
les musulmans, autres dans les autres religions, etc." 
Ce résumé peut semble
 un peu tI'Op long au regard d'un écrit qui, 
imprimé, n'a que cinq pages et qui, à première vue, ne p
ésente aucun 
intérêt historique. Quant à cette dernière objection, je me contenterai 
pour l'instant d'observer qu'elle serait un peu prématurée; à mon avis, 
cet opuscule contient - pour l'histoire tant de la psychologie que de 
l'éthique médiévale - des détails, certes nullement de premier ordre, 
mais cependant nouveaux et intéressants, surtout quant aux théories 
de l' "intellectus agens" et de la "synderesis" 114; mais ce n'est pas ici notre 
propos. En effet, la raison principale qui m'a fait analyser cet opuscule 
d'une manière si détaillée, était le devoir - qui incombe évidenunent 
à l'éditeur - de prouver son authenticité. Nous avons vu que le colo- 
phon, tant de fois cité, attribue cet écrit à Witelo, mais du moment que 
personne ne le cite nulle part, cette assertion exige d'être vérifiée. Heu- 
reusement l'opuscule lui-même nous fouI'nit à ce sujet assez de données 
pour constater la parfaite conformité des idées qu'il contient et de celles 
que nous trouvons dans la Perspectiua et le De natura daemonum. Je ne 
chcrcherai pas à démontre
 ici toutes les concordances; c'est là un sujet 
strictement lié à l'ensemble de la philosophie de Witelo, que je me réserve 
de présenter à une autre occasion. Il suffira cependant d'indiquer quelques 


Il Ou bien, comme Witelo l'appelle, "syneresis".
		

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détails, notamment le rôle intermediaire que jouent les intelligences entre 
Dieu et les hommes. Bien que ce rôle, fondé sur les influences néoplato- 
niciennes, apparaisse dans d'innombrables traités médiévaux, il n'y est. 
pas toujours interprété de la même manière. Pour ce qui est, plus parti- 
culièrement, de Witelo, les derniers travaux des érudits veulent en faire 
le plus illustre représentant, au XIIIe siècle, du courant exprimé par le 
Liber de causis 511 . Cette opinion ne saurait - me semble-t-il - se main- 
tenir; en tout cas on ne remarque pas d'influence spéciale de cette compila- 
tion arabe ni dans la Perspecii'iu;, ni dans le De natura daemonum, c'est- 
à-dire dans les deux seules oeuvres dont l'authenticité ne peut être contes- 
tée; on ne la remarque pas non plus dans celui que nous examinons ici. 
Néanmoins, il y est question des influences (influentiae) intellectuelles 
et éthiques et de leur réception (recipere). Nous avons vu, dans le résumé, 
de quelle manière notre auteur s'imagine ces influences. Witelo se les 
figure exactement de la même manière presque au début de son 
De natura daemonum. Comme je l'ai déjà mentionné, il y examine si la 
chute des anges peut être comprise par la raison innée, et motive sa ré- 
ponse négative par huit arguments, dont les deux premiers disent: "Une 
telle chute n'est pas possible premiè
ement du fait de l'essence des anges, 
qui est pure et simple (pura et simplex), gI'âce à quoi elle n'a pas pu méri- 
ter la chute, et ce en raison de son éloignement des conditions matérielles 
(propter elongationem a materialibus conditionibus); deuxièmement, 
du fait de la perfection de la personne qui aurait été la cause de cette 
chute et qui portait le nom de Lucifer, parce qu'elle reflétait (relucebat) 
l'éte
nelle bonté et la gloire de Dieu, étant la première des créatures 
à recevoir la lumière divine et à la communiquer aux créatures inférieures 
(sicut in recipiente principali creato et omnibus creatis posterioribus 
infundente)". Le troisième argument et le début du quatrième ont été 
malheureusement à tel point déformés par le copiste qu'il est difficile 
de les comprendre; en tout cas le mot "influere" s'y répète, on y parle 
de la communication de l'entité (entitas), de la bonté (bonitas), de la sagesse 
(sapientia) et de la puissance (potentia). A la fin du quatrième argument 
nous avons la conclusion suivante: "En outre, l'intelligence supérieure 
influe (influit) toujours sur l'inférieure, si donc l'intelligence supéI'ieure 
est tombée,. pourquoi ne sont-elles pas tombées toutes Y" Le sujet de 
l' "influxus" revient au début du second chapitre; on y p3.I'le de nouveau 
de l' "entitas" et de la "bonitas" comme de dons qui proviennent de cette 
influence. Ces "influences" sont présentées d'une manière semblable, 
quoique avec de petites variantes, dans le préambule à la Perspectiua. 
On y distingue tout d'aboI'd nettement les influences matérielles (influ- 


.. Ba.eumker, l.c.. passim (récapitulation p. 609). 


--
		

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entiae corporales) qui agissent sur les êtres corporels (res corporeae), 
des influences intellectuelles (ilÛluentiae inteUigibiles) qui agissent l'ur 
les êtres l'aisonnables (substantiae intellectiuae); les premières portent 
la lumière accessible aux sens (lumen sensibile), les deuxièmes - la "lu- 
mière divine" (lumen diuinum). Witelo consacre naturellement beaucoup 
de place aux premières, puisque son oeuvre devait précisément étudier 
cette lumière perceptible aux sens et ne mentionne les deuxièmes qu'ac- 
cesRoirement 116, ce qui rend la comparaison difficile. En tout cas il est 
li
 nettement question d'une triple influence: de l'entité (entitas), de la 
cognoscibilité (intelligibilitas)1I7 et de la vie (uitalitas). Quant à la premièI'e, 
la "lumière divine" a le rôle de principe (principium; a quo); quant à la 
seconde, elle a le rôle de moyen (medium; pcr quod); quant à la troisième, 
le rôle de fin, c'est-à-dire de but (finis; ad quod). Malheureusement, nous 
n'y trouvons pas d'explication plus précise, susceptible de mieux faire 
	
			

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mais par approche des choses sensibles (per applicationem ad sensibilia); 
plus l'homme s'en éloigne, plus il devient meilleur 83. On peut encore ajou- 
ter que l'expression "deformitas peccati" se répète nettement dans les 
deux écrits 841. 
La théorie des visions et des prophéties est, elle aussi, identique dans 
les deux écrits. Selon le nôtre 85 , ce sont des phénomènes extatiques qui 
consistent dans la délivrance (absolutio)88 des chaînes des sens et dans 
le "retour de l'âme à son essence". Comme nous l'avons vu, il peut y avoir 
trois degrés de cette extase: l'épilepsie ou le sommeil naturel, l'étude 
intense et la longue contemplation qui conduit à la prophétie. Dans le 
De natura daemonum, Witelo présente la chose de la même manière. 
Nous y lisons à propos des épileptiques 67: "Et... quia tunc anima rationalis 
non fertur ad sensibilia extrinseca, conuenit ipsam ferI'Ï super essentiam 
suaID et coniungi substantiis separatis a materia et propter hoc futura 
uidere per modum praesentium: et tales homines, maxime epileptici, 
cum redierint ad se ipsos, incipiunt prophetizare". De même, nous lisons 
au sujet des apparitions et des visions en général 88 : "Et quandoque fiunt 
apparitiones Dei et angelorum et reI'um albarum sub pulchris figuris, 
sicut bonis hominibus 8D . Visiones autem tales non fiunt, nisi cum anima 
rationalis dominatur phantasiae et omnibus potentiis sensitiuis, et igitur 
redit anima super suam substantiam aeternam, scientem Olnnia, et sic 
fit p,aescientia futurorum uniuersalium". Enfin Witelo reconnaît la pos- 
sibilité de prophétiser et d'avoir des visions de Dieu, bien que peu de 
personnes aient ce don 70 qui consiste aussi dans le retour de l'âme à son 
essence 71. 
Pour compléter ce tableau, on pourrait encore citer quelques détails 
concordants. Ainsi, les deux écrits 71 parlent p.ex. de l'action "brûlante" 
du froid sur la vigne. Il me semble toutefois que les concordances déjà 


13 P. 134, 413-416. 
,. De natura daemonum p. 129, 228; De primaria causa poenUentiae p. 140, 148. 
'1 Pp. 139-140. 
18 Par "absolutio", "abeoluere", "absolutus" (ab aliqua re) notre auteur exprime 
le plus souvent "la délivrance" (de quelque chose); Witelo s'en sert dans le même 
sens dans le De natura daemonum, p. 130, 262 (absolutus a materia). 
17 P. 125, 101-106. 
Il P. 126, 153-158. 
.1 Cf. De primaria caUBa poenitentiae, p. 139, 105-108: "Tamen somnia nobilia 
eueniunt frequentius in auimabus iustorum, ut uieiones Dei et angelorum, propter 
frequentem intentionem circa illa: et hoc est, quod dicit Aristoteles, quod meliora 
sunt somnia iustorum". 
70 P. 134, 411; p. 136, 459-462. 
71 P. 136, 459-460. 
71 De natura daemonum, p. 126,133-134 (Solutio quaestioniB, p. 146, 118-121); 
De primaria caUBa poenUentiae, p. 141, 165-166. 


1 - A. Blrkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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présentées 73 suffisent pour établir la paternité de Witelo, conformément 
à la tradition qui nous a été conservée par le copiste du manuscrit pari- 
sien. Il est plus difficile d'éta.blir le titre de cet opuscule. TI est vrai que 
le copiste l'intitule De primaria causa poenitentiae, mais on pourrait 
supposer qu'il l'a simplement emprunté à l'avant-dernière phrase du 
traité, où nous lisons que l' "intellectus practicus agens" (c'est-à-dire 
la "synderesis") est la "primaria causa poenitentiae in hominibus"; cette 
supposition est d'autant plus probable que cet écrit est à première vue 
plutôt psychologique qu'éthique. On pourrait donc l'intituler De potentia 
intellectiua, car les autres facultés de l'â.me n'y font l'objet que de quel- 
ques mots. Mais à plus proche analyse du contenu, on constate que le 
thème véritable de l'opuscule est l'opposition entre la partie sensitive 
de l'âme et sa partie intellectuelle qui en est l'essence propre - opposi- 
tion qui se manifeste même dans la partie intellectuelle proprement dite 
sous forme de "passivité" et d' "activité", ceci dans l'ordre des phénomènes 
tant cognitifs que pratiques. Cette opposition sert ici de fondement à l'éthi- 
que; elle explique, du point de vue philosophique, l'essence du bonheur 
éternel, l'essence de châtiment posthume, l'essence du péché et celle du 
repentir. On ne peut douter que le but de cet écrit fut justement de for- 
muler ces notions d'éthique; aussi le titre conservé dans le manuscrit 
parisien est certainement bien motivé par le contenu. On pourrait lui 
reprocher d'être un peu trop limité; car rien n'indique plus particulière- 
ment que l'auteur ait voulu plutôt expliciter l'essence du repentir que 
celle du péché - à moins de nous hasarder à la supposition que le De 
primaria oausa poenitentiae a un certain rapport avec nomination, vers 
1268, de Guillaume de Moerbeke au poste de pénitencier du pape. La 
date de l'opuscule ne serait pas un obstacle à cette hypothèse, puisqu'il 
fut probablement composé en même temps que le De natura daemonum, 
ce qu'indiquent les nombreuses idées communes aux deux écrits. De toute 
manière, nous pouvons provisoirement admettre pour notre écrit le titre 
De primaria causa poenitentiae. 


TI ne me reste plus qu'à dire quelques mots sur la méthode adoptée 
pour l'édition des textes qui suivent. Je dois d'abord signaler que, outre 
les résumés des deux écrits de Witelo conservés par le manuscrit paril:!ien, 


Il D'autres détails moins importants: aussi bien Witelo dausle De natura daemonum 
(p. 124, 68; p. 126, 156). que l'auteur du De primaria causa poenitentiae (p. 137, 17 - 19) 
se servent de la même nomenclature surannée "poteutiae sensitiuae intrinsecae" que 
la Bolutio quaeBüon.iB remplace toujours par "sensus interiores" (pp. 144-146); il8 
disent de même que le rôle de la nourriture consiste à "restaurare deperditum" (De 
1
atura daemonum, pp. 133, 369 et 135, 444-445. De primaria causa, p. 136, 8). Dans 
le préambule à la PerBpectiua (éd. Baeumker, p. 128. 31-32) on trouve accolés 
l' "intellectus practicus" et l' "intellectus speculatiuus". et ce en rapport à la confession. 


-
		

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			. 


j 


121 


j'ai également inclu à cette édition la Solutio quaestionis examinée plus 
haut et la 1g e question du Ille livre des Quaestiones Meteororum de Nicole 
Oresme 74, ce que justifie l'importance de ces deux oeuvres poU!. le De 
natura daemonum. Cependant, il a fallu procéd
r d'une manière un peu 
différente pour chacun de ces deux groupes. En ce qui concerne d'abord 
les Quaestiones Meteororum, j'ai pris en considération huit codex, c'est- 
à-dire tous ceux dont je pouvais disposer; pour deux passages relatifs 
spécialement à Witelo, je me suis en outre servi de notes sur cinq autres 
manuscrits que j'ai eus en mains avant la Guerre. En m'appuyant sur 
autant de manuscrits, j'ai pu - il me semble - fournir un texte assez bien 
attesté, quoique les variantes des manuscrits vont très loin. Tant ici 
que dans la Solutio quaestionis, j'ai tenté par une critique philologique 
modérée de reconstituer le texte original. Il m'a fallu cependant renoncer 
en partie à en faire autant pour l'édition des opuscules de Witelo eux- 
mêmes. Dans ce dernier cas, nous avons affaire non pas à la forme origi- 
nale, mais au résumé d'un copiste qui procédait souvent à son gré et d'une 
manière irréfléchie; c'est pourquoi nous avons dans les deux résumés 
beaucoup d'anacoluthes, de prédicats qui ne s'accordent pas avec le sujet, 
etc., et enfin beaucoup de lacunes et de sautes de raisonnement. Il faut 
donc que la critique du texte soit très circonspecte, pour que de fausses 
conjectures n'amènent pas à former des phrases élégantes à partir de 
mots que seul le hasard avait assemblés, en agglutinant les débris de quel- 
ques phrases primitivement distinctes. C'est pourquoi je m'en suis tenu, 
dans les deux textes, aux changements absolument indispensables et 
ne (léformant certainement pas le sens; j'ai modernisé la ponctuation, 
autant que je l'ai pu, j'ai évité les conjectures un peu douteuses; là où 
on pouvait sauver le sens en intercalant un "et" ou une autre conjonction, 
je l'ai indiqué - ainsi que tous les autres ajoutés de ma main - par 
des parenthèses ( ). Par contre j'ai partout introduit l'orthographe mo- 
derne, conformément aux idées - que j'ai déjà eu l'occasion de présenter 
autre part 711 - sUl' l'édition des textes médiévaux savants. 
IJes textes sont suivis de deux Appendices 71. Dans le premier, j'ai 
donné une description détaillée du manuscrit Paris. lat. 14796 qui con- 
tient les opusClùes de Witelo. Le second renseigne sur les manuscrits des 
Quaestiones Meteororum de Nicole Oresme, dont je me suis servi pour 
'édition; j'y soulève en outre un problème bibliographique lié à cet ouvrage. 


.. Quant à son authenticité, voir l'Appendice II. 
n [A. Birkenmajer, compte rendu de Alkindi, TideuB u. Pseudo-Euklid. Drei 
optiBche Werke, hrgg. v. A. A. Bjôrnbo u. S. Vogl. .,.... N.d.l.R.], Bibliotheca mathe- 
matica, XIII, 1913, p. 275. 
" Pendant l'impression des EtudeB, l'auteur y a ajouté l'Appendice III, con- 
cernant la QuaeBtio contra diuinatoreB de Nicole Oresme,l'opuscule d'un oertain Claudius 
Caelestinus et l'audience des idées de Witelo au XVIe siècle. - N.d.l.R.
		

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			122 


1 


Epitome tractatu8 Witelonis De natura daemonum 


1 


Quaestio de substantia daemonUlll et natura diUicilis est. Cuius 
signum est, quod numquam aliquis philosophorum, quem uiderim, 
de ipHa scripsit aliquid, nisi solus Plato, qui modicum quid de ipsa 
scripsit et inualidum. Scribo autem uobis, quod mente saepius reuolui, 
cum de tali materia cogitarem, nolens per hoc principiis sanctae 
religionis christianae instantiam afferre, sed secundum uiam natura- 
lem et possibilem naturam daemonum 	
			

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311 


malus, altus et imus, angelus et daemon T septimo ratio naturalis 
non potest accipere substantias sep3.I'atas nisi motu corporum cae- 
lestium, reliquae, quae non mouerent, essent otiosae et nihil est 
otiosum in natura; nec ualet dicere, quod sunt propter famulatum 
dominium, quia cum ilIud dominium sit perfectissimum, quomodo 
alio pro famulatu indigeret, cum se ipso sit perfectum' sed in hoc 
loquuntur homines, ut per sensum didicei'unt in potentibus terrenis, 
et hoc dicit Areopagita; octauo quomodo ibi esset casus localis, 
cum ilIae substantiae indiuisibiles 8ecundum se proprie non sunt 
in loco'l Sed fides omnia praedicta argumenta et similia dissoluit 
per nomen fidei, quia fides est tale quid, quod non habet meritum, 
si sibi ratio praebeat experimentum. Perquisiui tamen super hoc 
casu et totum Pentateuchum Moysi de primis mundi principiis 
loquentem, sed nihil de hoc inueni, sed bene uidi ilium in prophetia, 
qui uidit Luciferum sicut fulgur de caelo cadentem, et Apocalipsim 
Johannis, qui libri metaphorice loquuntur et (non) oportet eos 
literaliter intelligi, sicut nec parabolas Euangeliorum, ut est i11a 
de diuite et alia de semine, quod cecidit jn terram, sed debent in- 
telligi, ut uerissimi doctoris aeterna ueritas intelligatur. Quidquid 
autem sit, tamen patres sancti et fundatores fidei christianae in 
conciliis reuerendis hoc dixerunt, beatus Gregorius etc.; credamus 
e;rgo casum angelorum et hos angelos esse daemones. 
Sed quia quaestio a me naturaliter est quaesita, ad ipsam natu- 
raliter respondebo. Dico igitur hic, quod licet daemon graece, latine 
sonat sciens, homines tamen daemonem pro cacodaemone capiunt 
et tunc uocant daemonem eum, id est maleficum et deforme ap- 
parens eis praeter formas sensatas et notas. Modo talia sunt multa: 
quaedam sunt apparentia nihil agentia nisi forte seI'llonem, quae- 
dam sunt agentia alias res naturales et ;raro apparentia. De primis 
dico, quod tales apparitiones sunt multiplices: quaedam enim ui- 
dentur solum distractis, ut phreneticis, quorum passio fit ex apos- 
temate in pelliculis cerebri Pl'Optel' intensionem cholerae uel pro- 
pter ebullitionem sanguinis; fit etiam quandoque dicta passio ex 
passione diaphragmatis uel stomachi uel matricis uel aliorum mem- 


co 


cs 


50 


1111 


60 


31-33. septimo... otiosa.e ] cfr. Auerrois Comm. in XII (XI) Metaphysicae com. 
43-44 (uide inf. p. 142. lin. 9-10). 44. illum] sc. Lucam 10. 18. 45. Apocalipsim J 
cfr. Apoc. 12, 7-8. 51. Gregorius ] cfr. e. g. Moralia lib. XXIX cap. 8 (= Patr. 
lat. 76. 486-487). 


34-35. famulatum dominium ] BicP. 38. Areopagita] AriopagitaP. 42. si] et 
si P. 43. Pentateuchum ] Pantheteucum P. 44. in ] bis ezh. P. 46. non] omo P. 
49. intelligatur ] intelligitur P. 51. concilüs ] consiliis P. 57. eis ] ei P.
		

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4111 


brorum propter coUig:antiam neruorum cum cerebro: fumi igitur 
putridi resoluti, ad ipsum (ascedentes), cerebrum corrumplmt 
et fit alienatio mentis, quia cum uirtus rationalis dominetur in cere- 
bro, propter potentias sensitiuas intrinsecas Bibi immediatius minist- 
rantes (irnpeditas) impeditur ab operationibus; et quia omnis uir- 
tus iudicans de obiecto proprio decipitur, ut dicit Aristoteles in De 
somno et uigiJia, licet in recipiendo non decipitur, ut dicit Aristo- 
teles secundo De anima; et sic dicit se uidere homines rubeos, uel 
etiam propteI' ruborem cholerae et sanguinis; et tamen, si illa uirtus 
esset bene ordinata, non sic iudicaret, unde species intrinsecas 
iudicat externas. Simili ter accidit maniacis et melancholicis etc.; 
sempeI' tamen fiunt ista propter ascensum fumorum melancholi- 
corum et fiunt phantasmata etc., et dicunt eos homines daemo- 
niacos, quia mirabilia loquuntur et dicunt se uidere propter causas 
dictas. Similiter accidit epilepticis et fit haec passio in anteriori 
parte cerebri, in qua est sensus communis; et ideo, quia ille sensus 
communis aliis dat sensum et motum, ideo cum impeditur, cadit corpus 
quasi mortuum, et tunc uirtus rationaIis alias Bibi immediate mini- 
strantes, quae ortum habent a sensu communi tunc impedito, ad 
extrinseca sensibilia non diuagatur propter sensus extrinsecos im- 
peditos (et) iudicat non per modum rationalem, sed phantasticum 
de phantasmatibus intrinsecis secundum illorum dispositionem, 
ut si fuerit de pWegmate albo etc., iudicat albos angelos etc., et 
si ex cholera nigra, iudicat daemones. N otandum tamen, quod non 


70 


75 


JIO 


811 


70. Aristoteles ] De somno et uigilia II (ed. Venetiis 1483 fo. KI recto col. 1) 
trad. gr.-Iat.: ..Sentire enim et praeteruidentis (TOÜ 7t'lXpOpWVTOI;) uerum aliquid et (praeter-) 
audientis (TOÜ 7t'CXPIXXOUOVTOI;), nequaquam tamen id, quod arbitratur". 71-72. Aristo- 
teles ] De anima H tc. 63 (ibid. fo. DI recto col. 2) trad. gr.-Iat.: "Sed unusquisque 
(sensus) iudicat de bis (sensibilibus proprüs) et non decipitur uisus, quoniam color, 
neque auditus, quoniam sonus, sed quid coloratum aut ubi aut quid sonans. Huius- 
modi quidem igitur dicuntur propria (sensibilia) uniuscuiusque". Cfr. etiam trad. 
arab.-Iat.: ..... et est proprius (modus sensibilis), quem non potest alter sensus 
sentire, et illud quod impossibile est, ut ci contingat error; uerbi gratia uisus apud 
colorem et auditus apud uocem et gustus apud saporem... Sed uniusquisque eorum 
iudicat ista et non errat in colore, quis color sit, neque in uoce, quae uox Bit, sed in 
colarato... et in audito... Quod igitur est tale, est proprium". 


65. propter ] per P. 66. ascedentes ] addidi; cfr. "Solutionem quaeBtioniB" p. 
144, lin. 57. corrumpunt] corrumpit P. 69. impeditas ] addeooum puto. 70. 
pOBt Aristoteles ] Ho De anima dei. P. 75. externa8 ] externis P. maniacis] 
maniatis P. 78. pOBt dicunt ] eos dei. P. 79. epilepticis ] epilenticis P, et Bio 
semper. 84. diuagatur ] diuagetur P. 85. et ] addidi. 86. illorum ] aliorum P. 
87. phlegmate ] flcumate P, et Bie Bemper.
		

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DO 


est aliqua gens, quae non l'eputet se optimam et formas suas et 
mores suos diligat et consuetudinem suam approbet meliorem et 
credat consuetudinem mensuram omnium consuetudinum et secun- 
dum illas ordinet caelestes hierarchias; unde Mauri in suis picturis 
pingunt Deum et angelos nigros et daemones albos, et ideo 
si tales sunt phrenetici uel maniaci etc., iudicabunt aliter, quam 
alii eodem modo passionati. Et quia posterior pars 	
			

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130 


rum propter motum tandem redeunt ad postrema capitis et sic 
formae uisae euanescunt et dicunt se per daemones illusos. Similiter 
accidit melancholicis in quibusdam locis obscuris existentibus dae- 
mones uidere; uult enim Galenus, quod si aliquid obscurum ratio- 
nabilem partem animae impediat, ut patiens timeat; ideo dicitur, 
quod melancholici causam timoris secum portant. Quidam uero 
propter nimium timorem comburuntur, quia calOI' fugit ad inte- 
riora cordis etc. et sicut apparet in uitibus et arboribus, quod quan- 
do que a forti gelu comburuntur, et dicuntur tales homines igne 
infernali comburi seu daemonis; et quandoque calor non comburit, 
sed dissoluit quosdam humores et generat diuersas passiones, unde pro- 
pter imaginationem quandoque fit ira, quandoque timor et sic quan- 
doque frigus, quandoque calor etc., et constringuntur quandoqlle nerui 
et uenae et contrahuntur. Consilium ergo magnum est abicere tales cogi- 
tationes et solatiari cum amicis, ne fiant tales apparitiones. Hii autcm 
daemones quandoque loquuntur, quia qua ratione in sensu communi 
uidentur, eadem ratione possunt audiri; non tamen audiuntur 
uerba nisi prius imaginata. Et ad istos daemones ponendum incitant 
homines (fabulantes> de daemonibus, quod tamen ualde commune est; 
relata pueri faciliter obseruant et ea in secretis et obscuris locis 
cogitant et occurrit eis saepe secundum fabulam relatam; unde 
a talibus fabulis sunt homines fatui compescendi. Secundum ergo 
diuersos conceptus fortiter impressos et saepe replicatos, secundum 
diuersas consuetudines, secundum etiam diuersa loca et humores 
diuersos et diuersas passiones fiunt diuersae apparitiones; unde 
quandoque apparent daemones et nigrae formae sub mirabilibus 
et horridis coloribus et figuris, sicut melancholicis et malis hominibus, 
et quandoque fiunt apparitiones Dei et angelorum et rerum alba- 
rum sub pulchris figuris, sicut bonis hominibus. Visiones autem tales 
non fiunt, nisi cum anima rationalis dominatur phantasiae et omni- 
bus potentiis sensitiuis et igitur redit anima super suam substantiam 
aeternam scientern omnia et sic (fit> praescientia futurorum uniue- 
rsalium. Videtur etiam daemon hominibus sanis ex uisuum deccp- 
tione; et hoc me docuit Haincem filius Hucayn filii Haycin tertio 
libro suo De aspectibus; sic de nocte inspecto hornine et uiso nemore 


135 


140 


1415 


100 


166 


160 


129. Galenus ] IIe:pl TWV 7te:7t'ov&. T67t(i)v (i. e. "De interioribus" apud latinos) III, 
10 (00. Kühn VIII. 191): T7jc; ILe:ÀrxLV1jC; xoÀijc; Tb XpwlLrx 7t'rxprx7t'À7)O"L(i)C; O"X6Tfj> Tbv CPPOVOÜVTrx 
T67tov 17t'LO"XLrxl:ov Ipyci!;e:TrxL TOÙÇ cp6($ouc;. 160-165. nocte... maioris etc. ] isdem fere 
uerbis Alhazen III. 47 (ed. Risner p. 97, 9-13). 


129. Galenus] Ga.lienus P. 
157. fit ] addidi. 


144. fabulantes ] addidi. 156. super] per P. 


]
		

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			, 


- 


127 


1611 


remote ab eo aut pariete, uidebitur propinquitas hominis ad nemus 
uel parietem, cum lateat uisum distantia illorum plurima, quia forte 
exibit radius uisualis super caput hominis et altitudinem llemoris 
aut parietis, et homo et nemus uidebuntur eiusdem aJtitudinis 
uel forte homo uidebitur maioris etc. Et illud potest accidere in 
crepusculis matutino et serotino. Tales itaque fo
mae hominum 
sic uisormll credlmtur esse daemones, quia scitur, quod homo non 
est maior, quam nemus uel turris, et ideo ex hoc concluditur, quod 
sit daemon. Et istud audiui in Polonia, cum de Parisius rediissem, 
humanos daemones telam ante siluam GotzuordoI'f in cacuminibus 
arborum texuisse etc. Et similiter dixit mihi Henricus Catho, uenator 
luporum, quod cum ante diem pro uenatione luporum surrexit, 
uidit unum lupum ita magnum, ut arbores siluarum, et cum ad 
ipsum plus appropinqu3.I'et, continuo diminuebatur, et sic credidit 
esse daemonem. Multum igitur est honoranda mathematica, quae 
causas talium ueI'idicas ostendit; nulla enim res uidetur in sua quan- 
titate, sed uariatur quantitas omnis rei secundum uariationem angllli, 
qui fit in oculo per lineas exeuntes a peripheriis superficiei rei, et 
propter hoc non est quantitas certum indicium in uisu; sed haec 
sunt alterius considerationis. Videt etiam quandoque uisus unam 
rem esse duas et aliquando uidet se ipsum ante se, ut dicit Aristo- 
teles tertio Meteororum, capitulo de iride, quod infirmatus est uir 
quidam et debilitatus est uisus eius et uidit faciem suam incedcre 
coram eo et hoc fuit pI'opter aëris densitatem: et ideo si alicui hoc 
acciderit, putabit se uidere daemonem in sua fOI'ma et dicit mirabilia 
et fOI'te territus infirmabitur ex commotione spirituum et accidentium 
animae, ut alibi habet uideri etc. 
Visa itaque natura daemonum apparentium et non agentium 
aliquid naturalium rerum nisi per accidens, scilicet per dispositionem 
accidentium animae, quae alterata C0I'PUB alterat, restat nunc de 
aliis raro apparentibus, res naturales agentibus dicere. De entitate 
uero istorum Sancta Ecclesia conuenit cum Platone, licet in modo 
ponendi sint diuersi. Quod autem sint, probat ratio et experimentum. 


170 


1711 


]80 


1811 


190 


182-184. infirmatus... densitatem ] isdem fere uerbis traductio Gerardi Cre. 
monensiB (cod. Berol. lat. fol. 676 fo. 79 V ): "Vir autem infirmatus fuit et debilitatus 
uisus eius est et dum iret, quia uidit ante se lumen coram facie sua ambulauit... quod 
est propter unam duarum causarUID, aut propter turbilentiam a.ëris aut propter 
debilitatem uisus". (Meteor. III, cap. 4 sec. ed. Ideleri). 


161. pOBe hominis ] et P. 170. humanos ] Bic P; leg. huiusmodi' telam] 
tezaID P. 181. ipsum ] ipsam P. 182. Meteororum ] Metheororum P, et Bic 
Bemper .
		

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			128 


Primo quia aliquando formae mirandae pluribus simul et semeI 
11111 uisae sunt et unifoI'miter, quod saluari non potest per phantasiam, 
quia in diuersis sunt diuersae. Secundo uisi sunt incubi et incubae 
tactu delectabiles, tactus uero non est in formis imaginatis: spiritus 
enim carnem et ossa non habet, igitur a.dhuc minus formae imagi- 
natae; et licet per modum superius tactum potest saluari aliqualiter, 
:200 quia uidemus imaginationem in coitu plurimum operari, hoc tamen 
non habet, quia in eodem loco eadem forma pluribus quandoque 
apparuit, ut dictum fuit mihi per bonum testimonium de quodam 
castro, ubi mulier pulcherrima morabatur, 	
			

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230 


- animas uero peccatrices absolutas a corpore fieri daemones 
propter deformitatem peccati et hominibus insidiari, sicut et sunt 
inuidi. Dicebant etiam animas anno detineri millesimo et tunc 
terrenum corpus reassumere. Empedocles uero non aliter longaeuos 
fieri daemones has animas putat. Et hoc uidetur posse iuuari et 
saluari per Auicennam et Algazelem; sed quia obliti sunt aeterni- 
tatis animae, in magna parte eorum positio non est attendenda. 
Plato etiam eos reprehendit in Politia, libro suo, cum dicant animam 
tyranni militis a daemonibus excruciari post mortem; ex quo patet, 
ut dicit Calcidius, aliud esse animam et aliud esse daemonem: siqui- 
dem diuersa sunt, quod cruciat et quod cruciatur. Hesiodo et Ho- 
mero multos esse daemones placet, sed quid sunt, non dicunt; aiunt 
enim eorum esse decem millia eosque tam in obsequio Dei, quam 
in tutela mortalium intentos fore. Plato enim teste Calcidio super 
Timaemn, in libris suis, quos non habemus etc., saltem quos non 
uidi, dicit daemones esse animalia. composita ex corpore et anima 
et adducit rationem, quia ordo uniuersi perfectus est et solidus, 
non superficialis ut patet sensui, igitur ad modum numerorum per- 
fectorum solidorum est ordinatus, quales sunt numeri cubici. Nunc 
autem inter omnes numeros duos cubicos solidos cadunt duo numeri 
medio loco proportionales, ut dicit 12. propositio VIII. Geometriae; 
igitur duo extremi numeri solidi cum duobus mediis quatuor nume- 
rorum faciunt ordines. Si autem sapientia diuina ordine numerorum 
solidoI'um res numerauerit, quia numerum quidditatum mundi 
perfectissimum fecit, opoI'teret, quod inter duo extrema duo sint 
media et ita quatuoI' ordines quidditatum rerum et hoc tam in cor- 
poralibus incognitiuis, quam in aliis cognitiuis. Per hanc enim ratio- 
nem Plato in Timaeo concludit numerum quaternum elementorum 
et in Phaedro numerum substantiarum et quidditatum incorpora- 
lium et corporalium cognoscitiuarum, ponens primam quidditatem 
cognoscitiuam intelligentias separatas, scilicet mouentes orbes, 
quae omnes quidditates rerum cognoscunt immaterialiter, et lùtimam 


UII 


2410 


24111 


260 


tIIl 


230. Empedocles ] cfr. Calcid. l. c. 234. Plato ] cfr. Calcidii Com. 
 136 (ed. 
Wrobel 198, 10-13). 237. Hesiodo ] cfr. Calcid. 
 134 (cd. Wrobcl 197, 1-3). 
240. Calcidio ] Comm. in Tim. 
 129-131 (p. 193-195). 243. adducit ] scil. Cal- 
cidius 
 131 (cd. WrobeI194-195). 247. Geometriae ] sc. Euclidis. 254. Plato] 
in Timaeo 31 B-32 C (cd. Wrobel 28-29); cfr. Ca.Icidü Corom. 
 21-22 (ib.86-88). 
255. in Phaedro l Locum Platoni8 non reperio; neque nominat CalcidiU8 
 131 (p. 
194, 24-29), ubi de ea re tractat. 


230. non aliter ] CalcidiuB; naturaliter P. 232. Algazelem ] Agazclem P. 
238. aiunt ] aut P. 239. decem millia] Calc., docere utilia P. 240. mortalium ] 
Oale., moralium P. 247. 12. ] omo P. VIII] 8 c P. 251. 8int ] sunt P.
		

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260 


quidditatem cognoscitiuam sensitiuam, quae SOIUlll cognoscit ac- 
cidentia ct materialiter; inter autem extrema inuenit hominem 
utrumque cognoscentem, magis tamen cum substantiis sensitiuis 
conuenientem, quam cum absolutis a materia, PI'opter quod eius 
cognitio intellectiua semper est cum sensu, nisi raro et in paucis, 
in quibus cognitio ortum 	
			

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			131 


28i 


igitur tunc ipsum non indiget, sed indigetUl' ab omnibus ordine 
creatis uel habentibus ordinem ad ipsum. Tertio suppono, quod 
unumquodque prius est aliquid naturaliter in se, quam dependeat 
ad alterum posterius. Tunc arguitur: igitur ex prima suppositione 
si daemon est, non est otiosum in natura; aut igitur erit motor 
lllouens propter finem aliquid, aut mobile PI'opter finem, quia ex- 
cepta prima causa haec duo, scilicet natura motoris et mobilis, 
omnia comprehendunt; omnia enim, quae creata sunt, sunt mouentia 
aut mota - excepto centro terrae, quod non mouet, quia non habet 
posterius, nec mouetur, cum sit indiuisibile et ad ipsum sit termi- 
nus omnis motus. Sed daemon non est mobile tantum, quia sic 
esset quantum et uere materiale non mouens, cuius oppositum dixit 
omnis loquens de ipso; igitur erit motor uel habens naturam moto- 
ris. Sed non habet mobile, quod moueat extra se, ut habent moto- 
res orbium caelestium: natura enim elementaris, in qua ponuntUl' 
ut locale in loco sufficienter mutato et mota a sua forma sursum 
uel deorsum, sed seeundum naturam suae formae et mouetur per 
resistentiam medii et ;reducitur eius motus, sicut in motorem immate- 
rialem, nec etiam dicit hoc aliquis homo supe
 daemones, igitur 
daemon non habet mobile extra, quia ipse caelum non mouet, igitur 
habet mobile intra; illud mobile resistit motoribus, licet minus, 
quam alia mobilia coniuncta et ob hoc etiam facit motum uelocem; 
oportet igitur, ut sit motus daemonis; et alia pars sui, scilicet mo- 
uens, erit anima, habet igitur corpus et animam et sic erit animal. 
Dicere autem, quod daemones sunt propter premendum malos 
homines et ad suadenda mala et ita ad mouendum homines, etsi 
hoc sit possibile, quia tamen substantia nobilior actum nobiliorem 
haberet potius, quam innobiliorem, et Plato dixit eos esse nobilio- 
res hominibus, sequitur etc.; non igitur debent malum peI'suadere, 
cum hoc sit posterius in essentia ipsorum, cum per hoc ordinantur 
ad rem alterius speciei, sicut homo ad equum; sed erit actus ipsorum, 
ad quem ordinantur, aliquid prius in essentia ipsorum et hoc est 
l'es, cuius 8cientiam inquirimus et uenamur. Credo igitur hac ratione 
naturaliter loquendo daelllones animalia esse constantia ex cor- 
pore et anima; hoc enim est de congruentia ordinis uniuersi et in 
potentia materiae et efficientis. Dico secundo, quod si plures sunt 


300 


305 


310 


315 


320 


3211 


321. Plato ] uide supra p. 129 -130. 


299. aut] a.liud P. 307. habet ] habeat P. 
Bic P. 309. mutato ] mü o (= mutatio') P. 
eS8entiam P. 


308-312. natura... immateria.lem ] 
320. tamen ] cum P. 323. essentia 1
		

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			132 


330 


sub eadem specie, sicut sunt homiues plures, quod ipsi sunt cor- 
ruptibiles, quia nullus eorum est ex materia sua tota et hoc est 
uia tam corruptio in rebus et etiam sic est, quod incorruptibilia 
sub una specie non multiplicantur, ut patet in Sole et Luna; unde 
si esset incorruptibilis unus homo, nunquam fierent plures homines, 
quia natura non facit otiosum et non facit, quod iam est. Si autem 
daemones sint corruptibiles, tunc et generabiles, quia aliter tota 
species perueniret in non ens, quia notum est, quod illa, quae non 
possunt saluari in se, saluantur in suis similibus, ut Socrates in Pla- 
tone. Pluralitatem uero in numero sub una specie familiares eorum 
in libris suis, qui dicuntur nigromantici, confitentur; et ego dico, 
quod error forte ipsius scientiae magis est propter ipsorum corrup- 
tionem. Et hoc dixerunt quidam antiquol'Um, quod sunt quidem 
daemones longaeui periodorum humanae uitae transeunt et tandem 
moriuntur, cum autem longissime in illis est eJongatio a contrarie- 
tate. Credo igitur naturaliter loquendo, quod si daemones animalia 
sunt et si sunt pluxes sub una specie, generabiles et corruptibiles sunt. 
Sed opponitur ex aduerso: quomodo igitur talis substantia latuit 
Aristotelem, principem philosophorum? Secundo, si daemon est 
animal, habet tactum, quia tactu animal est animal, et si habet 
tactum, est mixtum ex quatuor elementis; sed in omni tali praedo- 
minantur terra et aqua, ut dicit Aristoteles in De generatione et 
in primo Meteororum, igitur et in daemonibus dominabuntur illa, 


336 


3410 


3U 


lliO 


351. De generatione ] Lib. Il tc. 48 (ed. Venetüs 1483 fo. gg. verso col. 1): 
"Terra quidem inest omnibus (mixtis), quia unumquodque est maxime et multum 
in proprio loco; aqua autem, quia. oportet terminari quodcumque compositum..." 
(Eisdem fere uerbis iam in prima trad. gr.-Iat.; cfr. cod. Berol. lat. fol. 676 fo. 182r.) 
352. Meteororum ] ln primo libro nihil tale reperitur neque in gr.-Iat.. neque in ar.-Iat. 
traductioue. Cfr. tamen lib. IV tc. 29 (Venetiis 1483 fo_ N! recto col. 1), ubi gr.-Iat. 
traductio (Guillelmi de Morbeka) haec habet: "Dicuntur autem elementorum pro- 
prii88ime sicci quidem terra.. humidi autem aqua.; propter haec a.utem omnia ter- 
minata corpora hic non sine terra et aqua". Non multum abest prima gr.-Iat. tra- 
ductio Henrici Aristippi (cod. Berol. lat. fol. 676 fo. 84 V ): "Dicuntur elomentorum 
quidem propriissime aridi quo que terra. humidi uero aqua; quocirca uniuersa. dcter- 
minata corpora hic nequaquam absque terra et aqua". Altera. traductio (ar.-Iat.), 
quae iD editione Veneta.laudata. inuenitur. relegat haeo a.d tc. 30: "Et dica.mus, quod 
omne corpus passiuum non oportet esse Bine uictoria humidi in ipso et sicci: quae 
duo sunt terra. et aqua"; at Auerroes (') exponit hoc iam comm. 29: "Et postquam 
est de neoe88itate. quod generentur ha.ec corpora por mixtionem humidi cum sicco, 
et elementum siccum est terra et elementum humidum est aqua. tunc est de neces- 
sitate, quod omne corpus generetur grossum passiuum ex aqua et terra". 


330. quod ] quos P. 
343. periodorum ] Bic P. 


332. uia tam ] Bic P. 
345. Credo] Crede P. 


incorruptibilia ] incorporalia P. 


---
		

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quod est contra sensum et Platonem, CUIn sint aërei et inuisibiles. 
Tertio, si daemon sit substantia nobilior, quam humana, quia 
366 purioris essentiae, quia plus participat cum substantüs aeternis. 
separatis, et homo agens secundum intellectum non peccat, quomodo 
daemon erit causa peccati Y quia si est causa peccati in alio, erit 
causa. peccati prius in se ipso: peccatum enim non est nisi deuiatio 
et elongatio ab uno, puro, uero et primo, licet contrarium consueuit 
8110 a quibusdam appellari peccatum; omne autem deuiare sensus ab uno, 
puro, uero deuiat prius in se ipso, cunl sit causa mali, igitur et dae- 
mon in se peccabit. Quarto, si sit animal, habebit organa animalis 
distincta, maxime cum ponas in eo geneI'ationem; quaeritur igitur 
cuius figurae, et non uidetur nisi sub figura humana. Et tamen 
3116 mutier quaedam Paduana, confessa fuit sacerdoti cuidam hircum 
cornutum secum concubuisse, qui post concubitum disparuit nec 
amplius uisus est; et istud accidit Paduae anno Domini MOCcoLXIIo. 
Quinto quaeritur, in quo loco est, si est animaU Sexto quaeritur" 
de cibo eius, quia indiget restauratione, cum in eis sit deperditio. 
8711 Septimo, quia uidemus homines obsessos et loquulltur mirabilia 
et praooicant futura et praeterita et loquuntur idioma, quod non 
didicerunt - ut quondam fuit in Polonia quaedam mulieI' teu- 
tonica, CUIn qua Henricus plebanus in Ligniz plurima idiomata. 
loquebatur, quae ipsa numquam audiuerat - quoIllodo igitur duo 
3711 animalia simul possunt esse in eodem 10coY Octauo, si daemon 
est animal, quomodo PI'ophetizaU - Ad ista rel:lpondcns ad prim um 
dico, quod locus ab auctoritate non tenet negatiue; tamen CUln 
Aristoteles fuerit homo perfectissimus, quantum fuit in potentia 
uiae, factus ad hoc, ut esset continentia uera naturae, uidetur mihi, 
380 quod hanc naturam rerum sciuerit, cum in secundo De anima dicit, 
quod aliquibus animalibus insunt omnes potentiae animae, ut ho- 
mini et si aliquid aliud sit honorabilius homine; et exponit Auer!'oys, 
quod uirtus cogitatiua et intellectus erit in llOminibus aut in alio 
genere animalimn. Aristoteles etiam fecit librum unum De genea- 


380. De anima] Lib. II tc. 29 (ed. Venetüs 1483 fo. CI verso col. 1) secundum 
translationem graeco-Iatinam: "Quibusdam uero adhuc inest et secundum locum 
motiuum, alteris autem intellectiuum et intellectus, ut hominibus et si aliquid al- 
terum huiusmodi est aut et honorabilius". 382. Auerroys 1 Ibidem: "quod uirtus 
cogitatiua et intellectus existunt in aliis modis animalium, qua.e uon sunt homines. 
et quod proprio sunt in alio genere, ut in hominibus aut in alio genere". 


355. purioris J priorisP. 372. in Polonia] coni. Sinko; nilonj P. 373. Ligniz ) 
lignis P. 376. respondens ] respondetur P. 


.a.....-
		

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385 


logia deorum, de quo ipse primo Caeli et Mundi loquitur, quem non 
habemus, qui forte melior est omnibus libris suis. Ad secundum 
dico, si animalia sunt, quod tactum habent aliquo modo, non tamen 
oportet, quod ita completum sicut homines, quia minus est in eis 
materialitat,is et tactus oritur ex materialitate mixtorum, et etiam 
formae miscibilium in mixto et etiam ipsorum mixtorum nobis 
sunt incognitae, nec etiam traditae ab 
i\ristotele in naturalibus, 
uisi uia sensus et a posteriori. Unde quod dicitur, quod in mixtis 
a dominio sunt semper terra et aqua, hoc est uerum in mixtis sensu 
comparatis, et forte in aliquibus mixtis est possibile aë
em domi- 
nari et ex hoc fierent talia animalia nobis inuisibilia, quia sumus 
respectu ipsorum, sicut pisces ferrei respectu aquae; unde dicit 
Aristoteles quarto Physicorum, quod si pisces essent ferrei, non 
sentirentur etc. Talis itaque potest esse mixtio daemonum. Et 
hoc dixit Plato cum dixit ipsa animalia; habent itaque tactum, 
sed non ita distincte, sicut homines et propter hoc abundant in in- 
tellectu et sunt inter homines et angelos naturae mediae. Ad tertium 
medium dicentum est, quod licet daemones sint substantiae nobi- 
liores hominibus et non accidat eis ex contagiis materialibus infici, 
sicut Plato dixit, incuba inferioris aëris luxuriosum efficit et accumbit 
et generat; et est simile, sicut etiam homo, cum sit substantia nobi- 
lissima inter mixta sensibilia, aliquanclo tamen praeter naturam 
animalibus uilibus commiscetur et quasi in pluribus luxui subiacet 
propter decliuitatem ad sensibilia; et sic est de daemonibus res- 
pectu naturae humanae, licet hoc non sit expertum; unde sicut 
hominibus, quamuis sint materiales plus substantiis daemonibus, 
paucissimis accidit prophetia uel uisio diuina, sic etiam paucissimis 
daemonibus accidit decliuitas. Et ita dicitUl' de peccati suggestione: 
peccant ergo per modum istum, sicut peccant et homines, quia 
nUIDquam peccat aliquis per cooperationem intellectus, sed per 
applicationem ad sensibilia, a quibus si (se) magis ablltinet, melior 
iudicatur. Ad quartum dicendum est, quod distinctio organorum, 


l 


300 


316 


4100 


405 


41:0 


415 


385. primo Cacli et Mundi ] Locum nec in gr.- lat. (Guillelmi de Morbeka) nec in 
utraque ar.-Iat. traductione (Gerardi de Cremona et Michaëlis Scoti) reperire potui. 
397. Physicorum ] Lib. IV tc. 78 sec. trad. gr.-Iat. (ed. Venetüs 1483 fo. HHI recto 
col. 2): "non uidetur autem (aër) neque si in aqua eS8ent pisces ferrei". (Duo ultima 
uerba non reperiuntur in trad. ar.-Iat., neque in comm. Auerrois). 404. Plato ] 
cfr. illf. p. 135, lin. 439-443. 


390. miscibilium] inusibilium P. 397. quarto] Xo P. 398. scntirentur ] sen- 
tirent P. 402. medium] Bic P. 405. etiam ] enim P. 410. quamuis... daemo- 
nibus ] BicP. 411. sic etiam ] sicut essetp. 414. cooperationem ] comparationem P. 
415. se ] omo P.
		

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4120 


licet sit necessa
ia in natura, tamen non rationi, quia etiam com- 
prehendere non potest; nec mirum, quia etiam nescimus organa 
nec anatomias animalium notorum, nisi ualde pauci et imperfecte. 
Dico etiam, quod figu
as, sub quibus apP3.I'ent hominibus, sibi 
faciunt per 3.I'tificia, sicut etiam uidemus homines laruari et assumere 
figuras animalium; ars autem daemonum longe praestantior est 
arti humanae. Ad quintum dicendum est, quod de loco ipsorum 
dixit Plato et secundum locorum dispositiones daemones distinxit; 
dicit enim quosdam esse in aethere superiori, quos sic diffinit: "ani- 
mal rationale, aethereum": et uoluit Plato teste Calcidio, quod 
eorum corpora sint ex aethere puro, sed forte sunt :mixta et hoc 
mixtione dicta; et eOI'um animam dicit Plato rationabilem et dicit, 
quod eorum officium est soli diuinae contemplationi uacare et inde 
sempeI' gaudere. Alios daemones dicit esse in aëre sub aetheI'e, 
quos sic diffinit: "animal rationale, aëreum, inunortale, passibile, 
hominibus diligentiam impertiens" , cuius animalis officium est 
deferre hominem Deo et uoluntatem Dei hominibus uel per somnia 
uel alio modo; et haec diffinitio implicat opposita, quia passibile 
est utique mortale; dicit autem Plato ipsum passibile, quia congau- 
det bonis in prosperitate et condolet in aduersitate. Tertimn genus 
daemonum dicit in hac humecta aëris parte et diffinit sic: "animal 
immortale, humidum"; sed si est hmuidum, quomodo sit immor- 
tale' Et dicit Plato, quod huius animalis officium (est) inuidere 
hominibus et est luxuriosum sic, quod immiscet se mulieribuB, 
et sic sequitur ex dictis Platonis, quod sit corruptibile, et est op- 
positum dicti Platonis, quia nihil immiscet se muIieribus, nisi ge- 
nerare intendens essentialiter, et omne tale est cOI'I'uptibile. Ad 
sextum dicendum est, quod si est corruptibile, utique deperditur 
et ab aliiB restauratur, scilicet a sibi simili, quod facere potest arte 
sua. Quid autem sit iUud, quo modo scies, qui substantiam nutriti 
ignoras'l uisi tamell sunt comedere cibos hominum; modico uero 
indigent cibo, quia in eis modicum deperditur: ideo sunt ualde 
longaeui et maximae scientiae. Non cI'edere autem nisi sensibilia 
uesanum reputo, maxime si rat.io per aliquod experimentum in ardua 


41211 


430 


4311 


41410 


CC5 


4150 


424. Plato ] cir. Calcidii Comm. 
 135 (ed. Wrobel 197); sed non ita fuse, ut 
Witelo refert. 425-426. animal ration ale, aethereum ] ibidem (p. 197, 6-7). 
430. dicit etc. l ibidem (p. 197, 15-18). 439. Plato ] cir. Calc. ib. (p. 197, 18-28). 


431. pasBibile ] Oalc., impassibile P. 432. impertiens ] Oalc., inspiciens P. 
434. passibile ] impassibile P. 439. est ] omo P. 446. scies] sciens P. qui] 
quis P. 448. indigent] Indiget P. 


10 - A. Blrkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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			136 


466 


habeat ascensum. Ad septimum dico, quod licet obsessio corporum 
humanorum per aliam uiam naturaliter saluari possit, ut prius 
patuit, tamen est possibile ipsis daemones applicari. Nonne uide- 
mus lumbricos et animalia in hominibus nasci et manere' Et signum 
huius est, quod tales dicunt daemonem, qui substantia aërea est, 
aliquando in cerebrum diuerti. Potest etiam esse per aliam uiam, 
scilicet quod sit extra hominem, ut dicit Auicenna de angelo, quem 
dicit intellectum agentem de anima sensitiua. Ad ultimum dico, 
quod prophetizant sicut homines, scilicet redeunte anima sua super 
essentiam suam, quia tunc ipsa coniungitur motoribus caelestibus; 
et plurimi daemonum hoc facere possunt, quamuis pauci homines, 
ratione prius dicta. 


.60 


II 


Epitome tractatuB Witelonis De primaria causa poenitentiae 


1 


Hominem esse compositum ex corpore et anima, ut partibus 
suis essentialibus, dubium non est. Haec autem anima numerata. 
per indiuidua una numero est in quolibet, differens tamen seCUIl- 
dum potentias, scilicet uegetatiuum, sensitiuum et intellectiuunl. 
Potentia uegetabilis est, qua anima secundum operationelll 
diuinam, quam habet, praeparat materiam, scilicet embrionis et 
organi eam informando, creando, performando, quae generationi 
pertinent; restaurat in eadem deperditum, qui actus dicitur nutritio; 
et ducit ad quantitatem debitam fOI'n1ae, quia omnium natura. 
constantium positus est terminus, scilicet magnitudinis et augmenti, 
et haec operatio dicitur augmentatio; et in hiis omnibus operatio- 


10 


451. ascensum ] assensum P. septimum] aliam P. 462. pOBe dicta ] 
legitur in P: 
Explicit tractatus de primaria causa penitencie et de natura demonum, qucm 
fecit H. de [deinàe in priBtina lacuna aZio atramento et forie alia manu: Witilo] studens 
in iure canonico, qui ut dicit hic in fine libri pauca 8ubtilia huiusmodi dicit, quia 
iuriste sunt grossissimi intellectus, et inuidus fuerat discipulus (Bic) sacre theologie, 
ut dicit. 
Hunc autem tractatum composuit tempore paschali in uacationibus. Non autem 
totus tractatus de uerbo ad uerbum est hic scriptus, quamui8 quamuie (Bic) pauca 
sint obmissa; sed precipue sententiam continet. Et sic est finis. Explicit. 


P = cod. Paris. lat. 14796, fo. 86 v -89 v . 
TituluB dee8t in P. 3. numero ] numerus P. 6. quam ] qua P.
		

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			137 


11 


nibus accipitur forma et materia. Cum inter operationes animae 
nobilis haec est uilior, quia cadit supra uiam impeditam cognitio- 
nis te fit sine cognitione, unde . quibusdam conuenit, quibus non 
inest anima cognoscitiua, ut plantis. Potentia sensitiua est, quae 
recipit formas accidentales l'erum, absolutas tamen a materia, 
et diuiditur ista potentia in potentias extrinsecas et intrinsecas: 
extrinsecae sunt, quae res fO:rinsecus aduenientes cognoscunt, ut 
uisus, auditus, olfactus, gustus et tactus; intrinsecae potentiae 
sunt scilicet sensus (communis), imaginatio, phantasia, aestimatio 
et memoria. Omnes tamen istae potentiae recipiunt formas sine 
materia, Ucet secundum magis et minus absolutas. Potentia autem 
inteUectiua debetur animae PI'opter sui substantiam incorrup- 
tibilem et aeternam: incorruptibilis uero est, quoniam omnia in- 
telligit incorruptibilia et aeterna, igitur corruptibilibus nihil habet 
commune: si enim esset aUqua natura corruptibilis, puta ignis, 
solum ignem intelligeret et communia igni, non ergo intelligeret 
aliquid; et si esset composita ex omnibus corruptibilibus, ut dicunt 
homines peruersi, igitur non possit intelligeI'e aeterna per aliquam 
uiam, cuius cont:rarium patet euidenter. Est igitur incorruptibilis 
omnia intelligens; et ista est ratio Aristotelis fortissima. 
Sunt autem huiusmodi animae duae potentiae, scilicet specu- 
latiua et practica; speculatiua est illa, qua anima oognoscit quid- 
ditates rerum, et haec pars speculatiua duas habet partes, scilicet 
agentem et passibilem: passibilis est illa, quae in potentia omnia 
intelligit fieri et consequitur animam per unionem sui cum corpore, 
ratione cuius unionis cum distet a suis principiis, scilicet a natura 
Actus Puri, fit in potentia actualiter intellectiua; unde dicitur, 
quod anima est sicut tabula rasa, in qua nihil est depictum, innuena 
quasi per rasuram praecessisse causaliter non temporaliter scientiam 
in anima ante infusionem, igitur etc., cum de temporali praecessione 
et denuo quem acquirit anima; in coniuncto reprehendit pluries 
nomen Platonis. Alia uero pars dicitur agens et est pars animae, 
qua est omnia facere, et haec est sempe:r actu intelligens, quia con- 
sequitur semper animam par sui ipsius essentiam, secundum quod 
ipsa est compar substantial'Unl separatarum semper actu illtelli- 


I!O 


26 


30 


36 


co 


cr; 


31. Aristotelis ] De anima 1 tc. 75-87; De generatione et corruptione II tc. 44. 


13. nobilis ] mobilis P (forte Bcribendum nobiles t). 14. quibus ] quibusdam P. 
15. ut ] ut in P. 19. olfa.ctus ] olfatus P. 20. communis ] addidi. 25. incorrup- 
tibilia ] corruptibilia P. 30. Est ] Et P. 31. intelligens ] intelligeret P. 
39-43. innuens... Platonis ] Bic P. 41. igitur eto. ] conieci; ineolihsm compendium 
in P. 46. ipsa est ] ipse P.
		

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			- 


138 


.60 


gentium, et est principium inteUigendi in nobis, quia secundum 
hanc sunt in nobis prima principia conclusionum, ut: omne totum 
est maius sua p3.I'te etc. Non enim habemus cum essentiis aliarum 
rerum aliquid commune, per quod possimus illas apprehendere, 
nisi per potentiam hane cognoscitiuam, indirectam substantiam 
ipsius animae, quam potentiam uocant quidam philosophoI'um 
species con crea tas ipsi animae; praeparat autem ipsa potentia animae 
se ipsam uniuersam corpori et declinatam ab actu proprio, qui 
fuit semper actu intelligere. Haec itaque potentia habet se ad in- 
tellectum passibilem et ad intellecta, sicut lumen habet se ad co- 
lores, quos deducit in actum uidendi. Haec est potentia animae, 
qua participamus cum angelis eo, quod haec est substantia caelestis, 
quae absoluta a eorpore simplici intuitu omnia uidet secundum 
puritatem suae substantiae et etiam fit influentia illi bonitatis et 
scientiae mediante intelligentia a Deo immediatius recipiente secun- 
dum distantiam puritatis in essentia ab ipsa anima et secundum 
uicinationem ad illam Entitatem simplicissimam et benedictam, 
quae omnia illuminat secundum capacitatem recipientium, quae 
uerus Deus est. Superiores intelligentiae l'ecipiunt formas plus 
uniuersales < et cognoscunt) quidditates reI'um puriores; et non 
intelligo superioritatem in angelis nisi purltatem maiorem essentiae 
suae, quando sunt plus uno et Uni Puro apPI'opriatae plus, cui 
localis superioI'itas accidit forte, ut est in motoribus orbium cae- 
lestium. Influunt ergo intelligentiae in animam non entitatem, 
quia cum sit forma pura et simplex, illam habet a Deo, sed influunt 
scientias et bonitates, quas anima hic recipit ab illis. Et haec re- 
ceptio est continua in animabus separatis a cOI'P0re, si praeter con- 
tagia malorum offuscantium suam puritatem fuerint separatae; 
et tunc per scientiam, quam recipiunt per intelligentiam et quam 
etiam habent a sua forma, Deus semper ipsis praesens erit et haec 
est dulcedo et gloria, quam praeparabit Deus diligentibus se. Tabe- 
scit autem anima Borde peccati et remouetur ab intuitu sempiterno 
< ), cuius aspectus quantum gignat dulcoris in animabus 
nostris non depressis in corpore, nouerunt illi, qui in uia scientiarum 
uel contemplationis assidue se in hoc Ens sanctissimum detulerunt. 
Ac autem offuscatio animae per mala opera, quibus se anima etc. 
Quae autem castigatio animam peccatricem consequetur, nunc taceo, 
sed maxima castigatio est remotio sui a sui ipsius natura et ab in- 


-&Ii 


410 


.11 


70 


711 


80 


47. principium ] pa m P. 54. doolinatam ] Bic P (declinatam). 66. et cog- 
nosount ] Buppleui. 68. plus - plua ] Bic P. 73. continua ] contraria P. 
75. recipiunt ] recipient P. 78. post sempiterno ] lacuna in P. 


.....
		

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			139 


8i 


fluente Bibi entitatem, ut a Deo, et ab influente sibi cognitioneffi 
aliqualiter, ut ab inteUigentüs superioribus. De corporalibus pas- 
sionibus supponamus principia reuerendae religionis christianae. 
Auicenna prophetam suum et legislatorem MachoIDetum in corpo- 
ralibus animae passionibus et delitiis uoluptuosis corporalibus 
manifeste reprehendit circa animas separatas. Influunt etiam intel- 
ligentiae separatae in animas coniunctas corporibus, (soo) haec 
influentia non est continua, quia non sit recepta in anima, nisi cum 
se a temporalibus conuertit ad aeterna et cum (se) absoluit a uolu- 
ptatibus corporalibus, siue fiat haec absolutio per quietem uirtutum 
sensibilium et naturalium, ut fit epilepticis uel aliquando in som- 
niis, siue per modos alios, ut in studentibus multum, quales omnes 
fere antiqui fuerunt philosophi, ut ait Aristoteles in Probleumati- 
bus, uel in uiris multum contemplationi insistentibus. (ln somniis 
uero anima) rediens in sui ipsius substantiam uiderit plurima, se- 
cundum quod fuerit magis absoluta et sic saepe praedicit futura in 
somniis ordine et modo, quibus eueniunt, si non sit impedita uirtus 
imaginatiua: et si fuerit impedita, obuoluit res alio ordine etc. Et 
istos ambos modos somniorum uidi pluries, scilicet res modo, quo 
postea euenerunt, et aliquando per similia uidi, scilicet aquam 10- 
co turbationum, mo1endinum uero loco scholarum. Tamen somnia 
nobilia eueniunt frequentius in animabus iustorum, ut uisiones 
Dei et angelorum, PI'OptCl' frequentem intentionem cÏI'ca IDa, et 
hoc est quod dicit Aristoteles, quod meliora sunt somnia iustol'U1ll. 
ln animas uero studentium et se absoluentium a maculis sordium 
induitur scientia talium, quae nullus credere potest; et in anima.s 
sanctorum induitur spiritus propheticus et prophetizant propter 
reditionem animae in se ipsam et fiunt ipsi medium inter homines 
scientes et angelos, sicut homo sciens medium est inter homines 
igno
antes, qui non sunt homines nisi aequiuoce respectu scientium, 
et inte.r prophetas, et sicut angeli inter Deum et prophetas. Vident 


110 


1111 


100 


1011 


110 


lU 


97 -98. Aristoteles in Probleumatibus ] Problemata uulgata XXX. 1. 108. Ari- 
stoteles ] Ethica Nicom. 1. cap. 18 sec. diuiBionem Auerroie (= cap. 13 sec. recen- 
tiores). Gr.-Iat. traductio haec habet (ed. Venetiis 1483 fo. AI verso col. 1): "et ita 
meliora fiunt phantasmata studiosorum"; pa.raphrasis Auerroie (ib. fo. D, verso col. 
2): "et fiant propter haec phantasmata bonorum hora somni meliora phantasmatibus 
malorum" . 


88. prophetam ] prophetarum P. et] ad P. Machometum] Mato- 
mentum P. 91. sed ] addidi. 92. niai cum ] nec tamen P. 93. se ] addidi. 
96. siue per ] super P. 91-99. ln... anima] ipBe addiài. 102. pOBt alio ] modo 
dei. P. 109. animas] animabus P.
		

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			140 


120 


autem isti et audiunt aliquando loquentes angelos cum ipsis et 
formantes ue
ba humana, sicut dicitur de quodam inter nouos 
prophetas, quod uidit Cherub cum sex alis. Haec omnia fÜmt per 
substantiam animae intellectiuae in nobis, cuius substantia, cum 
absoluta ab impedimentis corporis redit super se ipsam, dicitur 
agens intellectus per respectum, quem habet ad corpus, et cum 
impeditur a sua cognitione, dicitur possibilis intellectus. 
Practica uero potentia animae, quae est extendente se intelli- 
gentia speculatiua, applicatur ad operationem et haec quidem sequi- 
tur dictionem animae speculatiuae, quoniam ipsa est eadem cum 
illa in substantia, quia totum est una anima indiuisibilis nisi secun- 
dum partes in modo, ut Socrates stans differt a se sedente; sic etiam 
est diuersitas inter intellectum agentem et passibilem. Huius in- 
tellectus practici quaedam est pars passibilis et dominata et uicta, 
et quaedam est agens, dominans et uincens. Passibilis dominata 
est ipsa anima, secundum quod subiacet potentiae sensitiuae uin- 
cendae super lias; quae potentia. sensitiua est ipsa anima secundum 
quod est actus corporis moti per dec1inationem ad res concupitas, 
declinans se ipsam a puritate suae essentiae, cuius operatio est 
intelligere: et tunc incipit anima hominis esse peruersa, quia tunc 
superius regitur ab inferiori et mouetur a bono, ut nunc, et mouet 
corpus ad prosecutionem illius, ut ad diuitias (et) honores et relicto 
bono simpliciter essentialiter mouente, quale est consecutio feli- 
citatis aeternae et boni increati. Haec itaque uictoria potentiae ani- 
mae sensitiuae super intellectiuam potentiam, hoc est super essentiam 
animae, quae dat esse homini, est causa deuiationis ab operibus 
humanis, quae homini debentur secundum quod homo est; et haec 
non sunt comcdere et bibCl'e, quia plantis et brutis conueniunt, 
sed sunt operationes inteUectus secundum ciuilem uitam aeternam 
consequentes. Haec autem deuiatio, cum sit priuatio boni debiti 
homini secundum quod est homo, peccatum dicitur; peccator igi- 
tur homo non est; et hoc Boëtius concludit uocandos ipsos secun- 
dum deformitatem peccati porcos, leones, ursos. Pars uero agens, 
dominans et uincens est anima rediens super essentiam suam, quo- 
niam ipsa est se cognoscens et sic contemnit remouentia se a Primo 


1211 


130 


186 


140 


146 


1110 


147. Boëtius ] De consolatione philosophiae lib. IV, prosa III (P. L. 63, cal. 
797-800). 


121. cum ] tamen P. 122. possibilis ] Bie hoc IocoP. 126-127. niai secundum 
partes] sic P; forte Bcribendum: secundum partes nisi. 132. super illas ] Bic P; 
forte Bcribendum: per intellectiuam. ante ipsa 1 ab P. 137. et ] addidi. 
141. e8t ] et P. 144. ciuilem ] Bic P. 145. pose autem ] est P.
		

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11111 


Principio, qualia sunt radices peccatorum, et est dirigens se ipsam 
secundum potentiam intellectiuam a bono ut nunc momentaneo 
ad simplex bonum et mouet potentiam inferiorem; et hanc poten- 
tiam animae uocat Aristoteles 6 0 Ethicorum "syneresim" a "syn", 
quod est cum, et "heresis" operatio, quasi cooperatio ipsius animae, 
et haec operatio dicitur conscientia etc. Et secundum quod ipsa 
anima secundum hoc esse, scilicet esse practicum debitum essentiae 
suae, fit non tantum remurmurans, sed etiam uincens et resistens 
praeambulis peccati, fit principium et causa poenitentiae. Unde 
dicit ille, quod poenitentia est peccata praeterita deplangere et 
ultra plangenda non committere, et hoc est uerum de practica per- 
fecta. Et secundum hanc potentiam animae dicitur homo poenitenB. 
Et maximum exemplum huius rei est in homine sciente et sapiente 
scienter deliquente; peccat enim per accidens secundum quod iustus 
et reducit se ipsum secundum quod sciens, sicut etiam frigus com- 
burit uites, ut dicit Aristoteles: "frigidum enim adurere dicimus", 
secundum quod Bciens et uoluntarius, quando e contrario utitur 
scientia. Haec est igitur primaria causa poenitentiae in hominibus. 
De operatione et modo poenitendi ad legislatorem est recurrendum: 
alii quo que modi sunt Christi, alii Machometi, alii aliorum etc. 


160 


165 


170 


154. Aristoteles ] De syneai (O'WCO'LÇ), id est intelligentia, non autem de "syne- 
resi" loquitur Aristoteles Eth. Nicom. VI, cap. 11, et illo etiam uerbo utitur gr.-Iat. 
traductio (ed. Venetüs 1483 fo. CI verso col. 2). Sed in pa.raphrasi Auerrois talis super- 
scriptio hoc loco inuenitur: "Undecimum capitulum de syneresi, quod ipsa est et quod 
non totaliter est idem 80ientiae uel opinioni...", ubi haeo uox "syneresis" quinquies 
occurrit. (Ita est in ed. Lugduni 1530 fo. 83 recto; in editione Veneta laudata, fo. G
 
verso col. 2, bis tantum uox haeo seruata est, caeterum uersa in "synesis"). ln ipsa 
Auerrois pa.raphrasi neutrum uerbum ocourrit. 166. Aristoteles ] Locum, ubi 
Aristoteles de combustione uitis per frigus loquatur, reperire non possum; sed cfr. 
Meteora IV tc. 30 sec. trad. Guillelmi de Morbeka (ed. Venetüs 1483 fo. NI recto 001. 
2): "aliquando enim comburere dioitur et caJefacere frigidum". (Nihil tale in uer- 
i!ione ar..lat., quae ibidem legitur). Eisdem fere uer bis trad. Henrici Aristippi (ood. 
Berol. lat. fol. 676 fo. 84 V ): "interdum enim urere dicitur et calefaoere frigidum". 


154. syneresim ] syncresim P. syn] sin P. 
rans P. 169. fit ] sit P. 


158. remurmurans ] remllne-
		

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III 


Solutio quaestionis, qua quaeritur, utnun secundum naturalem 
pbilo8ophiam sint aliquae sub8tantiae separatae praeter motore8 orbium 
caele8tium? . 


Il 


Quaeritur, utrum secundum naturalem philosophiam sint ali- 
quae substantiae separatae praeter motores orbium caelestium, et 
arguitur quod non. Nec Aristoteles nec Commentator ponit alias 
substantias separatas, ut patet in eorum processu, et tamen diui- 
serunt substantias in sensibiles et in insensibiles et crediderunt 
sufficienter determinasse de omnibus. Secundo, quia dicunt in 
libro 12 0 (Metaphysicae), quia numerus substantiarmn separatarum 
est secundum numerum motuum caeli igitur non sunt substantiae 
separatae PI'aeter tales motores. Tertio per Aristotelem in illo 12 0 
et per Commentatorem, qui dicunt, quod tales substantiae sepa- 
ratae, quae non moueront aliquem orbem, essent frustra positae, 
et patet, quia non fuit alia uia a.d inuestigandum istas substantias 
nisi per motum, ut dicit Commentator octauo Physicorum. Quarto, 
quia aut tales substantiae essent in caelo et hoc non, quia ibi solum 
sunt intelligentiae motores desupeI' existentes separatae, aut essent 
in infernis et hoc non, quia omnes 8ubstantiae inferiores sunt cor- 
ruptibiles; et non potest proprie assignari, ubi essent. 
Oppositum arguitur, quia sicut in regione aetherea, scilicet 
caelesti, sunt tales substantiae intelligibiles, ita uidetur esse in 
regione elementali, et ita pOBuerunt antiqui et istas uocauerunt 
daemones, id est scientes. Secundo, quia orbis ignis, siue sphaera 


10 


111 


20 


P = cod. Paris. lat. 14796 fo. 81 v -86 v . 
3-4. Nec... seperatas] cfr. Witelo supra p. 132, lin. 347-348. 7. Metaphysicae] 
Lib. XII (id est XI sec. Auerr.) tc. 43 trad. ar.-Iat. (ed. Venetüs 1483 fo. i 6 1 recto 
col. 2): "manifestum est igitur, quod nece8se est. ut substantiae (separatae) sint 
secundum numerum illorum (motuum)"; quod magis distincte dicit Auerroes in 
commentario: "manifestum est igitur, quod numerus substantiarum mouentium est 
secundum numerum motuum". 9-13. Tertio... Physicorum ] clr. Witelo p. 123, 
lin. 31-34. 9-10. Aristotelem et Commentatorem ] ib. com. Auerrois 44 (fo. 
i 6 1 verso col. 1): "et ideo dicit Ari8toteles, quod si aliquae substantiae eS8ent non 
mouentes. e88ent otiosae". 13. Commentator ] Auerroes in VIII PhY8ic., com. 3 
(ed. Venetüs 1483 fo. QQ" recto col. 1): "diuinu8 (= theologu8) enim accipit prima 
principia mouentia a naturali (= physico) et nullam habet uiam ad demonstrandum 
esse primum motorem, nisi accipiat ipsum pro constanti a naturali". 


5. in sensibiles ] insensibiles P. 6. dicunt ] dicit P. 7. Metaphysicae] addidi. 
8. est] et P. Il. mouerent ] mouerunt P. 19. ita ] et P. 


--
		

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21 


ignis mouetur circulariter et est pars aëris superior, ut patet primo 
Meteorol'Ulli, et non ab intelligentia mouente caelum, quia tunc 
esset appropriata orbi ignis, igitur ab aliqua inferiori intelligentia. 
Tertio, quia inteUectus humanus est quaedam substantia sepa- 
rata et tamen non est motor caelestis. 
Pro quaestione praemitto primo, quod hic non quaeI'o de intel- 
lectu humano, quia secundum ueritatem est substantia similis, 
id est non deducta de potentia materiae, aeterna a parte post et 
non a parte ante, et sunt multae tales substantiae et est adhuc 
dubium, quid diceretur secundum philosophiam naturalem, utrum 
sit tantum unus, ut dicit Commentator, uel utrum sint multi et 
corporales, ut posuit Alexander: ideo in hoc nihil plus ad praesens, 
sed solum est quaestio, utrum sint tales, quales antiqui uocabant 
angelos uel daemones. Secundo praemitto, quod secundum ueri- 
tatem et fidem sunt tales substantiae, quae uocantur angeli, et sunt 
quidam boni et quidam mali, et de talibus dicere est alterius scien- 
tiae; sed quaestio quaerit solum, quid est dicendmn secundmIl sapien- 
tiam humanitus inuentam et non diuinitus inspiratam seu reuelatam. 
Et ideo propter famositatem huius opinionis Olnni tempore et etiam 
apud (philosophos) tangenda sunt aliqua secundum quod habetur 
ab antiquis loquentibus ex lumine naturali (et) praecipue ex una 
recitatione 'Vitelonis in libro suo De natura daemonum; et sicut 
habetur ibidem, hoc est difficile, quia paucae habentuI' experien- 
tiae de talibus; etiam quamuis multa dicantur uulgariter et fabu- 
lose et simpliciter in quacumque lege theologi in hoc multa dixe- 
runt et similiter nigromantici, tamen loquentes hic mere philoso- 
phice pauca dixerunt; ideo Bolus Plato in hoc uidetur pauca dixis- 
se et similiter sui sequaces. Tertio praemitto unam distinctionem: 


30 


311 


40 


415 


23. Meteororum ] Lib. 1 cap. 8 
 11 sec. edit. Ideleri [trad. gr.-Iat. ed. Venetiis 
l4,83 fo. L. recto col. 1; deest in ar.-Iat. traductione uel potius paraphrasi Gerardi 
de Cremona, cod. Berol. lat. fol. 676 fo. 63 v ]; item lib. 1 cap. 4 
 3 ss. ed. Ideleri 
[ed. laud. fo. LI verso col. 2; Gerardus lib. 1 cap. 4 (i. ultimo): ,. Vapor autem calidus 
humidus ascendit eo (uapore 8Ïcco) minus, quare resoluiter et fit ex eo aër... Vapor 
autem calidus 8Ïccus ascendit usque ad ultimum incessum &ëris... et inflammatur... .. 
(cod. Bel'ol. fo. 64 V ): cfr. Alberti Magni lib. 1 Meteororulll tract. 4 cap. 1]. 32. Com- 
mentator ] Auerroes in III De anima com. 5. (cd. Vcnetüs 1483 fo. FI verso coL 
2-F, recto col. 1). 33. Alcxander ] Alexandri opinionem rcfert Auerroes 1. c. 
35-39. Secundo... reuelatam ] cfr. Witelo p. 122, lin. 5-12. 44-49. hoc... 
sequaces ] cfr. Witclo p. 122, lin. 1-4. 


34. uocabaut ] uolebant P. 41. philosophos ] addendum puto. 42. et] omo P. 
praecipue ] praecise P. 43. pOBt recitatione ] et P. Witelonis] Witilonis P_ 
48. pOBt Plato ] solus Te petit P.
		

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			144 


50 


quaedam sunt tales substantiae, quae dicuntur talia solum apparen- 
tia et ex deceptione et nihU agunt in anima, sed sunt alia uera et 
uere exist('ntia et etiam transmutantia naturam, ut uidebitur post; 
et ideo de primis dicendum est prius et postea de aliis. 
Quantum ad primum sciendum, quod omnes modi, quibus con- 
tingit fallax apparentia daemonum, uere possunt reduci ad istos. 
Primus modus est, qui accidit phreneticis ex corruptione cerebri 
propter fumos cholericos ascendentes ad cerebrum, qui sunt ex 
cholera ruhea, et tunc ex multitudine et impedimentis talium pertur- 
bantur organi sensuum interiorum et ideo uirtllti imaginatiuae 
uel cogitatiuae apparent terribilia, et ideo tales dicunt se proprie 
uidere daemones ardentes uel rubeos et hoc propter qualitateffi 
illius cholerae uel materiae. Secundo accidit hoc propter melancho- 
liam magnam et fumos nigros ascendentes a stoffiacho etc., et q uan- 
do que ab aliis humoribus, sicut a phlegmateinhydropicis, quando- 
que uero a matrice propter colligantiam eerebri cum illo membro et 
ideo est et quandoque ab aliquo apostemate interiori, sicut in dia- 
phragmate, sicut quandoque accidit phreneticis; et ideo tales pro- 
pter nigredinem melancholiae credunt se uidere daemones nigros et 
terribiles et inde perterrentur et dicuntur daemoniaci et portant 
secum causam timoris sui. Quarto accidit epilepticis et in morbo 
caduco; unde quando ille morbus causatur ex phlegmate, tunc laedi- 
tur cerebrum in anteriori parte, ubi est semms (communis), et 
sensus exteriores sunt opUati uel impediti et tunc per actionem 
sensuum interiorum et turbationem etiam cerebri dicunt se quando- 
que uidisse pulchra et miranda, sicut angelos uel aliqua talia: et 
ita fuit de Machometo, qui habuit illam infirmitatem, ut dicitur; 
et si ille morbus sit ex melancholia, tunc credunt Aethiopes Re uidere 
uel aliqua nigra, et si ex materia grossa, tunc credunt (se) uidere 
montes et sic diuersimode. Quinto accidit quandoque in apoplexia 
et tunc statim post non habent memoriam, quid uiderunt aut quid 


titi 


60 


1111 


70 


7& 


80 


50-52. quaedam... naturam ] cfr. Witelo p. 123, lin. 58-59; p. 127, lin. 188-191. 
56-62. Primus... materiae ] ch. Witelo p. 124, lin. 65-75. 62-63. Secundo... 
stomacho etc. ] cfr. Witelo p. 124, lin. 75-77. 63-67. et quandoque... phre- 
neticis ] cfr. Witelo p. 123, lin. 59 - p. 124, lin. 65. 67-69. et ideo... daemo- 
niaci ] ch. Witelo p. 124, lin. 77-79. 69-70. et portant... sui ] cfr. Witelo p. 
126, lin. 130-131. 70-79. Quarto... diuersimode ] cfr. Witelo p. 124, lin. 75-88. 
79-82. Quinto... uiderunt ] cfr. Witelo p. 125, lin. 97-98. 


51. agunt ] agit P. alia] ali'a P. 52. uidebitur ] uidetur P. 59. 
uirtuti ] uirtute P. 65-66. et ideo est ] sic P. 66. aliquo ] a ea P. 
69. pcrterrentur ] perterriuntur (!) P. 72. communis ] omo P; cfr. citatum locum 
WiteloniB. 78. se ] addidi.
		

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			145 


apparuit eis, sed tunc quandoque postea conuertuntur ad se et 
dicunt ea, quae uiderunt. Et aliqui tales etiam prophetizant quan- 
do que de futuris, quia sicut habetur in De somno et uigilia in tertio 
tractatu, quando exteI"iores sensus sunt impediti, aliquando per 
actionem interiorum sensuum praeuidentur futura. Sexto accidit 
in multis infirmitatibus, quando propter multitudinem materiae 
opilantur omnes sensus exteriores et etiam nerui, nec apparent 
sensus aut motus et sunt quasi mortui ad tempus, et tunc interiores 
sensus  uidetuT ea:cidiBBe.
		

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			l4U 


llO 


quod apparebat eis, non erat extra, sed intra impressum et uide- 
batUl' eis quodammodo sicut in speculo non sensu exteriori, sed 
sensu interiori. Nono quandoque accidit uigrilantibus melancho- 
licis, dum sunt soli in locis secretis nemorosis; et tunc propter timo- 
rem, quem habent de re, de qua timent uel audiuerunt loqui uel 
sic taliter, tunc de facili, si uideant umbram uel aliquod tale, assimi- 
lantur rei, de qua timent; ideo saepe tales dicunt, quod uiderunt 
daemones et talia. Sciendum etiam, quod propter nimium timorem 
calor exterior excluditur ad intra et fugit ad cor, quod est calidissi- 
mum membrum, et tunc fit calor improportionabilis et intempe- 
ratus uitae, et propter interiorem suffocationem moriuntur et quo- 
dammodo comburuntur et tunc apparent quodammodo nigri et 
quasi adusti, sicut etiam quandoque accidit in plantis serealibus 
et uineis, quod propter gelu et infrigidationem exteriorem calor 
interior intensus adurit et folia uinearum apparent adusta propter 
gelu: et sic accidit talibus et ideo dicunt uulgares, quod tales fuerunt 
combusti igne infernali. Item accidit aliquando, quod talis calor 
non tantum fortificatur, quod possit combmere, sed cxpellit et 
rarefacit humiditates et expellit ad exteriora; ideo tales inflantur 
et interimuntur ex timore et aliqui non interimuntur, sed priuantur 
per longunl tempus sensu et motu, sicut prius. Decimo accidit 
quandoque, quod tales non solum dicunt se uidisse talia, sed etiam 
audiuisse, quia sicut dicitur ibidem in tali libI'o, quod sicut quan- 
doque per actionem sensuum interiorum aliquis credit aliquid uide- 
re, quae non uidet, ita credit aliqua audire, quae non audit, ut ha- 
betur ibidem. Undecimo hoc accidit quandoqlle hominibus sanctis 
et bonis, dum sunt in locis secretis, quod propter fortem imagi- 
nationem quandoque credunt se uidere angelos uel sanctos et etiam 
audire, et hoc accidit ex imginationibus bonis; ideo credunt, quod 
sint animae mortuorum et apparuerunt eis talia sub formis, quibus 
audiunt loqui uel quibus legerunt talia fuisse. Et ideo in illo libro 
habentur consilia de remediis contra uisiones malas, quae accidunt 
melancholicis, ut dictum est: primo, quod tales non debent esse 
solitarii; secundo, quod non debent esse tristes nec cogitatiui, sed 
solatiosi et cogitare debent non de inuisibilibus; tertio cauendum 


1111 


120 


1211 


130 


135 


140 


108-126. Nono... prius ] cfr. Witel0 p. 126, lin. 127-139. 126-131. Deci- 
mo... ibidem] cfr. Witelo p. 126, lin. 140-143. 131-136. Undecimo... fuisse] 
cfr. Witelo p. 126, lin. 153-154. 136-142. Et ideo... audiuerunt ] cfr.Witelo p. 
126, lin. 139-140, 143-147. 


107. sed ] sed a P. 121. accidit talibu8 et ideo ] biB exhibet P. 122. com. 
bU8ti ] combuste P. 135. sint ] sicut P. 137. pOBt contra] con8ilia dei. P. 
quae accidunt ] et accidit P. 


--
		

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			14; 


1411 


est a fabulis puerilibus, quia aliquando credunt se uidere, qualia 
audiuerunt. Duodecimo accidit quandoque propte
 fallacias uisus 
exterioris, ut l1abetur in tertio Alhazen; unde aliquando, cum latet situs 
uel distantia, res apparent magnae ultra modum, sicut ibidem dicitur, 
quod semel unus uidebat lupum inte
 se et nemus et quia credebat 
esse ultra, uidebatur esse ita magtnus sibi et mirabilis et credebat 
se uideI'e daemonem. Et hoc accidit saepe in crepusculo matutino 
ucl serotino; et ideo ibidem dicitur, quod propter hoc ueneranda 
est mathematica scientia, quae docet, unde Hunt tales fallaciae. 
Tredecimo accidit quandoque pI'opter complexionem organi 
uisus, quod propter nimiam humiditatem euaporantur fumi ab 
oculis ingrossantes aërem et aër ingrossatus reflectit speciem, et 
ideo homo habens debilem uisum credit (se) uidere daemonem 
ante se, sicut habetur tertio Meteororum de Antiphonte; et ideo 
tales credunt (se) uidere daemonem, quia nesciunt causam nec 
modum, et hoc est insolitum. Si sint aliqui alii modi, tamen possunt 
ad illos reduci; et non plus de isto nunc. 
Nunc ergo uisi sunt modi, quibus potest apparere fallacia, quod 
sunt aliquae substantiae supernaturales, quas uulgares dicunt 
angelos uel daemones. Et huiusmodi deceptiones sunt ab intrinse- 
co; et iterum ab extriDSeco sunt alii modi. Et primus est per ar- 
tem delusoriam, sicut faciunt ioculatores; secundo modo per 
Rpecula et cum aliquibus aliis rebus, quibus faciunt talia animalia 
apparentia ad uisum et tunc credunt, quod sunt daemones. Tertio 
modo per uirtutes insolitas aliquarum rerum, ut lapidum uel herbarum 
et ideo credunt, quod sint incantatores daemonum, sicut si aliquis 
nec audiuisset nec uidisset, quod adamas attrahit ferrum, crederet, 
quod esset a daemone. Quarto modo naturaliter propter impressio- 
nes meteorologicas inconsuetas, sicut quandoque apparent flammae 
de nocte et candelae et huiusmodi, et audiuntur uoces terribiles, 
sicut terraemotus - et hoc patet in primo et tertio Meteororum - 


ISO 


:1115 


1110 


1811 


1
0 


142-149. Duodecimo... fallaciae] cfr. Witelo p. 126, lin. 158- p. 127. lin. 180. 
150-157. Tredecimo... nunc] cfr. Witelo p. 127, lin. 180-187. 154. Mcteororum] 
cfr. supra p. 127, lin. 181-184 (Antiphon = Antipheron;. cfr. Comm. Alexandri 
Aphrod. in 1. c.). 171. primo MeteoTorum ] Lib. 1 cap. 5 sec. ed. Ideleri. tertio 
Meteororum ] De terraemotu agit Aristoteles II. Meteor. cap. 7 - 8 sec. ed. Ideleri; 
sed in antiqua (ar.-Iat.) traductione adnumerantur ista capitula iam libro III, ubi 
faciunt cap. 2 (cod. Berol. lat. fol. 676, fo. 75 r -76 v ). 


142. Duodccimo ] 4 0 P. fallacias] fabulas ut P. 143. exterioris ] 
exterior P. Alhazen] Alteon P. cum] causa. (ca) P. 146. uidebatur ] non 
uidebatur P. 148. ueneranda ] uidellda P. 151. quod ] quandoque P. 153. 
se ] omo P. 154. Antiphonte ] Antistratc P. 155. se ] omo P. 159. quas ] que P. 
164. tunc ] dum P. 166-167. aH quis nec] nec aliquiB P.
		

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1711 


et ideo uulgus credit talia fieri immediate a daemonibus. Etiam 
llabetur in secundo Meteororum, quomodo aliquando uentus facit 
st3.I'e aquam indiuisam. 
Quantum ad secundum principale uidendum est principaliter de 
substantiis supernaturalibus, quae non sunt intelligentiae, uel de 
substantiis intelligentibus, quae sunt in istis inferioribus prae- 
ter homines: et primo, si sint, deinùe qualiter et ubi sint' De 
primo sciendum est, quod sicut prius (dicebatur), secunùum 
ueritatem et fidem SUllt aliquae tales substantiae, quae dicuntur 
angeli boni et etiam angeli mali; sed quaeritur solum, quid dice- 
retur philosophiceY Ideo sit conclusio, quod sic loquendo sunt ali- 
quae tales substantiae hic inferius; quod probatur eJ:perientiis 
et rationibu8 inde sumptis et aucto!itatibus doctorum, et argui- 
tur primo sic: Quia aliquando talia, quae uulgus uocat daemones, 
uisa sunt pluribuB omnino similiter et uniformiter, quod non po- 
test saluari propter imaginationem eorum; unde non est opinabile, 
quod plures diuersimode dispositi et complexionati habe,rent eadem 
hora tales mirabiles phantasias omnino consimiles. Secundo, 
quia aliquando in hominibus et in aliis uisi sunt aliqui motus tales, 
quod non possunt attribui alicui naturae nec aliqualiter saluari 
nec fierent ab aliquo, quantum ab homine. Exemplum, quod homo 
portetur de loco ad locum per magnum spatium, cum non appareat 
uentus, et similiter de proiectionibus lapidum, sicut habetur in 
fine libri De uniuerso, ubi narratur, quod aliquando post aliquos 
proiciuntur lapides ubicumque sint et hoc odio hominis, et simili- 
ter, quod aliqui deluduntur et uexantur, sicut patet de uno, qui 
non poterat iacere, quin esset discoopertus, quia semper remoueba- 
tUl' sibi tegimen. Tertio, quia uisi sunt aliqui tales daemones in- 
cubi et incubae; et si dicel'etur, quod hoc potest saluari secun- 


180 


1811 


190 


1911 


200 


173. secundo Meteororum ] Locum non reperio, quamquam de uentis plurima 
in hoc libro dicuntur. De inundationibus etiam, quae a uentis post motum terr&e 
causari perhibentur, tractat Aristoteles lib. Il c. 8 i 40-43 sec. ed. Ideleri = lib. 
III cap. 2 sec. uers. Gerardi de Cremona (cod. laud. fo. 76 V ). 185-189. Quia... 
consimiles ] cfr. Witelo p. 128 (1°). 189-199. Secundo... tegimen ] cfr.. Witelo 
p. 128 (4°). 195. De uniuer80 ] Guillelmus Parisien8is De uniuerso lib. Il pars 
III cap. 23 (Guilliclmi Aluerni episcopi Parisiensis Opera omnia, l, Parisiis 1674, 
p. 1062 col. 1). 199-204. Tertio... imaginationes ] cfr. Witelo p. 128 (20). 


178-179. De primo] De primis P. 179. dicebatur ] addidi. 186. similiter] 
simpliciter P. 187. opinabile ] oppinabile P. 200. pOBt incubae ] uel in tonitruo 
uel in nube P.
		

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dum imaginationes - et sooundum naturales aliquandu multa. 
apparent in coitu - respondetur, quod uisum est, quod aliquanùo 
una et eadem subcumbebat pluribus uenientibus, quod non potest 
saluari per imaginationes. QuaI'to, quia tales substantiae sic ap- 
2011 parentes generant; modo hoc non potest esse nisi sint uerae res non 
solum apparentes: et quod ita sit, patet ill historiis et etiam per 
AlbinulU philosophum, qui scripsit hoc de Merlino ad Karolum 
Magnum, quod fuit generatus a. daemone. Quinto arguitur aucto- 
ritate Platonis et etiam aliorum consequentium ipsum; unde Apu- 
210 leius in libro (De deo) Socratis expresse (ponit) tales substantias, 
immo dicit Socratem habuisse daemonem priuatum; hoc idem ponit 
in libro, quem fecit De dogmate Platonis; posuerunt etiam diuersa 
nomina. Sexto arguitur primo, quia dicitUl" septimo Ethicorum 
et in De somno et uigilia, quod illud, quod est aptum esse famosulll, 
2111 est necessarium in parte uel in toto; modo ubique et in omni tempore 
est fama hominum, quod sunt aliquae tales substantiae. Septimo 
arguitur auctoritate Tullii De natura deorum, ubi post multa conclu- 
dit aëre;m plenum dUs immortalibus. Octauo arguitur auctoritate 
Apulei in libro De deo Socratis; arguit sic: nulla regio priuata est 
220 aliquo uiuente; sed in regione aëris et Ïgnis non apparent alia uiuen- 
tia nec sunt, igitur etc. Maior patet, quia tunc taUs regio esset 
imperfecta et omnino deordinata, quia regio caeli superior habet 
intelligentias, aUa regio aëris et regio aquae inferiores coluntur 
animalibus et hominibus, igitur illae regiones mediae, scilicet ignis 
2211 et aër, habent aliquia uiuentia. l\1inor probatur, quia cum istae 


204-208. Quarto... a daemone ] cfr. Witelo p. 128 (30). 208-213. Quinto... 
nomina] cfr. Witelo p. 128 (5 0 -6 0 ). 209-210. Apuleius] De deo Socratis passim (cap. 
9 seqq.). 212. De dogmate Platonis ] Immo in hoc libello de daemone Socratis 
nulla fit mentio. 213. Etbicorum ] Lib. VII cap. 14 sec. trad. gr.-Iat. (ed. Ve- 
netiis 1483 fo. CI verso col. 2): "fama autem non omnino perditur, quam populi 
multi famant"; quod deest in paraphraBi Auerrois (ed. laud. fo. HI verso col. 2- H. 
recto col. 1). 214. De somno et uigilia ] Verba laudata eodem fere tenore leguntur 
in paraphraBi AuerroiB (ed. Venetüs 1483 fo. KI verBO col. 1): "Et es, quae sunt fsmosa 
apud omnes. aut sunt necessaria secundum totum sut secundum partem; im- 
pOBsibile enim est, ut famosum sit falsum secundum totum". TextuB AriBtotelis 
&lia habet (fo. KI recto col. 1): "Nam. quod omnes quidem uel plures existimant 
habere aliquam significationem somnia, praestat &liquam fidem tamquam ab 
experientia dictum". 216-218. Septimo... immort&libus ] cfr. Witelo p. 128 (6 0 ). 
217. De natura deorum ] u. POtiUB lib. 1 De diuinatione S 64. 219. Apulei] De deo 
Socratis cap. 8. 


202. pOBt coitu ] uel in tonitruo P. 204. sic] sint P. 206. quod ] cum P. 
bitltoriis ] hysto bl P. 210. De deo ] omo P. ponit ] omo P. 215. neoe88a- 
rium ] unum P. 219. Apulei ] Apufi P. deo] düs P.
		

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230 


regiones sint superiores loco, quam sint aliae duae, sequitur, qnod 
debent habere nobiliora uiuentia, igitur ibi sunt aliqua uiuentia 
homine nobiliora et uiliora intelligentiis. Item non apparent ibi 
aliqua alia naturalia nec aniumlia, nisi talia de quibus est sermo; 
et si dicatur, quod tales sint animalia aëI'ea, hoc remouet primo, 
quia nec ibi nascuntur nec ibi nutriuntur nec mouentur nec requies- 
eunt, quia ibi habitant etiam modo uiolenti; et iterum quia non 
sunt nisi in parte nobis propinqua, quae non est millesima pars 
aëris, et sic nobilior pars regionis l'emanet animalibus orbata. Nono 
arguitur auctoritate Platonis, quia supponitur, quod oI'do mundi 
debet esse solidus; modo inter duos numeros solidos cubicos semper 
snnt medietates proportionales et per hoc ipse concludit in Phaedro, 
id est in tali libro, uÎl'tutem et naturam elementorum; sequitur 
igitur, quod inter substantias materiales sensibiles et bruta, et 
intelligentias caelestes abstractas sunt duae substantiae cognos- 
citiuae inte
mediae, scilicet intellectus humanus et intellectus dae- 
monis; et ideo secundum eum proportio et ordo est talis, quod 
bruta sunt materialia et corruptibilia et passiua, et intellectus hu- 
manus est passibilis in quo incofI'uptibilis (et) materialis, et intel- 
lectus daemonis est impassibilis et corporea, et inteUigentiae sunt 
incorporeae et impassibiles et immateriales. 
Nunc uidendum est, quid sint et quales et ubi 
 Et primo di- 
cit Empedocles, quod Hunt animalia corruptibilia sed longaeua, 
quia in eis non dominatUl' te;r;ra, sicut in mixtis naturalibus et ideo 
eorum complexio est compe... ta et longe a contI'arietate; et ideo 
locus superior, ubi est tranquillitas, est eis naturalis. Et dicit Witelo, 
quod ista uidetur esse sententia Algazelis. Secunda fuit opinio 
PythagoI'ae, quod angeli boni sunt animae bonorum hominum et 
mali malorum, cum in suis uersibus aureis dixit: 
Corpore deposito cum liber ad aetheI'a perges 
Euades hominem factus deus aetheris almi. 


235 


2410 


245 


250 


2115 


230. remouet ] scil. ApuleiuB l. c. (ed. Thomas p. 16-17). 234-246. Nono... 
immateriales] cfr. Witelo p. 129, lin. 243-p. 130, lin. 287. 237. in Phaedro] uel potiuB 
in Timaeo, cfr. sup. p. 129, lin. 254. 247-252. Et... AlgazeliB ] cfr. Witelo p. 129, 
lin. 230-233. 252-256. Secunda... almi] cfr. Witelo p. 128, lin. 223-129, lin. 230. 


232. modo ]mo l P. uiolenti ] uiolcnte P. 236. numcros ] modos P. 237. post 
concludit ] quod P. 239. substantias ] substantiales P. 240-241. pOBt cogno- 
scitiuae ] et P. 244. in quo ] Bic P. et l omo P. materialis] Bic P. 245. et 
corporea ] Bie P. 247. Nunc] Tunc P. 249. non] BUp. lin. P. 250. est] et P. 
compe... ta] ::)pe ta P. 251. Witelo ] vlo P. 252. Algazelis ] Agazelis P. 254. aureis] 
aures P. 255. cum libcr ] quodIibet P. pcrges] perget P. 256. Euades ] 
Euadet p_ factus] sanctus P. 


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280 


Tertio dicit Plato, ut recitat Calcidius in commento super Timaeo, 
quod sunt animalia composita ex corpore et anima, sed tamen 
aeteI'Da. Unde in quo dam libro dixit animam tyranni a daemonibus 
cruciari; et tunc concludit Calcidius contra Pythagoram, quod 
non sunt animae hominum, quia. aliud est crucians et aliud est 
cruciatum, ut ipse dicit. Et ideo forte quidem intentio philosopho- 
rum probabilior est ista: Primo, quia talia sunt aeterna; secundo, 
quia sunt intelligentia; (tertio), quia sunt incorporea, licet ap- 
pareant et formant aliqua corpora artificialiter ex aëre uel aliquibus 
aliis, quibus sunt coniuncta loco, sicut ponit Witelo; quarto, quia 
sunt hominibus nobiliora. Et ideo secundum philosophos OIDnes 
tales substantiae sunt bonae, Ii cet multis experimentis sit expertum, 
quod aliqui sunt mali et inuidi naturae humanae, et hoc est uerum 
secundum fidem. De loco dixit quidem, sicut tactum est, quod 
solum sunt in regione ignis et aëris; et alii posuerunt duodecim 
ordines secundum dtiodecim corpora principalia mundi, quae sunt 
sphaerae caelestes et quatuor elementa, et hoc uidetur sentire Plato; 
uel secundum alios quidam sunt in regione aëris et aliqui in regione 
aquae et ideo Plato ponit ibi (......) humectum. 
Ad primam conceditur, quod Aristoteles non posuit, et dicitur, 
quod locus ab auctoritate non tenet negatiue, sicut forte posuit 
in libris nobis non translatis, quia fecit multos libros, quos non habe- 
mus. Item in libro De caelo et mundo, ubi aUegat et probat dictum 
antiquorum, qui dixerunt omnia plena esse diis et hoc inferius in 
caelo. Item addit Witelo soluens et dicens, quod Aristoteles dixit 
secundo De anima, quod est aliquod uiuens, quod habet omnes 
potentias animae, sicut homo et si quid est nobilius homine; et 
in hoc tangit tales substantias, quae sunt nobiliores homine. Ad 
aliam conceditur, quod numerus intelligentiarum etc.; uerum est 
de intelligentiis caelestibus, quae non (habent) aliud officium; 
sed illae inferiores sunt a.gentia principalia et concurrunt ad multas 


285 


270 


2711 


280 


285 


257-259. Tertio... aeterna 1 cfr. Witelo p. 129, lin. 242; p. 135, lin. 431-438. 
259-262. Unde... ipse dicit] cfr. Witelop.129, lin. 234-237. 276-284. Ad... ho mine] 
cfr. Witelo p. 133, lin. 376 - p. 134, lin. 386. 279. De caelo et mundo ] Non in hoc 
opere, sed in Psendo-AriBtotelis De mundo cap. 6 locus iste reperitur (Bekker 397 b 
14-16): lM )(cxt TWV 'ltCXÀCXLWV d'ltE:LV TLV£t; 'ltpo-fJx&7Jacxv IITL mx.VTCX TIXÜTcX fa'n &ewv 'ltMIX (ot 
'ltIXÀcxLol = Thales, cfr. De anima 1 c. 5. ed. Bekker 411& 8). 282. De anima] Lib. 
II tc. 29; cfr. sup. p. 133, liu. 380-381. 


257. Calcidius ] Falsidius P. 260. Calcidius ] Falsidius P. 261. crucians ] 
cruciens P. 262. quidem ] ci P. 264. intelligentia ] intelligencie P. tertio] omo 
P. 266. loco ] loca P. Witelo ] Witilio P. 275. pOBt ibi ] r m P. 281. Witelo ] 
Witilio P. 286. habent ] omo P. 


11 - A. Blrkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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.... 


290 


actiones nattu'ae, immo forte aliquae tale!> substantiae sunt motoreR 
stellarum coniunctarum, nec potest aliter bene reddi causa. Ad 
aliam conceditur, quod essent frustra: iam patet solutio, quod 
non. Ad aliam, cum quaeritur, ubi essent, dico, quod in regione 
elementari, et conceditur, quod essent corporales natura, quia 
etiam in illa regione est intellectus humanus, qui secundum Com- 
mentatorem est incorruptibilis et etiam est quaedam intelligen- 
tia; modo possibile est, quod aliquae aliae intelligentiae sint in 
eadem regione. Et adhuc forte est alia ratio, quia cum peI' experi- 
menta. concluditur, quod sphaera. ignis mouetur circulariter et 
etiam sup6I'ior l'egio aëris, et non potest poni, quod isto modo uio- 
lenter trahatur a caelo, quia caelum non habet aliquam a.sperita- 
tem nec gibbositatem, per quam trahat cO;11)us propinquum, quia 
tunc etiam corpora caelestia impedirent se: ideo non potest po ni sic 
ille motus ignis aut aëris nisi ab aliqua intelligentia eis appropriata. 
Et haoo de ista quaestione. 


185 


300 


IV 


Nicolaus Oresme, Quaestiones Meteororum, lib. m quo 19. 
Themo Judaei, Quaestiones MeteoronIm, lib. m quo 10. 


Quaeritur, utI:um radius uisualis possit reflecti ab aëre uni- 
formi non condensato nec mixto uaporibus, ad oculum uidentis 
existentis in eodem aëre sine adiutorio speculorum Y 
Et arguitur primo, quod sic, per Aristotelem in III. huius, trac- 


293-294. Commentatorem ] uide sup. p. 143. lin. 32-33. 


289. coniunctarum ] 
IDërum (= comatarum ') P. 
300. gibbositatem ] gilbositatem P. trahat] trahit P. 


293. qui ] quia P. 


Oodicum conspectuB: B = cod. Berol. lat. fol. 631,0 1 = cod. Crac. 2095, 0 1 = cod. 
Crac. 2117,0 1 = cod. Crac. 749,0' = cod. Crac. 751, E = editio typis uulgata a. 1522, 
L = cod. Lips. Uniu. 1387, U = cod. Up8al. C. 596 collatus solum p. 153 lin. 17 - 
p. 155 lin. 36), V = cod. Vratisl. Uniu. IV.Q.27 (collatus 80lum p. 152 - p. 157 lin. 
62 et a uerbis: "Deinde respondeatur ad rationes". p. 170 lin. 270 usque ad finem 
quae8tionis), W = cod. Vindob. 5433 (colla.tus solum p. 153 lin. 17 - p. 155 lin. 36); 
IX = consensus codd. 01V, (3 = consensus codd. OIL, y = consenSU8 codd. BO.. 


1. Quaeritur] 0 1 ; Queritur decimonono B; Decimonono queritur L; Consequenter 
queritur V; Queritur decimo E; omo 0 1 0 1 0.. possit] pos8et OIV; potest 0 1 ; 
debeat B. 2. mixto ] mi8to E. ad ] et ad B. 2 - 3. uidentis existentis ] eundem 
existente (!) E. 3. speculorum ] sphere E. 4. Et ] omo L. primo] omo 0 1 . 
in ] omo op. huius] Methaurorum E. 4-5. tractatu ] omo 0 8 . 


1 


-
		

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			153 


Ii 


tatu de impressionibus factis per refractionem, ubi dicit sic: "Fit 
autelll ab aëre quidem, cum consÏBtens fuerit siue condensatus"; 
et sequitur: "propter uisus autem debiIitatem saepe et sine inspis- 
satione id est condensatione quacumque facit refractionelll et refle- 
xionem in opposito, qualis aliquando accidit cuidam passo debili- 
ter et non acute uidenti: semper enim idolum uidebatur praecedere 
ambulantem ipsum, ex opposito respiciens ad ipsum. Hoc autem 
patiebatur, quia uisus refrangebatur ad ipsum; sic enim debilis 
erat uisus et tenuis ualde ab infirmitate, ut speculum fieret et pro- 
pinquus aër". Ex quo manifeste apparet, quod radius uisualis ab 
aëre uniformi non condensato potest reflecti ad oculum, tamquam 
a speculo. 
Hoc idem PI'obatur per aliam auctoritatem Witelonis in X. Per- 
spectiuae, conclusione 59, et in commento istius per totum, ubi al- 
legat istam historiam Aristotelis et recitat de quo dam Bibi noto, 


10 


111 


5. refractionem ] refractiones E. dicit sic] me dicit 0 1 ; dicit E. 6. autem ] omo 
B. ab aëre quidem ] ab aëre quod E; ab aëre quidam 0 1 ; quidam ab aëre 0 1 ; ab 
aëre L. cum] omo 0 1 . conmstens fuerit ] con8Î8tens est 0 1 0'; con8Î8tens BOl; 
factis (!) fuerit con8istens E. mue] id est a; et L. 6-7. mue... sequitur] 
omo E. 6. pOBt condensatus ] fuerit 0 1 . 7 -14. sequitur... apparet ] subiungit tunc 
de quodam debiliter uidenti (!), qui respiciens uidebat faciem suam ante se; ita quod 
ip8e Aristoteles manüeste uult 0 1 . 7. propter ] per B. UÎ8us autem ] autem UÎ8us 
aO"L; UÎ8um Rut E. debilitatem] debilitatum L. et] omo yOI. 7-8. inspis- 
satione ] inspiratione 0 1 . 8. id est] id est sine EL; et sine B; et 0 1 0'. 8-9. 
rcfractionem et reHexionem ] reHexionem et refractionem 0 1 . 8. et ] id e8t V. 
9. in opposito ] in propoBito ap; omo E. qualis] aliquis L. aliquando accidit ] 
aliquando accidimus (!) y; accidit aliquando E. cuidam ] quidam L; quidem y. 
passo ] episcopo E; oculo L; oculi 0 1 . 10. et ] omo 0 1 . acute] accidente 
y. uidenti] uidente yL. semper] similiter ,,01. idolum ] idola 0 1 . uideba- 
tur ] uidente L. 11. ambulantem ipsum ] ambulante ipso 01L. 11. ex ] omo 
0 1 . respiciens] re8idens y. 11-12. Hoc.., ipsum ] omo E. 12. uisus ] omo 
y. refrangebatur] frangebatur p; refrangitur B; refrangetur 0'. Bic] Bicut pE; 
si y. 13. Ui8US ] omo aEL. et] omo V. tenuis ualde ] ua.lde tenuis L. ab ] et 
ab L. ut] quod y. speculum] speculum propinquius B; speculus E; speculius 
0 1 , et ] omo ,,01. 13-14. propinquu8... uiSUali8 ] omo B. 13-14. propinquus ] 
propinquiu8 0 1 0 1 0'. 14. aër ] aërc a; in aëre 0 1 . apparet] patet 0 1 . ab] 
E; in reliqui. 15. non ] et non E. ad oculum ] L; omo E; ab oculo -reli- 
qui. 17. Hoc idem] Et hoc E; Et hoc eciam L. probatur] patet 0 1 . per... 
Witelonis ] omo L. aliam] omo 0". Witelonis] 0 1 ; Wicelonis V; Vitulonis E; 
Vitalonis y; Vitallonis 0 1 ; Gwitillonis 0 1 . (Eodem modo nomen WiteloniB a laudatis 
codictbuB etiam snfmuB ezhibetur). X ] primo 0"0'; prima B. 18. conclusione 59 ] 
PV; conclusione 50E; conclusione 950"; nona concluBione y; omo 0 1 . et... totum ] omo 
0 1 0 1 , i8tius] illiu8 pyj ipsiu8 V. 19. istam ] illam y. post Aristotelis ] ipsam 
Gwittillo L. recitat ] restat L. quodam ] alio E. Bibi] ei B. noto ] notam L.
		

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154 


20 


qui cum multum uigilasset et in nocte equitaret, tunc circa aquam 
uidit alium uirum sibi consimilem et omnia opera sibi consimilia 
facientem. 
Hoc idem etiam dicit Witelo in tractatu suo De natura daemo- 
num, qui sic incipit: "Domino et fratri suo magistro Ludouico", 
ubi recitat eandem historiam Aristotelis in III. Meteororum et 
aliam historiam, quam per famam audiuit in Polonia, quod daemo- 
nes fecerunt telam in summitatibus arborum et quod miles quidam, 
dictus Henricus Katho, uenando lupos in diluculo ante diem circa 
Ligniz, uillam famosam, et Gotzuidorf, uidit lupum tam magnum 
ut arbores siluarum, uenientem ad ipsum ad clamorem porcelli, 


26 


30 


20. multum ] etiam Os. uigilasset ] uiolasset V. et ] omo 0 3 . in ] de aflOs. 
equitaret ] resideret a; reBidebat L. tunc ] omo aL. circa aquam ] ante se yOI(JI. 
21. alium ] quendam Os. sibi consimilem ] secum equitantem E. et] E; et per 
0 1 ; omo afl')l. opera] omo 0 1 . sibi] scilicet Os. consimilia] aL; consimili 0 1 ; 
consimiliter 0 1 0'; Bimiliter B; similia E. 23. Hoc ] Et hoc aL. idem] pOBt 
etiam 0 1 0 1 ; omo B. etiam] omo aE. Witelo ] 0 1 ; Vitello V; Vitalo y; Witalo W; 
Vitallo Os; Gwitillo OIU; Gwitello L; omo E. (Sio etiam plerumque inferius Bcrib1mt). 
in ] de 0 1 ; in quodam E. suo] omo E. 23-24. De natura daemonum ] De ma- 
teria moncium 0 1 ; De natura moncium V; omo ')IOIUW. 24. qui sic incipit] E; 
qui sic a; de (om. W) quodam (om. W) qui reputauit (reputabat L; reputat y) illam 
(istam 0 1 ) reflexionem esse (esse per BW) demonem, qui dixit 'Teliq'Ui. poBt Domino] 
suo ')IOl(JsW. 24-36. et... daemonem ] de hoc et etiam aliam historiam recitat 
ibidem de ista reflexione CI. 24. magistro ] E; omo reliqui. Ludouico] B( Y); 
Ludwico OIC
; Ludwigo V; Ludwido W; Lodwico U; Lodewico L; Lodiuico CI; 
çodiaco E. 25. ubi... :Meteororum ] omo 1'0. UW; et rescitat L. ubi recitat ] a; 
omo E. III. Meteororum ] libro Methaurorum E. et] omo L. 26. quam per 
famam ] ipBe conieci; per famam quam aEL; prophanam recitat ibidem quam 
yOIUW. Polonia] Babilonia (dei.) Polonia V; Bononia E; Colonia O
W; Praban- 
dio(!) B. quod] quia aC'LW. 27. fecerunt ] fecerant CIU; facerent B. telam] 
thelam 0 1 ; cellam E; celum C'W; omo B. ante in] ante quandam siluam et E; 
omo reliqui. arborum] omo U. quod] tunc aL. miles quidam] EL; quidam miles 
CIU; miles (milies V) ayW. 28. dictus ] dicta V. Henricus] E; omo 'Teliqui. 
Katho ] Chato L; Tatho B; Catholicus E. uenando lupos ] aL; uenando ad 
lupos E; ueniens yOIUW. in diluculo ] omo aEL. post diluculo ] uenando lupos 
CIU. diem] dicta B. 29. Ligniz ] ligais E; lignum et ayW; unam L; sÏluam 
et OIU. famosam et ] famosam flEU; famam et V; famam CI; fafauaret B; 
fafanaret C
; faffanaret W. Gotzuidorf] coniecimuB opera a'Uctoris denuo edenteB, 
in quo secutimuB vocabuli formam in manu8cripto Sloane 2156 f. 1li2 r col. 1 occur- 
rentem; Goczwaldorff L; Gotiswaltdorf CI; Gotiswalczdorff U; Goldswaldorff V; 
Goaldswaldorf 0 1 ; Zotueldorf B; Zosueldorf 0'; Sozuoldorf W; omo E. ante 
uidit ] ubi flyE UW; omo a. 29 - 30. uidit... arbores] omo a. 29. tam magnum] 
ita altum E. 30. ut] sicut flE. siluarum] omo E. uenientem] uenientes B; post 
ipsum E. porcelli] porcellorum flyUW. 


-
		

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311 


et ille putans esse daemonem fo:rtissime timuit illum, illo autem 
ueniente iuxta se, uidit ipsum minoraI'i ad modum lupi et rapere 
porcellum et rapi et interfici propter hoc. Et hoc non fuit nisi per 
reflexionem uel per refractionem radiorum uisualium in aëre, et non 
fuit daemon sed lupus, licet ille fa tu us miles nesciens mathematicam 
scientiam credidisset ipsum esse daemonem. Et ibidem circa medium 
recitat auctoritate Alhacen in III. Perspectiuae, quod homo ali- 
quando appareat sicut unum magnum nemus uel mons. 
Et conformite!, omnes expositores, quicumque per me uisi sunt, 
super antiquam translationem uel super nouam, hoc idem dicunt. 
Deinde arguitu;r rationibus. 
P:rimo sic: Nam imago rei reflectitur a superficie aëris, quando 


co 


31. ille ] iste aL; ipsum 0 1 ; ipse(') illud U; illud BW; id 0'. putans esse] pu- 
tans ipsum esse L; esse putans O'W. fortissime timuit ] fortissime tenuit B; 
timuit fortissime a{J. illum ] omo a{JE; istum U. illo autem ] tamen illo E; tamen 
(tandem V; cum 0 1 ) ipsum aL; ipsum tamen 0 1 . 32. ueniente ] uenientem a{JB. 
iuxta ] prope E; circa OIU. se] ipsum B. ipsum] eum B; omo aEL. mino. 
rari ] moueri E. lupi] omo y. rapere] ad rapiendum U. 33. rapi ] capi BW. 
et (pOBt rapi) ] omo L. propter hoc] et propter hoc yW; hoc {JU; uidit E; 
propter hoc quod 0 1 ; propter quod hoo V. Et] omo ayW. hoc] omo a. 
hoc... nisi ] tamen hec omnia non fuerunt nisi umbre (umbra L) quia. {JU. fuit] 
erat ay W. 34. reflexionem.. . refractionem ] E; reflexionem uel refractionem a; 
refractionem uel per (om. BW) reflexionem yW; reflexionem {JU. radiorum uisu- 
alium ] a; radiorum EL; omo yOIUW. 34-35. in aëre... licet ] ad oculum debilem 
apparuit ei quod essent ibi (ibi essent 0 1 ) porcelli, demones et homines circa ipsos 
(ipsum L). et sic (om.O I ) {JU. 34. et] E; sed ayW. 35. fuit] era.t E. ille] 
EU; iste a{J; omo yW. miles] omo E. mathematicam] mathematica E. 
36. scientiam ] BW; suam 0'; omo a{JEU. credidisset] credidit yW. oredidisset... 
daemonem ] incepit sagittare et tamen nihil comprehendit nec tetigit (tetigit uel 
comprehendit L) {JU. ipsum] omo aE. esse daemonem ] omo E. Et] Aliter 
yOI. ibidem] idem aL. circa medium] omo L; medium a; etiam circa. medium 
0 1 . 37. auctoritate ] auctoritatem B; auctor E; per 0 1 ; omo L. AThacen] Alacen 
BOIOIE; Alacem L; Allacen 0 1 ; Allecen V; Allasen 0'. (Eodem modo nomen Alhazeni 
a laudatiB codicibuB etiam inferiu8 e:xlhibetur). in III. Perspectiuae ] omo 0 1 ; in 130 
Pcrspectiue 0 1 . ante quod ] qui dicit {J. 37 - 38. homo aliquando appareat ] y; 
homo aliquando apparet O.; homo appareat aE; homo apparet aliquando O'; 
aliquando homo appareat L. 38. sicut ] omo 0 1 . ante mons ] fons 0 1 . 39. pOBt 
Et ] illud E. conformiter] consimiliter 0 8 . omnes] omo OIEL. quicumque... 
sunt ] quicumque uisi sunt per me 0 1 ; omo L. per] qui per E. me] medium 
a; omo y. uisi sunt ] uisum a. 40. super] per LV; omo y. antiquam... nouam ] 
nouam uel antiquam translationem E. uel] et {Jy. super] per L; similiter y. 
hoo idem] omo E; idem 0'; qui hoc idem B. pOBt dicunt ] quia (quod O') talia 
iam dicta contingunt per medium (media 0 1 ), scilicet inter diaphanum uisibile 
(diaffona uisibilia 0 1 ) et uisum nostrum {J. 42. Primo sic ] ,,0"0 1 ; sic a; ad 
idem sic E; omo L. rei] regis V; omo y. a superficie ] in superficie a; super 
superficiem yO'08.
		

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res est in aqua uel in medio densiori, quam sit aër: ergo hoc iclem 
etiam potest eadem superficies aëris uel idem aër facere, si est sine 
415 aqua, scilicet quod reflectat uisibiliter imaginem. Consequentia 
patet, quia aqua plus impedit multiplicationem speciei propter densi- 
tatem, quam iuuet, et per consequens etiam impedit reflexionem; sed 
antecedens probatur, nam uidemus in cypl1is argenteis in medio 
politis et etiam in aliis instrumentis potatoriis habentibus postu- 

 las uel puncta, quarum imagines procedlmt extra uinulll, si fuerint 
plena uino, et in superficie aëris occurrente reflectuntur ad medium 
cyphi, ubi est politura praedicta, et inde reflectuntur sensibiliter 
ad uisum: ergo superficies aëris reflectit uel aër. Nec potest dici, 
quod superficies aquae hoc faciat, quia eadem ratione quaelibet 
lill alia pars aquae hoc faceret et reflecteret; ex quo- superficies aquae 
in ipsamet aqua reflecteretur. Hoc tamen est falsum, quia tunc 
fieret tanta confusio in diuersis partibus aquae, quod nullam spe- 
ciem uideremus; cuius oppositum expeI'imur. 


43. pOBt res ] aëris E. medio densiori ] OIO"E; densiori medio a'1L. sit] 
om. E. ergo] ergo etiam '1L; igitur 0 1 . hoc] hoc etiam V. idem] omo O.E. 
44. etiam ] omo yOILV. pOBt potest ] hoc idem 0 1 ; etiam 0 1 . facere] omo yOl. 
si est] qui est B; omo aEL. 44-45. Bine aqua ] super (supra CI) aquam 
BOIOIO. (ez corr). 45. scilicet ] omo aE. reflectat] reflectet 0 1 ; reflectit C
. 
uiBibiliter ima.ginem ] sic uisibiliter (uisualiter y) ima.ginem afl'1; imaginem uisibiliter 
E; imaginem ca. 46. patet ] tenet OIO"O.V. plus] magis E. 46-47. propter 
denBitatem 1 propter eius denBitatem ,,01; omo 0'. 47. iuuet ] iuuat aLe!); 
promoueat CI; adiuuet uel promoueat ,,01. etiam] ibi B. pOBt impedit ] 
per L. sed] omo L. 48. nam uidemus ] uidemus enim L. in] quod in 
aO.O'C.; quod L. cyphis] siphis E. argenteis] aureis B; argenteis Parisien- 
sibus E. 48-49. in medio politis ] politis in medio "OICI. 49. pOBt politis J 
sicut specula spherica conuexa E; omo reliqui. etiam ] omo a EL. instrumentis 
potatorüs ] instrumentis potitorüs 0 1 ; potoriis (!) instrumentis L; partibus E; 
omo 0 1 . 49-50. postulas uel ] peristulas seu E; sculptuosa BOl; scuprosa C"; 
omo a. 50. quarum ] quod L. extra] ex 0". uinum] uisum 0 1 ; fine(!) CI. 
51. plena] pleni "E; plana L. in... occurrente ] in superficie aëre concurrente a; 
Bibi (super O.; ei B) aëre occurrente (concurrente quod B) "Oloa. reflectuntur] 
reflectitur y. 51-52. ad... reflectuntur ] omo B. 52. cyphi ] cyphum CI; siphi et 
E. est politura praedicta ] est pollitus L; predicta politura est 0". inde] etiam 
0 1 ; ibi E; omo Cl. 53. ergo ] omo CI. uel aër ] Buper lin. O.. pOBt aër ] solum 
L; quod est propositum yO'C I . Nec] Nec etiam 0 1 . 54. superficies... faciat ] 
semper aqua hoc facit uel etiam superficies aque L. 54-56. quia... falsum ] hoc 
enim non potest esse 0". 55. alia ] omo yOI. aquae] omo a. reflecteret ] reflec- 
teretur OIO.E. 56. in ipsamet aqua ] E; ipsammet aquam afl". reflecteretur] E; 
reflecteret aO I ; reflectit yL. 56-57. tunc... confusio ] confusio tanta fieret E. 
57. in ] inde de 0'. 57-58. nullam... uideremus ] nihil de specicbus talibus 
sentiretur E. 58. uideremus ] uidemus 0". experimur ] uidemus BOl; patet 0". 


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410 


Secundo: si non, tunc non fieret lumen Solis in medio aëre nec 
alicuius luminosi; cuius falsitas patet per experientiam. Consequl'ntia 
patet ex II. De anima, quia hunen in medio non eRt niRi reflexio 
lucis uel luminosi. 
Tertio: si non, hoe ideo uideretur, quod diaphaneitas uel perspi- 
cuitas aëris impediret hoc; consequens est falsum, quia eadem 
ratione in aqua non uideretur imago, quia etiam est perspicua et 
(liaphana. Consequentia tenet, quia hoc solum uidetur af'rem impe- 
dire, ne reflectat ipsam jmaginem ad uisum. 
Quarto: si aliquis oculus esset in igne uel in medio rariori aëre 
in eadem proportione, in qua aër est rarior aqua, tunc aër ad illum 
oculull1 posset reflectere imaginem; sed non minus nunc quam 
tunc, quia alia media non impediunt; ergo aër potest reflectere 
sensibiliter ad uidendum imaginem. Consequentia tenet et antece- 
dens patet imaginanti. 
Quinto: imago est in aëre per totum usque ad speculmn, si es- 
set, uel per totum aërem, et in quaUbet parte aëris est imago; ergo 


415 


.0 


75 


59. pOBt Secundo] sequitur 0 1 . si non ] omo 0 1 . tunc... Solis ] 8equitur 
(sic L; omo 0 1 ) quod (om. 01L) lumen Solis non fieret aL. in] a E. aëre] 0 1 ; 
aëri8 P'}l; aëreo OIV; in centro E. 59-60. nec...luminosi ] om.O I . 60. cuius ] omo 
'}lOI. per experientiam ] ad experientiam aL; omo 0 1 . 60-61. Consequentia... 
anima] Sed probatur consequentia 0 1 . 61. patet ] tenet '}IOIV. ex] omo '}lOI. 
post lumeu ] Soli8 0 1 . nisi ] omo B. 62. uel ] omo aEL. luminosi ] luminis 0 1 ; 
luminosi in medio L. 63. pOBt Tertio ] sic 0 1 . si non, hoc ] si hoc non 0 1 . 
hoc ] omo '}lOI. ideo uideretur ] uideretur 0 1 0 1 ; uideretur immo '}I; uideretur 
maxime ideo L; maxime uideretur ideo 0 1 . quod] quia EL. uel] et '}lOI. 
64. impediret hoc ] hoc impediret "c1(J1. con8equens] omo E. est] omo p. 
quia] que "cI. 66. tenet ] patet 0 1 . 66-67. hoc... impedire ] hoc uideretur 
impediri per solum aërem 0 1 . 66. hoc] per hoc E; per L. solum] subiectum '}I. 
uidetur aërem ] aërem uidetur L. 66-67. aërem impedire ] impedire aërem 
'}Ioa; aër impediri E; aërem 0 1 . 67. ne ] ut non Boa; nec p. reflectat... ima- 
ginem ] fieret reflexio imaginis L. reflectat ] reflectet BOl; reflecteret 0 1 . ipsam ] 
"cI; omo reliqui. imaginem] aërem (!) 0 1 . 68. oculus] omo 0 1 . aëre ] omo '}lOI. 
69. eadem ] ea E. in] omo p'}lOl. qua] quia 0 1 . aër ] omo '}I. ad] omo 0 1 . 
69-70. ad... oculum ] omo 0 1 . 69. illum ] ipsum pOl. 70. posset reflectere ] 
potest reflectere E; reflecteret Olo.oa; reflectet L; medium reflecteret '}I. imagi- 
nem ] in aërem (!) L; imaginem ad oculum BOl. 70-71. non... tunc ] non minus 
tunc quam non(!) 0 1 ; non maiori ratione tunc quam nunc BOl. 71. alla media 
non] altera media non 0 1 ; nulla '}lOI; nulla alia p. ergo] quia B. aër ] nec(!) 
CI; et llunc(!) E. potest ] non potest L; reflectit uel potest E. pOBt reflectere ] 
uel reflecti OlL; ad oculum 0 1 ; ad (om. 0.0 1 ) oculum et reflecti '}lOI. 72. ad 
uidendum imaginem ] imaginem 0 1 ; et uisibiliter E. tenet] patet 0 1 ; omo 0 1 . 
et ] omo '}I. 73. patet ] patent 0 1 ; similiter E. 74. pOBt Quinto ] sic 0 1 . 
usque ] ui8um '}I. 74-75. 8i esset, ut'l ] sed si est '}lOI; sed si esset uel L; et si 0 1 . 
75. per ] omo OIE. et] tunc '}lOI; ergo 0 1 . aëri8] omo OlEL. est imago] 
mu. 0 1 . ergo] et ergo 0 1 ; uel non 0 1 .
		

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80 


etiam, si non sit ibi speculum, adhuc aliquis potest uidere ipsam 
et hoc propter reflexiollem aëris; ergo aër potest reflectere. Con- 
sequentia tenet, quia imago est sensibilis sensu uisus, ergo a.liquis 
potest ibi imaginem uidere. 
ln oppositum arguitur, quia si sic, sequeretur, quod aër esset 
politae superficiei in loco reflexionis et superficiei distinctae a quali- 
bet parte aëris: sed hoc consequens est falsum et maxune ex eo, 
quia dicitur in litera, circa quam quaestio habet locum, quod quidam 
continue, ubicumque ambulauit, uidit imaginem, et tamen non 
semper habuit talem superficiem aëris Bibi propinquam. Conse- 
quentia patet, quia sine tali superficie non fit reflexio imaginis fi- 
guratae ad oculum, ut patet ex prioribus quaestionibus. Et etiaffi 
patet falsitas ex alio, quia non esset aliquid semper faciens talem 
superficiem aëris politam. Nec etiam aër immediatus faciei faceret 
hoc nec etiam aër distans, cum per ffiagnam distantiam non potest 
reflecti ad oculum imago faciei. 


86 


90 


76. etiam ] omo yOIOl()a. sit] esset 0 1 . ibi] iDe L. adhuc] et huc L; 
ergo OIE. aliquis potest ] potest aliquis L; possit aliqui8 oa. ipsam ] ipsum B; 
ipsam (om. L) imaginem {Joa. 77. et hoc] uidelicet yOloa; omo 0 1 . propter] 
per {Jyoa; omo 0 1 . 77-78. Consequentia ] Consequentie 0 1 . 78. tenet ] tenent 
0 1 ; patet E. imago] omo OIE. 78-79. aliquis potest ] potest aliquis E. 79. ibi 
ima.ginem ] eam {JBoa; eum 0'; omo 0 1 . 80. arguitur ] arguitur sic B; est Aristo- 
teles E. sequeretur] sequitur 0'. 81. politae superficiei ] polite speciei 0 1 ; 
politus in superficie OIL. in... superficiei ] omo B. in] omo 0'. superficiei 
distinctae ] superficies distincte 0'; distincte superficiei OIL; superficiei et distincte 
superficiei 0 1 . 81-82. a qualibet parte] ab aliis partibus E. 82. hoc con- 
sequens ] con8cquens hoc 0 1 . est falsum ] falsum est L; falsum 0 1 . et] omo 
{Jy01(]I. ex eo l ideo L. 83. quia] quod OIE. dicitur] dicit oa. in litera ] 
de episcopo E; omo 0 1 . circa quam ] ubi 01L; omo E. quaestio] omo E. 
quidam] omo OIEL. 84. ambulauit ] ambulauerit 0 1 ; ambulauerit aliquis et L. 
uidit imaginem ] uidit imaginem suam oa; uiderit imaginem 0 1 ; apparuit illa imago 
sibi E. et] omo L. 85. habuit] habebat 0 1 0 1 0'; habet L. talem ] omo yCIC8. 
sibi ] omo E. propinquam] proprii y. 85-86. Consequentia patet ] Conse- 
quentia tenet {J; omo y. 86. superficie] omo 0 1 . 86-87. figuratae ] site B; 
omo 0'. 87. ut... quaestionibus] ut prius patuit {J01(]8(J'; omo B. ut 1 omo E. 
Et] omo EL. pOBt etiam ] ex alio B. 88. ex alio ] Oloao'; omo 'l'eliqui. quia] 
quia si yCI; quod E. pOBt non] semper oa. aliquid ] aliquis 0'0'; aliquod aliud 
0 1 ; aliud seu (uel 0 1 ) aliquid aliud OIL. 88-89. semper... politam ] superficiem 
talem superfaciens (!) &ëris politicam(!) CI, quorum uocabulorum ordinem pOBtea 
immutauit (1, 3, 2, 5, 4). 88. semper faciens ] facien8 semper EL; faciens C'CaO'. 
88-89. talem superficiem ] superficiem talem 0 1 ; superficiem E; talem figuram 0 1 . 
89. etiam] BOl; enim OIO'L; tantum 0 1 ; omo E. 90. hoc nec] nec et 0'. etiam... 
pote8t ] fecit (facit E), cum per nullam uiam potest (pos8it L; pos8et 0 1 ) OIEL. 
pote8t ] possit oa. 91. reflecti... faciei ] imago faciei reflecti ad oculum E. 


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Secundo: si sic, tunc eadem ratione omnibus aeque appareret 
in quocumque medio aëreo, cuius falsitas patet per experientiam. 
Consequentia probatur, quia si talis per debilem uisum potuit com- 
95 prehendere hoc, crgo a multo fortiOl'i quilibet alius habens acutum 
uisum potest uidere hoc; quia quicquid potest uirtus debilior, hoc 
etiam potest uirtus fortior et adhuc plus, ut patet inducendo. 
Tertio: si sic, tunc quaeritur, in quanta distantia huiusmodi imago 
taliter potest apparere et quare in tanta et non in maiori nec in 
minori? et huius nulla rationalis causa potest assignari; ergo aër 
non potest reflectere. Consequentia tenet et antecedens patet con- 
sideranti. 
Quarto: si sic, tunc a multo fortiori radius uisualis in medio 
uniformi, in quo esset, refrangeretur et non recte procederet. Con- 
106 sequens est falsum. Consequentia tenet, quia facilius est refrangi, 
quam reflecti, sicut patet ex prioribus quaestionibus. 
Quinto: si sic, hoc maxime uideretur esse possibile in aëre nebuloso 
92. si sic] omo 0 1 . tunc ] omo CIEL. aeque] omo OJEL. appareret] appa- 
rerent L; apparens Cl. 93. aëreo ] aëreo (aêrio B) imagine8 (imago CI) 1'0'0". 
cuius falsitas ] fal8ita8 CICI; fal8um C'; sed hoc consequens (om. L) est falsum, ut 
(om. CIL) BcaL. patet per experientiam ] patet (om. ca) ad experientiam y01L; 
omo C". 94. Consequentia ] Consequentia tamen C"; Sed con8equentia CIL. quia] 
omo 0 1 . talis] ille E. 94-95. potuit comprehendere ] potuit apprehendere CI; 
comprehendere potuit E. 95. hoc] omo L. ergo ] igitur O'C.C'; ibi B. a] omo L. 
multo ] omo E. aliU8] omo E. acutum ] fortiorem E. 96. ui8um ] haben8 CI. 
potest ] omo E. uidere ] omo BCIE. hoc] om.0 1 EL. post debilior ] uidere 01L; 
uidetur E. 97. etiam ] idem E; idem etiam 0 1 . potest] bene potest C'; pos8e 
et E. uirtu8 ] omo B. et... inducendo ] omo O.. ut] hoc C"O'; omo E. patet] 
omo B. 98. si ] omo E. quaeritur] quereretur L; sequeretur BCIO"; sequitur CI. 
in quanta distantia ] quod (om. CI) per (ad CI; omo CI) quantam (tantam BO") 
di8tantiam 1'0 1 0". huiusmodi] hoc E; omo BC". imago] omo 01EL. 99. taliter 
poteBt ] taliter posset (p088unt L) {JC"; pOB8et taliter B; talis apparuit uel possit E. 
et quare ] et non p088it (posset B) a8signari causa quare BOl; et qualiter CI. in] 
sub B. et non] quod non E. in maiori] sub maiori CI; maiori {J; in minori 0'; 
minori B. 99-102. nec... cou8ideranti ] omo 0". 99. nec] uel Cl. 99-100. in 
minori ] minori {J; in maiori 1'. 100. et... assignari ] omo B. huiu8] huiu8modi E. 
assignari ] reddi, ut patet con8ideranti E. 100-101. aër... reflectere ] non re- 
flectitur E. 101. tenet] patet de se E. et] omo {J. patet conBideranti] similiter E. 
103. Bi sic] omo 0". multo ] omo BE. post fortiori] ratione E. 104. uniformi ] 
uniforme L. in... refrangeretur ] refrangeretur, in quo esset E. in] non in Cl. 
eBset ] eS8et incidendo B; incidit 0". refrangeretur] frangeretur C3. et. .. proce- 
deret ] et non incideret recte B; omo 0". 104-105. Consequens est fal8um ] Con- 
Bequen8 falBum 0 1 0'; quod est fal8um L; omo CIE. 105. tenet ] probatur {JO'. 
106. sicut ] ut OIE. patet... quaestionibu8 ] priu8 patuit L. ex l in C 1 0"O'. 
prioribus quaestionibus ] questionibus 0 1 ; questionibus prioribu8 (precedentibus 
C.) OIC"; predictis conclusionibuB E. 107. Quinto ] Quinto sic CI. hoc] omo 
01L. maxime] magis E. uideretur] uidetur L; omo 0 1 . esse] e8set 0"; omo 
O"E. pos8ibile] possibile hoc L; impossibilc 0'. in] existente O.. 


100
		

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110 


existente prope terram. Consequens eRt falsum. Consequentia patet 
jn litera; Red falsitas probatur, quia oporteret istam neblùam eRse 
tersae uel politae superficiei et uniformis, et oporteret ipsam esse 
retro non illuminatam; nam si uitrum uel urinale plenum aqua 
clara esset obiectum uisui in luce nimia retro, tunc non uideretur 
imago rei nisi debiliter et in tempore obscuro nihi1; ergo a multo 
fortiori in nebula obscura nihil apparebit retro illuminata; nec 
etiam in non illuminata, quia quamuis non sit illuminata, tamen 
non est politae superficiei. Videmus enim circa marmora nigra 
polita, quod in partibus obscuris non uidentur imagines facierum 
nisi ualde debiliter; et si marmora essent perspicua, nihil omnino 
uide
etur; ergo nec a nebula. 
ln ista quaestione primo uidebitur una opinio, quam quasi 
omnes auctores fabulantur et narrant, secllndum quod priuB est 
allegatum; et praecipue inter alios quidam expositor antiquus 


.115 


120 


108. existente prope terram ] existente prope E; omo 0'. Consequens] Sed 
hoc 0 1 ; hoo E. est ] omo {JO'. pOBt falsum ] per Aristotelem E. 108 -116. 
Consequentia... superficiei ] omo 0'. 108. Consequentia patet ] Consequentia tenet 
yOI; Patet consequentia per dicta Aristotelis E. 109. pOBt litera ] et per prius 
allegata E. sed] omo L. oporteret] oportet 0 1 ; apparet E. istam] illam 
0 1 0.; ista L; omo E. 110. tersae ] tersam E; per se 0 1 ; plane O.L; plan am BOl. 
uel ] omo B. et oporteret ] et etiam oporteret E. ipsam ] eam E. 111. retro 
non illuminatam ] retro et non illuminatam (JOl; non illuminatam retro E. urinale ] 
uitrale y. 111-112. aqua clara] clara aqua L. 112. in ] omo L. nimia] E; 
llitrea(!) 0 1 ; incidente {Jy. tunc] omo 01EL. 113. imago ] omo E. rei] omo 
OlEL. niBi] niBi ualde E; nec 0 1 . et ] et similiter 0 1 ; aliter y. nihil] omo E. 
pOBt nihil ] uideretur y; uidetur 0 1 . a] omo 0 1 . 'multo] omo E. 114. in ] a E. 
pOBt obscura ] retro 0 1 . nihil] omo L. 114-115. retro... non illuminata ] 
lIcriPBi; retro (om. 0 1 ) illuminatum uel non illuminatum {JOl; retro illuminata (Bol'Um) 
yE. 115. quia... tamen ] et OlEL. non] addidi; omo 1'0 1 . sit] est 0 1 0'; est 
retro B. 116. est] omo OlEL. politae superficiei ] superficiei polite 1'01. Vide- 
mus enim ] E; Et (Etiam 1'01; Et etiam 0 1 ) uidemus reliqui. circa] quod circa 
0 1 0 1 0'. marmora] marmoria {J; marmorea y; nemora 0 1 0'. nigra] magna 
{JBOI01. 117. polita ] B; omo reliqui. quod ] BcripBi; et (et etiam 0 1 ) omneB. 
partibus] temporibus E. uidentur] uiderentur 0'; uidemus E. facierum] 
E; rei OlO'L; omo 1'01. 118. marmora ] marmoria {J; marmorea y; nemora 0 1 0 1 . 
essent ] sint L. perspicua] semper propinqua E. nihil omnino ] adhuc nihil 
1'01; omo E. 110. uideretur] uidetur L; omo OIE. ergo nec a nebula] E; a ne. 
bula OlL; nisi ualde debiliter 0 1 ; nisi ualde debiliter, adhuc etiam innotabiliter y; 
omo 0 1 . 120. uidebitur ] uidetur 0 1 0 1 . quasi] E; omo reUqui. 121. pOBt omnes ] 
expositores et E. fabulantur] fabulant E. et narrant] omo 0 1 . 121-122. 
prius est allegatum ] prius allega.tum est 01L; est prius (om. 0') allegatum y; alle- 
gatum est prius 0 1 . 122. alios ] aliquos 0 1 ; omo BO'. quidam] omo yO'O". 
expositor antiquus ] expositores antiquos yOIOI. 


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ueteris translationiR, scilicet Robertus Anglicus, mOllens et soluens 
istam quaestionem dicit: "Et sicut in odorabilibus per inspirationem 
12Ii sentiunt animalia odores et necesse est ultimum inspirationis coniungi 
ultimo euaporationis, similiter necesse est in habente oculos debiles 
id solum uideri, ad quod terminatur radius uisualis; non autem ter- 
minatllr ad rem remotam uisui, sed ad idolum eius figuratum in me- 
dio; ergo radius eius uisualis terminatur ad aliquod, ad quod est 
1.30 impossibile terminari eundem, si res uisa fuerit remota". Unde 
imaginatur iste, quod radius uisualis uadat extra oculos et misce- 
atur ibi cum imagine rei, et sic fit ista perceptio idoli proprii uel 
alterius: ex quo alltem radius terminatur ad idolum et non ad rem 
uisam, tunc aliquando quis decipitur et iudicat idolum esse rem, 
1311 cuius est idolum. Sed tam Aristoteles, quam Witelo, quam etiaffi 
Alhacen et omnes a1ii perspectiuistae uolunt uisionem fieri intus 
suscip iendo, saltem hominem non habentem oculos luminosos; 
123. scilicet ] uidelicet E; quidam scilicet ,,0 1 ; quidam 0 8 . Robertus] Ruber- 
tus 0 1 ; Ropertus 0'; Rupertus BOl; Rupentus L. mouens] et intus(!) 0 8 . 
124. istam ] illam B; omo 0 1 . Et ] quod ,,0 1 . odorabilibus ] odoribus ,,()1L; odo- 
rationibus 0 8 . 125. sentiunt ] faciunt {JBOl; faciens 0'. animalia l alia B; aliam 
0'. odores ] E; omo 1'eliqui. et ] omo 0 1 0 1 . coniungi] coniungi (coniungi ultimo 
0 1 ; iniungi E) cum altero (alio 0 1 ; omo 08E) {JOI08E. 126. similitcr ] OIE; simi- 
liter ita L; ita. similiter ,,0 1 0 1 . pOBt est] quod B. habente ] habenti L. ocu- 
los debiles ] debiles oculos E. 127. id solum ] solum 01L; ad solum 0 1 ; ad 
Solem ,,01. uideri] uidere id L; uidente B; uidenti 01()10'. ad] om."OIOI. 
terminatur ] terminetur 0 1 . pOBt uisualis ] ad propinquum ,,0'0 8 . 127 -128. 
terminatur ] omo 0 1 . 128. uisui ] omo OIE. 128-129. sed... medio ] omo 0 8 . 
128. eius ] rei cuius est idolum E. 128-130. figuratum... remota ] et decipitur, 
cum iudica.t idolum rei esse rem cuius est idolum E (cfr. lin. 134-135). 129. 
ergo ] et ergo 0 8 . eius] cuius 0'; poBt UÎ8ualis transp. 0 1 ; omo 0108L. post 
uisualis ] debiliter uidcntis 0 1 . aliquod] aliquid 0 1 ; aliquod aliud L. ad] 
omo 0 1 . 129-130. est impossibile ] imp08sibile est ,,0108. 130. terminari ] 
terminare OlL. eundem... remota ] radium rei uisui (UÎ8um 0 1 ) remote OlL. 
uisa fuerit ] fuerit uisa. BOl; fuerit 0 8 . remota] remote 0 1 0 1 . 131. im8o- 
ginatur iste ] imaginantur isti (illi 0') ,,0 1 0 1 . uada.t] uadit OlL; uidet E. 
131-132. misceatur ] miscetur 0 1 ; commiscetur L. 132. ibi] omo ,,01. ista.] 
omo E. proprii ] omo 0'. 133-135. ex quo... idolum ] omo E. 133. idolum ] 
oculum B. rem] erx; aërem corr. B. 134. tunc ] tunc uisus L. aliquando] 
omo 0 1 . 134-135. quis... idolum ] fit deceptio ita, quod ibi non uid(\atur eS8e' 
alterius rei 0 8 . 134. quis d(\cipitur et] fit deceptio et quis (aliquis 0 1 ) BOl. esse] 
omo B. 135-139. Sed... ta1is ] Et con8imilem modum loquendi habent quasi 
omnes perspectiui. Aristotel(\s autem et 80Iüs (!) complures reprobant uisionem fieri 
extramittendo; ideo aliter dicendum, quod aër non reflectit et maxime talis E. 
135. Sed ] Sed tamen 0 1 0 1 ; Sed cum (cum Buper lineam add.) 0 1 . tam] omo 0 8 . 
135-136. Witelo... et ] omo 0 1 . 136. perspectiuistae ] per8pectiui ,,0 8 . uolunt] 
uolo L. fieri] omo B. 137. saltcm... luminosos ] omo 0 1 . pOBt 8altem ] 
propter B. hominem non habentem ] homo (!) non habentem 0'; hominum 
(omnium L) habf'Dtium /3.
		

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1410 


et ideo haec opinio taIDquam falsa dimittatur. Sed arguendum est 
praemittcndo primo, quid est aër non condensatus, et est talis, 
qui non est commixtus uaporibus, sed in naturali dispositione aëris 
de se diaphanus et clarus existens, per quem alia uisibilia suas spe- 
cies possunt multiplicare; et e conuerso erit de aëre condcnsato. 
ffiterius est notanduID: quid sit reflecti uel reflexio, manifestum 
est ex dictis, et quid requiritur ad reflexionem, et maxime, si tam 
figura quam color rei uisae per reflexionem debeant apparere uisui. 
Hoc etiam patet ex dictis et etiam ex Pcrspectiua. 
Istis praemissis sit prima conclusio -ista, quod radius uisna- 
lis potest reflecti ab aëre uniformi non condensato nec mixto uapo- 
ribus ad oculum uidentis existentis in medio rariori sensibiliter, 
quam sit aër, et hoc si aër sit superficiei tersae et politae. Hoc pro- 
batur, quia posito, quod OCl.ÙUS esset in igne uel in aliqua sphaera 
caelesti, tunc omnia, quae ad reflexionem requiruntur, concurrerent 


146 


1110 


138. tamquam ] tanta 0 8 . dimittatur] abmittatur(!) B; omittatur 0 1 . Sed 
arguendum est] Sed aliter igitur dico L; Sed arguendo 0 1 ; 19itur aliter (est aliter 
08) dicendum est (om. 08) ,,0108. 139. praemittendo ] presupponendo 0 8 . pri- 
mo ] omo 01L. quid] quod O.. et est] ita B. talis ] talis oor ,,08; oor 0 1 . 
140. commixtus ] permixtus BO'08; mistus E. uaporibus] E; omo reliqui. in] 
de 0 1 . dispositione] positione 0'. 141. de se ] de se et 0 1 ; de se inuisibilis est 
et E; omo 0 8 . et clarus ] omo E. existens] omo OIEL. suas] suam L; per 
suas 0 1 . 141-142. species ] omo L. 142. multiplicare ] multiplicari 0 1 0 1 . et] 
omo ,,0 1 0 1 0 1 . erit] uero est ,,08; est autem 0 1 . condensato] condensata 0 1 . 
143. est] omo EL. notandum] sciendum 0 1 . quid... reflexio ] quid sit reflexio 
uel reflectio E; quid sit reflecti et reflexio 0'; quid sit reflexio et quid sit (om. 0 1 ) 
reflecti et quid requiratur ad (om. B) reflexionem B0108; quod reflecti uel reflexio 
quid sit L. 143-144. manifestum est ex dictis ] manifestum enim est ex predictis 
E; omo 0 8 . 144. et... reflexionem ] omo BOIOI. et] omo OSE. 144-145. tam... 
color ] quam figura quod tam color L; tam color quam figura BOIOIOI. uisae] 
omo OSLo per reflexionem ] omo 0 8 . debeant] debeat E; debent L. uisui] omo 
0 8 . 146. Hoc etiam ] Hoc enim (etiam 0 1 ) totum (om. O.) ,,0 1 ; Totum illud 0 8 . 
dictis] dictis prius E; predictis 0 1 0 1 . et... Perspectiua] etiam ex Perspectiua 0'; et 
etiam (om. B) ex Perspectiua manifestum est BOl; et etiam per (om. L) experien- 
tiam (experientias L) 01EL; omo 0 1 . 147. Istis ] Istis ergo BOIOI; His E. 
praemissis ] uisis E. Bit] sit ista E. prima conclusio ] conclusio prima L. 
ista] omo 0108E. 148. non] et non E. mixto] commixto 08; misto E. 149. 
uidentis ] uidentem E. existentis] et existentis 01L; existentem E; pOBt rariori 
ponit 0 1 . 150. tersae et politae ] per se et (om. L) polite p; polite et terse E. 
151. quia] E; omo reliqui. oculus] omo 0 1 . in igne uel ] omo L. in aliqua ] 
in aqua 0 1 ; in aqua uel in p; in E. 152. tunc ] omo E. ad... requiruntur ] re. 
quiruntur ad reflexionem p. requiruntur] omo 0 1 . concurrerent] OIE; concu- 
rrunt p"OI.
		

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11\11 


ibi, ergo et talis reflexio, et uolo, quod cum colore et figura, licet 
non ita fOI'titer, sicut a corpore magis denso. 
Secunda conclusio: radius potest reflecti ab aë
e uniformi non 
condensato nec mixto uaporibus, si habuerit superficiem tersam 
et politam, ad oculum uidentis existentis in aëre puro et r3.I'O et 
impermixto. Ista consimiliter probatur, sicut et pI'aecedens con- 
clusio, et etiam patet, quia per talem reflexionem fit iris, ut uult 
Aristoteles in litera. Et refJecteretur sicut ab aqua, licet minus 
sensibiliter. 
Tertia conclusio, quam opinor esse tenendam, quod radius uisu- 
alis non potest reflecti ab aëre uniformi non condensato nec mix- 
to uaporibus ad oculum uidentis existentis in eodem aëre sine adiu- 
torio speculorum uel aliorum extrinsecorum, et hoc si oculus non 
sit luminosus. Ista probatur, quia ibi deficiunt ea, quae ad re- 
flexionem requiruntur, puta superficies tersa et densitas maior, 
et sic de aliis; ergo etiam deficit reflexio. Consequentia patet, quia 
deficiente causa deficit et effectus, et antecedens patet consideranti. 


160 


HIll 


153. ibi ] omo E. ergo et ] ergo etiam E; et etiam 0 1 ; et tunc ,,01; et OIL. 
taliB ] omo 0 1 . post reflexio ] etiam (om. ,,0 1 0 1 ) fieret (fit ,,0 1 ) in medio rariori 
fJ-yOl; eSBet 0 1 . pOBt figura] reflectatur yOl()l; que flectatur L. 154. ita ] tam 
,,0". fortiter] fortiter (formaliter B) posBet (potest O.) fieri a corpore illo (a cor- 
pore illo omo 0 1 0.) yOIOI. sicut] omo O.. 155. post conclusio ] quod a'. post 
radius] uisualis E. uniformi] uniforme L; omo E. non] omo BE; dei. 0". 
156. nec ] uel B0108; omo E. mixto] commixto Bal; misto E; moto 0 8 . 
156-157. sÏ... politam ] si habuerit Buperficiem politam et tersam E; Bi habebit 
terBam et politam Buperficiem O.; omo BO". 157. uidentiB ] uidentem E; omo 0". 
existentis ] existentem E. et raro et ] raro et E; et raro yOIOI. 158. imper- 
mixto ] impermiBto E; omo 0". IBta] Ista concluBio L; Ina B. consimiliter 
probatur ] probatur conBimiliter BOIE. et] omo 0108EL. 158-159. conclusio ] 
omo pyOI. 159. et ] omo L. etiam] omo a". patet... reflexionem ] sic E. 
patet ] omo PyO". quia] omo y0108. talem] istam 0". ut uult ] sicut dicit 
y0108; quia per talem reflexionem ut uult E. 160. reflecteretur sicut ] conieci; 
recte similiter fieret y0108; recte sicut OIEL. 160-161. licet... sensibiliter] omo 0 1 . 
162. opinor ] E; reor 0101L; credo yOI. 163. non (post uniformi) ] omo B. 
163-164. mixto ] commixto Bal; permisto E. 164. uidentis ] omo OIO"E. 
exiBtentis ] existentem E. 165. speculorum ] Bphera.rum E. 165-166. et... 
luminosus ] omo al. 165. hoc] omo OIEL. 166. Bit ] sit ita E. Ista ] IBta 
conclusio p; omo OIE. ibi] illa al; iBta a.; omo OIE. ea] E; illa 08; omo pyOl. 
166-167. ad... requiruntur ] requiruntur ad reflexionem 0 1 . 167. puta ] scilicet 
CI. tersa] terra (!) L. terBa... maior ] densa &ëriB (om. 0 1 ) et tersa yOIO". 
168-169. sic... deficiente ] ex quo deficit al. 168. allis ] singulis B. ergo] 
igitur y. ergo... reflexio J etc. E. patet] tenet ,,01. quia] omo B. 169. 
et (pOBt deficit) l etiam 0'; et etiam 08; omo E. et antecedens patet conside- 
ranti ] omo BOIO". et (pOBt effectus) ] et oculus (!) O.; omo OIL. patet] omo O.. 
conBideranti ] consideranB (!) O.; conBideranti uel intuenti E.
		

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			164 


170 


Ex quo patet, quod si oculus esset luminosus, quod radius uisualis 
oculi posset in medio comp
ehendi, licet non figura oculi. Et ideo 
catti et lupi habentes oculos luminosos possunt uidere in medio 
lumen suorum oculorum uel factum ab istis oculis; sed sic non est 
de hominibus et quibusdam aliis animalibus non habentibus oculos 
luminosos. Et etiam lynx uel alia animalia, ut aquila, 8i possunt 
quamplures imagines ui8ibles in medio comprehendere secundum 
figuram et colorem, hoc faciunt secundum quod sunt ibi in medio 
aëreo puro: cuius tamen nos latet ratio. 
Ad rationes principales et primo ad auctoritates. Dicitur enim 
de auctoritate Aristotelis, quando dicit: "Fit autem ab aëre" etc., 
quod Aristoteles dicit de refractione, quae bene fit ab aëre non 
condensato, quando radiu8 oblique incidens ueniat de medio den- 
siori uel rariori aëre. Sed tamen, quia uidetur mag:is dicere de re- 
flexione, quam de refractione, cum ait de idolo, quod uidebatur 


1711 


180 


170. quo] illo 0 1 . quod ] omo L. 171. oculi ] om. 0 1 . posset ] potest E. 
in medio comprehendi ] comprehendere in medio O'. non] non sub ')lOI; non 
sit sub L. ideo ] propter hoc ')10 1 0 1 . 172. catti et lupi ] catti uellupi ')lOI; lupi et 
katti 0 1 ; om. 0 1 . habentes] habentia 0 1 . habentes... luminosos] omo E. uidere] 
uideri 0 1 . 173. lumen] lumine E. suorum oculorum ] oculorum suorum B. uel... 
oculis ] omo BO'. uel factum ] uel facto E; reflexum pO.. istis ] illis E. 174. de ] 
om. B. 174-175. et... luminosos ] do quibus est questio E. 174. et ] et de O'. 
habentibus ] habentes O.. 175. Et ] omo ')IO'E. etiam] etiam si E; ideo p. 
lynx] lux E. uel] et POI01; omo B. ut] sicut OIOIL. si] O.; omo reliqui. 
176. quamplures ] pOl01; plures B; omnes 0' (f) E. uisibiles] EL; uisuales 0'; 
Dm. BOI0101. 177-178. hoc... puro] omo 0 1 0 1 . 177. hoc... quod] sicut p')l. sunt 
ibi ] ibi sunt E; om. BOl. 178. puro ] omo pO'. cuius... ratio] cuius (que 
L; om. ')IOI(P) tamen nos (ratio L; oculos O.) latet ratio (hoc BOI0'; nos L; 
omo OC) p')1010'; sed hoc non (!) latet E. 179. principales] E; Dm. reliqui. et] 
Ad prim am 0 1 ; omo L. auctoritates] auctoritatem O"E. 179-180. Dicitur... 
auctoritate ] om. E. 179. enim ] et O'. 180. quando dicit ] om. E. Fit autem ] 
quo reflexio fiat 0 1 . etc.] om. 0 1 . 181. quod ] dico (ad hoc dico E; dicitur 
0 1 ; dicit 0 1 ), quod 01010'E; dico L; om. B. Aristoteles ] ipse L; om. B. dicit ] 
intelligit (f) 0 1 . bene] omo O'. non] ipso 0 1 ; on
. O'. 182. condensato ] 
condensato ipso L; densato B. quando] si E. incidens ] incidat E. ueniat] 
uenit L; ueniens E; pOBt densiori 0 1 . de] a E. 183. uel rariori aëre ] ad rarius 
(medium rarius 0 1 ) uel de rariori (raro 0 1 ) ad densius (medium densiU8 0 1 ) ')10 1 0'. 
tamen... dicere ] quia tamen Aristoteles uidetur dicere magis 0 1 . quia] quia 
Aristoteles 0 1 ; om. OIL. ma.gis dicere ] dicere E; dicere Aristoteles magis ')1; 
plus loqui 0 1 . 183-184. pOBt reflexione ] magis E. 184. de ] omo 01L. cum 
ait] cum agat B; cum ipse dicit O'; qiua addit E. 184-185. quod... ambulan- 
tem ] om. 0 1 . 184. uidebatur ] uidctur OIEL. 


--
		

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			165. 


1811 


praecedere ambulantem, dicitur, quod hoc Aristoteles loquitur 
secundum fabulas illius hoc Bibi referentis, qui in hoc est deceptus. 
Vel aliter dicendum est, quod Aristoteles loquitur secundum opi- 
nionem antiquorum, uolentium uisum fieri extI'amittendo radium 
ab oculo; et patet bene, quod hoc est contra Aristotelem et contra 
meliores perspectiuos, nec esset rationabile, quod radii uisuales 
ab oculis nostris exirent per totum medium usque ad caelum, quando 
uidemus ipsum. Licet tamen magister Rogerius Bacon in sua Perspec- 
tiua uelit uisionem fieri per speciem oculi se commiscentem cum 
specie rai uisae in medio, sed tamen hoc non uidetur uerum, saltem 
de oculis non luminosis, quia oculus existens in tenebris, ubi non 
faceret speciem, non posset uidere unum luminosum remotissimum, 
puta stellam caeli, cum esset in puteo profundo, quam uidere posset, 
si eSBet in aëre, ubi species oculi misceretur cum specie ipsius stellae: 
et ideo hoc non uidetur ualere. Et si diceretur: "Quare ergo ille 


1110 


196 


185. ambulantem ] om. E. dicitur ] dicitur ergo L; dicendum OIE. hoc... 
loquitur ] loquitur Aristoteles ,,0 1 ; Aristoteles ibi loquitur E; ipse loquitur 0 1 . 
186. fabulas ] falsas fabulas L. illius... referentis ] ilIius hoc falsum referentis E;. 
istiu8 fal8um referentis 0 1 ; i8tiu.s, qui falsum retulit Aristoteli L; ip8Ïu.s (illiuB 0') 
qui (quid 0') 8ibi (ei B) hoc (ob 0') retulit (repulit ca) "CICI. qui... est deceptus] 
omo OIL. qui] et qui CI. in hoc] om. E. est deceptu.s ] ,,; deceptu8 est 0 1 ; 
decipiebatur E; decepit Aristotelem 0 1 . 187. dicendum est] dicendum B; dico E. 
loquitur ] loquatur 0 1 . 187-188. opinionem ] intensionem (!) et opinionem B. 
188. uolentium ] ponentium E; qui dixerunt 0 1 . ui8um ] uisionem CI. 188-189. 
radium ab oculo] om. 0 1 . 189. et ] et hoc 0 1 . patet] manife8tum est E. bene J 
om. C1EL. hoc] om. BCI. 189-190. et... perspectiuos] et contra omnes per8pec- 
tiuos meliores 0 1 ; om. E. 189. contra] omo ,,0 1 . 190. perspectiuos ] perspec- 
tiui8tas p. 190-199. nec... ualere ] sicut bene patuit prius CI. 190. esset ] est 
0 1 ; hoc est E. rationabile] rationabiliter Cl. quod ] quia E. radii ] omo E. 
uisuales ] omo 01EL. 191. ab... exirent] exirent ab oculis nostris ,,0 1 . nostris] 
meis E. exirent ] aliquid procederet E. per ] ad OlE. medium u8que ad ] omo 
OIE. usque] omo L. 192. uidemu8 ] uideremu8 p". pOBt ipsum ] celum p". 
magister ] om. B. Rogerius] E; Rudigerus "Cl; Rudgeru8 CI; Ruddigerus L. 
Bacon] BcripBi; Bachem 0 1 ; Bathewim L; Lacon B; Laton C'; Alacen E; om. CI. 
192-193. sua Perspectiua ] Perspectiua sua E. 194. tamen hoc] tamen E; hoc B;. 
hoc tamen L. uidetur] uidetur e88e p; est E. 195. quia ] patet quia E. 
tenebriB ] tenebra E. ubi ] om. 0'. 196. Bpeciem ] speclùum 0 1 . non] E;. 
per quam ,,; om. pCl. uiderc] uideri CI. unum luminosum ] luminosum 
unum". 197. stcllam ] stellas". esset ] C1E; tali8 oculus esset p; eS8et talis 
oculus". puteo profundo ] profundo puteo OlL. uidere ] E; uidere non reliqui. 
198. misceretur ] C1E; miscerentur p". specie ] speciebu.s p. ipsiu.s ] om. EL. 
stellae ] omo E. 199. et ] om. EL. ideo] om. B. non] om. 0'. si] sic 0 1 . 
199-202. Quare... dico. quod ] quod iste non uidis8et se continue, ubi fui8set, uel 
saltem non sibi apparuisset sic - dicitur, quod E. 199. ergo ] hoc ita CI. 
ille ] iste pC101.
		

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200 


dixit sic continue, quod uidisset, quia certum est, quod non sic 
dixisset, nisi sic fuisset, uel saltem non apparuisset sibi sic fuisse Y" 
- dico, quod uerisimilius est, ut puto, qllod propter infirmitatem 
et propter forteffi imaginationem, quam habuit super illo, quod 
uideret imaginem suam ante se, hoc sibi apparuit, sicut in somniis 
apparet hominibus, quod aliquid uideant, licet tamen nihil uideant- 
sicut etiam accidit uigilantibus phreneticis et aliis habentibus amo, 
rem hereos, qui fortiter imaginantur de amica sua et credunt se cam 
uidere, quando tamen non uident; et multis aliis melancholicis, 
habentibus usum rationis, accidunt consimilia propter humores 
melancholicos ad cerebrum ascendentes. Nam nobis omnibus apparet, 
si decies uel uigesies uelociter circuamus et tllnc quiescendo et utendo 
ratione optime quieta si respiciamus parietes uel aliqua alia, tunc 


206 


210 


200. dixit ] dicit 0'; om. 0 1 . sic] quod 0 1 ; om. BOl. 200-201. quod 
uidisset... saltem non] om. 0 1 . 200. quod ] quod ita (ista 0") P1'; ita 0". quia] 
etiam L. est] sit L. quod] quod si E. 200-201. sic dixisset ] BOl; ita 
dixisset 0"; dixisset sic L; sic fuisset O'E. 201. nisi] PBO"; non O'E. fuisset] 
pB; uidisset OiE. fuisset... fuisse] sibi apparuisset 0". saltem... sibi] saltem sic 
continue sibi apparuisset L. saltem] om. B. non] Dm. 1'01. sibi] ei B. 
202. quod uerisimilius... puto ] om. 0". uerisimilius] uerisimile pB. puto] 
puta BOl. quod] BcripBi; quod iste 01EL; qllod ille 1'01; quod iste forte 0 1 . 
203. et ] uel 0 1 . propter] omo BE. 203-204. quam... ante se ] om. 0". 
203. ilIo ] illum 0'; ista 01L. 204. uideret ] uiderat L. suam] omo BOIL. 
hoc sibi apparuit ] sibi hoc (om. 0 1 ) apparuit OIL; non quod sibi apparuerit E; 
forte accidebat ubi istud recte 0 1 . 205. aliquid ] aliquem 1'01. tamen] tamen in 
rei ucritate 0 1 . 206. sicut ] sic pyOI. uigilantibus phreneticis ] 0 1 ; uigilibus 
freneticis B; ueloa bu , freneticis 0'; homillibus uigilantibus frenetÏcis 0"; uigilantibus 
frequentius 0 1 ; uigilantibus L; freneticill uigilantibus E. aliis] aliis hominibus 0"; 
alias fortiter imaginantibus et L. 206-207. habentibus... hcreos ] amantibus E. 
207. hereos ] BcripBi; ereus 0 1 (uide Bupra p. ]45, lin. 102. [Ofr. Appendice II, nota 
103]); mulierum yOIO"; om. L. qui] quem 0 1 . qui... imaginantur ] om. L. de 
amica sua] de sua amica O"O'L; de amica 0 1 ; amicam B. et] om. L. se] om. OIE. 
207 - 208. eam uidere ] eam quandoque uidere L; uidere eam 0 1 . 208. quando ] 
qllamuis B; quam OIL. uident] uiderent B. et] et in E. 208-209. multis... 
consimilia ] sic multa talia accidunt ho minibus propter infirmitates uel 0 1 . 208. 
melancholicis ] melanchoIüs 0 1 ; insanitates y. 209. usum ] ut usum y. pOBt 
rationis ] non consequantur y. accidunt] quibus accidunt E. 210. melancholi- 
cos] melancolicos et insanientes 0 1 ; insanientes 0"; insanos y. ad cerebrum ] omo E. 
Nam] Nam aliquando L. nobis ] omo E. omnibus] om. OIL. apparet ] omo 0". 
211. si ] quod si E. decies... circuamus ] uelociter circuamus decies uel uigesies E; 
multociens circueamus apparet 0 1 . uigesies] uicesies L. uelociter circuamus ] 
uelociter circueamus BL; circuiamus uelociter 0 1 . 211-212. et... tunc quieta] 
omo 0". 211. ct (ante utendo) ] om. OIOIL. 212. optime quieta ] optima et 
quiete p; opportuna et 'luiete B; optime quiescentia E; optima quiesco 0', 212- 
213. si... no bis ] respiciendo E. 212. respiciamus ] inspexcrimus 0". parietes] 
parietem 0". 212-213. uel... motos] quod circulariter moueatur 0". 212. ucl 
aliqua alia ] O1n. L. . tunc] om. BOIL. 


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215 


illa nobis apparent circularite}' moueri propter hum ores sic motos. 
Sic etiaill propter aliquem humorem Antiphontis in oculis uel in 
phantasia uel in sensu communi potuit apparere sibi imago, quando 
ambulauit. Et optimum remedium contra tales humores melancho- 
licos est laetari et solatiari in locis secretis et non imaginari de dia- 
bolo, sicut dicit Wite
o in tractatu suo De natura daemonum. - 
Adhuc etiam dicunt alii aliter, scilicet quod propter infirmitatem 
istius Antiphontis aliqui uapores exibant ex oculis eius condensan- 
tes aërem et etiam planantes sic, quod imago eius poteI'at uidcri 
super talem aërem condensatum. Sed hoc non uidetur uerisimile, 
quod tot humores exiuissent de oculis ipsius, quando ambulauit 
per campum, quod replcretur totus ille locus, quia ipse manibus 
disposuisset uel etiam conunouisset ita tales uapores, quod sihi 
sua imago non apparuisset. 


220 


225 


213. illa ] iBta B; omo OIL. nobis apparent] apparent 1l0biB {JB. circulariter 
moucri] moueri circulariter L. humores] uapores B. 214. Sic] Et Bic 0 1 ; sicut E. 
pOBt etiam ] apparet 0 1 . . propter... uel ] de Antiphonte potcst dici, quod propter 
humorem, qui fuit oa. aliquem humorem ] alium humorem E; aliquem uapo- 
rem ue] humorem B; humorem aliquem 01L. Antiphontis in OCuliB ] in oculiB 
Antiphontis yOI. uel] om. E. 214-215. uel... apparere ] ipsiuB apparuit 0 1 . 
215. communi ] OIOIL; omo yE. apparere Bibi ] apparere ei L; Bibi (ei B) ap- 
parel'e BOl; apparere OIE. quando] quando ipse E. 216. ambulauit ] ambula- 
bat {JOIoa. optimum] operatus est E; omo oa. remedium] om. E. 216-217. 
hum ores melancholicos ] melancholicos 0 1 ; melancolias L; insanias 0'; inBanies 
Boa; melancolias seu inBanies QI. 217. est laetari et] om. E. et... secretiB] 
omo 0 1 . 217-218. de diabolo] de diaboli 0 1 ; nec in locis secretis eSBe 0 1 ; om. E. 
218. Bicut ] ut E; de quibus 0 1 . dicit] pOBt daemonum 0 1 ; uult E. in... 
daemonum ] yOloa; de natura in tractatu demonum 0 1 ; in tractatu priUB allegato 
E; om. L. suo ] omo 0 1 . 219. Adhuc] Ad hoc E, etiam ] om. E. dicunt a1ii 
aliter] OIL; a1ii aliter dic.unt yOI; aliter dicunt a1ii E; aliter a1ii dicunt 0 1 . Bcilicet] 
Bic 0 1 ; om. OIOIEL. 220. iBtiuB ] ipBius 0 1 ; iUius 0'; om. E. Antiphontis ] omo 
OIL. exibant ] exiuerunt {JyOB. ex oculis ] BMipBi; oculum E; oculos reliqui. 
eiuB ] om. E. 221. et ] omo BO"L. etiam ] om. Boa. plunantes ] planetaB E; 
prolauantes 0'; om. Boa. imago... uideri ] poterat uideri imago eiuB E. pOBt eiuB ] 
Bic yOloa. 222. super] per E. pOBt aërem ] sic 0 1 . ueriBimile ] simile 0'. 223. 
quod ] quia OIE. humores] uapores E. exiuissent] extramisiBsent E; potuiB- 
sent exiuiBBe 0 1 . ùe oculis ipBiuB ] om. E, ipsius ] illiuB 0'; eius oa. 223-224. 
quando... campum ] om. 0". 224. quod ] et L. repleretur ] inde 0 1 . ille ] om. 
0103EL. 10cuB ] tantus (!), pcr quem ambulabat, repletus fuiBBet 0 1 . quia] etiam 
E. ipBe manibus ] iste manibuB OIL; ipse percepisBet immo tales uapores et muni- 
bus oa; manibuB ipBe E. 225. diBpoBuiBBet ] dcpoBuiBset {JB; amouiBBet E; omo 
ca. 225-226. uel... non l illos uapores uel commouiBset ita nulluB E, 225. uel 
ctiam ] sic 0 1 . commouiBBet] conueniBset 0'; conueniBBet et commouiBBet B. 
ita ] omo B. 225-226. ita... apparuisset ] quod ratione tortuositatiB ex tali com- 
motione generate non potuisset ita BenBibiliter imaginem representaBse oa. 225 - 226. 
sibi Bua imago ] senBibiliter Bimiliter imago sua y. 226. non ] O1n. 0 1 . 


12 - A. Blrkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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Ad aliam auctoritatem in commento \Vitelonis dicendum est, 
quod si propter ophtalmiam uel propter aliquid aliud apparet ali- 
cui, quod uideat imaginem suam in aërc grosso ante se, hoc non 
230 erit sic, quod imago sit extra, licet appareat esse extra. Et ptiam 
Witelo habet eundem modum loquendi, quoù uirtus uisiua pro- 
pter debilitatem organi debilitatur sic, quod non potest penetrare 
aërem uel densitatem aëris; sed illud est falsum, ut patet per eundelll 
in libro III. conclusione 58, ubi dicit: "Impossibile est uisum rebus 

36 uisis applicari per radios ab oculis egressos". Et quando dicit de 
quodam sibi noto, qui cum ambulasset circa aquam etc., dico, quo(l 
uerisimilius est, quod hoc fuerit ex forti imaginatione uel timore 
talis - quia non uidetur, quid sic poliret aërem et quomodo III 
tenebris imago talis l'eflecteretur et non a marmore bene polito ue1 
2410 etiam in aëre obscuro; et etiam iste timuit, quando fuit iuxta aquaB 


227. in... Witelonis ] Vitulonis (Vitalonis B) in commento suo (om. B) BE; 
Vitalonis C". est] om. "E. 228. quod ] omo L. si] licet C". propter ophta- 
lmiam ] semper E. ophtalmiam] optaniam C.; oportatiua B; condensatio- 
nem L; condensationem uel opacitatem 0". propter] omo 0 1 . aliquid] omo 
CIL. aliud] om. OIE. apparet] appareat 0"; appareret 0 1 0 1 ; apparuerit E. 
229. uideat ] uiderit E; uiderat O., 229-230. hoc... extra] tunc (tamen B; 
tum C.) non sic (sit 0') imago apparet (appareret 0 1 ) extra ,,01; tamen sic non est 
0 1 . 229. hoc] BcripBi; sed hoc 0 1 ; secundum hoc L; quod hoc E. 230. erit ] 
at 0 1 . licet... esse] E; appareat licet sit (extra 0 1 ) 01L; licet appareat (appa- 
ret ,,) ita esse "C"; licet sit 0 1 . extra] pE; existat 0 1 ; omo "CI. Et] om. L. 
etiam ] ibidem E. 231. post Witelo ] ibidem ", habet] habuit pCI; habct ibi 
CI. eundem] pOl; om. "c"E. quod] scilicet quod 0 1 . 231-232. propter... 
organi ] in tantum 0 1 . 232. debilitatur ] debilitetur 0 1 . sic] omo 0". potest] 
posset 0 1 ; potest sic ,,01. 233. aërem ] omo 0 1 . uel ] per 0 1 . densitatem] 
densationem 0 1 . sed illud ] sed hoc 0 1 ; et idem E. est falsum ] falsum est L. 
233-243. ut patet... conclusionibus ] quia declinat et sonat ad hoc, quod uisio fiat 
extramittendo. Et sic breuiter dicatur, si alicui apparet quicquam tale, dicatur quod 
non sic fit, sed quod sibi sic apparet ratione timoris uel mirabilis fantasic (t), 
sicut pluries contingit, quando homines sunt soli, quod ex nimio timore credunt, 
quo aliquid uideant, licet tamen nihil sit 0 1 . 233. per eundem ] om. "cI. 234. 
in ] omo L. conclusione 5& ] commento 4 0 PO'; 4 to commento B; 50 XO 0 1 . 
234-235. uiBum... ui8Î8 ] uÏ8is rebu8 uisum B. 235. applicari] applicare p", per] 
om. E. oculis] oculo 0 1 0.. quando] cum E. 236. quodam... circa ] eo qui 
transiuit E. sibi] ei B. qui] quod 0 1 . etc.] omo pE. dico] fuit E. 
quod ] om. O.E. 237. est] om. E. hoc J omo E. fuerit ] fuit CI; fuerat L. 
ex ] Dm. OIL. forti] om. OIEL. 238. taliB ] etc. 0 1 ; om. p. quia] quem B; 
qui 0'. uidetur... aërem l uidet, ut si per politum aerem 'JI. quid] quis E. 
sic] 8010 E. poliret] omo E. aërem ] aëre E. et] et mirandum eSBet (est 0 1 ) 
')ICI. 239. imago... reflecteretur ] reflecteretur imago E. talis ] taliter L; sic CI. 
a marmore ] ab arbore ". polito ] pollitur 0'. 240. etiam ] quomodo hoc fieret 
')1; quomodo fieret hoc 0 1 ; om. E. et] om. pOIC.. etiam] om. EL. iste J 
ille ')1. quando fuit ] omo L. iuxta] circa CI; super E. aquas] aquam B. 


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et non quando fuit in campis. Aliter potest dici, quod in aëre denso 
esset possibile, sed non in aëre non condensato, sicut dictum est 
in conclusionibus. 
Ad aliud, quando dicitur ibidem de circulis apparentibus circa 
candelas in hieme, dico, quod hoc potest esse, quod lumen candelae 
sic reflectatur in aëre condensato uel quod refrangatur; sed tamen 
non apparet ibi figuraliter, sicut oporteret, si uideretur facies. 
Ad aliud, quando dicitur in tractatu De natura daemonum, 
etc., respondetur, quod, ut ibi apparet, auctor utitur isto modo 
loquendi et ista opinione, quod uisus fiat extramittendo, quae est 
falsa. Et quando dicitur de isto milite Kathone et de lupo tam alto, 
ut arbores, dicendum est, quod si ita fuit, hoc non accidebat prop- 
ter reflexionem radiorum, sed magis, quia illas 3.I'bores et nemus 
et lupum, magis propinquum, sub eodem angulo uel aequali uidit, 
uideli cet causato in ocuIo, etiam peq>endere distantiam inter lupum 
241. cam pis ] campo 0 1 . potest dici ] dicetur E. 242. esset ] est y. non] 
omo E. in] de L. condensato] densato B; condensato non E. sicut] ut E. 
243. conclusionibus ] que8tionibus BOl_ 244. aliud ] aliam E; aliam dicitur B. 
quando ] quod L; om. 0'. dicitur ibidem] ibidem dicitur 01L; dicitur idem E; 
dicitur 0 1 . 244-245. apparentibus circa candelas ] circa candelas apparen- 
tibus B. 245. candelas ] candelam L. in hieme ] eto. E; Dm. 0 1 L. dico] 
dicendum E. hoo ] hoc non E. p08t esse] propter hoc ,,01. candelae] candela 
0 1 . 246. sic ] omo 0 1 . reflectatur] reflectitur O'O-. in] super 0-. aëre] 
uapore 0 1 . condensato] condensatur 0 1 . uel quod refrangatur ] Dm. 0 1 . 
quod ] si E; om.O l L. refrangatur] refrangitur 0 1 . tamen ] cum L. 247. non] 
om. 0'. apparet ] appareat L. ibi figuraliter ] ibi figura 0 1 ; ibi imago figurata 
E; figuraliter ibi 0 1 . sicut] quod tamen (30 1 0-. oporteret ] oportet E. 248- 
289. Ad aliud... non esset ] Et sic breuiter si quidquam allegatur de talibus 
experientüs, quod aliquid uidissent homo (!), uel hoc diligatur (!) semper ad solu- 
tionem pretactam, scilicet quod ex debilitate uel fantasia uel aliquo tali modo 
eis oontingat 0 1 . 248. Ad] Et sic ad B. aliud] aliam E. De natura ] om. 
OIE. 249. etc. ] omo (3BE. respondetur ] dicendum E; om. 0 1 . quod] om. L. 
ut ibi ] ibi (ibidem L) sicut 01L; omo E. apparet] omo E. auctor] BcripBi; 
auctor sic ')101; Aristoteles E; omo OIL. utitur ] in L. isto] illo (3. 250. et.] 
de E. ista ] illa (3; om. E. quod ] scilicet (uidelioet B) quod ')101. uisus fiat ] 
fiat uisus L; fiat 0 1 . quae ] quod 0 1 . 250-251. est falsa ] falsa est EL; est 
falsum 0 1 . 251. post Et ] etiam ista historia uel potius fabula appellanda., ut 
exposita (!) est prius. Sed E. dicitur] dicit EL; omo 0 1 . isto] illo O.L. 
Kathone ] BcripBi; Catholico E; Hamante 0 1 ; omo (3')1. et] omo OIE. 251-252. 
tam... arbores ] etc. E. 251. alto ] alte 0 1 . 252. est ] omo E. si] omo 0 1 . 
fuit] fuerit ')1; fuerat 0 1 . hoo] hoc tamen ')101. non a.ccidebat] non accidit E; 
accidebat non O'O'. 253. radiorum ] omo E. illas] istas 0 1 ; uidit ')101. 254. et 
lupum ] lupum 0 1 ; et lupum esse yOI. propinquum] propinqua ')1. uel aequa- 
li ] uel sub equali (3; uel equali angulo 0 1 ; om. E. uidit ] omo O.. 255. uideli- 
cet... etiam ] L; uidelicet tantummodo etiam 0 1 ; in oculo uel equaliter non E; 
causato in oculo quod 0 1 ; tracto (centro B) etiam oculo (oculus eius B) ')1. per- 
pendere ] perpendendo E; perpendere non potuit ,,01. 255-256. distantiam... 
nemus] differentiam inter lupum et nemus L; inter nemus et lupum differentiam 0 1 . 


24111 


250 


2115
		

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			170 


260 


et ne mus non potuit propter obscuritatem; et quia quae sub aequa- 
libus angulis uidentur, ista apparent aequalia, ut patet in primo 
libro De aspectibus et etiam per Witelonem in IIIo Perspectinae - 
sicut etiam Solem et Lunam sensuali iudicio aequales iudicamus, 
quia sub aequali angulo corpora istorum uidemus, non perpendentes 
distantiam inaequalem -: ideo potuit lupus apparere aequalis 
nemori et digitus monti absque refractione radiorum uel reflexione. 
Sed dum lupus magis approximabat, iste incepit perpendere dis- 
tantiam, et tunc apparuit Bibi lupus minorari uel esse minor. Et 
propter hoc mathematici sunt multum commendandi, quia tales 
fatuitates hominum possunt corrigere. Et similiter uuIt AIhacen 
in III. Perspectiuae. Et quando dicitur de expositoribus, dicendull1 
est, quod ipsi fuerunt contenti in experientia istius fabulosi et fal- 
sidici, quamuis ita non esset. 
Deinde respondeatur ad rationes. Ad primam, CUln dicebatur: 
"Imago rei reflectitur" etc., respondetur, quod possibile est, sed 
hoc non esset sensibiliter in superficie aëris, quando est ad medium 


285 


'170 


256. non potuit ] Bic non potuit OIL; Bicut nec patuit E; omo yOI. et] 
etiam L. 257. angulis uidentur ] uidentur apparent (!) angulis E. iBta] illa 0 1 ; omo 
OIEL. apparent] inter se E. ut ] sicut L. patet ] apparet y E. in ] om. E. 
257-258. primo libro ] principio libri 01L. 258. ante De ] Euclidis E. et ] om. L. 
etiam ] om. E. in IIIo ] III sue E. 259. sicut ] sic y; Bi 0 1 . etiam ] et E; 
om. 0 1 . aequaleB iudicamuB ] iudicamuB equales E. 260. aequali angulo ] equa- 
libus anguliB E. istorum] eorum L; illorum 0'. uidemus] uidentur B. per- 
pendentes ] perpendendo PEi perpendere 0 1 . 261. diBtantiam inaequalem ] diB- 
tantiam inter talem 0 1 ; distictionem mentalem P; inequaliter diBtantiam ilIorum y. 
ideo ] et ideo 1'0 1 0 1 . 262. absque] sine E. reflexione ] reflexionem 0 1 . 263. 
dum ] dummodo BOl. lupuB] omo L. approximabat] E; appropinquabat 
C 1 0I; appropinquabat uel approximabat L; approximauit 0'; appropinquauit B. 
iBte ] ille pB. incepit ] percepit 0 1 . 263-264. diBtantiam ] differentiam (:J. 
264. apparuit ] apparet L. sibi lupus J lupuB sibi E; lupus B. minorari uel ] 
minor uel L; omo OIE. eBse] omo E. 265. propter hoc ] propterea yL. IDa- 
thematici ] mathematice scientie EL. multum] multipliciter E. commendan- 
di ] commendande EL. quia] qui CI; quod 0'; ideo quod L. 266. hominum ] 
om. CIO'. similiter ] cOllBimiliter E. uult] uult hoc L; hoc uult 1'01. 267. Et] 
omo 0 1 . dicitur] dicit (:JOIE. 267-268. dicendum est] dicitur E. 268. ipBi] 
ilIi CI. contenti] contenti uel coufusi E. in] cum 0'. istius ] E; ipBius CI; 
huius L; illius 1'01. fabuloBi] fabule E; fabulose B. et] om. OIE. 268-269. fal- 
sidici] falBe fabulantis (:J; falBe supradicte L. 269. quamuis ] cum E. ita non] non 
Bic E. eBBet] fuit L. 270. Deinde ] yO.CIV; om. 01EL. reBpondeatur] reB- 
pondetur 0 1 ; om. 01EL. ad rationes ] yOlLV; ad rationes principales 0 1 ; omo OIE. 
prim am ] primam rationem OIE. cum dicebatur ] cum dicitur 01L; om. E. 
271. rci reflectitur ] om. E. etc.] omo 0'0 1 . respondetur] (:J; dicendulli E; 
omo ay. quod ] omo ayOl. sed] et si ita est (est ita CIO') yOloa. 272. hoc ] 
istud a; illud L; id C'. eBBet ] erit E; est 1'0.0 1 . in... aëris] a superficie aëris 
E; in superficie y; om. 0 1 . est ad medium] est aliud medium aL; medium est E. 


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275 


densius, sed bene contingit in superficie ipsius aquae extrema. 
Ad improbationem, quando dicitur: "Eadem ratione quaelibet 
alia pars aquae l'eflecteI:et" etc., conceditur, si quaelibet sit diuisa. 
ab alia et habeat superficiem distinctam; sed sic, si sit unum 
continuum, non apparet. Et si diceres: "Eodem modo diceretur 
de superficie aëris extrema, quod etiam sic reflectat" - dico, quod 
possibile est, sed hoc non est sensibile sensibus existentibus in eodem 
aëre propter corpora colorata terminantia aërem, quae uidentur 
pe.r ipsum. 
Ad aliam, de lumine, dicitur, quod non sequitur, quia non su- 
mitUl' hic l'eflexio, nisi solum pro ista reflexione, qua ostenditur 
color. Et si ista non fieret, non sequitur PI'opter hoc, quod non 
fiat multiplicatio lucis. 
Ad tertiam: "Tunc diaphaneitas aerlS impediret" etc., conce- 
ditur, quod diaphaneitas impediret cum aliis concurrentibus, et 
non sic est in aqua. 


280 


2811 


273. sed ] sicut B. bene] om. E. contingit] aEL. in ] a E. 274- 
275. quaelibet... reflecteret ] omo L. 274. qua.elibet ] omo E. 275. alia ] om. 
')IC'Ol. aquae ] om. OIE. reflecteret] om. E. etc.] omo BOIOl. concedi- 
tur ] concedatur a. 275-276. quaelibet... et ] omo E. 275. quaelibet] quelibet 
pars 0 1 . sit] esset sic 0 1 ; om. aL. diuisa] diuersa 0 1 . 276. et ] esset et L; 
ita quod 0 1 . habeat] haberet OlEL. distinctam] diuisam E. sed] et 0 1 ; 
nec 0 1 . Bic] omo aL. 276-277. sL.. continuum] BcripBi; si sit (sio V) unum 
continetur a; si unum continetur in alio L; est de continuo 0 1 ; in uno continuo E; non 
esset unum continuum ')101. 277. non] omo ')10 1 0 1 . apparet ] E; oportet aL; omo 
')10 1 0 1 . Et si ] Et sic aO'; Sic p; Sed B. diceres ] omo ap. diceretur] dicitur E. 
278. superficie] superficie ipsius B. quod... reflectat] omo CI. quod ] que CI. 
etiam sic] sic etiam E. dico ] dicendo B. quod] quod hoc B. 279. hoc ] om. B. 
est] esset E. sensibile] sensibiliter E. 279-280. existentibus... aëre ] humanis 
E. 2711. existentibus] exterioribus CI. 280-281. propter... ipsum ] omo 0 1 . 
280. colorata ] omo 0 1 . aërem ] aërea ')1; aërem terminant (!) L. 282. de lu- 
mine] "Si non, tunc (non) fieret" E. quia] et quod p. 283. nisi ] taliter 
sed CI. ista] illa BOl; omo 0 1 . ostenditur ] uidetur yOl()l. 284. color ] color et 
figura CIE. 284- 285. Et... lucis ] aEL; Et si illa non fiat, non sequitur, sed per 
(om. B) bene probatur, quod in aëre non condensato fiat multiplicatio lucis (ho- 
minis B) ')1; Et si ita non fieret, non sequitur propter (!), quod in aëre non 
condensato fit multiplicatio lucis 0 1 ; Modo argumentum bene probat, quod in 
aëre non condensato fit multiplicatio lucis 0 1 . 284. si... fieret ] omo E. 286. 
tertiam ] aliam E; tertiam quando (cum 0 1 ) dicitur pOl. Tunc ] Aut E; quod 0 1 . 
aëris impediret ] aëris hoc impediret 0 1 ; om. E. etc. ] OIE; om. t'eliqui. 286- 
287. conceditur ] concedatur 0 1 . 287. diaphaneitas ] ')1; diaphaneitas aëris 0 1 ; 
ipsa 0 1 ; om. a EL. impediret] sic E; una 0 3 . aliis] causis allis E. 288. non 
sic est ] 0'; sic non esset BC 2 0l; non sunt (scilicetf L) tot (ut a) cause (esse LV; 
omne 0 1 ) aEL. in aqua ] omo a.
		

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2110 


Ad quartam: "Si aliquis oculus esset in igne" etc., conceditur, 
sed negatur, quod alia media non impediant et quod non minus 
oculo existente in aëre, quam in medio rariori. 
Ad quintam: "Imago" etc., conceditur totum, et si ibi esset 
reflectens densius aëI:e, posset sensibiliter totum uideri. Etiam si 
aliqua animalia, sicut lynx et huiusmodi, possunt uidere uel uisus 
homimun in statu innocentiae et glorificatorum corporum, de hoc 
nihil scimus etc. 
Et sic patet quaestio. 


295 


289-291. Ad... rariori ] omo O.. 289. quartam ] quartam, cum dicitur 01. 
aliquis ] E; omo reliqui. esset in igne ] est in igne L; omo E. etc. ] omo 01. 
290. negatur] negetur B. quod] E; omo '1'eliqui. 291. aëre ] aëre densiori OIE. 
quam ] quod L. medio] addidi; om. codd. omneB. 292. "Imago" etc. ] E; om. 
'1'eliqui. totum] totum prodium (!) B. ibi] om. 0 1 . 293. reflectens densius ] 
E; reflexio (reflexao 0 1 ) densior (densius 0') aO'L; reflexio a densiori BOIOI. 
posset ] potest OIE. sensibiliter] sensibile E. uideri] uidere BOl. Etiam] 
yOIV; Et OIO'EL. si ] sic L. 294. aliqua] E; alia reUqui. et] om. L. huiu8- 
modi ] similia E. pos8unt] p088int V. uidere] uideri 0 1 . 295. et... cor- 
porum ] B; uel glorificatorum corporum E; et corporum glorificatorum 0 1 ; et glo- 
rificatorum corpora (forte 0 1 ) aO'; 8cilicet glorificationis, quando Corpora de hoc 
seculo sunt exuta p. 295-296. de hoc... scimu8 ] EV; et de hoc nihil scimus p; 
in hoc seculo nihil 8cimus 0 1 ; adhuc nihilo minus nos nescimus (n08cimus y) yO'. 
296. etc. ] BEL; om. aOIOIO I . 297. Et sic patet quaestio ] 0 1 ; Hec (Hec sunt 
dicta V) de questione a; Et fit fini8 huius questionis E; om. pBOI. 


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			APPENDICE 1 


Description du eod. Paris. lat. 14796 (olim S. Victor 498) 


Reliure ais recouverts de cuir blanc (autrefois jaune), traces de fer- 
moirs. A l'extérieur du plat verso est collée une carte de parchemin avec 
l'ancienne cote: LL 17. - Format: in-4° = 23 x16 cm. - Outre les 
deux gardes antérieures et la gard
 postérieure modernes, nous a.vons 
encore une garde en parchemin (recollée avec du papier), marquée de la 
lettre A, et 115 folios en parchemin, numérotés d'une main ancienne 1-30, 
32-50 (les folios 51-53, jadis probablement blancs, ont été découpés), 
54-119 (le numéro 119 fut ajouté par une main du XIXe siècle). Au recto 
de la seconde garde en papier se trouve la note qui correspond à cet état 
du manuscrit: "Volume de 119 Feuillets plus le Feuillet A préliminaire. 
Le Feuillet A est mutilé. Manquent les cotes 31, 51 à 53.22 Janvier 1891 ". 
La garde A en parchemin contient un fragment d'un document concer- 
nant l'élection d'Etienne Convenu (') comme prieur du couvent sancti 
Ransonis à Orléans, O.S.A.; il résulte de son contenu que le cardinaJ 
Louis de Barro, tit. Basilicae XII Apostolorum, était alors légat du pape 
en France, ce document provient donc des années 1409 -1411 (voir C. Eubel, 
Hierarchia catholica, 2 e éd., t. 1, Monasterii 1913, p. 30). En haut de la 
garde A nous avons une deuxième fois l'ancienne cote Il 17. - Quatre 
mains du xve siècle, à savoir; ff.l r -11 v , 13 r -97 v , 98 r -112 v , 113 r -117 v . 
Elles écrivent toutes longis lineis. Quelques gloses marginales par d'autres 
mains (en partie du XVIe siècle, p.ex. f. 17 r ); les tables des matières (ff.12 v , 
118 v ) sont aussi postérieures. Dans tout le manuscrit, nous avons des 
rubriques, mais modestes; les initiales simples, rouges et bleues, partiel- 
lement inexécutées (surtout ff. 29-81). Réclames uniquement dans la 
seconde partie du manuscrit (ff. 20 V , 28 v , 41 v, 63 v , 75 v , 87 V ). - Le manuscrit 
a d'abord appartenu à la bibliothèque de l'Abbaye Saint-Victor à Paris; 
pendant la R
volution (en 1796) il est passé à la Bibliothèque Nationale l . 


1 Sur l'histoire de la bibliothèque de Saint-Victor voir 1.. Deli81e. Le cabine-t 
deB manuscritB de la Bibliothèque Natwnale, Il, Paris 1874, pp. 209-235. C'e8t là. 
que je puise les critères pour étahlir la succession des cotes.
		

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			174 


Les notes témoignant de cette provenance se trouvent au bas du f. Ir 
("Hic liber est sancti Victoris P3.I'isien. 1/ Inueniens quis ei reddat amore 
Dei", en-dessous, d'une autre main: "Tabulam hic contentorum reperies 
folio 12"), au bas du f. 13 r (les armoiries de l'Abbaye et une inscription, 
rubro: "Ihs. Ma. S. Victor, S. AugustinS"), au bas du f. 117 v ("Iste liber 
est sancti Victoris Parisien. Il Quicumque eum etc. "), et au bas du f. 118v 
( "Liber iste est de Sancto Victore" deux fois; "Iste est libeI' de S. Victore"). 
En 1513 Claude de Grandrue lui a donné la cote LL 17, deux fois men- 
tionnée ci-dessus; la même cote en haut du f. 12 V . Vers 1675, Charles de 
Tonnellier lui donna une nouvelle cote E. f. 35 (voir f. 13 r en haut); peu 
après, on le marqua du nombre 261 (voir f. 12 V en haut) qui fut changé 
durant le XVIIIe siècle en 708 (ibidem, et au f. Ir en haut). A la Bibliothè- 
que Nationale il fut coté S. Victor 498; depuis l'anmùation du "Fonds 
de Saint Victor" distinct (vers la moitié du XIXe siècle), il pOI'te la cote 
cod. lat. 14976. - Les anciennes tables des matières se trouvent au f. 12V 
(de la main de Claude de Grandrue) et au f. 118 v ; voici la teneur de la 
première: 
Que secuntur hic habentur scillicet: 
Diuisio tocius sacre scripture secundum petrum aureoli ordinis fratrum minorum 1. 
De cognicione spirituum secundum magil:!trum henricum de has8Ïa 13. 
Meditaciones deuotc super septem psalmos penitenciales a magistro petro de 
aylliaco 26. 
Speculum anime a predicto de hassia 54. 
Tractatus eiusdem de intelligencia (ipsius dei.) illius passus euangelici: Qui non 
ex sanguinibus etc. 65. 
Alius tractatus ab eodem de verbo incarnato 69. 
Solucio questionis qua queritur Utrum secundum naturalem philosophiam I:!int 
alique I:!ubl:!tancie separate preter motores orbium celestium 81. 
Tractatus quidam de primaria causa penitendi 86. 
Questio de substancia demonum 89. 
Bernardul:! clareuallensil:! de precepto et dil:!pensacione 98. 
Quedam exhortacio cuiul:!dam moralis super memoria mortis habenda... (depuil:! 
"super" le texte el:!t écrit au-desl:!ul:! de la ligne, la fin est illisible) 113. 
A. liber leuitici. B. et puIcritudo. 117 et ul:!que 1191. 
La seconde tahle (au f. 118 V ) est ainsi ('onçue: 
ln hoc uolumine continentur tractatus qui hic declarantur: 
Diuil:!io sacre I:!cripture secundum Aureolum. 
De cognicione spirituum secundum de Hacya. 
Meditacionel:! super septem pl:!almos secundum de Allyaco. 
Speculum anime secundum predictum de Hacya. 
Exposicio huius auctoritatis seu textul:!: Qui nou ex sanguinibul:! etc. secundum 
eundem de Hacya. 
1 Cette dernière ligne de la table indique que le manuscrit contient 119 folios, 
que les derniers mots du f. 1I6 v sont "et pulcritudo" et leI:! premiers du f. 2 r : "liber 
leuitici"; voir Delisle, l.c., p. 229. 


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			175- 


TractatuB de uerbo incarnato secundum dictum de Hacya. 
Questio an sint alique substancie separate preter motores orbium secundum 
(sic! - suit une lacune). 
Quidam tractatus de primaria caUBa penitendi folio 86 ("folio 86" fut ajouté. 
plus tard). 
Tractatus de substancia demonum folio 89 ("folio 89" fut ajouté plus tard). 
TractatuB Bernardi de precepto et ("obediencia" rayé) dispensacione. 


Voici le contenu du manuscrit: 


1. ff. ll-llV Petrus Aureoli O.M., Diuisio s. Scripturae. 
"Diuisio sacre scripture Petri Aureoli in sacra pagina professoris
 
Considerandum est quod scriptura x ut testatur in libro suo". 
(Les chapitres VII et VIII manquent). - Le f. l2 r est blanc. Au f. l2 v , la tablo- 
des matières (voir ci-de88us). 


II. ff. 13 r -25 v Henricus de Hassia, De d.iscretione spirituum 3. 

,De cognicione spirituum" (Le titre e1
 marge). "Sicut in philosophia 
motus et operaciones referri consueuerunt x nisi solo impossibilitatis. 
freno posse retineri. Explicit tractatus de discrecione spirituum reuerendi 
doctoris ac illustrissimi magistri Henrici de Hassya". 
III. ff. 26 r -50 r Petru8 de Alliaco, Meditationes 8uper 8eptem p8al- 
mos poenitentiales. 
"Incipit prefacio super septem psalmos penitenciales a domino Pctro 
de Ailliaco episcopo Cameracensi et postmodum cardinali" (rubro). " Vera 
penitentia uelud scala quedam est x qui uiuis et regnas in secula seculo- 
rum. Amen. Explicit liber de septem gradibus saale continens meditaciones 
d.euotas super septem psalmos penitentiales a domino Petro de Ailliaco. 
Cameracensi episcopo et postmodum cardinali compilatus". 


F. 50 v resté blanc; ff. 51-53 découpés. 


IV. ff. 54 T -65 v Henricus de Hassia, Speculum animae c . 
.,Incipit speculum anime editum a uenerabili doctore magistro Henrico 
de Hassya" (r'llbro). "Anima mea, noui quod curiosa sis x mirificam in 
finem ultimum reduccionem. Explicit speculum anime editum a lllagistro 
Henrico de Hassia". 
V. ff. 65 v -69 r Henricus de Hassia, De intelligentia illius paSSU8 
EU8ngelü: Qui non ex sanguinibus etc. (Joh. 1 13)5. 
.,Sequitur tractatus eiusdem de intelligencia illius passus euangelici: 


a Voir: F'-W.E. Roth, ZUT Bibliographie deB HenricuB Hembuche de HasBia, dictuB 
de LangenBtein (Beihefte zum Zentralblatt für Bibliothekswesen, II: 2), Leipzig 1888, 
p. 9, N° 14. 

 Roth, l.c., p. 9, N° 1. 
1 Roth ne connaît pas cet opuscule.
		

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Qui non ex sanguinihus neque ex uoluntate carnis neque ex uol1mtate 
uiri, sed ex Deo nati sunt etc. Quia interrogasti me karissime et plures 
hesitare narrasti x ex singulis figuraliter uita singulormn". (Rubro:) 
"Explicit tractatus magistri H. de Hassia de inteligencia iUius pas sus 
Euangelii secundum J ohannem: Qui non ex sang:uinibus etc." 
VI. ff. 69 v -81 r lIenricus de Hassia, De Verbo incarnato 6. 
"Incipit tractatus de Verbo incarnato magistri Henrici de Hassia" 
(rubro). "Quis michi det uerbum, quo semiuerbius ego aliquid loquar de 
Verbo X complexe et incomplexe sicut Verbum diuinum etc." (R1tbro:) 
"Explicit tractatus de Verbo incarnato reuerendi doctoris ac iUustrissimi 
magistri Henrici de Hassia". 
VII. ff. 81 V -86 V Quaestio de substantiis separatis (allepigr.) 7. 
"Solucio questionis qua queritur utrum secundum naturalem philo- 
sophiam sint alique substancie separate preter motores orbium celestium" 
(r1tbro). "Queritur utrum secundum naturalem philosophiam X ab aliqua 
intelligentia eis apropriata. Et hec de ista questione". 
VIII. ff. 86 v -89 v Witelo, De primaria causa poenitentiae (anepigr.)8. 
"Hominem esse compositum ex corpore et anima, ut partibus suis 
essentialibus X alii Machometi, alii aliorum etc.". 
IX. ff. 89 v -97 v Witelo, De natura daemonum (anepigr.) 9. 
"Questio de substantia demonum et natura difficilis est X pauci 
homines ratio ne prius dicta. Explicit tractatus de primaria causa peniten- 
tie et de natura demonum, quem fecit H. de Witilo (ce dernier mot écrit 
d'une autre encre à la place primiti
ement restée blanche) studens in iure 
canonico, qui ut dicit hic in fine libri pauca subtilia hic dicit, quia iuriste 
sunt grossissimi intellectus et inuidus fuerat discipulus (!) sacre theologie 
ut dicit. Hunc autem tractatum composuit tempore paschali in uacacio- 
nihus. Non autem totus tractatus de uerho ad uerbum est hic scriptus, 
quanmis quamuis (!) pauca sint obmissa, sed precipue sententiam conti- 
net. Et sic est finis. Explicit" . 
x. ff. 98 r -1l2 v Bernardus de Claraualle, De praecepto et dispensa- 
tione 10. 
"Incipit prologus beati Bernardi abbatis super prinmlll librum de 
precepto et dispensacione" (rubro). "Domino abbati Columbensi frater 
Bernardus (abbas en marge) dictus de CIaraualle... nideatur. Explicit 
prologns. Incipit liber (rubro). Qua mente iam tacebo X satisfacere uolun- 


· Roth, l.c., p. 6, N° 2. 
7 Voir l'édition ci-deBsus, pp. 142-152. 
8 Voir l'édition ci-desBus, pp. 136,-141. 
· Voir l'édition ci-dessus, pp. 122-136. 
10 Patrologia latina, CLXXXII, col. 859-894. 


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tati". (Rubro:) "Explicit liber de precepto et dispensacione beati Bernardi 
abbatis Clareuallensis". 
XI. ff. 113 r -117 v Exhortatio ad memoriam mortis semper habendam 
(anepigr.). 
"Quacumque impugnacione uel temptacione impugnaris uel pigri- 
cia torpescis X uita et l'esuI'ectio nostra, qui regnat. Et oremus pro inui- 
cem, ut saluemur. Amen". 


F. 118 r blanc; au verso la table des matières du manuscrit (voir plus haut). 
Au f. 119 r un quatrain sur les prières des morts (illisible): 
Quisquis ades, qui (') morte cades, si (') te (') respicis (') plora. 
Sum quod eris, modicum cineris, pro me precor ora. 
Qui teritis, tritis similes eritis bene (') scitis. 
Quod pedibus premitis, precibus releuare uelitis. 


F. 119 v blanc.
		

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			APPENDICE II 


Du troisième livre des (luaestiones Meteororum de Nicole Oresme 


Au début du PI'ésent oUVI'age j'ai mentionné le rôle qu'ont joué, 
dans la découverte des écrits inconnus de Witelo, les oeuvres de Nicole 
Oresme et surtout ses Quaestiones M eteororum. Ce sont Pl'écisément ces 
dernières qui, en 1911, m'ont fait tombeI' sur la pI'emière trace du De 
natum daemonum et m'ont encouragé à poursuivre, dans une direction 
déjà bien déterminée, mes recherches parmi les manuscrits. 
Les Quaestiones de maître Nicole passent généralement pour être 
restées inédites. Lorsque H. Sutter, en 1882, publia sur elles une commu- 
nication l , il les qualifia même d' "écI'it entièrement inconnu". Il n'est 
donc pas étonnant qu'en voulant les lire, je me sois immédiatement tourné 
vers les manuscrits qui, heureusement, ne sont pas rares; le manuscrit 
de la Bibliothèque J agellonne (le cod. Crac. 2095) me livra les première
 
citations de l'opuscule de Witelo. Quelques semaines plus tard je remar- 
quai enfin qu'exactement les mêmes citations figurent dans l'édition 
imprimée des Quaestiones Meteororum Thimonis philosophi, et ceci même, 
à ceI'tains égards, dans une meilleure leçon. J'ai donc comparé l'oeuvre 
imprimée aux manuscrits; le résultat fut étonnant, puisqu'il s'avéra que 
les deux tieI's du troisième livre de l'édition impI'imée concordent mot 
à mot avec les questions corI'espondantes de Nicole OreRme 2 . 
En conséquence un problème bibliographique important et curieux 
s'est posé: les passages communs aux deux oeuvres appartiennent-ils 
à Thémon ou à Nicole
 Faut-il soupçonner l'un des deux philosophes 


1 H. Suter, Eine biB jetzt unbekannte Schrift deB Nic. Oresme, Zeitschrift für Ma- 
thematik und Physik, XXVII, 1882, HistoriBch-literarische Abteilung, pp. 121-125. 
1 Je présente pluBloin l'image exacte des rapports réciproques entre les manuBcrits 
et l'édition imprimée du Ille livrc; des tableaux faciliteront l'orientation. 


"- 


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d'avoir commis un plagiat, d'avoir simplement copié SUI' l'autre toute 
une paJ.:tie de son oeuvre; ou bien faut-il chercher une autre explication 
à cette concoI'dance, à premièx:e vue compromettante 'l 
J'ai consacré beaucoup de temps et de peine, surtout ces dernières 
trois années, pour essayer de résoudl'C ce problèmes. Confiant que la clef 
de cette énigme ne peut m'être livrée que par des manuscrits de l'ouvrage 
de Thémon (dont pour le moment on ne connaît que des exemplaires 
imprimés C ), j'ai organisé des recherches assez intensives pour retrouver 
de telles copies. Dans ce but, j'ai examiné des dizaines de manuscrits 
dans plusieurs grandes bibliothèques qui m'étaient accessibles pendant 
la guerre (Vienne, Prague, Cracovie, Wx:oclaw, Berlin, Erfurt, Leipzig); 
malheureusement la chance ne m'a pas souri. Mais mes efforts n'ont pas 
été entièrement vains; l'examen des diverses Quaestiones 11leteororum 
que j'ai rencontrées dans ces manuscrits m'a fourni assez de matériaux 
pour esquisser une histoire de ce genre de littérature philosophique médié- 
vale qui fleurissait surtout au XIVe siècle; je publiCl'ai ailleUl's cet 
ouvrage ll . Il suffira de signaler ici que le commentaire d'Aristote "per 
quaestiones" commença, dès la fin du XIIIe siècle, à supplanter l'exégèse 
auparavant prévalante; cette nouvelle méthode fut adoptée surtout 
à Paris, et ce du moment que Jean BUI'idan (actif entI'e 1327 et 1358) 
entreprit l'énorme labeur d'expliquer Précisément de cette manière toutes 
les oeuvres du Stagirite. Les Quaestiones Meteororum de Buridan, heureu- 
sement conservées (les cod. Ampl. Fol. 334, cod. Vindob. 5321 6 ), eurent 


a Le présent ouvrage fut présenté le 25 novembre 1918 à l'Académie Polonaise 
des Sciences et des Lettres; il est donc question des années 1916-1918. 
, Il existe quatre éditions imprimées des QuaeBtioneB de Thémon. [P. Duhcm, 
Le sYBtème du monde, t. VIII, Paris 1958, pp. 438-439, en enregistre cinq; la pre- 
mière - Pavie vers 1490; le catalogue du British Museum décrit une édition véni- 
tienne de 1507, probablement identique à celle que Duhem data "vers 1505". - 
N.d.l.R.] Une édition parut (à Venise) vers 1505 (décrite par P. Duhem, Etudes SUT 
Léonard de Vinci, t. II, Paris 1909, p. 367, t. III, Paris 1913, p. 415 [et Le Bystème 
du 'monde, t. VIII, Paris 1958, p. 438. - N.d.I.R.]) et y fut réimprimée par le8 succes- 
8eur8 d'Octavien Scot en 1522 (description chez Duhem, l.c., t. l, Paris 1906, pp. 
161-162 [et Le BYBtème du monde, t. VIII, Paris 1958, p. 439. - N.d.l.R.]). Indépen- 
damment de ces édition8, cet ouvrage fut publié par le maître George Lockert à Paris 
en 1516 (exemplaire inconnu! [il en existe un à la Bibliothèque Nationale de Pari8. - 
N.d.l.R.]) et réimprimé en 1518 (description chez Duhem, l.c., t. l, p. 5, id., Les or.igineB 
de la statique, t. II, Paris 1906, p. 19). L'édition de 1522 m'a été seule accessible, je 
la désigne par le 8igle E. 
1 L'auteur ne l'a pas publié; il n'en a laissé que des matériaux manuscrits abon- 
dants. - N .d.l.R. 
e J'ai cu en main ce8 deux copies. La troi8ième 8e trouve dans le cod. Paris. lat. 
14723 (olim S. Victor 712), fi. 164 seqq. - voir P. Duhem, EtudeB Bur Léonard de 
Vinci, t. III, Pari8 1913, p. 4. Quant au cod. Mon. lat. 17226 (= MI), voir plus loin.
		

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beaucoup d'imitateuI'IS; outre les anonymes, il convient de mentionner 
ici les Quaestiones 11'£ eteororum d'Albert dé Rickmersdorl en Saxe (les cod. 
Âlnpl. Qu. 299, cod. Berol. lat. fol. 387; une autre rédaction dans les cod. 
Crac. 635, 686), de Thémon de Münster, et de Nicole Oresme. 
Ces trois philosophes furent d'abord des disciples directs et plus tard 
des collègues de Buridan. Albert de Saxe enseigna à P3.I'is entre 1351 
et 1362, ensuite brièvement à Vienne, et mourut en 1390. Ses Quaestio- 
nes M eteororum furent certainement composées à P3.I'is, pI'obablement 
avant 1360. Thémon le Juif (Themo Judaei), fils d'un Juif de Münster 
en Westphalie, était un peu plus âgé, car il enseignait déjà dans les années 
1349-1360. Nous sommes redevables des informations, hélas rares, sur 
sa vie et ses oeuvres à P. Duhem qui les a patiemment recueillies 7 . L'érudit 
français se trompe toutefois quand il en fait le cadet et le disciple d'Albert 8 ; 
il est néanmoins VI'ai que les Quaestiones Meteoror.um imprimées sous 
son nom furent composées plus tard que les Quaestiones Meteororum du 
Saxon D . Le rapport entre les deux ne permet pas de dire que Thémon ait 
été simplement le rédacteur des Quaestiones d'Albert, comme le suppose 
Duhem lO séduit par l'hypothèse d'Augustin Nifo; bien au contraire, il 
y a polémique entre les deux ouvrages, ce qui indique précisément 
qu'en écrivant Thémon avait sous les yeux le traité de son collègue. Oresme 
enfin est l'aîné des trois; dès 1348, il étudiait la théologie et accéda en 
1362 au plus haut grade scientifique de maître en sainte Théologie; son 
enseignement à la Faculté des arts doit donc se situer encore dans la pre- 
lllière moitié du XIVe s. Nous allons nous convaincre un peu plus loin 
que ses Quaestiones Meteororum sont antérieures à celles d'Albert de Rick- 
mersdorf (partant, à celles de Thémon), et nous pourrons constater que 
le Saxon a impudemment et tout simplement compilé Nicole. L'intérêt 
relativement précoce porté par Oresme aux problèmes météorologiques 
est encore attesté par ce détail que l' "archimaître" de l'école parisienne, 
Jean Buridan en personne, se réfère explicitement dans ses propres Quaes- 


7 P. Duhem, LeB origineB de la Btatique, t. J, Paris 1906, voir l'index (surtout 
pp. 49-53, 327-328), Etudes Bur Léonard de Vinci, t. J, Pari8 1906, pp. 159-171, 
345. 
1 Duhem, LeB origineB, t. II, p. 50. Le8 dates préci8e8 indiquent, au contraire, 
que 'l'hémon était d'à peu près deux ansl'ainé d'Albert (tout au moins par ses études), 
puisque Thémon fut bachelier et ensuite maître en 1349, tandis qu'Albert ne le devint 
qu'en 1351. 
· Duhem était d'avis qu'il y a chez Thémon des citations expresse8 des QuaeBtioneB 
De caelo d'Albert; la chose n'est pa8 tout à fait certaine, car les idées correspondante!! 
sont la. propriété spirituelle de Buridan. 
10 Duhem, .Etudes, t. J, 1906, p. 345; t. II, 1909, pp. 330-331. 


........
		

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tiones Meteororum (III, 20) au témoignage 11, encore inédit, il est vrai, 
et seulement oral, de son jeune collègue. L'antériorité de la publication 
des Q'uaestiones ..L....leteororum d'Oresme est à son tour attestée p3.I' le fait 
que c'est justement ce commentaire qui devint, dans la seconde 
moitié du XIVe s. et la première du XVe, l'ouvrage véritablement "clas- 
sique" surpassant par son audience tous les autres, y compris ceux de 
Buridan. 
Alors qu'à peine quelques exemplaires des autres commentaires ont 
été conservés jusqu'à nos jours, nous disposons au moins d'une quinzaine 
de copies du traité de maître Nicole. Voici la liste de ceux dont j'ai con- 
naissance à cette heure: 1. cod. Ampl. F. 334 (= A); 2. cod. Berol. lat. 
fol. 631 (= B); 3. cod. Crac. 2095 (= CI); 4. cod. Crac. 2117 (= C2); 
5. cod. Crac. 749 (= C3); 6. cod. Crac. 751 (= CC); 7. cod. S. Gallensis 
839 (= G); 8. cod. Lips. Univ. 1387 (= L); 9. cod. Monac. lat. 4376 
( = MI); 10. cod. Monac. lat. 6962 (= M2); 11. cod. Monac. lat. 17226 
(= M3); 12. cod. Upsal. C 596 (= U); 13. cod. V;ratisl. Univ. IV. Q. 27 
( = V); 14. cod. Vindob. 5453 (= W). En outre, deux autres copies se 
trouvaient autrefois dans la Bibliothèque de l'Université de Heidelberg 
(dont l'une offerte pa;r Marsile d'Inghen)l2, elles sont peut-être conser- 
vées par la Palatina au Vatican 13. 
Aucun des manuscrits mentionnés n'a fait jusqu'ici l'objet d'une 
description vraiment exhaustive; il ne sera donc pas inutile de donner 
ici sur eux quelques précisions. 


A = cod. Ampl. F. 334 (de 1421) 


Voir la description 'détaillée par Schum If. qui se trompe cependant 
en tenant ce qui figure aux ff. 64 r -167 r pOUl' un seul traité. En réalité 
nous y trouvons, aux ff. 64 r -158 v , les Quaestiones Meteororu'm de Jean 


11 Cette citation importante qui établit simultanément le fait, mis en doute 
par P. Duhem, Sur leB Meteorologicorum libri quatuor fau8Bement attribuéB à Jean 
DunB Scot (Archivum Franciscanum historicum, III, 1910. pp. 626-632), p. 629 - 
que Jean Buridan "l'aîné" (de Béthune) est l'auteur des QuaeBtioneB Meteororum. 
a la teneur suivante (les cod. Ampl. F. 334, f. 154 r col. 2; cod. Vindob. 5321, f. 378 r ): 
"Ego numquam uidi parelios uel nescio, quod uiderim, ideo parum p088um loqui 
de illiB... Et magister NicolauB OreBme dixit milii se semel uidisse duos, ex utroque 
latere SoliB unum; et dicebant gentes uenientes de campiB se simul uidisse tres Soles". 
11 Toepcke, Da8 Matrikelbuch der UniverBitlU Heidelberg, t. 1, Heidelberg 1884, 
p. 667 (N°S 249-250) et p. 682 (N° 522). 
11 Par contre. le cod. Ampl. Qu. 299 contient, SOUB le nom de Nicole Oresme, 
les QuaeBtioneB Meteororum d'Albert de Saxe. 
11 W. Schum, BeBchreibendeB VerzeichniB der ...4mplonianiBchen HandBchriften- 
Bammlung in Erfurt. Berlin 1887, pp. 230-231. 


...Iloo....
		

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Buridan, exactement dans la même mesure que dans le cod. Vintlob. 
5321, c'est-à-dire Reulement les livres I-III. Il est vrai que le préambule 
commence d'une manière un peu différente ("Ut habetur in prohemio 
De anima, constat, quod libros 
Ietheororum ualde reputare debemus... "), 
car la première phrase manque (le cod. Vindob.: "Si scientiam opinamur 
honorabiliorem ex eo, ceteris paribus, quod est ex (
) magis mirabiliori- 
bus, et appetibiliorem, ut habetur in prohemio...", ensuite comme A), 
mais la fin du IIIe livre est identique ("siue auibus siue earum plumis 
et metallis, et sic de aliis. Et sic finiunt (questiones) tertii libri Metheoro- 
rum date a reucrendo magistro Biridano"). Suivent immédiatement 
(ff. 158 V -167 r ) les questions du IVe livre que le copiste attribue aussi 
à Buridan dans le colophon (voir la description de Schum), alors qu'en 
réalité c'est le IVe livre d'Oresme lli . 


B = cod. Berol. lat. fol. 631 


Reliure (XVIIe-XVIIIe s.): carton recouvert de cui,r brun, dorures 
gravées sur les deux plats, au dos du plat recto un ex-libris et la note: 
"acc. 1903, 177". Format: petit in-folio = 25 x19 cm.- Outre les deux 
gardes antéI'ieures et la garde postérieure, 118 folios en papier (le filigrane, 
une lettre gothique p = Briquet N0s 8657 -8667 Y, est nettement visible 
surtout sur les derniers folios), numérotés au crayon 1-62,62 bis, 63-117. 
Une main du xve siècle (1470-1471), bien lisible, qui écrit (à Bâle?) 
longis lineis. Rares notes marginales des XVe-XVIIe siècles. - Prove- 
nances: sur la seconde garde: "Eduardo Machado, Hamburgo, Mayo 29, 
1868". La Bibliothèque de l'Etat de Prusse (autrefois Royale) à Berlin 
a acheté ce manuscrit en 1903 à l'antiquaire J. Halle de Munich !wur 
350 marks (voir le catalogue XXXIII de cette maison, N° 318) ce qui 
était un prix assez élevé pour l'époque. 
Voici le contenu du manuscrit: 
1. ff. tr-37 v . Christianus de Ackoy (?), Quaestiones in Sphaeram 
Johannis de Sacrobosco (auepigr). 
"QueI'itur circa inicium Spere materialis primo, utrum astronomia 
Rit sciencia? et arguitur primo quod non x post oppositum est pro ('ou- 
clul5ione responsali. Et hec de questione et per consequens de omnihus 


11 Je suppose qu'un pareil amalgame du IVe livre d'Oresme et des trois livres 
de Buridan se trouve aussi dans le cod. Paris. lat. 14723 (voir plus haut note 6) où 
figurent - voir Duhem, l.c. - les "Questiones super tres primos libros Metheo- 
rorum et super maiorem partem quarti a magistro Jo. Buridam". Voir aussi plus 
loin ce que nous disons du manuscrit M". 


.......
		

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questionibus Spe
e materialis. Finis anno 1471. Bee sunt questiones puto 
magistri Cristiani de Ackoy 16 super Spera materiaJi". 


F. 38 r blanc; f. 38 V une note rayée: "Anno 63 la die Madii (') vulgaris de sero 
hora (') circa horam 10 apparuit in Basilea halo circa Lunam diu durans... quare 
designatur tempus serenum". 


II. ff. 39 r -114 r . Nicolaus Oresme, Quaestiones Meteororum (anepigr). 
"Circa primum Metherorum (!) queritur primo, utrum possibile sit 
de impressionibus metherologicis (!) habe
e simul scientiam et opinionem' 
et arguitll,l' quod non x scilicet quod sit ussibile ab ipso igne. Rescripte 
sunt hee questiones uenerabilis magistri Ii; icolai Orem super libros 
Iethe- 
ororum Aristotelis anno Domini 1470". 


Ff. 114 V -1l7 V blancs. 


CI = cod. Crac. 2095 (olim BE XVIII 5) 


Reliure: ais recouvert de cuir brun foncé, ferrures arrachées. Au dos 
du plat recto des extraits de Senèque, d'Aristote, etc., en outI'e de la main 
de Pseudo-Brozek I7 : "Quaestiones super lib. 8 Physicol'Um. Problemata 
Aristotelis. Quaestiones Metheororum". Au verso du plat verso, l'ancienne 
table des matières, aujourd'hui presque illisible. Format: in-4° = 21 X 15 cm. 
- Out
e la garde non chiffrée, 309 folios en papier, numérotés d'abord 
par une main du XV e siècle, de 1 à 107, un non chiffré, 108-199, 110-120 
(sic), 200-214; ensuite au crayon 215-232, 232 bis, 233-279, 279 bis, 
280-295.- Une main de 1406, à savoir celle de Jan Stolle de Glog6w l8 . 


11 La seule chose que je puisse encore dire sur cet auteur est qu'il a également 
commenté le ParuulUB philoBophiae naturaliB de Peter de Dresde, auquel les manu- 
scrits donnent aussi le titre Termini naturaleB (incipit: "Natura est principium"). 
J'appuie cette conclusion sur l'ancien inventaire de 1483 de la bibliothèque du couvent 
de Melk, où se trouve un tel manuscrit (voir Mitteliilterliche BibliothekBkataloge OeBter- 
1'eichB, 1: NiederoeBterreich, hrgg. von Th. Gottlieb, Wien 1915, p. 259): "F. 192. 
Tractatus de anima breuis et utilis Iliaci (= Petri de Alliaco), magistri Parisiensis. 
Conceptus cirea libros Ethicorum Aristotilis. Textus terminorum naturalium com- 
pendiose compillatus a magistro Cristanno de Ackoy. V ocabularius. ln papiro". 
17 C'est ainsi que j'appelle le bibliothécaire inconnu (XVIIe-XVIIIe ss.) qui 
a ajouté des tables de matières au début de nombreux manuscrits de la Bibliothèque 
Jagellonne. Son écriture ressemble un peu à celle de Brozek, c'est pourquoi W. Wi- 
slocki (CataloguB codicum manuBcriptorum Bibliothecae UniverBitatiB Jagellonicae 
CracovienBiB, Cracoviae 1877 -1881, p. XXIII) l'attribue sans hésiter à Brozek. 
11 Jan Stolle de Glog6w, fils de Mikolaj, né vers 1390, étudiant à l'Université 
de Prague (voir le manuscrit décrit) [et à Cracovie en 1415, voir Album BtudioBorum, 
1, Cracovia.e 1887, p. 35 - N.d.I.R.], clerc du diocèse de Wroclaw, apparaît en tant 
que "publicus imperiali auctoritate notarius" à Cracovie en 1419 (voir F. Piekosinski, 
Codez diplomatieuB CracovienBiB, t. 2-4, "Monumenta medii aevi historica", VII, 
1882, p. 554), en 1421 (voir J. Piekosinski, Codez, t. 1, ibidem, V, 1879, p. 166) et en 


13 - A. Birkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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Deux colonnes. Rares notes marginales des XVe-XVlIIe ss.- Peu de 
rubriques. - Provenances: 1. Au recto de la garde, en écriture inversée, 
rubro: "Liber J ohannis Stolle de Glogouia. Scriptus ab eodem in studio 
Pragensi"; 2. f. Ir d'une main du XVe s.: "Liber communitatis Maioris 
Collegij Artistarum"; les quatre derniers mots barrés, on ajouta: "Nico- 
lai a Sbadek Procopiadis Jiber vetustissimus Pragensis studij". L'ancienne 
cote ,,560" sur la feuille de garde I9 .- L'ancienne table des matières, de 
la main propre de Jan Stolle, se trouve au recto de la gaI'de 20 : 


ln hoc libro continentur primo Questiones Phisicorum compilate per magistrum 
Laurencium Londoriensem de Scocia. Secundo Problewmata collecta de Problewmati- 
bus Aristotilis. Tercio Questiones Metheororum magistri Nicolai Il Orem; quorum 
librorum auctor est Aristotiles. Nycomaci filius, Grecorum sapientissimus, qui scien- 
tias iuuenit et compleuit, quia quicquid scripti inuenitur ab antiquis scientiis non 
est dignum, ut sit pars huius scientie uel principium (f). Nullus eorum, qui secuti 
sunt hunc usque ad hoc tempus. quod est mille et quingentorum annorum, aliquid 
addidit uel inuenit in dictis eius erroneum alicuius quantitatis, et talem esse uirtutem 
in uno indiuiduo miraculosum et extraneum existit, et quia illa dispositio fuit in 
illo homine, dignus est potius dici diuinus quam humanus. 


Contenu du manuscrit: 
J. ff. Ir col. 1-209 r col. 2. Laurentius de Londorio de Scotia,Quaestiones 
Physicorum (anepigr.) 1111. 
"CÏ!'ca PI'imum librum tocius libri Phisicorum mouetur ista questio: 
Ut;1'um scientia naturaUs sit scientia de omnibus rebus If x qui primus 
motor est ipse Deus gloriosus, qui est benedictus per infinita secula secu- 
lorum. Amen. Hec de questione. Et sic terminantur q uestiones tocius 
libri Phisicorum Aristotilis summi philozophorum principis, compilate 
per honorabilem magistrum Laurencium Londoriensem de Scocia, repor- 


1449 (J. Piekosinski, Oodez. t. 2-4, ibidem. VII, 1882, p. 569). En 1433 il fut altariste 
de la Sainte-Croix à l'église de Notre-Dame (A. Grabowski. Staf'oiytnicee wiadomoAct 
o Krakowie [Antiquités cracoviennes]. Krak6w 1852, p. 282); les inscriptions de 1450 
dans le manuscrit N° 429 des Archives Municipales de Cracovie [aujourd'hui Dépar- 
tement des actes municipaux des Archives Nationales de Cracovie. - N.d.i.R.] le 
confirment, en indiquant qu'il fut aussi la même année notaire municipal. Avant 
sa mort qui (d'après le manuscrit cité. p. 18) eut lieu le 8 novembre 1450 (et non en 
1454 comme l'affirme le Katalog .Archiwum .Akt Dawnych MiaBta Krakowa [Catalogue 
des Archives d'actes anciens de la ville de Cracovie]. t. l, Krak6w 1907, p. 72, N° 270 e). 
il légua les livres "in artibus" à l'Université (ms. cité, pp. 28-29; Grabowski, l.c.; 
cf. le Katalog .Af'chiwum, etc., l.c.). A nos jours. il n'en reste qu'un seul livre que nous 
décrivons ici. 
11 Si je ne me trompe. cette cote (de même que toutes les cotes analogues. voir 
ci-dessous la description des mss. CI, CI et CI) fut inscrite par Abraham Jakob Penzel. 
10 Sur la même garde figurent différentes notes, entre autres (au verso et en 
majuscules): "Comede hoc uolumen" (!). 
Il "Nicolai" ajouté au.de88us de la ligne. 
.. Voir le cod. Ampl. F. 343, ff. 1 r -179 v .
		

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tate uero per J ohannem Stolle de GIogouia Maiori in studio alme uniuer- 
sitatis Pragensis anno Domini millesimo quadringentesimo sexto. Pro 
quarum complecione dominus noster Ihesus Christus, existens ut predic- 
tum est primus motor immobilis, impartibilis et indiuisibilis, et uni- 
uersalis gubernator omnium encium et omnis effectus causa uniuersalis- 
sima Cunl Patre et Spiritu Sancto in secula seculo:rum super omnia sit 
benedictus. Amen". Ensuite en lettres plus petites: ,,0 Maria recreamen, 
placa Pat:rem, Natum, Flamen, ut finale post examen sanctis nos coniun- 
gat, amen, in eterna gIO:r ia " 23. 
II. ff. 209 V col. 1-214 v col. 2. Aliae addititiae quaestione8 Phisicorum 
(anepigr.) 
"Queritu;r utrum appetitus materie sit ipsa materia... x in edificatione 
domus presupponit lapides et ligna". 
III. ff. 215 r col. 1-232 bis r . Problemata collecta ex Problematibus 
AristoteIis 26. 
"Inicium problewmatum ex Aristotilis Problewmatibus collectorum. 
Propter quid coeuntes exsoluuntur et infirmiores fiunt, ut frequenter 'f 
Respondet Aristotiles X ut dolium huiusmodi resolutionem impediret. 
Hec de problewmate". 


Le f. 232 bis (petite carte rajoutée) est blanc au verBO. 


.. Stolle ajoute ci et là à sa copie ses propres remarques asBez intéressantes pour 
les citer ici: 1. f. 61 r , à la fin du 1 er livre: "Expliciunt questiones primi libri PhiBicorum 
compilate per magistrUlll Laurentium de Londorio. Gloria Tibi Trinitas". - 2. f. 91 r 
col. 2, au milieu de II, 12: "Sequitur quarta conclusio, quam addit Auicenna etc. 
Verte folium et inuenies, quia nolens negligere prandium neglexi pronunciaturam et 
hoc in uigilia Corporis ChriBti anno Domini MoCCCcoVlo in studio Pragensi etc." - 
3. f. 97 r à la fin du livre II: "Et Bic patent questiones secundi libri PhiBicorum COli- 
pilate per reuerendum magiBtrum Laurencium de Londorio in sacra theologia licen- 
ciatum, reportate uero per Johannem Stolle de Glogouia in studio Pragensi anno 
Domini mille8Ïmo quadringentesimo sexto. Amen dico tibi". - 4. f. 132 v : "Et sic 
patent questiones tercll libri Phisicorum Scoti pronunciate in Btudio Pragensi". - 
5. f. 137 r : "Quartam questionem huiUB quarti libri Phi8Ïcorum, scilicet illam: "Utrum 
terra sit in aqua tamquam in loco sibi proprio''', require in fine questionum tocius 
libri Phisicorum et eam inuenies determinatam secundum Byridanum"; cependant 
cette question n'existe pas dans tout le manuscrit. - 6. f. 150 r : "Et sic est finis 
questionum quarti libri Phisicorum per manus Johannis Stolle de Glogouia scriptarum 
et secuntur questiones quinti libri eiW!dem. LaW! sit qui genuit, Genito cum Flamine 
sancto. Amen". - 7. f. 170 r : "Et sic est finis queBtionum quinti libri Phi8Ïcorum 
reportatarum per Johannem Stolle". - 8. f. 189 r : "Expliciunt questiones sexti 
libri Phisicorum reportate per Johannem Stolle de Glogouia in studio Pragensi, anno 
Domini MoCCCCo Bexto. Laudetur Deus omnipotens, qui est purissimus, perfectissimus 
et per omnia secula benedictus. Amen". - 9. f. 112 (W seulement les mots: "Et 
sic est finis questionum septimi libri PhiBicorum etc." 
1& Pierre d'Abano y est souvent cité, son commentaire sur les Problemata d'Ari. 
stote étant classique aux XIVe-XVIe ss.
		

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IV. ff. 233 r col. 1-294 r ('01. 2. Nicolaus Oresme, Quaestiones Meteo- 
rorum. 
"Incipiunt questiones Metheororum reueI'endi magistri Orem P3.I'isius 
date ac ab ipso collecte. Quarum prima est hec: Utrum possibile sit de 
impressionibus metheoI'ologicis habere scientiam et opinionem 
 x quod 
tale animal habitat in igne. Hoc (!) de questione et per consequens de 
omnibus questionibus librorum Metheororum dicta sufficiant. Et sic 
patent questiones tocius libri Metheoro
um compilate per reuerendum 
m.agistI'um Orem P3.I'isiensem. et compaI'ate per Johannem Stolle in studio 
aIme uniuersitatis Pragensis anno Domini 1406. Pro quarum comple- 
tione dominus noster Ihesus Christus..." Le reste (12 lignes) gratté. 


La copie de Stolle présente une grande lacunc dans le livre Ill, 20-35; pour 
compléter le livre Stolle a réservé une grande partie du folio 284 et probablement 
plusieurs autres folios plus tard découpés. Mikolaj de Szadek a utilisé le folio 284, 
presque blanc, en y écrivant l'index des QuaestioneB PhiBicorum de Laurentius de 
Londorio. 


Y. ff. 294 v col. 1-295 v col. 1. De diui8ione scientiarum (anepigr.). 
"PI'O diuisione scientiarum est notandum, quod per lapsum primi 
hominis in peccatum x et similiter sacra theologya. Hec de diuisione 
scientiarum". Ensuite les vers: ,,0 Maria, tu sublimis scala celi, pressos 
nimis duc in altum nos ab ymis, copulando nos opimis supeI'norum ciuium". 
Enfin, au f. 295 v col. 1-2, la note: "Parmenides et Melissus dixerunt 
motum non esse X siccitas autem est causa subtilitatis". 


CI = cod. Crac. 2117 (olim BB XIV 3) 


Reliure gros parchemin jaune, bande de cuir au dos. Les deux plats 
sont remplis de notes. - Format: in -4 0 = 21,5 X 15,5 cm. - 326 folios 
en papier, pagination du XIXe s.; en outre la g3.I'de antérieure en par- 
chemin PI'ovenant d'un manuscrit plus ancien (XIye s.), dont l'écriture 
est cependant effacée en grande partie POUI' donner place aux notes du 
xye s. - Le codex est composé de tI'ois manuscI'its réliés, tous écrits au 
xye s.: (1) pp. 1-148, de 1444, en deux colonnes. Beaucoup de notes 
marginales. Les cahiers numérotés (voir pp. 53, 77, 101, 125). Rubriques. 
(2) pp. 149 -388, de 1450 env., écrit longis lineis, rubriques seulement au 
commencement. (3) pp. 389-652, de 1450 env., en deux colonnes jusqu'à 
la page 412, ensuite longis lineis; des places vides laissées pour les ru- 
briques. - Provenance inconnue; sur la garde et sur la première page se 
répète l'ancien numéro 289 26 . 


.. Voir plus haut note 19. 


- 


--
		

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Contenu du manuscrit: 
1. pp. 1 col. 1-148. Petrus de Dresden, Paruulus philosophiae naturalis 28, 
corn commentario (anepigr.). 
Début du commentaire p. 1 col. 1: "Omnis gloria eius filie regis ab intus 
in fimbriis aureis etc. Hec uerba quamuis prophetarum non minimus 
Dauid..." Premier paragraphe du commentaire p. 4 col. 2: "N atura est 
principium. Iste libellus introductorius in philosophiam naturalem..." 
Le texte commence à la page 22: "N atura est primum principium et causa 
mouendi et quiescendi", et finit à la page 147 col. 1: "illo a quo fit abstractio, 
Deo autem nihil est simplicius. Et sic est finis huius et est finitus 6 feria 
sub sermone (!) ante festum Michaelis per Vinconcium Kenczel in Glo- 
gouia Maiori, sub anno Domini 1444". Le commentaire finit à la page 148: 
"sed perfecte cognoscitur in uita eterna, quam nobis donare dignetur 
Ihesus Christus benedictus in seculorum secula. Amen". 
II. pp. 149 -388. Marsi1ius ab Inghen, Quaestiones Paruomm Natu- 
ralium 27. 
"Assit ad inceptum sancta. Maria meum. Circa questiones Marsilij 
Bupe
 Parua Naturalia queritur, utrum sit ponenda determinatio scien- 
tifica de passionibus et propI'ietatibus animatorum distincta a scientia 
libri De anima Y X auctoritas post oppositum est pro dictis. Et sic est 
finis" . 
III. p. 389 col. 1-644. Nicolaus Oresme, Quaestiones Meteororum. 
"Circa materiam Orem super Metheorum (!) queritur primo, utrum 
possibile sit de impressionibus metroloycis simul habere scientiam et 
opinionem Y et aI'guitur, quod non 28 X dicimus, quod ipsum habitat in 
igne. Et sic est finis :M:etheoI'orum reuerendi magistri Wilhelmi (!) de Orem, 
pro quo sit benedictus Deus in secula seculorum. Et finito libro post festum 
Pasce 4 t a. feria in die Vite (!) a.nno Domini 1450 per Pa.ulum de Zorawia. 
imbuens (!) sciencijs gymnasij Frankenfordensis". 
IV. pp. 645-648. Index Quaestionum MarsiJü ab Inghen super Parua 
Naturalia (cf. N° Il). 
"Registrum super Parua Naturalia. Utrum sit ponenda..." 
V. pp. 649 -652. Index Quaestionum Nicolai Oresme super Meteora 
(cf. N° III). 
"Registrum supe
 Metheororum. Utrum possibile sit... " 


Il Voir plus haut note 16. 
17 Cf. le cod. Ampl. F. 334, ff. 1-61. 
Il La page 412 est la dernière écrite en deux colonnes; le nouveau cahier est 
écrit 10ngiB lineis, en conséquence une partie de la question 1, 7, toute la question 
1, 8 et une partie de l, 9 sont in duplo. Quelques cahiers suivants sont mal reliés; 
après la page 436, il faut lire dans l'ordre suivant: pp. 509-532, 485-508, 437-484, 
533 sqq. 


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ca = cod. Crac. 749 (olim CC VIII 12) 
Reliure gros parchemin jaune, deux bandes de cuir au dos. En haut 
du plat recto: "Liber Thobie de Myelnik (Y)29 etc.", en-dessous: "pro 
bursa pauperum in Krakow", encore plus bas: "Questiones de celo et 
mundo. Il Questiones de corrupcione et generacione. Il Questiones meteo- 
rorum", et enfin: "vendatur". A l'intérieur du plat verso une figure qui 
explique la formation d'un halo.- Format: in-folio = 30 X 21,5 cm.- 
110 folios en papier, numéroMs au crayon; différents filigranes (oiseau, 
poire, cloche, etc.). - Une main de la seconde moitié du XIVe s., qui 
écrit en deux colonnes. - Il n'y a ni l'ubriques ni initiales. - Les cahiers 
numérotés pour la plupart au bas des derniers folios: 1 118 au f. 10 v , 2 UB a.u 
f. 18 v , 3 118 au f. 28 v , 4 118 manque, car le dernier folio (41 bis) de ce cahier 
est absent; le folio 42 semble appartenir au 5 e cahier, cependant ce cahier 
manque, de même que tout le sixième cahier, car le numéro 7 UB se trouve 
au f. 56 v , 8 UB au f. 70 v ; les trois cahiers suivants sont numérotés au com- 
mencement et à la fin: 9 us aux ff. 71 r et 80 v , Xus aux ff. 81 r30 et 92 v , XIUB 
aux ff. 93 r et 106 v .- Quant à la provenance voir ci-dessus; en haut du 
f. Ir la cote 126 ou 136 31 . 
Contenu du manuscrit: 
1. fi. Ir col. 1-42 v col. 1. AJbertus Rickmersdorl de Saxonia, Quaestiones 
in De coelo et mundo (anepigr.). 
"Adstotiles in isto libI'o De coelo et mundo, qui est secundus in or- 
dine librorum naturalium, qui considerat... ConsequenteI' primo queritur, 
utI'Un1 cuiuslibet corporis (1). Ad primam dictarum questionum proposi- 
tarum 32 X et diminuentem quanto remotior est ab eius origine. Expliciunt 
questiones De celo et mundo I"euerendi magistri Alberti finite die primo 
sequenti post festum sancti Egidij". 
ll. fi. 43 r col. 1-59 r col. 2. Johannes Buridanus, QuaestÏones in De 
generatione et corruptione, mancae in principio s8 . 
"Oppositum uult Aristotiles, scilicet quod augmentatio fit adueniente 
corruptiuo X rationes, que fiebant ante oppositum. Et sic est finis. Laus 
tibi sit Christe domine. Expliciunt questiones De generacione et corrup- 


It Wislocki a lu "Wyelun". 
.0 Au même f. 81 r nous avons aussi ,,3 U8 sexternu8 etc.", car c'est le troisième 
sexternion des Meteora. 
Il Voir plus haut note 19. 
.1 Il manque plusieurs folios après le f. 28 v , car au f. 28 V commence la questiou 
II, 5 et au f. 29 r nous sommes déjà à la question II, 22. Après le f. 41, il manque 
aussi un folio (celui par lequel finit le quatrième cahier, voir plus haut), car nous 
passons, aux ff. 41 V et 42 r , de la question III (IV), 12, inachevée, à la 13 e question 
qui n'a pas de commencement. 
.. La copie commence tout près du début de la question l, 14, la comparaison 
avec le cod. Crac. 751 (= C.), f. 132 r col. 1 nous l'indique. 


-
		

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cione BYI'ydany magist
i Pariensis (!) Prage reportate. Explica Domine 
potentiam tuam". 
III. fi. 59 V col. 1-110 r col. 1. Nicolaus Oresme, Quaestiones Meteororum. 
"QueI'itur circa libl'Uffi Metheorum primo, utrum possibile sit de impres- 
sionibus metlogicis (!) habere scientiam et opinionem' Et arguitur quod 
non x ipsum habitet in igne. Et sic est finis etc. Expliciunt questiones 
Metheorol'Uffi magistri Nicolai dicti cognomine Orem finite per manus 
J ohannis et reportate ante festum sancti Galli. Laus Christo sit etc.". 
Au f. 1l0v des essais d'écriture (sur les pierres précieuses. etc.) qui confirment, 
entre autres, la note du f. 59 r que ce manuscrit fut écrit à Prague (après 1373')81. 


cc = cod. Crac. 751 (olim CC VIII 31) 
ReliUl'e 
os parchemin jaune, bande de cuÏI' au dos. SUI' le plat 
ecto: 
"libe
 magistri Boxicze".- Format: in-folio = 27,5 X 22 cm.- 150 folios 
en papier, numé
otés par un crayon l'ouge au bas des pages. Différents 
fili
anes (deux ceI'cles, tenailles, etc.). - Probablement une seule main 
de la seconde moitié du XIVe s., bien que le caractère de l'écriture varie 
(ff. 110 r , 129 r , 139 r ); deux colonnes. Notes marginales très ra.res.- RubI'i- 
ques raI'es jusqu'au f. 60 r ; lignes de tête en haut des pages.- Les quatre 
premie
s cahiers sont des quinternions (2-11, 12-21, 22-31, 32-41), 
le cinquième est un sexternion (42-53), suivent ensuite cinq quinter- 
nions (54-63, 64-73, 74-83, 84-93, 94-103); deux Bexternions 
(104-115,116-127) sont suivis par une feuille dépareillée (f. 128), ensuite 
de nouveau un sexternion (129-140) et un quinternion (141-150). 
Réclames au début et à la fin du second cahier (f. 12 r en haut: ,,2 9 quin- 
teI'nus Metheororum", f. 21 v en bas: ,,59" c'est-à-dire "quinternus"'), 
dans le troisième (f. 23 r , au lieu de f. 22 r : ,,3 9 quinternus"), au début et 
à la fin du quatrième (f. 32 r , coupé: ,,4 9 quinternus", le même réclame a.u 
f. 41 V), ensuite on ne les trouve que ci et là: f. 64 r : ,,2 9 quinternus" (second 
cahier du De anima) ; f. 94 r en haut: ,,3 9 de celo" , et en bas ,,2 9 quinternus" ; 
f. 127 v : ,,129"; f.140 v en bas: ,,139"; f. 14tr en bas: ,,14 9 ".- Provenances: 
1. Le codex fut probablement écrit à Prague (voir ci-dessous f. 114 V ); 
2. ensuite il appartenait à Jakub Boksica (voir ci-dessus); 3. f. ur, en 
haut, une note: "Audiui quatuor libros de celo et mundo a magistro Stani- 
slao de PYI'szchow 311 , qui incepit feria Bexta ipso die sancti Valentini 


Il Nous y lisons notamment, col. 1: "Seruicijs sinceris premisBiB Vestre presen- 
tibus notifico discrecioni, quod pater meus olym residens in Zwolenawess Vestram 
multiB infestauit impedimentis. Quapropter VeBtre discretionis claritaB"; un peu 
plus bas: "AndreaB de Zytonicz", et, dans la col. 2: "Skalk". "Albertus". "Egh", 
"EgenlB". évidemment au lieu d' "Albertus Engenschalk" (baccalarius 1373, magister 
1376). 
Il StaniBlaw de Pyrszchow (PirBkowia. Pirzkow [Pierzch6w, district de Boch. 
nia - N.d.I.R.]) obtint le titre de magiBter après la Noël de 1422; en 1430 il fut doyen 


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confessoris et finiuit die sabbati proximo aute dominicam Domine ne 
longe". 4. Au verso du plat recto, le numéro 346 36 . 
Contenu du manuscrit: 
Le f. Ir couvert d'essais de plume; au f. IV, liste des QuaeBtioneB d'Oresme avec 
l'explicit: "Expliciunt tabule questionum libri Metheororum a magistro Horem 
confectarum" . 


1. ff. 2 r col. 1- 2 v col. 2. Albertus Rickmersdorf de Saxonia, Quaestiones 
Meteororum (fragmentum, anepigr.). 
"Circa libI'um Metheororum queritur pI'imo, utrum de impressionibus 
metheoroloycis sit scienciat et arguitur, quod non x (dans la question 1,2): 
Tunc sint quatuor conclusiones. Prima est generalis, quod uniue;rsum 
et Olnnia, que in eo Bunt, bene sunt ordiuata et ( Y) prius ponit ( t) illas etc. " 
II. ff. 3 r col. 1-53 r col. 2. Nicolaus Oresme, Quaestiones Meteororum 
(anepigr.). 
"Utrum de impressionibuB meteorologicis possibile Bit habere scien- 
tiam simul et opinionem! arguitur, quod non x quod tale animal habitet 
in igne. Et sic est finis Metheororum Horen (!) ad honorem Dei etc. Laus 
tibi aime Deus, factori, couseruanti et ;repremianti, aime Matri Dei perhen- 
nitas laudis in omni" (!). 


F. 53 v , liste des QuaeBtioneB De coelo d'Albert de Saxe qui va seulement au II, 
19, intitulée: "Sequuntur tabule questionum uenerabilis Alberti Magni (!) super 
De celo et mundo". 


III. ff. 54 r col. 1-73 V col. 2. Johannes Buridanus, Quaestiones in 
De anima (anepigr.). 
"Queritur circa inicium libri De anima primo talis questio: Utrum 
anima sit subiectum proprium in scientia huius libri, qui Bolet uocari 
libeI' De anima 7 et arguituI' pI'imo, quod non x quod omnes l'ationes 
pI'ocedunt uiis suis. Et sic est finis questionum De anima ad honorem et 
laudem Dei gloriosi. Sequitur ultima questio, utrum in homine appetitus 
appetitui Bit contrarius, et habetur in fine queBtionum parui quaterni 
ut supra 37 ". 
IV. ff. 74 r col. 1-124 r col. 1. A1bertus Rickmersdorf de Saxonia, 
Quaestiones in De coelo et mundo (anepigr.). 
"Aristoles (!) in libro De celo et mundo, qui est secundus in ordine 
librorum naturalium... Prima questio est: Utrum cuilibet corpori sim- 
plici insit naturaliter tantum unus motus simplex Y x et ideo dissimiliter 


(Statuta nec non liber promotionum, Cracoviae 1849, pp. 16, 23). La Saint-Valentin 
le confesseur (7 janvier) tombait le vendredi en 1429, 1435, 1446, etc. 
Il Voir plus haut note 19. 
.7 Mais ce "petit cahier" manque dans le manuscrit. 


.. 


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est de motu proiecto (!) et de motu aeris insequentis proiectum. Et sic 
est finis questionum De celo et mundo" 38. 
V. ff. 124 r col. 1-14 7 r col. 2. Johannes Buridanus, Quaestiones in 
De generatione et corruptione. 
" Hic incipiunt questiones super De generacione et corrupcione reueremU 
magistri Byridani et prima questio exstat talis: Utrum de generabilibus 
corruptibilibus sit sciencia" et arguitur primo, quod non x rationes que 
fiebunt a.nte oppositum. Et sic est finis questionum De generacione et 
corrupcione. Expliciunt questiones De generacione et corrupcione". 
VI. ff. 147 V col. 1-149 r col. 1. Undeuiginti epitomata disputationum 
Pragensium (anepigr.)39. 
"Utrum a Deo possit fieri aliquis effectus continuus' arguitur, quod 
non x sed in oppositione 	
			

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de Marsile d'Inghen et immédiatement après les Quaestiones Meteororum, 
attribuées à Guillaume (!) Oresme C2 . 
MI = cod. Monac. lat. 4376 
Manuscrit in-folio en papier, de 151 folios, écrit à Prague par Johannes 
Kirchpaum d'Ingolstat entre 1365 -1367. Il est venu à la Bibliothèque 
d'Etat de Bavière du couvent de Saints UdaIric et Affre d'AugsboUl'g. 
Le catalogue imprimé 413 le décrit ainsi: 
Biridani quaestiones quatuor libI'orum MetheoroI'Uffi Aristotelis. - 
fo. 64 De pestilentia secundum A!'istotelem, Arnoldum de Noua Villa 
etc. - fo. 66 Declaratio studii Pragensis de articulis de eucharistia peI' J oh. 
Muntzinger a. 1386 publicatis. - fo. 68 Quaestiones super Aristotelis 
librum De sensu et sensato coUectae P3.I'isiis peI' Albertum de Rychmers- 
dorf, pronunciatae P
agae in quadam bursa.- fo. 86 Quaestiones super 
Aristotelis libI'um De memoria et reminiscentia. - fo. 91 Quaestiones De 
sompno et uigilia. - fo. 102 Quaestiones De longitudine et breuitate uitae. - 
fo. 105 Biridani quaestioneB de libris De anima. - fo. 125 Quaestiones 
de libris De generatione et corruptione. 
Je regrette qu'ayant ce manuscrit en main (en juillet 1914), j'ai seule- 
ment noté qu'il commence par les Quaestiones de Nicole Oresme, que 
l'explicit attI'ibue à Buridan. Aujourd'hui (1918) je doute un peu de l'exac- 
titude de cette note; en tout cas nous avons ici aux ff. 39 v 8qq. (en tant que 
III 20) la question "Utrum radius", etc., éditée ci-dessus (pp. 152-172). 
M2 = cod. Monac. lat. 6962 


ManuscI'it in-folio en papie:r, de 180 folios, éCI'it en 1385, venu à la 
Bibliothèque de l'Etat de Ba.vière du couvent de Fürstenfeld. D'après 
le catalogue imprimé cc il contient: 
J ohannis Biridani Quaestiones in libros PrioI'um et PosterioI'um Ana- 
lyticoI'um Aristotelis, item in libros Meteororum et De anima. 
Après J'examen direct, je peux cependant affirmer que les Quaestiones 
]Il eteororum mentionnées ici doivent êtI'e attribuées plutôt à Nicole Oresme, 
au moins pour autant que la question "Utrum radius" etc., publiée plus 
haut (pp. 152-172) se trouve là (ff. 128 r sqq.) en tant que 10 e question 
du Ille livre C6 . 


Il Cf. les mallUscrits CI et U. 
.. Catalogu8 codicum latinorum Bibliothecae 'Tegiae MonacenBiB, 2 éd., 1: 2, Mo- 
nachii 1894, pp. 181-182. 
u lbid., 1: 3, Monachii 1873, p. 131. 
U C'eBt-à-dire comme dans le recueil de Thémon. Il n'eBt doue pas exclu que 
dans le ms. MI nous ayons l'exemplaire manuscrit des Quae8tioneB Themoni8 que j'ai 
cherché en vain (entre 1916 et 1918); mais il est plus vraisemblable qu'il s'agira d'une 
contamination similaire au ms. MI. 


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M3 = cod. Monac. lat. 17226 
Manuscrit in-folio (31 X 21,5 cm) en papier, de 143 folios (les trois 
derniers sont blancs), écrit lisiblement en 1413 par un certain Lanzman. 
Il est venu à la Bibliothèque de l'Etat de Bavière du couvent de Scheftlarn. 
Le catalogue imprimé 416 le donne brièvement pOUl' "Quaestiones Mete- 
ororum Aristotelis". 
D'après mes notes ce sont les Quaestiones de Buridan, le préambule 
étant identique à celui du cod. Vind. 5321 ("Si scientiam opinamur X magni- 
tudinem aliquam. Sequitur nunc questio prima. Circa materiam. Utrum 
de impressionibus methorologicis sit tradenda... "), qui cependant versent 
ensuite dans les Quaestiones d'Oresme (explicit, f. 140 r : "... habitat in 
igne et sic est finis huius operis. Deo gracias etc. Et questiones ille sCI'ipte 
sunt per Lanzman suo domino sub anno incarnationis d.n. Ihesu Christi 
MCCCCXllIo etc."; suit, le f. 140 v , la liste des questions des 1 er et lIe 
livres). C'est donc un manuscrit analogue à A; mais puisque la question 
"Utrum radius" etc., publiée ci-dessus (pp. 152-172), se trouve ici (ff. 
107 r sqq.) en tant que III 10 417 , l'
euvre de Buridan doit s'arrêter plus tôt. 
U = cod. Upsal. C 596 
Manuscrit in-folio en papier, de 308 folios, écrit vers 1424, venu à la 
Bibliothèque UniversitaiI'e d'Uppsala du couvent de Wadsten où il était 
coté H. III. 13. Selon le catalogue manuscrit d'Uppsala il contient les 
traités suivants: 
1. ff. 2-97. Nicolau8 Ore8me, Quae8tione8 Meteororum. 
"Queritur primo, utrum possibile sit de impressionibus metrologicis 
simul habere scientiam et opinionem Y arguitur pI'imo quod non X (f. 96 V ): 
Et sic est finis quarti libri Metheorologicorum (
) l'euerendi magistri 
Wilhelmi (!) de Orem". Suit la liste des questions, à la fin de laquelle, 
à l'encre rouge: "Anno 1\ICCCC 24 0 ". 
II. ff. 98-308. Marsilius ab Inghen, Quaestiones in .xn Iibro8 Meta- 
phY8icorum. 
"Circa primum librum intel' libros 1\Ietaphisice queI'itUl' utrum meta- 
phisica sit scientia
 et arguitur primo, quod non X (f. 307): Hoc... de 
omnibus questionibus tocius Metaphisice reuerendi magistri Marsilii de 
Inghen secre theologie professoris... ". 
V = cod. VratisJ. Univ. IV. Q. 27 
Reliure ais recouverts de cuir jaune; à l'intérieur du plat recto, une 
carte collée qui contient le "Registrum questionum primi libri Meterorum" 


.. OataloguB codict£m etc.; II: 3, Monachü 1878, p. 89. 
t7 De nouveau comme chez Thémon, voir plu8 haut note 45, et plu8 bas note 50. 


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(jusqu'à II 1) et une petite carte imprimée: "Aus der Bibliothek des Kolle- 
giatstiftes zu Glogau"; à l'intérieur du plat verso - deux petites cartes 
collées: sur ceUe du bas figure un texte allemand, sur celle du haut nous 
avons aussi un texte allemand en bas, et en haut (c.-à-d. vers l'intérieur 
du manuscrit) un bref texte en latin et une note: "Anno millesimo tre- 
centesimo nonagesimo nono obiit serenissima princeps regina Hedwigis 
in Cracouia in die sancti Galli". - Format: in-quarto = 22 X 15 cm.- 
165 folios en papier, en plus deux gardes, antérieure et postérieure, en 
parchemin (la deI'llière contient le début du De regimine 8colarium de 
Pseudo-Boèce). Foliotage moderne.- Une seule main du conunencement 
du XVe s. qui écrit longislineis. Rares notes marginales de la même main. - 
Tout le manuscrit est rubI'iqué.- Les cahie;rs sont numérotés: 1 UB = f. 
Ir,2 us = f. 12 r , 3 UB = f. 27 r , 4 UB = f. 39 r , 51U' = f. 51 r , 6 UB = f. 63 r , 7 UB = f. 
75 r , 8 US = f. 87 r , 9 US = f. 99 r , 10 = f. 11l r , XI = f. 123 r , XII = f. 135 r , 
XlIII = f. 147 r , XlIII = f. 159 r ; ff. 164-165 constituent un couple 
à part.- Provenances: 1. f. 165 v , effacé: "Liber Nicolai de scola... artium 
baccalaurei"; 2. au verso de la garde antérieure: "Dominus Petrus Nachay- 
cze aItarista dedit", il faut présumer: à l'église collégiale de Glog6w, 
d'où le manuscrit passa à la Bibliothèque Universitaire (voir plus haut). 
Contenu du manuscrit: 
1. ff. Ir -163 r . Nicolaus Ûresme, Quaestiones Meteororum. 
"Bee sunt questiones magistI'i Orem supeI' libI'o MetheI'orum" (rubro). 
"CÏ!'ca librum Metherorum Aristotelis peritissimi philosophi primo queri- 
tur, utrum possibile sit de impressionibus habere metroloycis simul scien- 
tiam et opinionem 
 et arguitur primo, quod non x dicimus, quod tale 
animal habitat in igne. Hec de questione. Amen. Expliciunt questiones 
Metheororum seu Metherorum anno Domini magistri Orem (!)". Ensuite, 
rubro: "Finis adest operis, precium uuIt scriptor habere". 


Au f. 163 v , rubro: "Expliciunt questione8 super primum et secundum libros 
De generatione et corrupcione date per magi8trum Mar8i1ium Pari8iensem bone et 
bene correcte" rayé; en8uite, aU8si rubro: "Expliciunt qnestiones Metherorum date 
per magi8trum Orem nel Oren bone et bene correcte". il. côté de quoi. nigro: "Non 
est uerum, non sunt bene correcte". Plus ba8 d'une autre main: "pro quadraginta 
grossis et non minus". - Aux ff. 164 r -165 r "Registrum questionum tocius libri 
Metherorum" . 


W = cod. Vind. lat. 5453 


Manuscrit en papier, du XVe s., 109 folios, transmis à la Bibliothèque 
de l'Etat par l'Université (oUm Univ. 902). Le catalogue imprimé c8 le 
Mcrit de la manière suivante: 


.. Tabulae codicum manuBcriptorum praeter graecoB et orientaleB in Bibliotheca 
palatina VindobonenBi aSBervatorum, IV, Vindobonae 1870, p. 127.
		

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1. ff. 1 r -8 r . Fragmentum questionum in Aristotelis librum De coelo 
et mundo. 
"ueI'um cuilibet corpori X utrum aerem altum..." 
Ff. 9-10 blancs. 
II. ff. 1P-28 r . Quaestiones circa Aristotelis libros De anima. 
"QuerituI' circa principium primi libri X de ipso sciamus et sunt in 
secundo comportata". 
Ff. 28 V - 29 V blancs. 


III. ff. 30 r -48 v . JohaJUles Buridanus. Quaestiones circa Aristotelis 
librum De generatione et corruptione. 
IV. ff. 49 r -109 v . Idem, Quaestiones de Meteoris. 
"Queritur circa primum librum Metheororum, utrum de impressionibus 
X que est sibi data a datore..." 
Après l'examen direct, je peux affirmer, à l'encontre du catalogue, 
que ces Quaestiones JJleteororum ne sont pas de Jean Buridan, mais bien 
de Nicole Oresme. 


La question se pose maintenant des rapports réciproques entre les 
manuscrits que nous venons de décrire. Nous trouverons la réponse en 
examinant les variantes que j'ai insérées dans l'apparat critique de mon 
édition de la 1g e question du Ille livre (voir plus haut pp. 152 -172). 
Je me suis servi pour elle de sept manuscrits, à savoir BC I C 2 C 3 C i LV; 
j'ai en outre utilisé mes anciennes notes sur les manuscrits MIM2l\PUW; 
j'ai enfin collationné l'édition impI'imée E dont je reparlerai enCOI'e plus 
largement. Lorsque les textes étaient déjà impI'imés, j'ai reçu du profes- 
seur P. Lehmann de Munich des variantes des manuscrits MIM2M3 qui 
portaient sur les pages 152 -172; je présente ces variantes dans la note tg, 


Il P. 152, 1. Quaeritur ] Viccsimo queritur Ml. 2. mixto ] commixto MI. 4. 
Et ] om. MI.J[I(L). primo] om. MI(CI). huius] om. MI. 4-5. ante tractatu ] 
in MI. 5. refractionem ] refractiones MI(E). 6. quidem ] omo MI(L). siue] id 
est MIMI(a). 7-8. iuspissatioue ] spissatione MI. 8. pOBt facit ] enim (f) MI. 
et ] id est MI(V). 9. opposito l proposito MIMIMI(af3). aliquaudo accidit ] 
acciditaliquando MIMI(E). cuidam] om. MIM". 10. uidebatur ] uidcbitur 
Ml MI. 10-11. praecedere ambulantem l ambulantem procedera (!) .Jf8. 11. 
ipsum ] om. MI. ad] om. MI. 11-12. Hoc... ipsum ] omo MI MI (E). 12. 
refrangebatur ] refrangabatur Ml. sic] nec (f) MI. 13. uisus ] om. Ml MI (aEL). 
et ] om. MI(Y). fieret] fiet MI; om. MI, 14. radius uisualis ] uisualis radius 
M". ab] in Ml (omneB praeter E). 15. ad oculum ] om. MIM"(E). 17. pro- 
batur ] omo MI. Witelonis] Vitellonis Ml; GWiI on18 MI; Guitulonis M". in] 
(lm. MI. 18. et in commento ] in comta MI. per totum ] om. MI (CIC"). 19. 
istam ] illam MI()'). historiam] opiniouem MI. quodam] alio MIMI(E). 20. 
tunc ] omo MI(aL). circa] omo Ml MI. 21. alium ] aliquaudo MI. sibi con- 


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196 


en indiquant entre parenthèses la concordance avec les autres manu- 
scrits utilisés pour cette édition. Il en résulte clairement, que les manu- 
scrits M2M3 appartiennent à la même famille que l'édition imprimée 


similem ] secum equitantem MIM'(E). et] om. M'(a{3y). opera] om. MI(O'). 
sibi conBimilia ] Bibi similia M'(E); simila Bibi MI. 23. etiam ] omo M'. Witelo J 
Vitellus Ml; ille (f) Gwi lO MI; Gwitulo MI. suo ] quo dam MI M'; BUO quodam Ml. 
24. quiBicincipit] MIMI(E); qui sic Ml (a). ma.gistro] MIMI(E); omo Ml(reliqui). 
Ludouico ] Ludwico MIM'. 25. historiam ] opinionem MI. III] libro M'(E). 
26. historiam ] opininem MI. quam per famam ] per famam quam MI(aOIEL); 
per famam M'; quam Ml. in Polonia ] in Bolonia M'; Bolonie MI. quod] quia 
Ml (aO'LW). 27. telam ] telum Ml; tela MI. ante in ] ante siluam Gotzueldorff 
MI; unde siluam in Gocznerdorf MI (uide E). quidam] omo MIMI(ayW). 28. 
dictus Henricus ] (E); dictus Heinricus MI; Heinricus dictus Ma; dictuB Ml 
(reliqui). Katho] M'; Kato Ml; Cato MI. in diluculo ] omo MIMI(aEL). 29. 
Ligniz ] MI; lignum et Ml(ayW); lignum M'. et] omo MIM'({3EU). Go- 
tzuidorf] Gotzueldorf Ml; omo hoc loco MIMI(E). ante uidit ] ubi MIMIMI (omneB 
praeter a). magnum] altum MIM3(E). 30. ut ] sicut MI({3E). ad] omo M". 
31. eBse] omo MI. illo autem ] tandem illum MIMIM3. 32. ueniente iuxta 
se ] uenientem prope se MI; iuxta se uenientem M3. ipBum] se (corr. e:J: ilium) 
MI; omo MIM"(aEL). 33. propter... nisi ] propter hoc quod non fuit nisi MIMa(Ol); 
propter quod (BUp. lin.) hoc non ostendat non Ml. 34. reflexionem ... refrac- 
tionem ] refractionem (reflexionem M") uel per reflexionem MIMIM" (yW). 
radiorum ] omo Ml(yOIUW). uisualium] om. MIM"({3yEUW). et] om. Ml. 35. 
fuit] erat MIM"(E). 35-37. sed... III ] om. MI. 35. fatuus ] uatuus MI. mi- 
les] omo M"(E). 36. scientiam] omo MIMI(a{3EU). credidiBset] credidit Ml (yW). 
ipsum ] omo MIM" (aE). esse daemonem ] omo M"(E). 37. Alhacen ] Alacen 
MIM" (BOI0IE). 37-38. aliquando ] om. MIM"(aE). 39. Et] Et illud MIM"(E). 
omnes ] omo MIM" (OlEL). uiBi] uisum Ml(a). sunt] omo M' (a). 40. ant6 
super] Biue MI. antiquam... nouam ] nouam siue (et MI) super antiquam MIMa 
(uide E). pOBt translationem ] Aristotelis MI. hoc idem ] omo MIM" (E). 
41. Deinde... rationibuB] Ad idem arguitur rationibus Ar(iBtoteliBf) MI. 42. Primo] 
Ad idem MI(E); om. MI(L). 43. est in ] om. MI. medio densiori ] densiori medio 
MIMIM" (ayL). ergo] ergo etiam MIM"(yL). 44. etiam ] om. MIMIM"(yOILV). 
si ] om. MIMI(aEL). est] omo MIMIM" (aEL). Bine] om. M'. 45. Bcilicet ] 
omo MIMIM" (aE). uiBibiliter imaginem ] sic uiBibiliter imaginem Ml (a{3y); Bic 
imaginem uisibiliter MIM". 46. patet ] tenet MI (OIO"O'V). 47. iuuet ] iuuat 
MI(a); iniuuet Ml. etiam impedit ] impedit etiam M". 48. in ] quod 
in Ml MI (aOIO"OI). post argenteis ] PariBiensibuB MI MI (E). 49. pOBt politis_] 
sicut specula sperica conuexa MIM'(E). etiam] omo MI M' (aEL). allis] conüs 
MI. instrumentis potatorüs] instrumentis pototoriis Ml; partibus MIMI(E). ha- 
bentibuB ] om. MI. 49-50. pOBtulas] pUBtulas MIM'; puserlas M". 50. uel] 
seu MIM" (E). 51. plena ] pleni MI(yE); plenum M'. aëris] aere Ml(ayO'OI). 
occurrente ] om. MI (yOIOI). reflectuntur] reflectente Ma. medium] modum 
Ml. 52. inde ] tamen MIMI. 53. uel ] idem MI. 54. faciat ] facit M"(L). 
55. aquae ] omo M". 56. in ipsamet aqua ] (E); ipsammet aquam MIMI(a{3y); 
ipBam aquam met MI. reflecteretur] (E); reflecteret MIMIM" (aO I ). falBum, 
quia] om. MI. 56- 57. tunc... confU8io ] confU8io tanta fieret MI M" (E). 57 - 58. 
nullam... uideremuB ] niliil de speciebus talibus (talibus speciebus MI) sentiremus 
(sentiretur E) MIMI(E).
		

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			.1 


191 


EIIO, beaucoup de leçons communes (p. 153 U. 9,11-12,15,19; p. 154. Il, 
21, 24 (deux fois), 28, 29 (deux fois); p. 155, 11. 34,35, 39, (deux fois) 
40; p. 156, U. 44,45, 48,49 (trois fois), 50, 51, 56-57, 57 -58; cf. p. 154, 
U. 26,27,28, p. 155, lin. 40) dont la moitié peuvent être appelées carac- 
téristiques pour ce groupe - en témoignent nettement. Je trouve que 
c'est le meilleur groupe parmi les manuscrits que je connais; il est le seul 
à avoir conservé la leçon: "qui sic incipit" (p. 154 lin. 24), le prénom 
"Henricus Cato" (p. 154, lin. 29), le nom de "Ligniz"lil (p. 154lin. 29), 
etc. Aussi je regrette de n'avoir disposé, au moment de l'édition, que 
d'un seul représentant (E) de cette famille, Par surcroît partiellement 
détérioré à l'impression 52. Le manuscrit MI est déjà un peu inférieur; 
dans maintes leçons (le plus souvent accompagné en cela par d'autres 
copies) il se rapproche d'un autre groupe très restreint, celui des manu- 
scrits CIV, que j'ai désigné dans mon apparat critique par la lettre 	
			

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y, mais il en modifie le texte à son gré, par des abrègements souvent con- 
sidérables. Dans plusieurs passages il est peut-être légèrement supérieur 
aux autres représentants du groupe y (en se rapprochant de C2) - mais 
il est difficile de décider si cela vient d'une meilleure filiation ou des amen- 
dements du copiste. 
Des remarques qui précèdent, on peut déduire le schéma général suivant: 


Archétype 
1 
1 1 1 
(a) (P) (y) 
n 1 1 / 
 
JI' 
- 
EMIM" Ml CI V L U CI BC.W CI 
la succession des groupes indiquant aussi leur valeur relative. 


En revenant maintenant à notre problème principal, c'est-à-dire aux 
rapports récipI'oques entre l'édition imprimée E et les manuscrits, nous 
allons examiner successivement les 27 questions du Ille liVJ'e de l'édition E 
en les confrontant aux questions correspondantes des manuscrits. Nous 
nous limitons au Ille livre puisque c'est le seul où nous t
ouvons des con- 
cordances totales entre les deux ouvrages chaque fois comparés; dans 
les livres l, II et IV nous ne rencontrons plus que des analogies plus au 
moins grandes. 
Je dois cependant faire remarquer au lecteur qu'un autre passage 
commence le Ille livre chez Oresille et un autre le texte impI'imé. Ce der- 
nier débute là où commencent nos éditions grecques et la traduction 
gréco-latine de Guillaume de MoeI'beke qui leur est conforme; Oresme, 
par contre, bien qu'il s'appuie aussi su
 cette traduction gréco-latine, 
débute pareillement à Albert le Grand ou à la traduction arabo-latine 
de Gérard de Crémone, c'est-à-dire par le chapitre SUI' les vents, ce qui 
cOI'I'espond au livre II, chapitre 4 d'après la numération d'IdeleI'II7. C'est 
à cause de cette différence que les questions 1-11 d'Oresme 
esteront 
.absentes du relevé présenté ci-dessous, C3.I' il faut chercher leurs équiva- 
lents dans la seconde moitié du lIe livre de Thémon (questions 5-11). 
Ce changement, dans les Quaestiones d'Oresme, de la division en livr- 
es du texte des Météores, pourtant de ce temps déjà consacrée par l'usage, 
ne provient pas de ce philosophe, mais de Buridan; beaucoup d'autres 
l'ont suivi. Mais vers la moitié du XIVe siècle une nouvelle réaction s'opéra; 
c'est ainsi que le successeur immédiat et le compilateur d'Oresme, Albert 
de Rickm ersdorf, reprit la division de la traduction gréco-latine. 
17 AriBtoteliB Meteorologicor'Um libri IV, éd. J. L. Ideler, t. l, Lipsiae 1834, p. 87. 


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Le troisième livre d'Albert ne contient que 9 questions; leur compa- 
raison avec le Ille livre d'Oresme, dans la partie indubitablement authen- 
tique, nous indique que c'était un compilateur de la plus belle eau. Voici, 
en effet, les résultats de cette comparaison 58 : 
Albert III 1 suit servilement Oresme III 12. 
Albert III 2 suit servilement Oresme III 13. 
Albert III 3 suit servilement Oresme III 15. 
Albert III 4 suit surtout Oresme III 17, articulus 1, en se servant partielle- 
ment d'Oresme III, 16. 
Albert III 5 suit Oresme III 16, art. 2, et 1 II 17, art. 2 - 3. 
Albert III 6 suit servilement Oresme III 20. 
Albert III 7,8,9. Ici nous sommes en terrain contestable, la paternité d'Oresme 
étant donteuse (voir ci-dessous). 
Néanmoins, à titre de complément, donnons là aussi le résultat de 
la comparaison 59: Albert III 7 cf. Oresme III 24-25 (E III 15-16); 
Albcrt III 8 cf. Oresme III 28-30 (E III 19-21); Albert III 9 cf. Oresme 
III 31 (E III 22). 
Nous pouvons maintenant examine
 le rapport de E aux manuscrits. 
E ln 1 (UtI'um omnis radius uisualis refrangatUl' in occursu medii 
densioris uel rarioris!) doit être comparé à Or:esme III 12, ou à Albert 
III 1, bien que leur disposition soit un peu difféI'ente, à savoir: 
Oresme: ln ista quaestione primo uidendum est, quomodo fiat uisio, utrum 
extramittendo uel intussuscipiendo; secundo uidendum est de quid nominis quo- 
rundam terminorum, quibus oportet uti in sequentibus; tertio uidendum est do 
fractione radiorum uisualium; quarto uidendum est de diuersitate fractionum ra- 
diorum uisualium. 
Albert: Primo uidendum, qualiter fiat uisio, utrum extramittendo uel intus- 
suscipiendo lO ; secundo, quid intelligatur per radium aut lineam uisualem ll ; tertio 
de quid no minis aliquorum terminorum"; quarto de fractione". 
Il Je n'en donne ici que les conclusions générales, sans m'arrêter aux détails 
ou aux petits écarts sans importance. Je note cependant que la plus forte (la plupart 
du temps littérale) concordance règne (si je l'indique) dans les "corpora quaestio- 
num"; les arguments préliminaires "pro" et "contra" et leurs solutions ("ad ratio- 
nes") diffèrent beaucoup plus. Pour plus de détail, voir plus loin où il est question 
du rapport d'Oresme à Thémon. 
1. Les nombres entre parenthèses indiquent les numéros des QuaeBtioneB (de 
Thémon) imprimées. qui sont ici identiques à celles des manuscrits. 
10 Servilement d'après Oresme (art. 1). 
Il Ils'agit de l'équivalence des deux termes; ni Oresme ni Thémon n'examinent 
ce sujet. 
Il Servilement d'après Oresme (art. 2), c'est aussi d'Oresme qu'est reprise la 
figure qui illustre ce que sont: radius rectus, radius reflexus, radius fractus, angulus 
incidentiae, angulus reflexionis, angulus ad quem fit reflexio. 
la Nous avons ici quatre conclusions qui répondent à la seconde conclusion de 
l'art. 3 d'Oresme et aux trois conclusions de son articulus 4. Viennent ensuite quatre 
corollaires relatifs aux rapports de grandeur intervenant dans la réfriugence; ils 
sont aussi empruntés à Oresme qui en a cependant douze. 


14 - A. Birkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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Thémon: ln quaestione primo uidebitur de terminis, quibus utendum est iD 
ista quaestione et in sequentibus; deinde de quaesito, puta si omnis radius refran- 
gatur, et si non omnis, quis refrangatur et quis uon. 


L'articulus 1 (E ff. 106 d 28-107 a 24) examine d'abord (jusqu'au 
f. 106 d 50) le même problème qu'Oresme art. 1 (= Albert art. 1). Nous 
trouvons une citation de laPerspectiua (= De iride) de (Robertus) Lincol- 
niensis déjà chez Oresme (Albert le suit); par contre Oresme se réfère 
aussi au traité De radiis de (Jacob) Alkindi, qui n'est cité ni par Albert 
ni par Thémon; réciproquement les citations d'Alhazen et de Witelo que 
donne Thémon n-e se trouvent ni chez Oresme, ni chez Albert. - Le reste 
de l'articulus 1 (depuis le f..106 d 50 jusqu'à la fin) est conforme quant 
à son contenu à Oresme, art. 2 (= Albert art. 3), mais des lettres diffé- 
rentes ont servi pour la figure; la citation de .Witelo manque chez Oresme 
et chez Albert. 
L'articulus 2 (E f. 107 a 24-107 b 44) se l'approche par le contenu 
d'Oresme art. 3 et partiellement de l'art. 4, à savoir: 
concl. 1 = Oresme art. 3 conc1. 3; 
concl. 2 = Oresme art. 3 concl. 2 (Albert art. 4 concl. 1); 
concl. 3 = Oresme art. 4 conc1. 1 (Albert art. 4 concl. 2); 
conc1. 4 = Oresme art. 3 concl. 1. 
E ID 2 (Utrum radius uisualis procedens a luminoso existente in me- 
dio unius raritatis frangatur ad perpendicularem uel a perpendiculari 
occurente medio alterius densitatis Y) considère spécialement le sujet 
traité par Oresme III 12 art. 4 (que suit Albert III 1 art. 4) à savoir: 
concl. 1 = Oresme concl. 1; concl. 2 = Oresme concl. 2; concl. 3-4 = 
OI'esme concl. 3 (Oresme cite ici Alhazen et Witelo); concl. 5 (responsalis) 
n'a pas d'équivalent chez Oresme. Quant aux corollaires que Thémon 
ajoute (f. 108 a 45-52, 62-65) aux conclusions 4 et 5, ils ne sont con- 
formes qu'en partie à Oresme (Oresme III 12 3.I't. 4 corrol. 11, 12, 6). 
E fil 3 (Utrum omnis radius uisualis l'eflectatUI' in occursu medii 
densioris ?) doit être comparé à Oresme III 13 ou Albert III 2, bien que 
ces derniers posent la question d'une manière à vrai dire différente (Utrum 
superficies cuiuslibet corporis reflectat uirtutes super ipsam incidentes! 
ou: Utrum in uisione fiat reflexio a corporibus politis et densisY); et quoi- 
que la disposition diverge, à savoir: 


Orcsme: ln ista quaestione primo uidendum est de quid nominis aliquorum 
terminorum; secundo de quaesito principali; tertio an quaelibet reflexio lucis uel 
coloris sufficiat ad speculandum. 
Albert: Prius (= in quaestione praecedenti) dictum est de refractione, nuno 
dicendum est de reflexione... et qualiter differant... Secundo recolendum est, quod
		

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1 


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201 


dictum est, quia ibi non est motus localis... 81 Nunc ergo primo uidendum est, quae 
sunt illa, quae reflectuntur, et quae causa reflexionis 16 ; secundo de quibusdam 
nominibus 80... et postea in alia (= sequenti) quaestione uidendum est de modis et 
effectibus huius reflexionis. 
Thémon: lu quaestione ista supponenda sunt, quae dicta sunt in prioribus quae- 
stionibus huius tertii. Sed ulterius notandum est, quod differentia est inter reflexio- 
nem et refractionem... Ulterius notandum est, quod... non est imaginandum, quod 
lumen aliquod per motum localem moueatur uel reflectatur... Istis diffinitionibuli 
praemissis praemittendae sunt suppositiones, quas aliqui ponunt... 
Il résulte de la dernière phrase que Thémon a ici l'intention de rappor- 
ter l'opinion d'autrui. Effectivement, la comparaison avec Albert témoigne 
indubitablement que c'est à 1 ui que Thémon pense. La conformité commence 
déjà dans les arguments "quod non", à savoir depuis "Quarto" (f. 108 
b 64)67; depuis ce passage Thémon suit pas à pas Albert, en s'éloignant 
ainsi (quant à la disposition et aux détails secondaires) d'Oresme 68. Il 
faut cependant remarquer 69 que dans la "suppositio prima" les mots 
"quandoque circulariter et quandoque columnaliter et sic diuersimode 
secundum diuersitatem figurarum corporum agentium" (108 c 32-33) 
proviennent de Thémon lui-même; l'opinion d'Albert - empruntée 
à Oresme 70 - est rapportée par les mots suivants: "et uolunt aliqui, 
quod sphaerice diffundat uirtutem" (108 c 33-34) et c'est elle que Thé- 
mon critique immpdiatement (108 c 34-35). La conformité s'arrête 
à la preuve de la première conclusion (à peu près 108 c 55) qu'Albert sou- 
tient de quatre manières; elle revient de nouveau, f. 108 d 24, par les mots 
"Et ex istis conclusionibus patet... ", dans lesquels Thémon (108 d 24-31) 
rapporte deux corollaires qu'Albert joint (suivant Oresme) à sa conclu- 


Il Ces deux remarques s'appuient sur le premier des deux "notabilia" ("Sciendum 
quod... Sciendum est tamen secundo... ") qui composent l'art. 1 d'Oresme. (Quant 
à l'autre "notabile", voir plus bas note 66, ainsi que le passage concernant E III 5). 
Il Servilement d'après Oresme art. 2, avec cette exception qu'Albert transforme 
les trois premières "conclusiones" d'Oresme en "suppositiones"; en conséquence 
Albert concl. 1 = Oresme concl. 4 (y compris les deux corollaires); Albert concl. 
2 = Oresme concl. 6. (La cinquième c
nclusion d'Oresme est omise). 
Il C'est en partie une répétition d'Albert III 1 art. 3 (mais seulement quant 
à la lumière réfléchie, alors qu'auparavant il parlait de la réfraction), c'est-à-dire 
d'Oresme III 12 art. 2, - et en partie un remaniement d'Oresme III 13 art. 1 notab. 2. 
17 En conséquence les arguments 4-6 (108 b 64-c 7) sont une répétition des 
arguments 1-3 (c.-à-d. tous) d'Albert. 
Il Nous avons ici surtout les concl. 1-3 d'Oresme, présentées de nouveau comme 
suppositiones, comme chez Albert (voir note 65). 
.. En plus de la transposition des "notabilia"; voir les exceptions citées plus 
haut dans le texte. 
70 Oresme, autant qu'Albert qui le suit, se réfèrent ici au traité De radiiB (Ro- 
berti) Lincolniensis; Albert ajoute "et per Commentatorem II De anima". Albert 
répète ces deux citations dans sa concl. 2, c'est à lui que Thémon les emprunte. (Voir 
la note suivante).
		

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sion 1 (= Oresme concl. 4). Enfin la co ncl. 4 de Thémon (108 d 31-36 
est 71 une répétition de la conclusion 2 d'Albert (= Oresme concl. 6). 
Ici Thémon abandonne son modèle pour se tourner vers des problèmes 
entièrement différents 72. 
E ID 4 (Utrum aliquis radius uisualis possit aliquibus speculis uel 
corporibus sic incidere, quod reflectatur l'epraesentans solum colorem et 
non fignram
) a des analogies poussées avec Oresme III 15 et Albert III 3, 
bien que la disposition soit de nouveau un peu différente: 
Ore8me: ln ista quaestionc primo uidendum est dc diuer8itate speeulorum; 
secundo ponendae 8unt aliquot conclusiones de effcctibus, qui reflcxiones 8uper 
huiusmodi specula consequantur. 
Albert: Dictum fuit priu8, quid 8it reflnio... Nunc restat uidere (primo). 
quibu8 modis fiat, et (secundo), qui effectu8 inde sequantur et quales. 
Thémon: Pro quaestione notandum, quod 8pecula 8unt in multiplici differentia... 
En vertu de ces dispositions on pourrait s'attendre à ce qu'Oresme 
divise la question en deux articuli, secondé en cela par Albert, et que 
Thémon se limite à l'articulus 1. En l'éalité, chez Oresme l'art. 1 traite, 
sous six rapports, de la classification des miroirs, que je vais résumer: 
Quantum ad articulum primum 8ciendum est, quod (1) 8pcculorum quaedam 
sunt plana, quaedam conuexa, quaedam concaua... (2) Adhuc speculorum quaedam 
sunt superficies simplice8 habentia, quaedam superficie.s compositas ex multi8 con- 
cauitatibus et rectitudinibu8 habenti8 et talia dicuntur aspera. (3) Adhuc 8peculorum 
quaedam sunt densa... et quaedam rar8... (4) Speculorum quaedam sunt magna, 
quaedam parua... (5) Item speculorum quaedam sunt opposita recte ui8ui et quaedam 
oblique. (6) Item adhuc 8peculorum quaedam sunt colorata et quaedam incolorata, 
saltcm sen8ibiliter" - 
et l'art. 2 reprend successivement ces six points et analyse en détail 
les phénomènes qu'engendre chaque miroir. Albe!'t réunit les deux 
articuli en un seul (art. 1), et en ajoute un autre de sa main qui traite 
spécialement des illusions. Enfin, Thémon divise l'art. 1 d'Albert en 
six parties en ajoutant aussitôt à chaque point le passage correspondant 
sur les phénomènes; il résume ensuite l'art. 2 d'Albert en quelques mots 
(110 b 30 -36). Les arguments de Thémon ont, en outre, un cal'actère déci- 
dément polémique, et se dirigent, comme nous allons le voir, contre Albert. 
Cependant la longue série d'arguments "quod non" (f. 109 a-b) 
ne provient pas d'Albert, qui les résume ici brièvement, mais plutôt 
d'Oresme (Oresme arg. 1 = Thémon arg. 1; Oresme arg. 2 = Thémon 
arg:. 4; Oresme arg. 3 = Thémon arg. 7, mais en plus court; Oresme arg. 


n y compris les deux citations; voir la note précédente. 
71 De même, la question qui constitue le contenu d'Oresme III 14 (Utrum uir- 
tutes reflexae sint debiliores uirtutibu8 non reflexis'), omise déjà par Albert, n'a 
point lai8sé de traces chez Thémon.
		

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4-6 manque chez Thémon). Le "oppositum" est similaire chez les trois 
philosophes. Par contre, tout ce que Thémon dit "de prima differentia 
speculoI'um" (109 c 6-110 a 10), indique clairement que Thémon connais- 
sait l'ouvrage d'Albert, comme en témoigne déjà la comparaison suivante: 


Albert" : 
Quantum ad primam differentiam (prima) 
suppositio est, quod angulus inci- 
dentiae et reflexionis sunt aequales, ut 
dictum fuit'.. Secunda est, quod lineae 
quae sunt perpendiculares super planum, 
sunt aequedistantes 7l . Tertia est, quod 
lineae perpendiculares super conuexum 
continue sunt proximiores accedendo 
uersus centrum 7l . Quarta est, quod per- 
pendiculares super concauum continue 
elongantur ab inuicem... et perpendicu- 
lares super concauum et conuexum con- 
currunt in centro..... 


Thémon (109 c 10-28): 
Suppositis igitur dictis in aJiis quaestio- 
nibus aliquae suppositiones sunt prae- 
mittendae. Prima est. quod... angulus 
incidentiae angulo reflexionis est aequa- 
lis... Secunda est, quod si super aJiquod 
planum speculum... radii... perpendi- 
culariter inciderint, isti sunt... aequedi- 
stantes... Tertia, quod Bi dua6 rectae 
lineae uel radii super idem speculum 
conuexum... perpendiculariter inciderint. 
utraque earum... iret ad centrum... 
Quarta suppositio, quod si in speculis 
concauis radii perpendiculares insistant. 
illi procedunt a centro... 


Jusqu'ici Thémon parle en son propre nom; il faut attendre les courtes 
phrases du passage suivant ("Istis dictis ponuntur aliquae conclusiones. 
Prima est..." etc., f. 109 c 29-d 5), pour que le voile se soulève 78 . La 


" Oresme commence pareillement: "Quantum ad prim am differentiam specu- 
lorum primo uidendum est, quid sit illcidere aliquam lineam super aliquam superfi- 
ciem perpendiculariter... (Albert l'omet, et Thémon en le suivant). Ex isto infero 
primo, quod si plures lineae cadunt perpendiculariter super aliquam superficiem 
planam, omnes sunt aequidistantes... (c'est la suppositio secunda d'Albert; voir 
la comparaison). Secundo infero, quod quaecumque lineae cadunt super superficiem 
conuexam perpendiculariter... concurrunt in centro... (Albert supp. 3). Tertio infero: 
quaccumque linea6 cadunt perpendiculariter super superficiem concauam... con- 
currullt in centro (Albert supp. 4). - Tunc sit prima suppositio... (Quatre thé- 
orèmes géométriques). - Tunc sit prima conclusio: ln speculis planis potest apparero 
uera quantitas rei... (Albert corrol. 2 concl. 1, chez Thémon 109 c 37-40). Secunda 
conclusio: ln speculo conuexo res apparet minor... (Albert corr. concl. 2, chez Thémon 
109 c 48-51). Tertia conclusio: Ipsa res uisibilis in speculo concauo apparet maior... 
(Albert corr. 1 concl. 3, chez Thémon 109 c 56-58). Quarta conclusio: ln speculo 
columnari, siue sit concauum siue conuexum, res apparet alterius figurae, quam sit 
in rei ueritate..." (Albert corrol. 2 concl. 3, chez Thémon 109 c 58-d 5). 
.. On ne le trouve pas chez Oresme. 
71 Voir note 73. 
.. Voir ibidem. 
.. Voir ibidem. 
.. Cf. 109 c 31 (probant), 35 (inferunt). 39 (suadent), 40 (Item inferunt), 42 
(Secunda conclusio illorum est), 44 (probant), 48 (inferunt), 51-52 (Ultima con- 
clusio istorum est), 53 (probant), 56 (et hoc dicunt faciliter apparere in figura). 57 
(inferunt). 58 (Item inferunt), 61 (ut dicunt).
		

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comparaison avec Albert indique que ce sont ses phrases 79 que Thémon 
rapporte presque mot à mot; c'est donc avec Albert que polémique 
ensuite Thémon (109 d 5-110 a 10). 
Thémon examine maintenant (110 a 11-29) les différences entre 
les miroirs quant au poli de leur surface; ce passage est entièrement appuyé 
sur Albert - qui l'a copié chez Oresme à cette différence près qu'il omet 
la concl. 2 de celui-ci ("Specula lenia et sufficienter condensata repI'aesen- 
tant figUI"am cum colore rei "); Thémon, en suivant Albert, l'omet aussi. 
Chez Thémon, le passage sur la "differentia in densitate et r3.I'itate" 
(110 a 29-42) est aussi similaire au passage correspondant d'Albert, 
bien qu'il omette deux "dubia", qu'AlbeI't discute 8o . Nous trouvons encore 
cette analogie dans les passages sur la "differentia in magnitudine et 
paruitate" (110 a 42-56), sur la "differentia in situ" (110 a 56-b 25) - 
où ce sont surtout les mots "Istis positis inferunt quidam, quod si 
non sit obstaculum inter speculum et rem, tunc..." (110 b 17 seqq.) qui 
indiquent directement Albert 81 -, et sur la "differentia in colore" (110 b 
25-30)81. Enfin les six lignes suivantes (30-36) parlant des illusions 
sont peut-être une réminiscence de l'art. 2 d'Albert 83 , qui pourtant discute 
ce sujet bien plus longuement. La suite du texte de Thémon (110 b 36 seqq.) 
ne se trouve ni chez Oresme ni chez Albert. 
E TII 5 (Utrum halo appareat propter refractionem radiorum in uapore 
interposito intra uisum et luminosmn, circa quod appareU), d'après 


71 Ce sont pour la plupart des opinions "originales" d'Albert; quant iL Oresme 
voir ci-dessus note 73. 
10 Chez Oresme ces "dubia" n'existent pas, mais il y en a un autre que je 
cite, car j'aurai iL m'y référer: "Sed diceres: immo uidetur, quod aër reflectat nota- 
biliter, quia alias Antiphon non uidisset faciem suam in aëre, cuius oppositum dicit 
Aristoteles. Respondetur, quod ratio bene concludit, quod aër permixtus grossis 
humoribus bene notabiliter reflectat, sicut bene constat illis, qui fuerunt in Noruegia; 
ibi enim humoribus grossis existentibus extra domum apparet saepe homini trans- 
eunti in plateis, quod unus praecedat eum, qui inspiciat ipsum et uadat tantum 
retrograde, quantum ipse incedit directe. Modo sic poterat esse de Antiphonte et 
magis de eo, quam de alio uiro; quamuis enim oor fuerit ita purus, quod non poterat 
notabiliter reflectere, tamen quia ipse habuit oculos debiles et humidos grossis humo- 
ribus. igitur talibus humoribus aërem ante se ingrossantibus in tantum aër sufficit 
reflectere faciem suam; sed hoc non accidebat aliis ho minibus habentibus oculos 
claros, qui non taliter aërem ingrossabant". 
Il Cette citation n'est cependant pas aussi littérale que celles mentionnées plus 
haut (ad 109 c 29 seqq.); il est malgré tout impossible que Thémon songe ici iL Oresme 
et non à Albert, car Albert copie ici presque mot à mot maUre Nicole; ainsi Thémon 
s'écarte (quant aux expressions) et de l'un et de l'autre. 
.. De nouveau Albert suit littéralement Oresme; Thémon se sert d'expressions 
légèrement différentes. 
Il Voir plus haut p. 202.
		

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ce qu'en dit l'auteur lui-même 8c , n'est qu'un compte rendu. La compa
ai- 
son avec Albert indique immédiatement que ce sont ses mots (Albert 
III 4) que cite Thémon. Il est vrai que E s'accorde jusqu'au f. 110 d 27 
plutôt avec Oresme III 17 S5 , mais à partir de 110 d 28 Thémon suit pas 
à pas et mot à mot Albert 86 en n'ajoutant quelquefois que des détails 
explicatifs 87. Cette concoI'dance littérale se prolonge à travers tout le 
"corpus quaestionis", c'est-à-dire aux ff. 110 d 28-111 a 42, et pénètre 
même par endroits dans le "Ad rationes". 
E III 6 (UtI'um halo fiat per refractionem radiorum uisualium î) 
est certainement une oeuvre originale de Thémon. Alors qu'O
esme, et 
Albert de Saxe qui le copie, expliquent l'origine du halo uniquement par 
la l'éflexion ("per reflexionem ad angulum obtusum siue refractionem impro- 
prie dictam"; voir ci-dessus), Thémon, lui, reste en rapport plus étroit 
avec la Perspectiua de Witel0 88 et plus près de la vérité, et voit la cause 


81 E f. 110 d 28-30: "ln ista quae8tione recitabo una opinionem, quae apparet 
quibu8dam fuis8e et esse Ari8totelis; et hoc sufficiet in ista qU&e8tione, sed postea 
in aliis quaestionibu8 uidebitur oppositum". 
81 Dans le "a.rguitur primo, quod 8ic", on trouve chez Oresme les mêmes passages 
d'Ari8tote que dans E 110 c 56-63; Albert écrit seulement: "Arguitur, quod sic, 
primo auctoritate Aristotelis, ubi 8aepe dicit hoc". Le deuxième argument (E 110 c 
63 ss.) se trouve tant chez Oresme que chez Albert, tandis que chez Thémon seul8 
les premiers mots (63- 64) sont identiques, la suite diverge. Ce n'est que dans le 
"ln oppositum" que la conformité reparaît; Albert n'a que la première citation de 
Thémon, Ore8me les deux, mais en ordre inversé. 
18 Ce qui me permettra de brièvement analyser le rapport d'Albert III 4 à Oresme 
III 17, qu'Albert a pris e8sentiellement pour modèle, tout en puisant ci et là dans 
d'autres que8tions d'Oresme. Ainsi le "primum notabile" (E 110 d 30-35) provient 
entièrement d'Oresme III 16; la seconde moitié du "notabile secundum" (E 110 
d 38-40, abrégé) et le "notabile tertium" (E 110 d 40-49) répètent quatre déduc- 
tions tirées par Oresme, III 16 art. 1, de la première conclu8ion; ensuite vient 
immédiatement (E 110 d 49 seqq.) le bref "notabile" pri8 à Oresme 11117 art. 1 ("Quan- 
tum ad primum scicndum est, quod reflexio... aliquando e8t ad angulum acutum, 
aliquando uero ad angulum obtu8um..."; nous trouvons le pa8sage ressemblant chez 
Oresme III 13 vers la fin de l'art. 1) où cependant Oresme ne parle pa8 de la "refractio 
improprie dicta". La première conclusion et ses quatre preuves (E 111 a 9- 36) pro- 
viennent mot à mot d'Oresme qui ajoute encore une cinquième ('.Quinto: nam 
aliquando apparet halo respicienti per foramen alicuis pilei... "). Par contre Albert 
omet les concl. 2-4 d'Oresme; sa concl. 2 (E 111 a 37 ss.) est à nouveau une répétition 
de la concl. 5 d'Oresme. Les sujets qu'Oresme di8cute dans l'art. 2 (de figura ipsius 
halonis) et dans l'art. 3 (de quibusdam accidentibus, quae accidunt circa halonem) 
ne sont pas examiués par Albert dans la question III 4, mais dans la question III 5 
art. 3 (de figura) et art. 4 (circa quae apparet halo - là, il s'éloigne un peu d'Oresme); 
voir ci-dessous le8 notes 90, 92, 93 et le texte coucerné par le8 notes 101 et 102. 
87 Voici ces ajouts: la citation de Witelo, f. 110 d 32; la de8cription de la figure, 
f. 111 a 1-8; l'explication au f. III a 23-27 (il faut lire à la ligne 27: Tertio radii 
refracti, etc.); la citation d'Alhazeu au f. III a 29 (Albert cite Witelo). 
18 Cf. E f. 111 c 18-20 (où il faut lire "conclusione 68"). Dietrich de Freiberg
		

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de ce phénomène dans la réfraction de la lumièI'e, bien que naturellement 
il ne suppose pas que les cristaux de neige soient le milieu réfringent 8s . 
E m 7 (Utrum tempore apparitionis halo sit uapor interpositus 
inter uisum et astrum
) examine la même question qu'Oresme III 16 - 
qu'Albert III 5 (Utrum halo fiat per reflexionem ab ipsa nubeY) copie 
partiellement, art. 1-2 90 . Thémon s'appuie certainement sur Oresme, 
bien que, peut-être, il ait eu aussi Albert sous les yeux. Ainsi, dès le "argui- 
tur, quod non" la concordance avec Oresme est nette; tous les deux se 
réfèrent aux mêmes six arguments, quoique dans un autre ordre 91. 
Le "ln oppositum" concoI'de p3.I'eil1ement, quoiqu'il soit un peu plus 
court chez Thémon. Les dispositions sont identiques: 
Oresme: ln ista quaestione primo uidendum est de quaesito, secundo de colo. 
ribus ipsius halonis; et postea in allis quaestionibus uidendum est de eius figura" 
et an fit ex reflexione uel refractione Il. 


explique aussi le grand halo par la réfraction de la lumière (De iride, IV 10, éd. Wür- 
schmidt, pp. 186-187) tandis que pour le petit halo il suggère l'hypothèse de la 
réflection intérieure (De iride, IV 18, ibidem, p. 194). 
Il Voir la théorie du halo (ordinaire) dans l'ouvrage de J. M. Pernter, F. M. Exner. 
MeteorologiBche Optik, Wien-Leipzig 1910, pp. 318-322. Elle a été formulée par 
Descartes et Mariotte. 
10 Les passages suivants suffiront pour caractériscr la question III 5 d'Albert: 
"Arguitur, quod non; nam tunc semper apparpret, quando est nubes inter Solem 
et Lunam, quod falsum est (= Oresme 3°, Thémon 1°). Secundo.: tunc appareret 
in qualibet parte nubis... Tertio: tunc deberet apparere circa quamlibet stellam... 
(Ces deux arguments manquent chez Oresme et chez Thémon). - Oppositum dictum 
('et in qu&estione praecedenti. - Primo uidendum est de qualitate ipsius halo et 
natura; secundo de colore; tertio de figura; quarto, circa quae apparet. De primo 
iam dictum est, quod non fit per fractionem, ex quo sequitur statim, quod fit pcr 
reflexionem... Tunc de secundo, uidelicet de colore, dico primo, quod ut in pluribus, 
ap,aret albus... (Oresme art. 2 concl. 1; Thémon ib.). Quando tamen (nubes) est 
aliqualiter densior, tunc apparet quasi color iridis... (Oresme art. 2 concl. 2; Thémon 
ib.)..." Albert traite ces deux sujets très brièvement. Les art. 3 et 4 proviennent 
d'Oresme III 17 art. 2 et 3; voir plus haut note 86. 
Il Et notamment: Oresme 10 = Thémon 30 (abrégé); Oresme 20 = Thémon 
2° (abrégé); Oresme 3° (= Albert 10) = Thémon 10; Oresme 40 = Thémon 50; Oresme 
5° = Thémon 4°; Oresme 6° = Thémon 6°. En plaçant le troisième argument au 
début Thémon a peut-être suivi Albert; toutefois la conformité des expressions indique 
que Thémon a pris cet argument chez Oresme et non chez Albert. 
Il Oresme parle de la forme du halo surtout dans la question indubitablement 
authentique III 17 art. 2 (Albert la copie III 5 art. 3; voir plus haut notes 86 et 90), 
où il annonce vers la fin qu'il va encore reprendre ce sujet: "Ista est uirtus demonstra- 
tionis ipsius halonis, quam Aristoteles ponit in textu... tamen demonstratio sua 
clarius postea patebit in una quaestione" - ce que l'on peut tenir pour un renvoi 
à Oresme III 18 où il est question de la forme du halo pour la deuxième fois, mais 
l'authenticité de cette dernière question n'est pas certaine; voir ci-dessous ad E III 9. 
Il C'est un renvoi à Oresme III 17 art. 3 (= Albert III 5 art. 4; voir plus haut 
notes 86 et 90).
		

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			207 


Thémon: Quia quaestio ista a duabu8 praecedentibus praesupposita est, tamen 
hoc ordine uidetur procedere Ari8toteles in literal&. Quapropter primo uidebitur 
de quaesito, secundo de coloribu8 halo secundum colorum diucr8itatem et materiae. 


Après cette disposition, Oresme commence son articulus 1 en exami- 
nant la signification du mot halo: "Quantum ad primum est sciendum, 
quod halo graece est idem, quod corona latine... ", ce qu'Albert reprend 
tel quel dans sa question III 4, et Thémon, E 110 d 31-35, de nouveau 
réfère presque mot à mot (mais un peu plus largement) dans sa question 
III 5 911 . Par contre, le second "notabile" d'Oresme ("Secundo sciendum 
est, quod uapor in proposito capitur... large") est répété par Thémon en 
des mots quelque peu différents au début de son art. 1 (112 a 13-19); 
de même la concl. 1 (112 a 19-29) vient d'Oresme - par contre Thémon 
omet les quatre déductions qu'ajoute Oresme 98 . La seconde conclusion 
(E 112 a 30-34) est à vrai dire contraire à Oresme, mais manifestement 
stylisée sur la conclusion 2 de celui-ci 97. 
La. concordance est entière dans l'art. 2: toutes les trois conclusions 
de Thémon sont identiques à celles d'Oresme, bien qu'un peu plus largement 
traitées. - Dans le "Ad rationes" les réponses ressemblent à celles d'Ores- 
me, selon la transposition correspondante 98. Dans les deux dernières 
réponses (ad 5 et ad 6) Thémon se réfi>re à sa question précédente (III 6) 
qui est certainement authentique. 
E III 8 (Utrum uapor, in quo apparet halo, sit figurae sphaericaeY} 
n'a pas de question correspondante chez Oresme (ni chez Albert). Dans 
cette question E cite pour la première fois le Traité sur l'arc-en-ciel dont 
l'incipit est: "Cum expertum sit per astrolabium"99, et dont nous allons 
plus largement reparler. 
E ID 9 (Utrum halo debeat apparere secundum circuli peripherialll 
uel circumferentiamY) est identique à la question d'Oresme III 18, 
référée par des manuscrits, excepté l'art. 3 (114 a 39-b 13) et quelques 


.. Thémon veut probablement se justifier par cette remarque d'avoir procédé 
dans un autre ordre qu'Oresme: notamment la teneur de 80n E III 5 se rapproche 
d'Oresme III 17 et celle de E III 7 d'Ore8me III 16. 
.1 Voir plu8 haut note 86. 
Il Ces déduction8 sont passées à Albert III 4 et ensuite à Thémon III 5; voir 
note 86. 
.. Oresme III 16 art. 1 concl. 2: "Halo effectiue cau8atur per reflexionem 
luminis ip8ius astri incidentis super talem uaporem"; Thémon III 7 art. 1 concl.. 
2: "Halo fit effectualiter ex refractione luminis ad ilIum uaporem". 
Il Voir p. 206, note 91 (Oresme 1-6 = Thémon 3,2,1,5,4,6; Thémon 1-6 = 
Oresme 3, 2, 1, 5, 4, 6). 
1. E 112 b 15-17: "Sed antecedens quoad primam partem patet in tractatu 
quodam De iride, qui sic incipit: "Cum expertum 8it per astrolabium" etc., in quo. 
dicitur de halo, quod apparet per plures sphaerulas uel per paruas guttas sphaericas".
		

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			208 


détails 100 plus brefs. Le contenu de cet art. 3 présente une certaine analo- 
gie avec Oresme III 17 art. 3, qui dit aussi "de accidentibus halo" 101, 
et que, d'une certaine manière, Albert reproduit, en tant que III 5 art. 
4102; il n'y a cependant pas de concordance littérale entre aucun des 
trois auteurs dont nous parlons. - Il faut déjà ;remarquer ici que l'art. 1 
de cette question a un caractère polémique; nous allons voir plus 
loin quels sont ces "aliqui" auxquels l'auteur s'oppose. 
E m 10 (Utrum radius uisualis possit reflecti ab aëre uniformi non 
condensato nec mixto uaporibus ad oculum uidentis existentis in eodem 
.aëre sine adiutorio speculorum?) est identique à Oresme III 19. C'est 
dans cette question qu'est cité le De natura daemonum de Witelo l03 . 


100 Voici ces détails: E 113 a 62-63, les mots: "Tertio uidebitur de accidentibus 
halo" manquent dans les manuscrits et en fait la question Oresme III 18 n'est com- 
posée que de deux articuli. - E 113 c 8-19. Dans ce passage là, où l'édition imprimée 
a "reflexionem", la plupart des manuscrits donnent "refractionem" et vice versa; 
parmi les mss. cracoviens seul CI est conforme à l'édition imprimée: ici aussi nous 
lisons "illud (quod halo fiat per reflexionem) improbatum est in una quaestione, 
quia non fit per reflexionem, sed per refractionem" (= l'édition imprimée, 
113 c 13-14; des expressions un peu différentes). - Les sept lignes suivantes (E 
113 c 19-25) manquent dans les manuscrits. - E 113 c 29-32, au lieu des mots: 
"Secundo supponit... oportet, quod radii..." les manuscrits donnent: "Secundo 
supponit, quod radii refranguntur a caligine cousistente circa astrum in uapore in- 
terposito, et propter hoc apparet halo inter uisum et astrum. et non ex opposito 
sicut iris. Et ista suppositio intelligitur ad propositum Aristotelis modo, quo prius 
-dictum est in praeceden ti q uaestione. Notandum est, quod oportet, quod radii...". 
Par contre, 113 c 37-38, au lieu des mots: "Et loquitur de radiis oblique incidentibus, 
sicut in praecedenti quaestione uisum est; et isti..." les manuscrits donnent: 
"Et loquitur Aristoteles de radiis oblique incidentibus; et isti..." - E 113 c 60-61, 
les mots: "Item quinto supponenda est 9. conclusio III Euclidis, quae prius fuit 
allegata in quaestione per unam opinionem" manquent dans les manuscrits. - E 
114 a 24, dans la phrase: "ex quo halo fit per refractionem linearum concurrentium 
ad centrum uisus" les manuscrits changent "refractionem" en "reflexionem"; parmi 
les mss. craooviens, de nouveau seul CI est conforme à l'édition imprimée. - E 114 b 
19-21,le "Ad secundam",les manuscrits sont un peu différents (la citation de Witelo). 
101 Voir plus haut note 86. 
101 Voir ibidem. 
101 Voir son édition plus haut pp. 152-172. Je profite de l'occasion pour corriger 
le texte, p. 16611. 206-207: au lieu de "amorem mulieris" il faut lire "amorem hereos", 
donc à peu près comme je le supposais dans mon apparat critique. [Dans la présente 
-édition, on a corrigé la locution selon cette remarque de l'Auteur. - N.d.i.R.] "Amor 
hereos" est l'une des appellations médiévales de la maladie d'amour; dans le Lilium 
medicinae de Bernard de Gordon (Montpellier, juillet 1305) nous avons (part. II c. 20) 
un chapitre fort curieux "De amore, qui here08 dicitur". Un contemporain de Ber- 
nard, Arnaud de Villeneuve (v. 1235-1311), a écrit, probablement encore avant la 
fin du XIIIe siècle, l'opuscule De amore, qui herOiCUB dicitur (Opera, Venetiis 1527, 
ff. 240 V -241 V ). J. Ferrand (De la maladie d'amou1' ou mélanchoUe érotique, Paris 
1623, p. 15) assure que d'autres médecins du Moyen Age employaient ce nom. Je 


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E ID 11 (Utrum colores apparentes in iride sint ibi, ubi apparent 
esse, et sint ueri colores Y) traite du même sujet qu'Oresme III 20 et qu'Al- 
bert III 6 qui le copie, et ce en s'appropriant la disposition d'Albert, 
comme le démontre la comparaison suivante: 
Oresme: ln i8ta quaestione primo ponendae 8unt aliquae conclu8iones praeam- 
bulae tamquam suppositione8, secundo uidendum e8t, qualiter fiat, quod in appari- 
tione iridi8 apparet, quod tales et tales sint ibi colores, quo UÎ80 respondebitur ad 
quae8itum. 
Albert: ln i8ta quae8tione primo notandum e8t de apparitione luci8, 8ecundo 
de coloribus iridis et de causa. 
Thémon: ln quaestione i8ta primo uidendum est de apparentia uel apparitione 
lucis, secundo uidebitur de esse coloris iridis. 
Ce fait nous laisse déjà deviner dans Albert de Saxe la source princi- 
pale de Thémon. Dans le "arguitur quod sic" Thémon dépend encore 
autant d'Oresme que d'Albertl° c , ce qui, entre autres, vient de ce qu'Al- 
bert est ici également sujet d'Oresme l05 . Le début du "ln oppositum" 
(115 b 57 -65) s'appuie sur Albert (chez qui la citation de 
Witelo est 
toutefois absente), et la suite (115 c 1-7) sur le troisième contre-argument 


peux affirmer qu'il remonte pour le moins au XIe siècle, car Constantin l'Africain 
s'en sert dans le ViaticuB (ver8ion latine de l'original arabe d'A
mad ibn al-(;.azzar). 
Ne l'ayant pas SOU8 la main (car les éditions de 1515 et de 1536 sont très rares), je 
trouve cependant dans le cod. Crac. 781, ff. 158 r seqq., les QuaeBtiones super Viatico 
ConBtantini qui citent, au f. 168 v , l'incipit d'un chapitre: "Amor, qui dicitur yreos, 
morbus est cerebri" (le commentateur se sert alternativement des formes "amor 
yreos" et "amor hereos"). C'est à ce chapitre du ViaticuB que se réfère évidemment 
Gordonius, l.c., (éd. 1550 p. 250); voir aussi 1. Schwarz, Die medizinischen Hand- 
Bchriften der kgl. UniverBitiitsbibliothek su Würzburg, Würzburg 1907, p. 19, où est 
noté un bref traité De heroB morbo, prétendûment de Constantin, à l'incipit: "Heros 
est morbus, quem patitur cerebrum". La forme "heros" révèle la véritable origine 
de la locution "morbus hereos", dont l'étymologie a tellement embarrassé les médecins 
des XIIIe et XIVe ss.; voici ce que m'écrit à ce sujet le professeur J. L. Heiberg de 
Copenhague: "Heros ist zweifellos einfach da8 griechi8che Ipwl; und hereos, wenn 
nicht Schreibfehler, ein barbarischer Genetiv (definitivus) statt IpWTOC;;. "'Epwc;; wird 
JIU den Gehirnkrankheiten gestellt bei Oriba8ius, SynopBis VIII 9 = Paulos Aiginetes 
III 17. Vgl. Galenos (ed. Kühn) XIV 631 ff., XVIII (2 Aufl.) 18,40". (Les médecins 
latins traitent d'ailleurs cette maladie d'une manière beaucoup plus large qu'Oribase 
et Paul d'Egine qui s'en inspire; quant à ces derniers voir J. L. Heiberg, SindBBygdom 
i den claBBiBke Oldtid, Kobenhavn 1913, pp. 66-67). - D'après ces remarques il 
faut aussi corriger le texte de Witelo, p. 125 Il. 120-121 (ut patet in amore hereos) 
et de la Solutio quaestionis, p. 145 lin. 102 (amantibus amore hereos). 
lOI Et notamment: Thémon 1° = Ore8me 20; Thémou 20 = Oresme 40 = Al- 
bert 2°; Thémon 30 = Oresme 3° = Albert 30; Thémon 40 = Oresme 10 (presque 
mot à mot). Le8 arguments 5° et 6° de Thémon n'existent pas chez ses prédécesseurs. 
101 Oresme a quatre arguments (= 4, 1, 3, 2 de Thémon), Albert n'en a que 
trois, dont les deux derniers proviennent d'Oresme (Albert 20 = Oresme 20, Albert 
,30 = Oresme 3°), le premier s'appuie sur le II De anima d'Aristote et sur Averroès.
		

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			Il 


210 


d'Oresme (qui cependant ne cite pas le De coloribus d'Aristote). Mais 
le "corpus quaestionis" confirme totalement notre supposition. 
Dès le début de l'art. 1 Thémon présente par les mots: "Quantum ad 
PI'imum dicunt aliqui" l'opinion d'autrui; c'est en fait celle d'Oresme, 
mais dans la rédaction d'Albert 106: tout ce que nous lisons dans E, f. 115 
c 10-115 d 29, est presque littéralement emprunté à Albert 107 . C'est 
donc surtout Albert que Thémon combat lorsqu'il critique, dans la dernière 
phrase de l'art. 1 (E 115 d 29 -35), la troisième des conclusions présentées. 
L'art. 2 rapporte ensuite (E 115 d 36-116 a 1, 116 a 4-18), presque 
mot à mot 108 , l'art. 2 d'Albert - dont le texte est ici un peu plus long 
que celui d'Oresme 109 - et n'interrompt son argumentation que pour 
une remarque critique (E 116 a 1-4): "Sed quicquid sit, ueritas istorum 
uidebitur in aliis quaestionibus, quia non credo, illlmo falsum reputo, 
quod oporteat nubem roridam esse interpositam intel' Solem et aspectum 
nostrum", remarque qui sape la théorie de l'arc-en-ciel professée par 
Oresme et Albert, dans laquelle le rôle essentiel revient à deux nuages, 
l'un réfractant la lumière et l'autre la réfléchissant. 
Le "Ad rationes" (116 a 19-22), très court chez Thémon, concorde 
aussi avec Albert 110 ; par contre le "Ad rationes in oppositum" (116 a. 
23 -27) manque chez Oresme et chez Albert, bien que Thémon mette 
la réponse au compte d'autrui (dicunt). 
E ID 12 (Utrum iris sit forma realis impressa nubi uel sit solum fo
ma. 


'01 Dans l'art. 1 nous avons chez Oresme quatre "notabilia" et trois conclusions
 
chez Albert deux suppositions et les mêmes trois conclusions (voir la relation de 
Thémon, 115 c 10-115 d 29). La première supposition d'Albert provient de la réunion 
des deux premiers "notabilia" d'Oresme, tandis que la deuxième est une répétition 
du troisième "notabile" de Nicole; le quatrième "notabile" d'Oresme (quod lux 
potest uideri pure et impure) est omis par Albert. Les conclusions sont, comme je 
l'ai dit, les mêmes; quant aux déductions de la troisième conclusion, voir la note 
suivante. 
107 Il faut cependant remarquer que certaines additions à ]a première conclusion 
(comme la citation d'Albert le Grand, 115 c 43) proviennent de Thémon. Manque 
aussi, tant chez Oresme que chez Albert, la première déduction de la troisième 
conclusion (115 d 3-11), ce qui semble d'autant plus étrange que Thémon commence 
la sienne par les mots: "Et sic isto inferun t, quod speculum..." L' "experimentum" 
qui suit (115 d 11-24) est décrit par les deux auteurs, mais la seconde déduction 
(115 d 24-29) se trouve seulement chez Albert, ce qui indique clairement où était 
la source de Thémon. 
108 Mais il omet la citation de Witelo, qu'Albert (art. 2 concl. 1) a empruntée 
à Oresme. 
100 De l'article 2 d'Oresme, où la "concIUBio" n'est pas clairement formulée, 
Albert fait la concl. 1 de son art. 2 (E 115 d 36-116 a 1) et y ajoute deux autres 
courtes conclusions (E 116 a 4-18). 
110 L'expression "medium indispositum" provient d'Albert (le "ad primam")
 


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imaginariaY) est identique à Oresme III 21, excepté quelques transpo- 
sitions, petites mais curieuses 111. 
E III 13 (Utrum iris sit forma diaphanalis uel specularis, uel utrum 
fiat per reflexionem uel per refractionem, quod idem estY) est, à l'excep- 
tion d'une seule transposition 112, iden tiq ue à Oresme III 22. - Cette 
question mérite de s'y arrêter, cal' l'auteur y pI'ésente (concl. 1-3) sa 
théorie de l'arc-en-cieI 113 , conforme en principe à celle d'Oresme et 
d'Albert 1141, puisque tenant que l'arc-en-ciel se forme par la r
flexion 
de la lumière réfractée dans les gouttes d'eau 115, mais sans faire mention 
expresse des deux nuages dont parlent les deux autres philosophes; 
on a plutôt, ex silentio, l'impression que les gouttes d'un seul et même 
nuage remplissent les deux fonctions. Le halo, lui aussi, se forme, d'après 
cette question, par réfringence 116 . - L'auteur, soulignons-le, annonce 


lU Le troisième argument (E 116 a 49-58) manqu<, à cet endroit dans 
les manuscrits (c'est pourquoi les arguments 4 et 5 de l'édition imprimée ont dans 
les manuscrits les numéros 3 et 4), car cet argument n'y est intercalé qu'avant le 
"Ad ista" (E 116 c 24). Conformément à cette transposition, les manuscrits ajoutent 
à la fin du passage "Ad ista" (E 116 c 54) la phrase: "Ad aliud, quando dicitur, 
quod esset... in diaphano", qui est précisément la réponse (= E 116 c 63-d 1) à ce 
troisième argument; malgré cela, le "ad tertium" (E 116 c 63-d 1) est resté à sa 
place également dans les manuscrits, ce qui fait qu'il y figure in duplo! 
111 Dans les manuscrits, tout le passage "quia tunc... immutarc sensum", E ll6 
d 35-43, manque (à sa place nous y lisons: "quia sic radii eodem modo disperge- 
rentur"); cependant quant au contenu, un court passage (11-12 lignes) "Sed 
contra hoc potest argui... speculis conuexis", que les manuscrits intercalent après 
le mot "aëre", E ll7 b 17, lui correspond, pour la plupart même littéralement. 
111 P. Duhem, EtudeB Bur Léonard de Vinci, 1, pp. 171-174, donne quelques 
remarques sur la théorie de l'arc-en-ciel de Thémon. Malheureusement il n'a pas 
pris en com;idération les autres QuaestioneB Meteororum contemporaines à Thémon, 
ses arguments sont donc forts incomplets. 
UI Voir plus haut, ad E III 11. 
111 Cf. surtout E 117 a 37 - 43: "Tcrtia conclusio, quod iris fit tam per refl{l:xio- 
nem, quam per refractionem radiorum... Nam radius primo refractus et postea reflex us 
debilius r<,praesentat rei similitudinem uel rem radio solum reflexo, et quia talis 
reflexio et refractio simul contingunt in generatione iridis, igitur inaeque intensi 
colores uel luees apparebunt". 
111 Cf. le deuxième argument (E ll6 d 14-19) et la réponse (E 117 c 52-59): 
"Secundo: Iris apparet inter nos et Solem in uapore existente intermedio, ergo fit 
per refractionem. Consequentia patet, quia sic apparentia apparent per radios refraetos; 
sed antecedens patet per experi<,ntiam multotiens eirca J
unam. ubi apparent tales 
colores, et etiam circa lucernas, ut dicitur in litera, et circa flammas candelarum". - 
"Ad secundam... dicitur, quod talis emphasis, scilicet (E: simul) apparens in medio, 
non est iris, sed potius halo nel corona colora ta ad modum iridis. Si tamen haec debeat 
dici iris, ut Aristoteles uidetllr uelle in litera, non tamen omnino eodem modo fit, 
sicut iris fit ex opposito Solis uisu existente in medio inter astrum et locum appari- 
tionis, quia talis apparitio, de qua fit argumentum, fit uisu existente in extremo et 
per solam refractionem procedentem ad uisum; et sic non est de iride". 


-
		

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deux fois (E 117 a 39-40; 117 b 37) que dans les questions suivantes 
il parlera de la "diuersitas colorum" de l'3.I'c-en-ciel et de sa cause - ce 
qui ne peut être qu'une référence à E III 15. - Enfin c'est dans cette 
question que E cite pour la seconde fois le Traité sur l'arc-en-ciel dont 
l'incipit est: "Cum expertum sit per astrolabium 117 (voi;r plus haut, ad 
E III 8). 
E m 14 (Utrum supposito, quod iris fiat per reflexionem radiorum, 
utrum talis reflexio fiat in nube, uel super guttulas roridas uel (): seu) 
super stillicidiaY) est absolument identique à Oresme III 23. Pour éviter 
un malentendu je tiens à souligner que dans cette question il n'est dit 
nulle part que l'arc-en-ciel est uniquement l'effet de la réflection de 
la lumière et que cette question n'est pas donc en contradiction avec 
la précédente, à laquelle du reste elle se réfère directement (E 117 c 17, 
37 -38). Il s'agit seulement de savoir où a lieu la réflexion, dans la vapeur 
d'eau (in nube uel in uaporibus) ou dans les petites gouttes de pluie (in 
stiUicidiis uel guttulis), l'auteur se prononçant pour la dernière hypothèse. 
E ID 15 (Utrum omnis iris debeat esse tricolor?) 118, hOl'mis quel- 
ques infimes omissions ll9 , est rigoureusement identique à, Oresme 


117 E 117 b 12-14: "Ergo impossibile est, quod sit in nube concaua apparitio 
iridis, sicut etiam demonstratur in tractatu quodam De iride, qui sic incipit: »Cum 
expertum sit per astrolabium« etc." 
111 Albert III 7 art. 1 examine le même sujet sans présenter de points de contact 
avec E III 15; malgré cela je donne quelques extraits de cette question de Rickmers- 
dorf: Après seulement deux arguments "quod non" (le second ressemble au 2° 
d' Ore8me- Thémon) et un "ln oppositum" très court, commencent les "notabilia": 
"Sciendum, quod fuerunt aliqui, qui dicebant... colores iridis uariari, et ponunt 
quatuor pro quatuor elementis: et quia ista opinio est ualde rudis, non oportet eam 
amplius explicari... Item magna ignorantia est dicere omnem nubem taliter con- 
cauam... (cf. ici E III 13 ad tertiam; Albert s'y oppose comme à une opinion d'Isidore 
et d'Albert le Grand). Et sic aliis causis hic dismissis (primo) uidendum est de numero 
et ordine istorum colorum, et (secundo) uidendum est de situ et de (secundaria) 
iride. - Quantum ad primum iam positum, quod illud, quod uidetur, est lux Solis... 
Et sic patet de numero colorum. Tunc de ordine (colorum) sciendum, quod licet in 
qualibet parte nubis sensibili sit quilibet color, secundum apparentiam tamen unus 
est natus apparere secundum aliquem angulum et alius secundum alium... (cf. ici 
E III 15 vers la fin)". Vient ensuite l'art. 2 ("Nunc dicendum est de duplicatione 
iridis... ") que nous comparons plus bas à E III 16. 
n8 Les manul!crits omettent: E 117 d 18-29 "Tertio... uoluerit" (en conséquence 
les arguments suivants 4-6 ont des numéros inférieurs); E 118 a 7-27 "Et quoad 
secundam partem... a quo non"; E 118 b 2-4 "lterum... radiorum" (homéotéleute); 
118 b 12-15 "Ad tertiam... remissionem". Par contre, les manuscrits ajouteut 
encore un argument après E 117 d 50: "Sexto sic: quibul!dam iris apparet alba et 
quibusdam aliter; ergo conclusio fall!a. Antecedens patet per Witelonem in commento 
sexagesimo nono, ubi dicit, quod quidam uir uidit experimentaliter totam iridem 
albam" - à quoi répond, tout à la fin de la question, le "Ad sextam", où Witelo 
est de nouveau cité. 


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III 24. Jusqu'au f. 118 a 47, son contenu concorde tout à fait avec les 
idées exprimées par l'auteur de E III 13; dans tous les deux 120 la diffé- 
rence des couleurs est expliquée par la différence d'intensité de la. 
lumière qui, à son tour, provient de la différence entre les milieux que 
le rayon traverse. C'est la théorie d'Aristote communément admise au 
Moyen Age; aussi les remarques finales (E 118 a 47 - b 7; voir aussi 118 b 
12-15), où l'auteur rompt avec cette théorie, sont d'autant plus intéres- 
santes. 
E m 16 (Utrum solum duplex et non multiplicior iris potest appa- 
rere') est en fait identique à Oresme III 25, ml cependant le texte de 
deux passages est beaucoup plus cOUl't que dans l'édition imprimée l2l . 
La comparaison de cette question avec Albert III 7 art. 2, est très inté- 
ressante. La nôtre annonce dès la disposition que "in ipsa quaestione 
primo uidebitur opinio et positio aliquorum, secundo respondebitur 
ad quaesitum", et elle commence effectivement l'art. 1 en rapportant une 
anonyme "positio aliquorum" (E 118 b 63-c 15)122. Or, la comparaison 
avec Albert nous démontre que ce sont ses paroles 123 .- Quant au con- 
tenu, on peut remarquer que l'auteur explique le double arc-en-ciel par 
la présence de deux nuages de pluie (nubes pluentes): l'un, situé plus 
haut et composé de gouttes minimes, forme l'arc-en-ciel supérieur, plus 


110 E 117 a 38-43 où se trouve justement le renvoi à cette question (voir plus 
haut p. 212). 
111 Le premier passage, E 118 d 18-119 a 6 (54 lignes): "Secunda conclusio... 
taJem circulum". est omis complètemeut dans quelques manuscrits (tel C.), tandis 
que les autres écrivent brièvement: "Secunda conclusio: quandoque possunt, licet 
raro, tres irides apparere uel quatuor et non uariantes colores. Et hoc patet ad ex- 
perimentum; sed tamen quae sit causa istius, difficile est uidere". Dix lignes plus 
loin commence la seconde lacune concernant E 119 a 17-b 14: "Ad ista. Ad pri- 
mam... apparet". Mais ici ce sont les manuscrits qui ont raison, car pre8que tout 
ce qu'ils omettent (depuis 119 a 21) n'appartient pas à cette question. mais à E III 
17 (cf. ibidem). La conséquence extrinsèque de ces lacunes et de ces transpositions 
est le "corpus quaestionis" quatre fois plus court dans Oresme III 25 que dans 
l'édition imprimée E III 16. - J'ajoute encore en passant qu'au lieu de "sicut Vitulo 
recitat se inuenisse inter Coloniam et Corindiam" (119 b 42-43) il faut lire, confor- 
mément aux manuscrits: "sicut Witelo recitat se inuenisse inter Poloniam et Tu- 
ringiam" . 
111 Ensuite (E 118 c 17-28) est encore citée l'opinion de Witelo. 
111 Albert commence ainsi (voir plus haut note 118): "Nunc dicendum est de 
duplicatione iridis et ista est multum difficilis et ideo probabiliter potest ima- 
ginari (cf. E 118 b 63). Primo imaginetur triangulus hkm ita, quod linea hm sit lines. 
de Sole ad iridem inferiorem et hk de Sole ad oculum et km de oculo ad il'idem, sicut 
dicebatur in textu. Tunc, sicut habetur Xo Perspectiuae, maxima eleuatio..." etc.. 
conformément à l'imprimé; il finit (cf. E 118 c 14-15): "Et est causa. quare nisi 
duae irides apparent. Secundo apparet, quare duo colores sunt e conuerso positi... 
Tertio potest dari causa, quare iris inferius saepius apparet.....
		

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			1 


214 


faible; l'autre, plus bas, aux gouttes plus g
andes, forme l'3.I'c-en-ciel 
inférieur. Mais il n'est nulle part dit ici qu'il faille deux nuages pour 
former un arc-en-ciel, comme l'affirment Oresme III 11 et Albert III 6 
à sa suite. 
E III 17 (Utrum semper apparentibus duabus iridibus superioI' de- 
beat habere duos colores conuersim positosY) présente une identité 
littérale à Oresme III 26 jusqu'au f. 119 c 49, où l'édition impI'imée, ou 
plutôt le copiste du manuscrit qui en fut la base, avoue honnêtement 
avoir abrégé le texte à son pI'opre entendement et en dit la raison 1241: 
il a remarqué que le manuscrit copié contenait déjà plus haut, dans la 
question précédente, les mêmes phrases qu'il commençait à copier une 
seconde foisl211. Une simple comparaison nous permet aussitôt de consta- 
ter qu'il en est effectivement ainsi: E 119 a 21 ss. (Unde imaginandum 
est de guttulis...) est répété mot à mot par E 119 c 20 ss. (Sed puto pro- 
babilius loquendo, quod sit imaginandum de guttulis...). Ainsi, le passage 
omis par le copiste peut se lire dans E 119 a 49-b 14, ce qui dans les manu- 
scrits du xV e s. remplit presque toute une page in-quarto (ou la moitié 
d'une colonne in-folio dans ceux du XIVe s.). Dans E III 17 on revient 
à la conformité aux manuscrits à partir de 119 c 53: "Tulle sit prima con- 
clusio...". - J'ajoute que par son contenu et même du point de vue formel 
(cf. 119 b 51, 57; 119 d 6, 13), cette question s'appuie sur la précédente. 
E ru 18 (Utrum iris superior uel secundaria necessario debeat ap- 
parere remissior in coloribus quam iris principalisY) est identique à Ox:es- 


UI E 119 c 49-52: "Et nota hic, quia non procedo magis scribendo de hoc, 
quia iIlud recte et punctualiter, quod dcbet hic dici et subsequenter, dictum est in 
priori quaestione; et dictum est totum, quod debet poni hic, quousque (!) ad ea, 
quae debent poni in ista quaestione". 
UI Ce passage est surtout important parce qu'il permet de connaître la tradition 
du texte des QuaeBtioneB ThemoniB philoBophi; en partant de lui, nous obtenons 
la chaîne suivante: X -+ Y -+ E, où E désigne l'édition imprimée. Y le manuscrit 
qui a servi à cette édition, X le manuscrit dont parle (implicitcment) le copiste de Y. 
Ce même copiste témoigne indirectement que cette partie des dittographies, des 
lacunes et autres différences de disposition entre "Thémon" et "Oresme", dont la 
faute incombe à "Thémon", doit être imputée déjà au manuscrit X et non pas au 
copiste du ms. Y, ou au correcteur de l'édition imprimée E. Car si ni le copiste du 
manuscrit Y, ni le correcteur de l'édition E n'ont eu assez d'indépendance d'esprit 
pour éliminer (d'une manière quelconquc) cette dittographie dans E III 16 et E 
III 17 - bien que le premicr l'ait déjà indiquée clairement, nous avons le droit de 
conclure, a fortiori, que ce n'est pas d'eux que proviennent les différences fonda- 
mentales entre E et Oresme. Nous avons du reste la preuve que l'édition E reproduit 
exactement le manuscrit Y, en lisant à la fin du livre II les mots (évidemment 
repris servilement de Y): ..Ad laudem omnipotentis Jesu Christi et genetricis Eius 
Mariae, seraphici Francisci et gloriosae Catherinae nec non totius curiae caelestis. 
Amen" (E 106 c 15-17).
		

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me III 27, à cette exception près qu'au lieu des mots 119 d 65 "secundum 
quod sibi uel ibi uidetur" les manuscrits ont 6 à 7 lignes en plus, dans 
lesquelles on cite, entre autI'es, .Witelo. - Cette question admet 126 la 
théoI'ie du double arc-en-ciel, exposée dans E III 16, et se réfère (119 d 51) 
directement à la question précédente (E III 17). 
E ID 19 (Utrum iris debeat appareI'e secundum circuli peripheriam, 
si non sit impedimentum?) est ide n t i que, excepté trois petits détails 127, 
à O:resme III 28. Le même problème est le sujet d'Albert III 8 (UtrUIll 
iris appareat secundum circuli peripheriam?) et l'auteur devait avoir 
les arguments d'Albert devant soi. Il annonce déjà dans la disposition que 
"in ista quaestione primo uidebitur positio alioI'wn, deinde dicendum 
est breuiter ad quaesitum secundum intentionem Aristotelis", et commence 
effectivement l'art. 1 en :relatant une anonyme "positio aliorum" (E 120 b 
64-c 12): la comparaison indique que ce sont de nouveau les paroles 
d'Albertl 28 . 
E ID 20 (Utrum semper tempore apparitionis iridis nccesse Bit cen- 
trum Solis et centrulU orizontis et centrum iridis et polos eiusdem uel 
polum esse in eadem linea recta!) ne s'écarte qu'à cinq endroits 129, 
et ce par des détails tout à fait secondaires, d'Oresme III 29. La 
comparaison avec Albert III 8 (concl. 2: "Ex quo sit secunda conclusio, 
uidelicet, quod si linea hk producitur... ipsa transibit per centrum irillis... ") 


lit E 120 a 32 ("guttulae sunt gros8iores"). 
117 Les manuscrits omettent: 120 b 19180 citation d'Apolloniu8 (De pyramidibuB), 
120 b 32 la citatiou de Witelo, et enfin 121 a 2 les mots "quae fuit de graeco in la- 
tinum". 
111 Les trois arguments "quod non" d'Albert présentent déjà. une analogie avec 
les arguments d'Oresme-Thémon (Albert 10 cf. E 30; Albert 20 cf. E 30; Albert 30 
cf. E 4°). Le "In oppositum" très court (..Oppositum patet ad sensum et per Ari- 
stotelem") est suivi par la "Conclusio prima, quod iris apparet 8ecundum circuli 
peripheriam. Probatur supponendo prius dicta...", etc., presque littéralement con- 
forme à la "positio a.liorum" de l'édition. Viennent ensuite le8 concl. 2 et 3 qui exa- 
minent d'autres sujets (voir plus loin, ad E III 20 et E III 21). 
lit E 121 b 14-19, au lieu de ..consequen8 est falsum... contra conclusionem" 
les manuscrits donnent seulement "hoc autem est falsum et impossibile, ut postea 
patebit". Le passage important E 121 b 53-58 est un peu différent dans les manu- 
SCrit8; voir la note suivante. E 121 b 62-63, la citation "sicut patet per auctorem 
De Bphatrra" manque dans les manuscrits. E 121 d 20, après les mots ..de polis" les 
manuscrits ont un court passage (9-10 lignes): "Secundo ad idem: si poli eS8ent 
in eadem linea recta, tunc Sole continue eleuato... contra conclusionem", c'est-à-dire 
ce qui plus haut, 121 b 14, était annoncé ou omi8. E 121 d 41-44, au lieu de "ab 
inferioribu8 procedat... nos eS8emus" les manu8crits donnent: "ab inferioribus pro- 
cedit, sed semper Sol a superioribu8 radiat, et propter hoc iris sursum non poteBt 
apparere. Ad secundum: Sic etc., conceditur, quod non est impossible secundum 
imaginationem uel condition aliter, quia durities terrae non impedit. quin possumus 
imaginari penetrationem terrae " . 


15 - A. Blrkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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ne révèle pas d'affinité plus proche. Dans cette question E cite pour la. 
t.roisième fois le Traité sur l'arc-en-ciel dont l'incipit est: "Cum expertum 
sit per astrolabium" (voir plus haut, ad E III 8 et E III 13), le texte des 
manuscrits étant ici, en partie, plus correct que celui d'édition 130. Immédia- 
tement auparavant (E 121 b 52) l'auteur se réfère à ce qu'il entend dis- 
cuter plus tard, pensant visiblement à E III 24. 
E ID 21 (Utrum semper tempore apparitionis iridis et halo diameter 
iridis sit praecise dupla ad diametrmll halo
)131 est identique à Oresme 
III 30. La seule différence notable concerne le passage important E 122 b 
28-34 qui cite une quatrième fois le Traité sur l'arc-en-ciel dont l'incipit 
est: "Cum expertum sit peI' astrolabium" (voir plus haut, ad E III 8, 13, 
20). L'édition imprimée n'en indique pas l'auteur, tandis que les manu- 
scrits l'attribuent à Witelo. Voici le passage incriminé: 


ln oppositum arguitur per experientias, quas ponit auctor 111 in tractatu De 
iride, qui dicit lll : "Cum expertum sit per astrolabium uel per armillas, quod dia- 
meter halonis habet 42 111 gradus de circulo altitudinis 1 ' 1 et semidiameter iridis tan- 
tundem 111, ex hoc patet, quod semidiameter iridis est aequalis toti diametro halo"; 
et per conBequens, cum diameter iridiB sit praecise dupla ad sua.m medietatem, se- 
quitur, quod Bit praecise dupla ad diametrum halo. 


Il Y est naturellement question du grand halo (beaucoup plus rare 
que le petit) dont le diamètre, selon les mesures modernes l37 , a 45°45' 


110 E 121 b 53- 58 (texte d'après les manuscrits et d'après l'édition imprimée): 
"Hoc idem patet in quodam tractatu De iride, qui incipit: »Cum expertum sit« (les 
manuscrits omettent les cinq derniers mots), ubi dicitur, quod halo et Sol idem habent 
centrum, sed apparet diuersum (au lieu des trois derniers mots l'édition a "secundum 
sensum") propter diuersitatem aspectus, scilicet oculi aBpicientis, quia oculus aspi- 
cientis non semper est in centro (au lieu deB sept derniers mots, nous avons da.ns 
l'édition "semper oculus aspiciens est in loco centri") circuli altioriB ("altitudinis" E), 
id est orizontis, et linea qon (les manuscrits omettent "qon") transit per centrum 
Soli8 et per centrum circuli u8que ad nadir Solis, id est punctum oppositum in zodiaco 
ipsi Soli". 
111 Albert examine le même sujet, III 8 concl. 3: "Tertia conclusio, quod dia- 
meter iridis est dupla ad diametrum halo... Ista conclusio probatur p08ito in figura 
praedicta, quod b sit centrum iridis... et h, uidelicet Sol, sit in meridie...", donc autre- 
ment que (E 122 b 42 seqq.) "una opinio, quae nititur probare et demon8trare, quod 
semper diameter iridiB sit dupla ad diametrum halo". 
III Dans les manu8crits: "Witelo" (Vitalo, Vitulo, Guitillo, etc.). 
11. Dans les manuscrit8, au lieu des six derniers mots, seulement: "in quodam 
t.ractatu " . 
III Dans les manuscrits: ,,32" ou ,,30". 
111 Dans les manuscrits, au lieu des trois derniers mots: "de (in) altitudine (lati- 
t.udine) circuli". 
11. Dans les manuBcrits, au lieu de "tantundem": "etiam habet tantum". 
117 J. M. Pernter, F. M. Exner, MeteorologiBche Optik, Wien-Leipzig 1910, 
p.239.
		

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tandis que le rayon du bord rouge de l'arc-en-ciel est à peu près de 42°138. 
L'auteur du Traité sur l'arc-en-ciel n'a donc pas commis l'erreur que 
nous tI'ouvons dans le De iride de Dietrich de Freiberg 139 . 
E ID 22 (Uf.rum omni hora diei 3.I'tificialis oculo existente in super- 
ficie horizontis possit aliqua pOI:tio iridis apparere, ubicumque fuerit 
homo uel oculus uidentis!) est totalement lCO identique à Oresme III 31. 
Cette question se réfère clairement à E III 20 141 et à E III 21 1412 . Le même 
problème est le sujet de la dernière question du troisième livre d'Albert 
de Rickmersdorf (Albert 1119), mais il n'y a pas d'analogies plus nettes lC3 . 
E ID 23 (Utrum iris Lunae possit apparere pluries, quam bis in 50 
annis, consimilibus coloribus et proportionibus, sicut iris Solis!) est abso- 
lument 14C identique à Oresme III 32. 
E m 24 (Utrum uisa iride cum Sole uel astro eleuato notabiliter 
super orizontem apP3.I'eat minor portio maioris circuli, quam appareat 


111 Ibidem, pp. 487, 504. 
III E. Krebs, .Meister Dietrich, Beitrage zur Geschichte der Philosophie des 
Mittelalters, V: 5-6, Münster 1906, pp. 32*-33*; Dietrich von Freiberg, lJber den 
Regenbogen, hgg. von J. Würschmidt, Beitrage... XII: 5-6, Münster 1914, pp. 19,28. 
110 J'indique tout de même les variantes des manuscrits: E 122 d 59-61: "an- 
tecedens patet ex dictis in aliis quae8tionibus, quia illis. qui sunt in N oruegia, qui 
sunt habentes polum mundi pro zenith capitis. illis potest apparere iris circumuolui, 
sicut Sol. totaliter in oppositam partem". E 123 aIl: après les mots "qui sunt Pari- 
sius uel Romae". quelques manuscrits (tel CI) ont les mots "uel Coloniae". d'autres 
(tel CI) "uel Auinionis". E 123 b 25-27: "directe mensurando sursum ab orizonte. 
et quia hoc in Noruegia non potest fieri, ideo etc. Et sic patet quaestio". 
lU E 123 a 16-17. 
III E 123 a 21. 23. 
UI Les trois arguments "quod sic" d'Albert diffèrent totalement de ceux de 
l'édition. Le "Oppositum" est omis, du moins dans les copies cracoviennes. Le "corpus 
quaestionis" commence ainsi: "Tunc uidendum. quid contingat in horizonte pIano 
(cf. E suppositio 2 = 123 a 17 -18). Et dico, quod iris non potest apparere secundum 
portionem circuli maiorem semicirculo... Secundo dico, quod quanto plus Sol eleuatur, 
tanto iris apparet secundum portionem minorem... Tertio dico, quod si Sol eleuatur 
ultra 42 gradus, non potest apparere iris (cf. E concl. 2)... Quarto... altitudo Solis 
et altitudo iridis simul iunctae sunt 42 gradus (cf. Witelo. PerBpectiua X 78; E III 
21)... Quinto dico. quod habitantibus sub aequinoctiali... non potest apparere iris 
prope meridiem..., sed habitantibus uersus polum potest apparere omni hora (cf. E 
corrol., 123 a 42-54)... Sexto de loco dico, quod semper est ex opposito Solis..... 
Vient ensuite l'art. 2: "Tunc de horizonte non pIano dico...", enfin l'art. 3: "De 
ultimo sciendum, quod quanto iris apparet secundum maiorem portionem, tanto 
f\st portio minoris circuli..." (d'après Aristote; cf. Witelo, PerBpectiua X 78; E III 
24). Le "Ad rationes" manque dans les manuscrits cracoviens. 
lU Je note seulement: E 123 c 62-d 4, les manuscrits omettent les mots "si 
appareat... et sic de prima parte". Le passage relatif à la traduction arabo-Iatine, 
E 123 d 14-15, est ainsi donné dans les manuscrits: "ut patet in antiqua transla- 
tione, antiqui uocabant ipsum arcum daemonis".
		

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Sole existente in fine orizontisY) est, quant au contenu, identiq ue à Ores- 
me III 33. I!faut cependant remarquer que l'édition omet le second al"- 
gument ainsi que le troisième et le quatrième et passe (124 a 9) immédia- 
tement du premier au cinquième 14l1 . Le "Ad rationes" s'y conforme et 
omet aussi les réponses aux objections 2 -4 (qui devraient donc se trouver 
dès 124 b 55), en donnant à la cinquième réponse (manuscrite) le numéro 
deux, à la sixième le numéro trois. En outre, dans trois autres passages 
importants les manuscrits diffèrent légèrement de l'édition imprimée 146._ 
Dans cette question, il convient de remarquer l'indépendance de jugement 
de l'auteur qui se ;retourne (au moins dans une certaine mesure) contre 
une thèse, PI'otégée par l'autorité d'Aristote et répétée durant tout le 
Moyen Age, y compris par Witelo (Perspectiua X 78) que l'auteur critique 
ici également. - Nous trouvons là aussi une nette référence (E 124 b 50 -53) 
à l'expérience d'optique dont paI'lait E III 17 147 . 
E ID 25 (Utrum irides apparentes circa candelas sint realiter exis- 
tentes circa ipsas cande1as
) n'existe pas dans le recueil transmis à la 
postérité sous le nom d'Oresme. Cette question très intéressante pour 
l'histoire de l'optique (également physiologique) se réfère (E 124 d 7) 
A E III 12. 
E ID 26 (Utrum uirgae et parelii fiant ex refractione radiorum, sicut 
iris et halo
) est totalement identique à Oresme III 34. Nous trouvons 
dans cette question la thèse (125 d 25-26) que l'arc-en-ciel se forme 
"per refractionem et reflexionem simul", ce qui correspond à la théorie 
de l'a;rc-en-ciel présentée dans E III 13. I
e titre indique déjà que le halo 
se forme par réfraction de la lumii\re. 


111 Cela provient probablement de ce que le second argument des manuscrits 
commence par: "Secundo si sic, hoc maxime uidetur esse pro tanto, quod radii inci- 
dentes..." et le cinquième semblablement: "Quinto si sic, hoc maxime uidetur 
propter radios..." Les arguments que l'édition omet occupent dans les manuscrits 
presque toute une colonne in-folio. Le second argument cite la PerBpectiua de Witelo. 
III E 124 a 13-15, le passage important et intéressant de l'édition: "Ex hoc 
enim quidam expositor huius nouae trauslationis, qui fuit medicus regis Philippi 
filii Ludouici regis illustri8simi Francorum, nititur reddere causam huius, sicut 
quandoque circa textum recitaui; sed consequens probatur esse falsum..." - 
figure comme suit dans les manuscrits: "Ex hoc... medicus regi8 Francorum, scilicet 
lIudolo (! ou "scdula"; peut-être = s. Ludouici'), nititur reddere causam; sed con- 
sequens..." Le passage correspondant au précédent, E 124 a 31-33: "Unde puto 
illud, quod dictum est circa literam per modum istiu8 expositoris iam allegati, 
poterit e8se causa..." est donné par les manuscrits seulement par les mots: "Unde 
puto, quod causa istius poterit e8se..." La troisième variante concerne E 124 a 53, 
où l'imprimé met "contra partem fratris (!) Witelonis"; le mot "fratris" manque 
dans les manuscrits. 
117 E 119 a 57-62. (Quant à l'appartenance de ce pa8sage à E III 17 voir plus 
haut note 121.) 



 


-
		

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E m 27 (Utrum per iuuamen artis possint fieri metalla, sicut ms 
et halo artificialiter quandoque fiunU) est absolument identique à Ores- 
me III 35. C'est la dernière question du troisième livre, tant de l'édition 
imprimée que des manuscrits. 


Si nous résumons maintenant les résultats auxquels a abouti l'analyse 
un peu longue du troisième livre de l'édition imprimée des Quaestiones 
Thimonis philosophi, nous obtiendrons le tableau suivant: 
E III 1 modelée sur Oresme III 12 art. 1- 3 (cf. Albert III 1 art. 1, 3, 4). 
E III 2 modelée sur Oresme III 12 art. 4 (cf. Albert III 1 art. 4). 
E III 3 dirigée contre Albert III 2. 
E III 4 dirigée contre Albert III 3 art. 1. 
E III 5 relate Albert III 4. 
E III 6 présente une théorie du halo contraire aux idées d'Oresme et d'Albert. 
E III 7 basée sur Ore8me III 16 (cf. Albert III 5). 
E III 8 n'a de correspondance ni chez Oresme ni chez Albert. 
E III 9 art. 1-2 identiques à Oresme 11118; art. 3 dans une certaine mesure 
analogue à Oresme III 17 art. 3 (cf. Albert III 5 art. 4)"1. 
E III 10 identique à Oresme III 19. 
E III 11 dirigée contre Albert III 6. 
E III 12-15 identiques à Oresme III 21-24. 
E III 16 identique à Oresme III 25; relate Albert III 7, art. 2. 
E III 17-18 identiques à Oresme III 26-27. 
E III 19 identique à Oresme III 28; relate Albert III 8, concl. 1. 
E III 20-24 identique à Oresme III 29-33. 
E III 25 sans aucune analogie avec le recueil connu sous le nom d'Oresme. 
E III 26-27 identiques à Oresme III 34-35. 
Un coup d'oeil sur ce tableau nous laisse discerner six groupes: 
1) quo 1-8 qu'on peut certainement attribuer à Thémon; 
2) quo 9-10 identiques à Oresme III 18-19; 
3) quo 11 indubitablement authentique; 
4) quo 12-24 identiques à Oresme III 21-33; 
5) quo 25 sans aucune attache; 
6) quo 26-27 identiques à Oresme III 34-35. 
Notre tâche principale sera d'examiner si les groupes 2,4, (5) et 6 sont 
de la plume de Nicole Oresme ou de Thémon de Münster. 
A cette fin, il se
a commode de reprendre notre tableau, mais en le 
considéJ:ant cette fois du point de vue des Quaestiones N icolai Oresme 
manuscrites. Nous obtiendrons alors le tableau suivant: 


Oresme III 12 copiée par Albert III l, utilisée par E III 1-2. 
Oresme III 13 copiée par Albert III 2, avec lequel polémique E III 3. 


III Voir sussi plus loin, où il est question des QuaeBtioneB Meteor()Tum Johanni. 
Bcoti.
		

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Oresme III 14 pas de question analogue ni chez Albert ni chez Thémon. 
Oresme III 15 copiée par Albert III 3, avec lequel polémique E III 4. 
Oresme III 16 utilisée (partiellement) par Albert III 4-5 et (davantage) par 
Thémon, E III 7. 
Oresme III 17 utilisée par Albert III 4 (ce que relate Thémon, E III 5) et par 
Albert III 5. 
Oresme III 18 identique A E III 9, art. 1-2. 
Oresme III 19 identique à E III 10. 
Oresme III 20 copiée par Albert III 6, avec lequel polémique E III 11. 
Oresme III 21-24 identiques à E III 12-15. 
Oresme III 25 identique à E III 16; Albert III 7 art. 2 la relate. 
Oresme III 26-27 identiques à E III 17-18. 
Oresme III 28 identique à E III 19; Albert III 8 concl. 1 la relate. 
Oresme III 29-33 identiques à E III 20-24. 
Oresme III 34-35 identiques à E III 26-27. 
Si nous distinguons dans ce tableau de nouveau six groupes, nous 
obtiendrons: 
a) quo 12-17 que l'on peut attribuer en toute certitude à Oresme; 
b) quo 18 -19 identiques à E III 9 -10; 
c) quo 20 d'authenticité indubitable; 
d) quo 21-33 identiques à E III 12 -24; 
e) vide lC9 ; 
f) quo 34-35 identiques à E III 26-27. 
Il s'agira donc de nouveau de la paternité des groupes b, d et f. 


En examinant l'authenticité d'un ouvrage manuscrit on peut s'appuyer 
sur des critères extrinsèques et intrinsèques. Les pI'emiers nous sont fournis 
par la tradition du texte, les seconds par l'analyse du contenu. 
En regard aux éléments extrinsèques qui entrent ici en ligne de compte, 
il faut considérer que jusqu'à présent nous connaissons les Quaestiones 
MeteOTorum Thimonis philosophi uniquement p3.I' leur édition impri- 
mée ll10 - on pourrait donc supposeI' a priori que leur forme actuelle n'est 
que le fait de l'imprimeur qui a pu amalgamer deux oeuvres d'auteurs 
différents. Une telle hypothèse - du moins sous cette forme - est ici 
insoutenable; j'ai, en effet, démontré plus haut llil que selon toute vraisem- 
blance l'édition imprimée reproduit sans modification lli2 un manuscrit 


1.. C'est-A-dire qu'une question analogue à E III 25 manque chez Oresme. 
110 Quant aux manuscrits MI et Ma qui peut-être contiennent (du moins en partie) 
les QvaeBtioneB de Thémon, voir plus haut notes 45, 47, 50. Mais il ne faut pas oublier 
que MI est certainement contaminé et que MI l'est probablement. 
111 Voir note 125. 
111 Cf. toutefois P. Duhem, EtudeB Bur Léonard de Vinci, 1, p. 178, qui remarque 
que la question Il de l'édition de 1522 (= E) n'existe pas dans les éditions parisiennes 
(1516 et 1518). On peut cependant expliquer ce fait de tant de manières que, pour 
ne pas multiplier .les hypothèses, je ne l'examinerai pas de plus près.
		

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assez ancien (X). Evidemment, la possibilité reste que le manuscrit X 
ait déjà été un amalgame. Par contre, tout défenseur de la paternité 
d'Oresme peut en appeler à une très riche et ancienne, puisque remontant 
au XIVe siècle 153 , tradition manuscrite de l'ouvrage intitulé Questiones 
M eteororum N icolai Oresme. Quant aux différences dans le texte (lacunes, 
transpositions, etc.) il semble le plus souvent que ca sont les manuscrits 
(= Oresme) qui ont conservé l'état original U4 - bien qu'une fois c'est 
certainement l'édition imprimée qui a une meilleUl'e leçon 1115; dans 
d'autres cas enfin, il est impossible de décider où se trouve la disposition 
originale du texte 156. 
Quant aux arguments intrinsèques, il faut d'abord examiner les parties 
authentiques des oeuvres d'Oresme (qu. 12-17, 20) et de Thémon 
(qu. 1-8, 11), en nous aidant aussi des Quaestiones d'Albert. Ceci établit 
d'abord sans conteste (je m'y suis déjà souvent référé plus haut) la chro- 
nologie de ces oeuvres: Oresme a écrit le premier. Il a probablement puisé 
dans les oeuvres de ses prédécesseurs (surtout de Buridan), mais en tout 
cas d'une manière assez indépendante, puisqu'il a pu exercer une influence 
visible SUI' ses successeurs, en particulier SUI' Albe
t de Rickmersdorf. 
Celui-ci - nous l'avons déjà dit - le copiait sans la moindI'e gêne. Thé- 
mon n'apPaJ."ut qu'après Albert, et ce en le critiquant souvent et sévè- 
rement; c'était un esprit plutôt indépendant, bien qu'il ait utilisé les 
oUVl'ages d'Oresme, d'Albert et encore d'autres auteurs, comme nous 
allons le voir plus loin. La détermination de cette succession chI'onologique 
doit servir de point de départ pOUl' l'évaluation des parties sujettes à doute. 
Mais avant d'y procéder, il faut attirer l'attention du lecteUl' SUI' une 
chose de gi"ande importance, à savoir que quels que soient les résultats 
de nos déductions ultérieures, il ne saUl'ait êtI'e question d'un plagiat 
commis par l'un ou l'autre de nos compétiteurs (Oresme, Thémon). Un 
tel plagiat ne serait en effet concevable que si le copieur était Thémon 
et O
esme la victime, puisque les oeUVl'es de ce deI'nie:!" sont plus ancien- 
nes. Or, dans ses questions incontestablement authentiques, Thémon 
fait montre d'un esprit tellement indépendant et critique qu'il est interdit 
de supposer qu'il ait pu cOlwuettre un plagiat tellement maladI'oit (cal- 
que
 17 questions entières!) d'une oeuvre aussi répandue que les Quaestio- 


UI Il est vrai que los manuscrits munichois Ml et M", écrits en 1365-1367 et 
on 1385, ne garantissent pa8 do contenir des QuaeBtioneB authentique8 d'Oresme, et 
ne mentionnent même pa8 le nom de ce philosophe, mai8 les manu8crits de Cracovie. 
CI et C', écrits encore au XIVe sièclc, réali8ent cette condition. 
111 Voir plus haut, ad E III 16 + 17; E III 24. 
111 Voir plus haut, ad E III 12. 
111 Voir plus haut, ad E III 9, 13, 20. Quant à E III 9 voir quand même ce que 
j'en dis plu8 loin (pp. 226 et suivantes).
		

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nes d'Oresme. Mais nous allons encore trouver des arguments beaucoup 
plus forts en faveur de Thémon. Aussi faut-il signaler dès maintenant 
que c'est aux copistes qu'incombe toute la responsabilité de ce que ces 17 
questions se tI'ouvent aussi bien chez Oresme que chez Thémon; autre- 
ment dit, il ne s'agit pas d'un plagiat, mais d'une contamination. 
Il faut bien avouer que les multiples Quaestiones médiévales s'y prêtaient 
admirablement, composées qu'elles sont d'opuscules en apparence distincts 
qui, même enfilés sur une seule cordelette, ne sont reliés (du moins exté- 
rieurement) que très superficiellement. Aussi rien n'est plus facile que 
de transplanteI' telle ou telle question d'un recueil à un autre. Que ces 
greffes aient été fréquentes, j'en ai trouvé maintes preuves dans les manu- 
scrits. Ainsi le cod. Ampl. F. 334 (= A) contient soi-disant quatre livres 
des Quaestiones M eteororum de Buridan, mais à plus proche examen on 
constate que seuls les trois premiers livres sont de cet auteur, le copiste 
ayant ajouté, en guise de quatrième, le dernier livre des Quaestiones d'Ores- 
me 1117. Nous en avons un autre exemple dans le cod. Crac. 2024; on y trouve 
'rois livres des Puncta Parisiensia (Meteororum)1l18, suivis d'un quatrième 
livre (ff. 375 r -398 r ) qui n'appartient pas du tout aux Puncta. Les mss. 
Crac. 635 et Crac. 686 sont à cet égard très instructifs; ils contiennent 
les Quaestiones M eteororum d'Albert de Saxe, mais pas dans leur forme 
authentique (p. ex. celle du cod. Ampl. Qu. 299 ou du cod. Berol. lat. fol. 
387): les questions 1, 1-14, II, 7 -17 et la totalité des livres III et IV 
sont d'Albert; les questions 1, 15-22 et II, 1-6 manquent complète- 
ment, à leur place figurent 13 questions étI'angères, relatives au livre 
1 (1, 18-30) et empruntées à un recueil anonyme (assez intéressant) que le 
cod. Crac. 753 nous a conservé dans sa forme authentique. Nous avons 
donc ici un exemple de cette contamination qu'il faut aussi admettre par 
hypothèse au regard des recueils d'Oresme et de Thémon. 
En passant main
,enant à l'examen détaillé de cette contamination, 
commençons par le groupe (4) de Thémon (qu. 12-24), identique au 
groupe (d) d'Oresme (qu. 21-33). Il faut d'abord constater que les ques- 
tions de ce gI'oupe forment un tout, non seulement par l'extérieur (tant 
dans la tradition manuscrite (= Oresme), que dans celle imprimée E), 
mais aussi par leurs multiples liens intérieurs: j'ai démontré plus haut 
que E III 13 se réfère à E III 15; E III 14 à E III 13; E III 17 
à E III 16; E III 18 à E III 16 et à E III 17; E III 22 à E III 20 
et à E III 21; E III 24 à E III 17. La conclusion s'impose: preuve éven- 
tuellement faite qu'il faille attribuer à Thémon certaines questions, 


117 Voir plus haut pp. 181-182. Quant aux manuscrits munichois MI et Ma, 
analogues à A, voir les passages que nous venons de citer (note 150). 
m Les autres copies que je connais (les cod. Berol. lat. fol. 402, Prag. 750, 902. 
1970) contiennent toujours et uniquement trois livres.
		

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nous pourrons avec beaucoup de vraisemblance lui accorder la paternité 
de tout le groupe. Il y a, en effet, dans ce groupe au moins deux ques- 
tions qui n'ont pu sortÏI' de la plume d'Oresme. Ce sont E III 16 (Oresme 
III 25) qui citè un long passage d'Albert 1117, et E III 19 (Oresme 11128) 
qui rapporte une des conclusions d'Albert III 8 1119 . Il Y a donc la même 
relation entI'e ce groupe et Albert qu'entre celui-ci et la partie authen- 
tique des Quaestiones Thimonis: ainsi, entre pairs, il faut l'attribuer non 
pas à Oresme, mais à Thémon. 
D'autres détails confirment cette conclusion. Nous lisons p.ex. dans 
E III 13 que le halo se forme par réfraction de la lumière, ce qui est 
contraire à la théorie d'Oresme. Viennent ensuite, également intéressantes, 
les citations empruntées au Traité sur l'arc-en-ciel dont l'incipit est "CUlll 
expertum sit per astrolabium"; dans le groupe (4) = (d) en cause, nous 
en trouvons trois (E III 13, 20, 21 18 °). Mais c'est hors de ce groupe que 


11. Dans les deux cas, sans nuances polémiques, mais sur un ton sceptique. 
110 Comme je l'ai déjà mentionné, les manuscrits (Oresme) dans cette dernière 
question (E III 21 = Oresme III 30) attribuent ce traité à Witelo, ce qui nous fait 
d'autant plus regrctter la perte du manuscrit VI de la Sorbonne, qui contenait cct 
opusculc. Remarquous cependant que le renseignement fourni par ces manuscrits 
n'est pas très vraisemblable. Même en faisant abstraction de cc que E (qui nous 
a conservé relativement le meilleur texte, voir plus haut pp. 196 -198) ignore la 
paternité de Witelo, il ne faut pas oublier que ce traité commençait par le théorème 
que le rayon de l'arc-en-ciel est (toujours) de 42°, ce que l'on peut déterminer à l'aide 
d'un astrolabe; par contre Witelo (PerBpectiua, X 78), bien qu'il connai88e ce genre 
de mesures, les appelle "quorundam experientia" et s'efforce de démontrer qu'elles 
sont fausses ("quod per praesens theorema impossibile esse ostenditur", éd. Risner 
471, 21). On a donc l'impression que cet opuscule fut composé quelques années avant 
la PerBpectiua de Witelo; peut-être faut-il l'attribuer au dominicain Jean Quidort 
de Paris (mort en 1306), supposé avoir écrit un De iride; voir H. Denifle, Quellen 
zu,. GelehrtengeBchichte deB PredigerordenB im 13. und 14. Jah,.hundert (Archiv für 
Literatur und Kirchengeschichte des Mittelalters, Il, 1886, pp. 165-248) p. 226. 
On ne peut cependant pas non plus exclure a priori Roger Bacon comme auteur. 
bien qu'on ne sache pas qu'il ait écrit un opuscule De iride distinct; mais là où il 
parle le plus longuement de l'arc-en-ciel (OpUB maiu8, VI: 2-12, éd. 1750 pp. 339-349, 
éd. Bridges Il, 172 sqq.), c'est précisément pour soutenir les thèses que Witelo combat. 
Bacon affirme déjà dans le chapitre 4 (M. 1750, pp. 340-341, éd. Bridges Il, 177- 
178) que le diamètre de l'arc-en-ciel ou, ce qui revient au même, la somme des hauteurs 
de l'arc-en-ciel et du Soleil, s'élève à 42°, ceci en indiquant aussi au début la manière 
de le déterminer à l'astrolabe. Or Witelo (éd. Risner 471, 27-30) cite ce mesurage. 
comme le fait d'autrui, en des mots ("... per altitudinem Solis, quam tales uerso 
instrumento uel mutato uisu fixo instrumento accipi
nt") qui rappellent 
vivement ceux de Bacon ("... et ulterius capiat experimentator instrumentum 
debitum et inueniet altitudinem Solis super horizouta, et instrumen to immo bili 
manente conuertat se in oppositam partem et respiciat... altitudinem 
iridis super horizonta"). Nous trouvons un p&88age parallèle aux parolcs de Witelo: 
"Est autem quorundam experientia, quod altitudo iridis et altitudo Solis coniuncta&
		

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1 
nous trouvons dans l'édition la quatrième, ou plutôt la premIere cita- 
tion, puisqu'elle vient de E III 8. Or, cette question est certainement 
de Thémon; celui-ci connaissait donc ce traité tI'ès rare, évidemment 
par le manuscrit VI de la Sorbonne, où il figu.rait en première place 181. 
Rien n'empêche donc de supposer que les questions E III 13, 20 et 21 
viennent aussi de Thémon. - Enfin la théorie de l'arc-en-ciel, présentée 
dans E III 13 et utilisée dans maintes des questions suivantes de ce groupe, 
diffère (comme je l'ai signalé) de la théorie d'OI'esme-Albert, du moins 
pour autant qu'elle passe sous silence un détail assez essentiel de cette 
théorie; d'autI'e part, la question E III 11, qui est certainement de Thé- 
mon, après avoir rapporté la théorie d'OI'esme-AlbeI:t, fOI'mule une remarque 
critique concernant justement ce détail essentiel et annonce que l'auteur 
reviend!'a à ce problème dans les questions suivantes. En un mot, tous 
les critères intrinsèques indiquent qu'il faut attribuer le groupe (4) = (d) 
à Thémon; il en résulte que tous les manuscrits d'Oresme sont con- 
taminés, du moins dans le cadre de ce groupe. 
Il est vrai que cette conclusion ne préjuge pas si le 
este des groupes 
contestés - (2) = (b), (5), (6) = (f) - provient plutôt de Thémon que 
d'Oresme, il faut cependant admettre qu'elle accroît énormément la 
vraisemblance de cette hypothèse; sinon il faudrait supposer que la con- 
tamination était réciproque, c'est-à-dÏI'e que nous ne connaissons au- 
jourd'hui la forme authentique d'aucune de deux oeuvres discutées. Quant 
au gI'oupe (5), il n'a pas de correspondant chez Oresme, on ne peut donc 


Il 


semper faciunt gradus 42" (éd. Risner 471,20-21), au début du chapitre 6 de Bacon 
(M. 1750 p. 342; éd. Bridges II, 181): "Nam quare in aestate apud feruorem diei 
non apparet, causa assignata est per rationem altitudinis compositae a parte Solis 
et iridis...; sed tamen ante meridiem et post, cum Sol est infra altitudinem 42 gra- 
duum, potest apparere". Et lorsque Bacon dit ensuite: "Sed tamen hoc potest esse 
in climatibus notis. quae septem uocantur" (et un peu plus loin: "secundum 
quod in septimo climate. ubi latitudo est 48 graduum et 42 minotorum, potest ap- 
parere iris, Sole existente in meridie. ab autumnali aequinoctio usque ad uernale") - 
nous nous souvenons immédiatement de la phrase bien connue de Witelo, PerBpectiUG 
X 79 (éd. Risner 471,47-48; Baeumker. Witelo, p. 203, note 2): "Et ob hoc iu diebus 
ab aequinoctio ueruali ad autumnale in consuetis nobis regionibus, quae sunt ultra 
clima quartum usque ad finem notorum septem climatum, in meridie iris non 
apparet". Ainsi, tant que nous ne connaissons pas le texte intégral de De iride à l'incipit 
"Cum expertum l'lit per astrolabium", nous devons admettre que la polémique de 
Witelo, PerBpectiua X 78, vise en premier lieu l'OpU8 maiUB de Bacon. 
111 Voir plus haut pp. 102-104. A l'occasion, j'ajoute que l'actuel cod. Paris. 
lat. 7434, dont j'ai tâché (p. 102, note 25) de prouver l'identité avec l'ancien 
manuscrit Vm de la Sorbonne, portait dans le catalogue général de ladite 
bibliothèque (que je mentionne p. 101) la cote "Quadriualis 61" (Delisle, Le 
cabinet..., III, 69). Vu la note qui accompagne cette cote: "Defficit quia cathena- 
tus". son identité avec le Vm ne peut plus être mise en doute. 


-- 


.......
		

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			225 


pas douter de l'authenticité de cette question (E III 25) 182, d'autant plus 
qu'elle suit immédiatement le groupe (4) qui, comme nous avons vu, 
provient de Thémon. Dans le dernier 
oupe, (6) = (f), composé de deux 
questions (E III 26-27, Oresme III 34-35), nous retI'ouvons la thèse 
que le halo l'ésulte de la réfI'action de la lumière, l'éféI'ence faite (pas 
très clairement) à E III 13. Il nous est donc pe:r:mis de ne pas hésiter et 
d'attribuer également ce gl'Oupe à Thémon, ce qui aboutit à conclure 
que la contamination des manuscl'its d'Oresme s'étend au 
moins d'Oresme III 21 à la fin du troisième livre. 
Nous en trouvons confÎl'mation dans les Quaestiones d'Albert de Rick- 
mersdorf. Nous avons vu 163 que ses questions 1-6 s'appuient, sans 
exception et très fidèlement, sur Oresme; la dernière, Albert III 6, 
est une copie servile d'Oresme III 20. En supposant que les questions 
suivantes d'Oresme sont authentiques, il faudrait s'attendre à les retrou- 
ver 18C dans les trois questions restantes du troisième livre d'AlbeI't (III 
7-9); or, il n'en est rien: nous y trouvons bien certaines analogies, mais 
incomparablement plus lointaines que dans les questions PI'écédentes; 
en outre, le soi-disant Oresme relate 165 de longs passages d'Albert 
III 7 et 8! Ainsi Albert témoigne nettement contre l'authenticité d'OresIlle 
III 21-35. 
Il témoigne autant contre l'authenticité d'Oresme III 18-19, c'est- 
à-dire du groupe (2) = (b), puisqu'il ne compile pas non plus ces questions 161. 
Or, c'est pour nous le groupe le plus important, C3.I' c'est là (Oresme III 19) 
que nous trouvons les citations du De natura daemonum de "\Vitelo qui 
fut à l'ol'igine de nos présentes l'echerches. On pourrait considérer ces 
citations comme un argument important pour l'authenticité au moins 
de la question Oresme III 19 - car nous savons qu'Oresme connaissait 
certainement le traité de Witelo sur les démons, dont il s'est servi 
encore en 1370 dans sa Quaestio contra diuinatores187. Mais il faut remar- 
quer que Thémon connaissait aussi très vraisemblablement ce traité, 
car le même manuscrit VI de la So;rbonne, probablement compulsé par 
Oresme, contenait aussi le traité De iride et halo demonstratiue, dont s'est 
servi Thémon 188. Ainsi la force concluante de cet argument disparaît; 
les deux plateaux sont de nouveau en équilibre: - ou plutôt c'est Thémon 


1" Elle se réfère à E III 12, question qui s'est avérée être de Thémon. 
III Voir le tableau p. 199. 
111 Au moins quelques-unes, voir note 166. 
111 Voir plus haut, ad E III 16 et E III 19. 
1" Il est vrai qu'il omet aussi la question Oresme III 14, dont l'authenticité 
paraît insoupçonnable. 
117 Voir plus haut pp. 99-101. Je donne d'autres détails dans l'Appendice III. 
1.. Voir plus haut pp. 223 - 224.
		

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qui fait pencher la balance, si l'on considère l'invraisemblance de l'hypo- 
thèse d'une double contamination 169 et le témoignage négatif d'Albert 
de Saxe. A ces deux aI'guments on peut encore ajouter ici, eu surtout 
égard à Oresme III 18 (= E III 9), la remarque que son auteur explique 
le halo par la réfraction de la lumière 170: il est vrai que dans les manu- 
scrits (Oresme) ce passage est le plus souvent modifié de façon à faire en- 
tendre que l'auteur réfute justement cette théorie 17l , mais il résulte in- 
dubitablement de tout le contexte que c'est l'édition qui dispose du 
texte authentique; d'ailleurs le meilleur des manuscrits (CI) que j'ai 
utilisés pour la comparaison de ce passag.e, est conforme à l'imprimé. 
Il ne fait donc aucun doute que l'auteur s'y réfère à E III 6 qui provient 
certainement de Thémon 172 . C'est donc Thémon qui est selon toute 
probabilité l'auteur de E III 9 (= Oresme lIT 18). 
Une confirmation inattendue de cette dernière conclusion nous est 
fournie p3.I' l'analyse des Quaestiones Meteororum Johannis Duns Scoti. 
C'est à dessein que j'avais jusqu'à pr:ésent laissé cette oeuvre de côté, r 
pour ne pas obscurcir l'image des rapports l'éciproques entre OI'esme, Albert 
et Thémon; nous allons maintenant nous adresser à ce nouveau témoin. 
La grande édition des oeuvres de Duns Scot, parue à Lyon en 1639, 
contient entre autres les assez longues Quaestiones M eteororum, attri- 
buées à ce philosophe 173 . Cet ouvrage est précédé d'une courte disserta- 
tion critique du P. Luc Wadding, historien franciscain bien connu, qui 
nourrissait déjà certains doutes quant à l'authenticité de ces Quaestiones. 
P. Duhem a élucidé ce problème dans un court mémoirel7C publié en 1910; 


1" Voir plus haut p. 224. 
170 Voir plus haut note 100. 
171 lbidem ("reflexionem - refractionem"). 
171 Comment. dans ce cas, interpréter l'annonce faite dans l'authentique question 
Oresme III 17 (voir plus haut p. 206, note 92) qu'Oresme reviendra encore une fois 
il. la forme du halo' C'est peut-être une interpolation postérieure; on peut également 
supposer qu'Oresme a réellement repris cette question plus tard, mais que cette que- 
stion a disparu ainsi que toute la fin (authentique) de son Ille livre. 
171 R.P.F. Johannis Duns Scoti, Doctoris Subtilis, Ordinis Minorum, Meteoro- 
logicorum libri quatuor. 0PUB, quod non antea lucem vidit, ez .Anglia tranBmiBBum. - 
Le titre est suivi par un appel au relieur: "Advertat compactor librorum. hunc trac- 
tatum aequo tardius ad nos delatum ante Tomum III ponendum esse, ne erret" 
ce qui témoigne (conformément aux signatures des cahiers) que cet imprimé in-folio 
(sans lieu ni date), à pagination distincte, appartient au Ille volume des Opera omnia 
de Jean Duns Scot. (Cependant les relieurs le plaçaient le plus souvent à la fin du 
IIe volume). - Dans la réimpression parisienne de 1891, les QuaeBtioneB Meteororum 
se trouvent dans le IVe volume. pp. 1- 263. 
m P. Duhem, Sur les Meteorologicorum libri quatuor fauBBement attribuéB à Jean 
DunB Scot'UB (Archivum Franciscanum hiBtoricum, III, 1910, pp. (!26-632). P. Duhem 
a déjà examiné ce problème en 1906, LeB origineB de la statique, II, Paris 1906, pp. 
326-335.
		

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il Y a démontré qu'il est impossible que Duns Scot soit l'auteuI' de cet 
ouvrage, et que celui-ci a été composé après 1328, donc au moins 20 ans 
après la mort du Docteur subtil. Mais tous les autI'es arguments chro- 
nologiques de Duhem sont faux 1711. Duhem s'imagine que les Quaestiones 
l'eflètent fo!'tement l'influence de Thémon, le plus souvent simplement 
abrégé par le Pseudo-Scot 176 . Nicole Oresme est à son tour (d'après Duhem) 
l'abréviateUl' du Pseudo-Scot; enfin le dernier de ces abréviateurs est 
Jean Buridan... - oui, Jean Buridan, mais "le jeune", car Duhem pro- 
met 177 de prouver ailleurs que ce n'est pas le célèbre philosophe de Bé- 
thune qui fut l'auteur des Quaestiones MeteoroT1tm, mais "un autre Jean 
Buridan, un Flamand qui enseignait à Paris au début du XVe siècle". 
Tout ceci n'est que fable 178; j'ai déjà démontré plus hauV 711 que les Quaes- 
tiones Meteororum de Buridan sont authentiques et aussi 180 qu'Oresme 
précède Thémon. Une analyse approfondie de l'oeuvre du Pseudo-Scot 
nous pI'ouvera maintenant que la série établie par Duhem: Thémon, 
Pseudo-Scot, Oresme, Buridan est tout à fait juste, à condition de 
la lire en commençant par la fin. 
Une telle analyse exige cependant quelques remarques préliminaires. 
Tout d'abord nous allons nous limiter ici, comme auparavant, au livre 
III qui nous intéresse plus spécialement et où nous pourrons trouver 
suffisamment d'informations. Le livre imprimé contient 9 questions - il 
semble donc qu'il y en avait autant dans les deux manuscrits anglais, 
sur lesquels Wadding a basé son édition 181. Mais un autre exemplaire, 


171 Sur leB Meteorologieorum libri..., p. 629; davantage dans LeB origineB de la 
statique, II, 1906, pp. 327 - 328. 
17' Dans son ouvrage de 1906 Duhem admet l'hypothèse de Wadding attribuant 
ces QuaeBtioneB à Simon Tunsted. [Il l'a abandonné ensuite, voir Le BYBtème du 
monde, t. IX, 1958, p. 75. - N.d.I.R.] 
177 Sur leB Meteorologicorum libri.... p. 629. 
171 P. Duhem se trompe aus8i en affirmant (l.e., 1910, p. 629) que Thémon ne 
dit rien sur la théorie de la proportion dei! élément8, de Bradwardine; de fait, il en 
parle dans le livre 1, quo 6 (E 91 a 14 ss.), ce que du reste Duhem lui-même a autre 
part remarqué (LeB origineB de la Btatique, II, Paris 1906, p. 325). [Duhem a révoqué 
ensuite l'opinion de 1910, voir Le Bg8tême du monde, t. IX, 1958, p. 220. - N.d.i.R.] 
171 Voir plus haut note 11. 
110 Voir plus haut p. 221. 
111 Voir l'introduction de Wadding, citée un peu plus haut (p. 226), f. +1 
recto. - Tous les exemplaires des collèges d'Oxford, cités par lui d'après J. Pits, 
Relationum hi8toricum de 1'ebu8 angliei8, Beu de academii8 et illu8tribu8 Angliae Bcrip- 
toribuB, Pari8ii8 1619, peuvent déjà être retrouvés dans les Oatalogi librorum manu- 
Bcriptorum Angliae et Hiberniae, Oxoniae 1697 (1: 2), ainsi que dans le catalogue plus 
récent de H. O. Coxe, OataloguB librorum manuBcriptorum, qui in collegiiB auliBque 
OxonienBibuB hodie aBBervantU1', Oxoniae 1852. Ce sont notamment: les cod. Balliol. 
F. 14 (l'actuel cod. Balliol. 93), cod. Oriel. 26, cod. Oriel. 35 (Johannis Scoti junioris 
QuaeBtioneB in tertium Meteororum), cod. Mariae Magd. 21. 


........
		

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			228 


que j'ai découvert dans le cod. Ampl. Qu. 342, ff. 69 r -130 r , renferme 10 
questions 182; c'est que l'édition réunit les quatrième et cinquième questions 
du manuscrit, ceci en omettant la majeure partie de la quatrième question 
et le début de la cinquième, po
 passer avec désinvolture d'un sujet 
(qu. 4: "Utrum omne corpus possit reflectere lumen!") à un autre, tout 
iL fait différent (qu. 5: "Utrum aliqua specula reflootant lucem et figuram, 
et aliqua lucem uel colorem solum! "). Malheureusement je n'ai remarqué 
ce fait qu'après mon retour d'ErfUl't, c'est pourquoi je ne peux pas indiquer 
avec toute certitude où se trouve cette lacune dans l'édition impri- 
mée - cependant je crois ne pas me tromper en la plaçant à la page 
88 b 26 de l'édition lyonnaise, car c'est là que s'y perd le fil des ideées. 
Enfin, il faut encore ajouter que le troisième livre du Pseudo-Scot 
débute (à l'exemple de Buridan et d'Oresme), conformément iL la traduc- 
tion arabo-latine des Météores, par le chapitre sur les vents; c'est pourquoi 
nous commencerons notre analyse seulement depuis: 
Scot ID 3 (Utrum uisus refrangatur ab aëre et a.b aqua et a corpo- 
ribus densis!) qu'il faut comparer à Oresme III 12, Albert III 1, E III 1. 
La disposition: "Primo est dicendum de causis, secundo de refractione, 
tertio de diuersitate refractionis" démontre déjà beaucoup d'analogie 
surtout avec Oresme. L'articulus 1 commence par le même "notabile" 183 
que l'art. 1 d'Oresme, d'Albert et de Thémon (E 106 d 28-50); le second 
"notabile"18c est le même que chez Oresme art. 2 (Albert art. 3), que 
Thémon a joint encore à l'art. 1 (E 106 d 50-107 a 24); le troisième 
"notabile" détermine quand le rayon tombe perpendiculairement sur 
la surface: nous ne trouvons un passage similaire que chez Oresme III 15, 
car Albert, et Thémon après lui, l'omettentI 81i . 
Dans l'art. 2 figurent trois conclusions qui correspondent exactement 
à celles de l'art. 3 d'Oresme; ainsi nous avons la concl. 1 = Ores me art. 
3 concl. 1 (E 3.I't. 2 conc1. 4); concl. 2 = Oresme art. 3 concl. 3 (E art. 
2 concl. 1); concl. 3 = Oresme art. 3 concl. 2 (Albert art. 4 concl. 1, E art. 2 
conc1. 2). Ensuite il y a encore l'"objectio" et la ,,,solutio". 


III Je vais distinguer autant de questions dans l'analyse qui va suivre, c'est 
pourquoi mes numéros (à partir de 6) seront d'une unité supérieurs à ceux de l'édition 
(que je signale du reste dans les notes). 
III "De primo dico, quod Philo80phus in proposito capit uisum pro radio uisuali, 
et non est differentia in proposito, utrum radius iste ueniat ab obiecto..." Mais il 
n'y a. ici aucune citation. 
III "Secundo sciendum propter istum terminum "refrangere" primo, quod linea 
incidentiae dicitur..." Pour les deux figures (la. première est erronée dans l'éditiou) 
on a. usé d'autres lettres que celles d'Oresme, Albert, E; les angles d'incidence, de 
réflexion et de réfraction sont mesurés soit entre le rayon et la surface de séparation, 
soit entre le rayon et la normale (comme chez Thémon). 
111 Voir plus haut note 73.
		

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			.1 


-- 


229 


Les trois conclusions de l'art. 3 correspondent exactement et dans 
le même ordre, à celles de l'art. 4 d'Oresme (Albert art. 4 concl. 2 -4, 
E III 2 concl. 1-4). La troisième conclusion est suivie par cinq déduc- 
tions. 
Scot ID 4 (Utrum omne corpus possit reflectere lumen Y) est con- 
taminée dans l'édition avec Scot III 5 1S6 . La partie authentique (jusqu'à 
88 b 26) présente des analogies avec Oresme III 13, Albert III 2, E III 3. 
Le "corpus quaestionis" débute p3.I' une remarque préliminaire: "Sciendum 
primo, quod quodlibet agens naturale diffundit undique circa se suam 
actionem" (Oresme III 13, art. 2 concl. 1, Albert III 2 art. 1 supp. 1, 
dans la relation de Thémon E 108 c 31 ss.), ensuite viennent immédia- 
te men t des citations de Robert de Lincoln et du II De anima d'Averroès, 
exactement comme chez Albert 187. A cette occasion l'auteur s'étend 
sur différents gem:es d' "agens". La suite de cette question manque. 
Scot III 5 18S (Utrum aliqua specula reflectant lucem et figuram, et 
aliqua.lucem uel colorem solum '), dont le débutl 88 manque dans l'édition, 
doit être comparée à Oresme III 15, Albert III 3, E III 4. Au début l'au- 
teurn'énumère que les N°S 6,2, et 1 de la classification des miroirs d'Oresme l80 , 
pour en venir immédiatement (89 a 10 ss.) aux conclusions. La conc1. 1 
("ln speculis planis res percipitur sub uera quantitate et figura") est 
identique à celle d'Oresme III 15 (1) concl. 1 qui ne se tI'ouve ni chez. 
Albert in chez Thémon. Deux déductions (89 a 44-52, 53-55) ajoutées 
par le Pseudo-Scot, trahissent une certaine parenté non pas avec Oresme, 
mais avec Albert: la première est identique à Albert III 3 concl. 1 (voir 
la relation de Thémon 109 c 29-35), la seconde au corollaire 2 d'Albert 
résultant de cette conclusion (relation de Thémon 109 c 37 -(0). L'analogie 
avec Albert continue; nous avons notamment Scot concl. 2 = Albert 
concl. 2 (relation à E 109 C 42-51)181, Scot concl. 3 = Albert conc1. 3. 
(relation à E 109 c 51-58) et la déduction ajoutée (89 b 9-13) = celle 
d'Albert (relation à E 109 c 58-d 3). Ainsi l'on trouve chez le Pseudo- 
Scot tous ces théorèmes erl"onés, que Thémon combat avec raison. 
L'auteur continue à examiner les différences entI'e les miroirs, du 
point de vue de leur couleur 182 (classification d'Oresme N° 6), de leur 


'81 Voir plus haut p. 228. 
JI7 Voir plus haut note 70. 
118 Dane l'édition, c'est la. seconde partie de Scot III 4 (depuis 88 b 27). 
III Il ne manque, semble-t-il, pas plus d'une quinzaine de lignes. 
110 La classification d'Oresme, p. 202. 
lU Les déductions tirées de cette conclusion sont donc également identiques. 
chez les deux auteurs. 
III D'une ma.nière très large, en présentant des objections, etc.
		

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transparence 183 (N0 3), de leur position 1841 (N0 5), de la grandeur et du 
poli de leur surface (N°S 4 et 2). L'auteur y ajoute la réponse à. la ques- 
tion posée (90 b 20 ss.). 
Scot ID 6 1911 (Utrum in uisione fracta per specula accidat error?) 
n'a pas d'analogie directe chez Oresme,. Albert et Thémon. Des tI'ois, 
seul Albert examine cette question plus longuement, Albert III 3 art. 2, 
en parlant des illusions optiques de grandeur, forme, position et couleur. 
Le Pseudo-Scot analyse cette question un peu autrement (quoique, au 
fond, de la même manière); il distingue deux causes des illusions: les 
mêmes qui interviennent dans la "uisio directa" et celles qui dépendent 
spécialement des mÏI'oirs. Celles-là peuvent être divisées en illusions de 
couleur, grandeur, forme et position. 
Scot ID 7 196 (Utl'Um in generatione halo uapOr inspissatus interpo- 
natur inter uisum nostrum et astraY), comparée à Oresme III 16 197 , ainsi 
qu'à E III 7 modelée sur celle-ci 188, indique clairement qu'elle s'appuie 
(du moins au début) PI'écisément sur OI'esme. Ainsi parmi les six argu- 
ments "quod non", quatre viennent d'Oresme I99 . La disposition: ,.In 
ista quaestione pI'imo uidebitur de causis ipsius halo, deinde in alia 
quaestione uidebitur de eius figUl'a 200 et coloribus" rappelle vivement 
celle d'Oresme 201 . C'est à lui aussi que sont empruntés les deux "notabilia" 
et la première conclusion; trois déductions (2-4) des quatre d'OI'esme 
III 16 aI't. 1 concl. 1, sont répétées. Mais c'est ici (93 a 31) que s'arrête 
l'étroite dépendance du Pseudo-Scot pal' rapport à OI'esme; bien que la 
concl. 2 reflète le style d'Oresme, elle lui est en réalité contI'adictoire lO2 ; 
de ce fait, les preuves (93 a 34-58) sont naturellement différentes. Suivent 
quatre "dubia", assez longs 203 , auxquels je ne trouve aucune analogie ni 
chez Oresme ni chez Thémon. Les réponses aux objections 2° et 5° corres- 
pondent aux réponses d'Oresme aux 2° et 1° (Thémon 2° et 3°). 


III De la même manière. 
III Ici nOU8 avons deux conclusions; seule la première se trouve chez Ore8me 
.et Albert (cf. la relation à E 110 b 17-22). 
111 Dans l'édition imprimée: III 5. 
111 Dans l'édition imprimée: III 6. 
117 On en trouve d'amples extraits plus haut pp. 205-207. 
lN Voir plus haut pp. 206-207. 
1" Nous avons: 10 = Oresme 60 (Thémon 60); 20 = 20 (20); 40 = 50 (4°); 5° = 10 
.(3°); les arguments 30 et 6° n'ont pas d'analogues chez Oresme. 
- Dans l'édition imprimée on lit "fine" qui est faux. 
101 La disposition d'Oresme, pp. 206. 
101 "Secunda conclusio est, quod halo siue corona fit effectiue ex refractione 
luminis ad ilium uaporem". Cf. les expressions dont se servent dans leurs conclusions 
Oresme et Thémon, citées plus haut note 97. 
101 L'intercalation fréquente de "dubia" caractérise le P8eudo-Scot; la vogue 
.s'en répandit vers la fin du XIVe siècle.
		

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Scot ID 8 2041 (Utrum halo debeat apparere secundum circulum!) 
doit êtI'e comparée à Oresme III 18, identique à E III 9. Nous retrou- 
vons les quatre arguments "quod non" (E 2° _5°). La disposition est: 
"ln ista quaestione primo uidebitur de figura, secundo de alüs acci- 
dentibus halo et mouebuntur dubia" - tandis que E annonce qu'il pré- 
sentera d'abord deux opinions d'autl'Ui. La pI'emière est relatée dans E 113 
a 63-c 8 avec beaucoup de remarques critiques (113 b 14-26, 30-35, 
65-c 8); or, la comparaison démontre que nous avons là tout l'art. 1 
du Pseudo-Scot (94 b 19-95 a 36), copié littéralement. 
L'art. 2 du Pseudo-Scot indique, quant au contenu, une correspon- 
dance exacte avec E III 9 aI't. 3 11011 (114 a 39-b 7, donc à l'exception 
de la. deI'nière phrase b 7 -13, où est cité Witelo); la seule différence est 
que Pseudo-Scot cite d'abord en bloc les six "accidentia halonis" et donne 
leurs causes ensuite, tandis que E ajoute la cause à chaque "accidens"1I08. 
Il faut cependant remarquer qu'il n'y a pas conformité littérale entre 
le Pseudo-Scot et E: le premier discute les causes longuement (95 a-96 a), 
tandis que E ne leur consacre qu'une demi colonne. 
Les deux "dubia" ajoutés P3.I' Pseudo-Scot (96 a 22 ss.) n'ont pas 
d'analogues dans E. 
Scot m 9 207 (UtI'um colores iridis sint ueri colores uel solum apparen- 
tes'l) examine le même sujet qu'Oresme III 20, qu'Albert III 6 qui le 
copie, et que E III 11 qui réfère (et critique) Albert. Les différences sont 
assez gI'andes, déjà depuis "arguitur, quod solum sunt apparentes" que 
les trois autres philosophes écrivent "arguitur primo, quod sint colores 
secundum rei ueritatem". En conséquence seules quelques "rationes in 
oppositum" peuvent présenter des analogies avec Oresme et Thémon 208 . 
La disposition est tout à fait différente: "ln quaestione primo uidendum 
est de causis apparentiae coloris iridis, secundo uidebitur de dubiis". 
L'articulus 1 commence par trois suppositions, dont l'essence ne 
diffère pas des trois conclusions d'Oresme III 20 art. 1, répétées par 
Albert III 6 concl. 1-3 et relatées par TMmon, E 115 c 27-d 29. Nous 


10' Dans l'édition imprimée: III 7. 
101 Et par cela même une analogie avec Oresme III 17 art. 3 et Albert III 5 art. 
4; voir plus haut pp. 207 -208. 
10. Dans E III 4 Thémon a remanié d'une manière semblable sa. source (Albert 
III 3). 
107 Dans l'édition imprimée: III 8. Le résumé de cette prétendue question se 
du soi-disant Tunsted (voir note 176) a été donné par K. Werner, Die Kosmologie 
'Und allgemeine N aturlehre deB Roger Baco (Sitzungsberichte des phil.-hist. Classe der 
bis. Akademie d. Wi88enschaften in Wien, Bd. 94, 1879, pp. 489-612), pp. 575-578. 
lOI Pa.rmi les trois "rationes" du Pscudo-Scot, la première est le "locus ab aucw- 
ritate", la seconde présente une analogie avec Oresme 3° (Albert 30, Thémon 30), 
la troisième avec Oresme 20 (Thé mon 1°). 


16 - A. Birkenmajer: Etudes d'histoire.. 


.......
		

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			232 


retrouvons ici (97 b 12-23), bien qu'exprimée par d'autres mots, cette 
déduction tirée de la troisième conclusion (E 115 d 3 -11), que Thémon 
n'a pu emprunter ni à Oresme ni à Albert2° 9 . Après les suppositions vient 
la théorie de l'arc-en-ciel, la même que chez Oresme et Albert. 
L'art. 2 examine cinq "dubia"; on y trouve des analogies assez fortes 
avec Albert III 7 art. 12 10 . 
Scot ID 10 211 (UtI'um iris debeat apparere secundum circulum Y) 
- devra.it à pI'emière vue être comparée à Albert III 8 et à la relation 
qu'en fait E III 16 (identique à Oresme III 28). Cependant la disposi- 
tion 212: "ln quaestione praecedenti uisum est de coloribus iridis, de causa. 
et ordine colorum; nunc dicendum est de aliis accidentibus iridis, scilicet 
de figura eius, de loco et tempore, quibus apparet, de duplicatione iridis, 
quare colores ipsarum apparent ex opposito situati" indique que nous 
y trouverons aussi des sujets traités dans Albert III 7 3.I't. 2 (l'elation: 
E III 16 art. 1) et Albert III 9 (on en peut trouver une lointaine affinité 
dans E III 22). 
Les trois pI'emières conclusions nous parlent de la forme de l'arc-en- 
ciel. La première correspond, avec ses preuves 213 , à Albert III 8 concl. 
1 (voÎl' la relation à E III 19 art. 1) 214. La deuxième, avec ses trois dé- 
ductions, est identique à Albert III 9 art. 1 concl. 1-4 216 . La tI'oisième 
est conforme à Albert III 9 art. 2 216 . - La quatrième conclusion, identique 
à Albert III 93.I't. 1 concl. 5, traite du temps auquel apP3.I'aît l'arc-en-ciel, 
et la cinquième, identique à Albert III 9 art. 1 concl. 6, du lieu 217 . - En- 
fin, l'auteur passe (100 b 2 ss.) au double arc-fm-ciel; ses arguments 
étant exactement parallèles à ceux d'AlbeI't III 7 art. 2 (voir la relation 
dans E III 16 art. 1) 218. C'est ici que finit le troisième livre du Pseudo-Scot. 


Avant de présenter les résultats de cette analyse sous forme de tableau, 
tirons-en, comme première conclusion, que le Pseudo-Scot est posté- 


100 Voir plus haut note 107. 
110 Voir les extraits de l'articulus 1 d'Albert III 7, cités note 118. 
111 Dans l'édition imprimée: III 9. 
III Les quatre arguments "quod non" n'ont qu'une faible affinité avec les autres 
physiciens (Scot 1° cf. Albert 3°, E 40; Scot 20 et 30 cf. Albert 20, E 30). 
111 La seconde preuve est transposée avec la première. (A propos de la figure 
remarquons qu'elle provient du texte d'Aristote, Meteora III 5; voir Dietrich von 
Freiberg, hgg. von Würschmidt, p. XIV à gauche. Albert III 7 art. 2 et, à sa suite, 
E III 16 art. 1, se servent de la même figure.) 
III Thémon suit cependant Albert et non pas Pseudo-Scot. 
111 Voir les extraits cités plus haut note 143. 
Il. Ibidem. 
117 Ibidem. 
... Thémon suit de nouveau Albert et non pas Pseudo-Scot.
		

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			233 


rieur à Oresme et antérieur à Thémon. Ce dernier point ne laisse aucun 
doute après ce que nous avons dit du rapport de Scot III 8 à E III 9, 
et de Scot III 9 à E III 11 219 . En outre, Scot III 3, III 7 et III 9 témoignent 
d'une dépendance d'Oresme, le parallélisme étant frappant 220 . Le Pseudo- 
Scot écrivait donc à peu près en même temps qu'Albert de Saxe. Cette 
déduction est confirmée par les fortes analogies entre Scot III 4 et Albert 
III 2, Scot III 5 et Albert III 3 art. 1, Scot III 6 et Albert III 3 art. 2, 
Scot III 9 art. 2 et Albert III 7 art. 1, ainsi qu'entre Scot III 10 et Albert 
III 8-9_ Caractéristiques sont sUl'tout les théorèmes erronés communs 
à Albert III 3 et Scot III 5, que Thémon a raison de combattre. TI est 
certain que l'un des deux philosophes avait l'oeuvre de l'autl'C devant 
les yeux, plutôt Pseudo-Scot ceUe d'AlbeI't qu'inversement. Thémon 
en témoigne notamment là où il relate et critique les opinions commu- 
nes à Albert et à Scot; il y cite toujours les paroles d'Albert et ne prend 
chez Pseudo-Scot que ce qu'il n'a pas trouvé chez Albert. Or, pmsqu'il 
était leur contemporain, on peut supposer qu'il connaissait bien l'origine 
de chaque idée. Que Scot explique le halo par la réfraction (comme le 
fait plus tard Thémon), tandis qu'Albert l'explique par la réflexion (comme 
le faisait plus tôt Oresme), fournit aussi une certaine indication en cette 
matière. 
En établissant la succession: Oresme, Albert, Scot 221, Thémon - seul 


ne Rappelons que l'authenticité de E III 11 est indubitable. La dépendance 
de Thémon iL l'égard du P8eudo-Scot se laisse aussi remarquer dans le8 livres 1-11, 
indi8cutablement authentiques. 
120 Il est théoriquement possible qu'Oresme ait puisé dans Pseudo-Scot et pas 
vice versa. Mais une telle supposition serait déjà improbable a priori, attendu 
qu'Ore8me - esprit d'ailleurs indépendant comme c'est généralement connu - avait 
devant soi un modèle, quoi qu'on en dise, incomparablement supérieur aux QuaeBtioneB 
de Scot, a8sez piètres dans l'en8emble, iL savoir les QuaeBtioneB de son maître et ami, 
Jean Buridan (auquel il emprunta la divi8ion des Meteora en livres, voir plus haut 
p. 198). Les raisons chronologiques indiquent aus8i telle improbabilité (Oresme écrit 
avant 1348, voir p. 180; le Pseudo-Scot e8t contemporain d'Albert de Saxe, voir le 
texte), le contenu vient aussi iL l'appui (chez Ore8me le halo provient de la réflexion, 
chez Pseudo-Scot de la réfraction, comme plus tard chez Thémon). Mais la question 
est définitivement tranchée par la comparaison directe des partie8 
parallèles; elle convainc (pour plu8 de concision je passe sur les détails) qu'Ore8me 
est le prototype et Pseudo-Scot l'abréviateur. 
III Son activité d'écrivain se 8ituerait donc dans les années 1350-1360. Ceci 
nous permettra de dé8igner, avec une certaine vraisemblance, l'auteur véritable des 
QuaeBtioneB Meteororum que nous discutons ici. Car si nous admettons que le nom 
de "Johannes Scotu8" transmis par les manuscrits e8t authentique (les qualificatif8, 
tel "doctor 8ubtilis" = Dun8 n'étant naturellement qu'une fantaisie de8 copi8te8) 
et compul80ns les actes de l'Université de Paris pour les années 1350-1360, nOU8 
y découvrons réellement un per80nnage qui, dans quelques documents (Auctarium 
Ohartularii UniverBitatiB PariBÏ6nBiB, M. Denifle et Chatelain, l, Parisiis 1894, col. 


-
		

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			234 


l'ordre des deux facteurs médiants pouvant éveiller quelques doutes - 
nous rassemblerons les résultats de cette analyse dans le tableau suivant: 
Scot III 3 modelée sur Oresme III 12 (et utilisant en partie Oresme III 15). 
Scot III 4 (très incomplète dans l'édition imprimée) probablement modelée sur 
Albert III 2. 
Scot III 5 (le début manque dans l'édition imprimée) modelée sur Albert III 
3 art. 1. 
Scot III 6 analogue, dans une certaine mesure, à Albert III 3 art. 2. 
Scot III 7 modelée sur Oresme III 16; sa conel. 2 (contraire à celle d'Oresme 
mais imitée sur lui) est la même que E III 7 art. l. 
Scot III 8: son art. 1 est relaté par E III 9 (identique à Oresme III 18) art. 1; 
son art. 2 (par endroits analogue à Oresme III 17 art. 3 et Albert III 
5 art. 4) a servi de modèle à E III 9 art. 3. 
Scot III 9: son art. 1, modelé sur Oresme III 20 art. 1 (Albert III 6) est utilisé 
par E III 11; son art. 2 est analogue à Albert III 7 art. 1 111 . 
Scot 11110: les conclusions comme dans Albert III 8 et III 9; la fin comme dans 
Albert III 7 art. 2" 1 . 
Voici maintenant ce tableau présenté sous l'angle des Quaestiones 
Thimonis philosophi: 
E III 1: la réunion d' Oresme III 12 art. 1- 2 III dans uns e u 1 art. 1 prend peut. 
-être modèle sur Scot III 3 art. 1. 


161, ligne 2 et 21) porte le nom de "magister Johannes Scotus", ce que d'autres do- 
cuments précisent encore: "magister Johannes de Peblis Seotus" (voir Auctarium, 
index, pp. 982-983). Cet Ecossais devint bachelier et licencié au mois de mars 1351, 
chaque fois en même temps qu'Albert de Saxe (Auctarium, l.c., col. 149 et 150), 
et maUre au mois de janvier 1352 (ibid., col. 154), donc six mois après Albert. Son 
nom apparaît dans divers documents jusqu'en automne 1355, quand l'Univer8ité 
l'envoie à la Curie papale (ibid., col. 183-184 dans la note), après quoi sa trace se 
perd. 
Les autres Jean d'origine écossaise que nous trouvons dans l'Auctarium, y sont 
inscrits soit trop tôt, soit trop tard. Ce sout: Johannes de Lyttona Scotus (index, 
p. 978), bacc. 1344, lic. 1345, mag. 1350 (plus tard il n'apparaît qu'une fois en 1356); 
Johannes Redde Scotus (index, p. 986), bacc. 1348, lic. 1348, mag. 1350 (plus tard 
encore une fois, en 1368!); Johannes de Colonia Scotus (index, p. 968), bacc. 1349, 
lic. 1349, mag. 1349-1350 (ensuite toute trace disparaît); Johannes de Caron Scotus 
(index, p. 967), bacc. 1353, lic. 1353, ensuite vraisemblablement absent de Paris, 
mag. 1359; enfin Johannes Scalpi Scotus (index, p. 986), lic. 1360, mag. 1362. Aucun 
d'eux ne figure jamais en tant que Johannes Scotus, sans autre précision, aucun 
d'eux n'était présent à Paris en décembre 1352 (Auctarium, l.c., col. 160-161) et 
les dates indiquées témoignent que tous, une fois promus maîtres (quelque fois même 
plus tôt), ont quitté Paris pour longtemps, voire même pour toujours. Seul Johannes 
de Peblis a été réellement, et avec zèle, "actu regens". 
Si cette hypothèse est juste, l'année 1355 serait le terme ante quem pour les 
QuaeBtioneB JohanniB Bcoti, donc probablement aussi pour celles d'Albert. 
III La source où Scot a puisé est peut-être (de même que dans Scot III 10) 
la fin authentique du Ille livre d'Oresme, que nous ne connaissons pas. 
III Voir la note précédente. 
III Albert III 1 art. 1 et 3. 


......
		

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			235 


E III 7 art. 1 concl. 2 identique à Scot III 7 concl. 2 (modelée sur Oresme). 
E III 9 art. 1 relate littéralement (en la critiquant) Scot III 8 art. 1; son 
art. 3 prend modèle sur Scot III 8 art. 2. 
E III 11 révèle la connaissance Ù(' Scot III 9 art. 1. 


Dan8 la comparaison que nous venons de faire 225 , le plus important 
est tout ce qui concerne E III 9 (identique à Oresme III 18), question 
dont nous cherchions précisément l'auteur 2IJ8 . Nous voyons maintenant 
que 80n art. 1 relate littéralement (en le critiquant) tout un long passage 
des Quaestiones de Jean Scot, qui sont certainement postérieures à Oresme: 
on ne peut donc l'attribuer à ce dernier, mais bien au contraire, il faut 
l'attribuer à Thémon. L'art. 3 (qui manque dans les manuscrits) 
remanie la seconde partie de la même question (Scot III 8) dont la pre- 
mièI'e partie est rapportée dans l'art. 1 - et il le fait exactement de la 
même manière que la question E III 4, provenant indubitablement de 
Thémon, a remanié sa source (Albert III 3)227. NOU8 avons là une preuve 
qu'également cet art. 3 doit être rendu à Thémon, et qu'il fait (à l'encontre 
des manuscrits) partie intégrante de la question discutée 228. 
Rassemblons les résultats auxquels nous sommes arrivés. Nous nOU8 
sommes convaincus successivement 229 que, 8ur les quatre groupes con- 
testés 230 - (2) = (b), (4) = (d), (5), (6) = (f) - les tI'ois dCl'lliers, selon 
une vraisemblance très proche de la certitude, sont de Thémon; quant 
au premier groupe on peut attribuer à ce philosophe tout au moins la 
première question (E III 9 = Oresme III 18). Il ne nous reste donc 
qu'une seule question à examiner, E III 10 = Oresme III 19, celle même 
dont j'ai donné une nouvelle édition (voir plus haut pp. 152-172), c'est- 
à-dire précisément celle qui nous a transmis les citations du traité sur 
les démons de Witelo et, partant, a donné lieu à cet Appendice. Le pro- 


III Comparé à celui de la p. 219, ce tableau pourrait faire supposer, à un lecteur 
attentif, que Thémon ignorait totalement l'ouvrage d'Oresme et ne se servait que 
des compilations d'Albert et de Scot; en effet l'autre tableau démontrait que Thémon 
n'a évité l'intermédiaire d'Albert que dans E III 1- 2, E III 7 et E III 9 art. 3, pour 
utiliser Oresme III 12, III 16, et III 17 art. 3. Le tableau présent indique que le contenu 
de ces trois questions d'Oresme se retrouve aussi dans Scot III 3, III 7 et III 8 art. 2, 
avec des analogies chez Thémon. :Mais une comparaison minutieuse de tous ces p&88ages 
nous convainc que l'influence directe d'Oresme III 12 et 16 sur Thémon ne fait aucun 
doute (bien que peut-être Thémon, E III 1- 2 et 7, ait également eu sous les yeux 
les questions de Scot correspondantes). En revanche E III 9 art. 3 s'appuie plus rigou- 
reusement sur Scot III 8 art. 2 que sur Oresme III 17 art. 3. A cette unique correo- 
tion près, le tableau de la page 219 garde toute sa valeur. 
III Voir plus haut p. 226. 
117 Voir plus haut pp. 202-203. 
III Il faut donc enfin transposer E III 9 de la note 156 à la note 155. 
... Voir plus haut pp. 222-226, 235. 
110 Voir plus haut pp. 219-220.
		

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			236 


blème se pose de savoir qui est l'auteur de cette question pour nous, évi- 
demment, primordiale Y 
Les matériaux comparatifs rassemblés jusqu'à présent ne suffisent pas 
encore pour donneI' une réponse définitive au problème. Ni les Quaestio- 
nes Alberti, ni les Quaestiones Scoti, n'examinent le sujet qui constitue 
la teneur de la question contestée, il est donc impossible de décider si 
sa rédaction leur est antérieure ou postérieure. Pour le moment nous 
pouvons seulement dire qu'il n'est pas pI'obable que cette question soit 
une interpolation transplantée d'Oresme à E, puisque toutes les autres 
interpolations ont pris le chemin contraire. Mais on ne peut pas absolu- 
ment nier 231 la possibilité d'une telle contamination réciproque; n'oubl- 
ions pas que les multiples et diverses Quaestiones se prêtaient admira- 
blement à de telles transplantations 232 . 
Il est cependant un passage qui dans notre cas exclut, comme il me 
semble, la possibilité d'une telle contamination réciproque, et oblige 
à refuser à Oresme également la paternité de la question E III 10. Ce 
passage concerne le récit bien connu d'Aristote sur "Antiphon" ou plu- 
tôt l33 Antiphéron, souffrant des yeux et sur l'apparition qu'il prétendait 
voir. Ce "phénomène d'Antiphon" a énormément embarrassé l'auteur 23C 
qui ne sait pas l'expliquer; toutefois, il suit ses idées et refuse de croire 
à l'existence réelle, non subjective, de ce phénomène. Aussi n'est-il pas 


III C'est la raison pour laquelle, en parlant dans l'introduction (pp. 98-99) 
dl.'s QuaeBtioneB Meteororum magistri Nicolai OreBme, je n'ai pas averti le lecteur, qu'à 
vrai dire je donne (comme on le verra plus loin) des extraits des QuaeBtioneB de Thémon. 
Cette introduction fut écrite en 1918 (voir plus haut p. 179 note 3), quand je ne con- 
naissais pas encore les rapports entre les QuaestioneB d'Oresme, d'Albert, de Scot 
et de Thémon, aussi bien que j' les connais aujourd'hui (1921); je ne voulais donc 
ni m'embrouiller dans des réserves, ni imposer au lecteur une opinion que je n'étais 
pas en état de démontrer. Jusqu'à l'impression des premiers cahiers de la présente 
étude, je n'avais pas accordé suffisamment d'attention à un passage important de 
la QuaeBtio contra diuinatoreB de Nicole Oresme, qui devait me confirmer le faible 
indice trouvé un peu auparavant dans Oresme III 15 (voir le texte). Il m'a fallu une 
seconde lecture du manuscrit Paris. lat. 15126, cette fois dans un autre but (voir 
Appendice III), pour remarquer ce passage et faire, je pense définitivement, pencher 
la balance en faveur de Thémon. En 1918 les plateaux de la balance étaient à peu 
près en équilibre: les raisons extrinsèques plaidaient pour Oresme, les raisons intrin- 
sèques (alors insuffisamment élucidées), plutôt pour Thémon. C'est pourquoi j'ai 
préféré différer l'examen du problème jusqu'à la rédaction de cet Appendice et, pour 
le moment, ne pas mettre en doute l'authenticité d'Oresme III 19, afin de mieux 
faire voir le chemin qui m'a conduit des QuaeBtioneB Meteororum magistri Nicolai 
OreBme à sa QuaeBtio contra diuinatores. 
... Voir plus haut pp. 221-222. 
III Voir plus haut p. 147, l'apparat critique relatif à la ligne 154. 
lU P. 164 lin. 179 - p. 167 lin. 226.
		

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			237 


. 1 


satisfait de l'ancienne explication qu'il relate comme suit 2311: "Adhuc 
etiam dicunt alii aliter, scilicet quod propter infÏI'mitatem istius Anti- 
phontis aliqui uapores exibant ex oculis eius condensantes aërem et etiaill 
planantes sic, quod imago eius poterat uideri super taIem aërem conden- 
satum. Sed hoc non uidetur uerisimiIe..." 
Il n'est pas facile de se prononcer à qui pense ici plus spécialement 
notre auteur, aux phiIosophes anciens ou contemporains. C'est que l'opinion 
qu'il cite remonte pour le moins au XIIIe siècle. Roger Bacon, en accord 
avec Aristote (et Sénèque) et avec sa propre théorie de la vision 236, expli- 
que le "phénomène d'Antipl1on"237 en disant que les "species" émanant 
des yeux sont réfléchies par l'air, mais il se sent obligé d'anticiper SUI' 
l'objection pourquoi un tel reflet n'est vu que par les ivrognes ou les mala- 
des des yeux. "Dicendum - écrit-il 238 - quod non accidit hoc, nisi aër 
sit prope eos densus aliquantulum, quod in ebriis potest esse propter 
humiditates uaporum uini resolutorum et in infirmis similiteI' PI'opter 
uapores semper prope eos resolutos ex morbo..., quibus aëI' inficitur 
prope eos et densatur, ut possit esse uice speculi..." 239. Il semble donc 
tI'ès vraisemblable qu'un auteUl' qui vient de citer et de critique
 2410 la 
Perspectiua de Bacon, se prononce également ici contre lui. 
N'empêche que la théorie des "vapeurs" dégagées par les yeux des 
ivrognes ou des chassieux survivait encore au XIVe siècle et qu'elle trouva 
même un partisan en la personne de Nicole. La question Oresme III 15, 
indubitablement authentique, en témoigne. Nous y lisons 241: "Modo 
sic poterat esse de Antiphonte et magis de eo, quanl de alio uiro; quamuis 
enim aër fuerit ita purus, quod non poterat notabiliter reflectere, tamen 
quia ipse habuit oculos debiles et humidos grossis humoI'ibus, igitur 
taUbus humoribus aërem ante se ing!'ossantibu8 in tantum aër sufficit 


..1 P. 167, ll. 219-222. 
181 Voir plus haut p. 165, lin. 192 et suivantes. 
187 Cependant chez Bacon on ne trouve pas ce nom (que les latins ont empruntés 
au commentaire d'Alexandre d'Aphrodise, traduit par Guillaume de Moerbeke). 
III OPU8 maiU8 V (Perspectiua), pars 3 dist. 1 c. 4 (M. 1750, p. 259; éd. Bridges II, 143). 
18' Nous trouvons la même manière d'expliquer dans la Solutio quaestioniB ano- 
nyme, p. 147 ll. 150-154: "Tredecimo accidit quandoque propter complexionem 
organi uisus, quod propter nimiam humiditatem euaporantur fumi ab oculis ingros- 
santes aërem et aër ingrossatus reflectit speciem, et ideo homo habens debilem uisum 
credit se uidere daemonem ante se, sicut habctur tertio Meteororum de Antiphonte". 
Le passage correspondant de Witelo (p. 127 Il. 180-184) ne dit rien des "fumi". 
C'est donc probablement une addition de l'auteur anonyme, d'autant plus que dans 
la PerBpectiua (X 61), où il est aussi question du "phénomène d' Antiphon", Witelo 
ne mentionne pas les "vapeurs" qui s'échappent des yeux et note seulement que 
l'air doit être un peu "condensé" (grossus). 
110 Voir plus haut p. 165 lin. 192 et suivantes. 
ln Voir plus haut note 80.
		

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			238 


f 


reflectere faciem suam; sed hoc non accidebat aliis hominibus habentibus 
oculos clax.os, qui non taliter aë!em ingrossabant". Ainsi, OI'esme croit 
que le "phénomène d'Antiphon" existe objectivement et l'explique exacte- 
ment de la même manière que Bacon et les "aIii", cités dans E III 10. 
Il n'a pas dû renier cette idée dans la partie ultérieure de son oeuvre, 
si - encore en 1370 - il a pu écrire dans la Quaestio contra diuinatores 2C2 : 
"Ultimo nota, quod uisus quandoque fit pei" lineam rectam, quandoque 
per fractam... et quandoque peI" reflexam...; et ideo Antiphon uidebat 
suam speciem, (ut) patet 111° Meteororum, quia omne medium est reflexi- 
uum secundum magis tamen et minus, (ut) patet de speculo, aqua et aëre; 
aliter non uideremus lumen... Si ergo diceretur: "Talis homo con- 
tinue uidet hominem ante se, ut Antiphon", non est mirandum, quia 
possibile est, quod uisui suo sufficiat reflexio, quam facit aër, sicut mihi 
speculum reflectit etc." Oresme croit donc toujours que le récit d'AI'istote 
- "ista historia Aristotelis", comme l'appelle E III 10 2fo3 - correspond 
à un phénomène J;éel, et non pas à l'état subjectif du visionnaire. Il semble 
donc certain que E III 10 ne peut être de sa main. En effet cette question 
n'a pu en aucun cas être écrite après 1370, puisque les Quaestiones Me- 
teororum magistri Nicolai Oresme authentiques ont vu le jour au plus 
tard vers le milieu du XIVe siècle lU. Rien n'empêche, p3.I' contre, de 
hasarder l'hypothèse que la question E III 10, dont l'auteur véritable 
sera pour nous désormais Thémon, n'existait pas encore en 1370: 
il est effectivement permis de supposer que, dans le cas contraire, le pas- 
sage de la Quaestio contra diuinatores, cité plus haut, aurait pris une autre 
tournure. A considérer encore l'analogie entre le "aliteI' non uideremus 
lumen" d'Oresme, et le second argument "quod sic" de Thémon 2C5 , nous 
f;ommes enclins à supposer que Thémon connaissait déjà cette Quaestio 
	
			

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			239' 


constaté que tous les exemplaires manuscrits des Quaestiones .JI eteoro- 
rum d'Oresme examinés jusqu'à présent ressortent à la rédaction falsi- 
fiée, et qu'en ce qui concerne le Ille livre, Oresme n'est l'auteur que des 
questions 1-17 et 20, le reste (18, 19 et 21-35) provenant de Thémon, 
ayant été transplanté ici de son recueil. Si donc les Quaestiones de Thémon 
ne furent composées qu'apI'ès 1370, on peut d'autant moins donner une 
date plus ancienne à cette contamination. On est toutefois, dans ce cas, 
frappé que cette rédaction falsifiée 
elativement tard, c'est-à-dire au 
moins 20 ans après la composition de l'oeuvre authentique d'Oresme 2c7 , 
ait tout de même complètement supplanté la rédaction originale et soit 
paI'venue à nos jours dans un si grand nombre de copies, dont les plus 
anciennes proviennent du dernier quart du XIVe siècle -:- tandis que 
nous ne possédons aucun exemplaÏI'e de la rédaction originale. Pourtant 
cette 
édaction originale a dû connaît
e une vogue extraordinaire, 
comme en témoignent les Quaestiones nettement postérieures d'Albert, 
de Scot et de Thémon, qui tous - de telle ou autre manière - démon- 
trent qu'ils la connaissaient. Il semble donc incroyable qu'une oeuvre 
si connue et tellement lue n'ait pas été conservée sous une forme autre 
qu'un remaniement relativement tardif. Il faut toutefois considérer que 
tous les manusc
its que j'ai examinés jusqu'à présent sont en relation 
avec le milieu culturel de l'Europe centrale; aucun d'eux ne fut composé 
en France, en Angleterre ou en Italie. Il est permis de supposer que toutes 
les copies connues de moi proviennent en fin de compte d'un unique 
représentant (peut-être même (le l'archétype) de la rédaction interpolée, 
exécuté t:J:ès tôt (1370-1375) qui, ap:J:ès avoÏI' traversé le Rhin, devint 
le pèI'e de toute la famille "allemande" des copies 2c8 . On peut p3.I' contre 
espérer que, dans l'une ou l'autre des bibliothèques d'Europe occidentale, 
se cache encore quelque représentant de la rédaction originale, qui con- 
firmera un jour la justesse des conclusions auxquelles nous ont conduit 
les facteurs intrinsèques, en nous faisant discerner dans le Ille livre des 
Quaestiones d'Oresme - dans les manusc
its qui nous ont été accessibles 
jusqu'à ce jonr 2C9 - la partie authentique (qq. 1-17, 20) des interpola- 
tions (qq. 18, 19, 21-35). 


Il' Voir plus haut pp. 180-181. (Ce que nous y disons sur l'audience extra- 
ordinaire des QuaeBtioneB d'Oresme en tant qu'attestation de leur antériorité, a dé- 
sormais - vu l'argumentation du présent passage - perdu sa force de pièce de 
conviction; il fallait plutôt en appeler aux témoignages d'Albert, de Scot et de Thé- 
mon, ce que je fais ici dans le texte). 
III Q1Ù se divisa plus tard en trois branches: IX, 
 et 'Y' 
Il. Je n'ai cependant aucune raison de regretter d'avoir précisément pu disposer 
de tels manuscrits interpolés, car ils ont été justement les premiers à me conduire 
aux citations du De natura daemonum, tant dans la question III 19 prétendftment 
d'Oresme que dans la QuaeBtio contra diuinatoreB, authentiquement de lui.
		

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			APPENDICE III 


Witclo, Oresme et le frater Claudius Caelestinus 


Lorsque dans l'introduction 1 de cette édition des opuscules de Witelo, 
j'ai parlé des rapports entre l'ample Quaestio contra diuinatores de Nicole 
OreAme et le De natura daemonum de Witelo, j'ai signalé que dans le manu- 
scritParis.lat. 15126 - qui est seulement un ré s umé de l'oeuvre d'Oresme 2, 
et encore un résumé incomplet vers la fin - nous trouvons une seule 
citation du De natura daemonum. Il en est effectivement ainsi si l'on 
considère que les citations directes. Une seconde lecture du manuscrit 
parisien, déjà apI'ès l'édition du De natura daemonum, m'a cependant 
convaincu qu'Oresme a fait de l'écrit de Witelo un emploi beaucoup 
plus large que je ne supposais à l'oI'igine. Il m'a donc semblé utile de 
reprendre ce sujet, d'autant plus que cela me donneI'a l'occasion de re- 
tI'acer les influences de l'écrit démonologique de Witelo, jusqu'au-delà 
du milieu du XVIe siècle. 
La chose exige cependant de considéreI' d'aboI'd de plus près l'archi- 
tecture de la Quaestio contra diuinatores d'OI'esme. Nous savons déjà 3 
qu'elle est divisée en quatre parties, que je vais intituler, faute de mieux 41: 
A.. Quaestio; B. Causae mirabiliulll; C. Tabula probleIDatum; D. Solutio 
problematum. La subdivision de ces parties est assez compliquée: 
A. Quaestio (ff. l r -39 r ) 
1. Arguitur quod sic (f. Ir_v; 15 arguments). 
2. ln o ppositum (ff. I v -13 v ; 55 arguments). 
1 Voir plus haut pp. 99-101. 
1 Les nombreux "etc." qui interrompeut les phrases inachevées l'indiquent. 
1 Voir pIns haut p. 100, note 18. 
, Les titres manquent dans le manuscrit, je les puise dans le texte de l'oeuvre 
elle-même. Les titres que je donne plus haut (note 18) se réfèrent - le troisième ex- 
cepté - il. la table des matières dressée par Claude de Grandrue au f. 160 r du manu- 
scrit; cf. Meunier, 1. c. [p. 99, note 11. - N.d.l.R.], pp. 32-33. Jourdain, l.c. [p. 99, 
.note 13. - N.d.l.R.], p. 143, Féret, l.c. [p. 99. note 15. - N.d.l.R.], p. 292. 


--
		

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			241 


3. Recitantur fundamenta et principia astrologiae (ff. 13 v -17 v ; les dix thèses 
fondamentales des astrologues). 
4. Arguitur, quod iudicia astrologorum sunt contra totam philosophiam mora.lem 
et contra fidem (ff. 17 v -18 V ). 
5. Reprobantur auctores astrologiae (ff. 19 r -21 r ; 18 articles). 
6. Notabilia (ff. 21 r -24 r ; 10 notabilia). 
7. Conclusiones (ff. 24 r -25 r ; 11 thèses). 
8. Probantur conclusiones (ff. 25 r -28 v ; la preuve de la onzième thèse manque). 
9. Obiecta siue dubia (ff. 28 v -29 r ; 6 objections). 
10. Suite deB notabilia (f. 29 r , ligne 29 5 - f. 33 r ; notabilia 11- 26). 
11. Responsiones ad dubia (ff. 33 r -36 r ; réponses aux objeotions des ff. 28 v -29 r ). 
12. Ad rationes ante oppositum (ff. 36 r -39 r ; réponses aux 15 objections préli- 
minaires du f. Ir_v). 
13. Fin (f. 39 r ). 


B. Causae mirabilium (ff. 39 r -80 r ) 
1. Préambule et table deB matièreB, inachevée' (f. 39 r _ v ). 
2-5. Errores et mirabilia circa operationes: 
(cap. 1.) sensus uisus (ff. 39 v -43 r ). 
(" II.) sensus auditus (ff. 43 r -47 v ). 
( " III.) aliorum sensum et aliarum uirtutum naturalium (ff. 47 v -62 r ). 
( " IV.) animae (ff. 62 r -80 r ). 


C. Tabula problematum (ff. 80 r -93 v ) 
1. Oourt préambule (ff. 80 r ). 
2-12. Problemata circa: 
1. Quaestionem 7 (44 1 ; ff. 80 v -8i!V). 
II. uisum (22; ff. 82 v -83 r ). 
III. auditum (12; f. 83 r _ v ). 
IV. olfactum (2; f. 83 V ). 
V. gustum (6; f. 83 V ). 
VI. tactum (9; ff. 83 v -84 r ). 
VII. digestiuam (7; f. 84 r ). 
VIII. nutritiuam (8; f. 84 r _ v ). 
IX. generatiuam (16; ff. 84 v - 85 V ). 
X. operationes animae (69; ff. 85 v -89 r ). 
XI. communiai (20; ff. 89 r -93 v ). 


1 Ces "notabilia" suivent immédiatement la 6 e objection, sans aucun en-tête ou 
majuscule, c'est la cause de mon erreur, plus haut p. 100 Il. 7 -9 (voir ci-dessous 
note 43). Il est donc clair que dans l'archétype du manuscrit parisien les folios de- 
vaient être transposés. 
e Elle n'embrasse que le premier chapitre (De uisu) et le début du second (De 
auditu). 
7 C'est-A-dire qui se l'éfèrcnt A la partie (A) de l'oeuvre. 
1 Les nombres en italique figurant entre les parenthèses correspondent au nombre 
de problèmes dans le groupe considéré. 
1 Relatifs à la physique, la physiologie générale, etc. Il est possible que la liste 
de ces problèmes dans le manuscrit parisien soit- incomplète. car une grande partie 
du f. 93 v et tout le f. 94 r - v sont blancs.
		

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			242 


D. Solutio problematum (ff. 95 r -156 V ) 
1. Court préambule (f. 95 r ). 
2. Problemata circa Quaestionem (ff. 95 r -156 V ). 
[3-12. manquent!po. 
Le but de cette exposition sommaire était de pouvoir ensuite citer 
plus aisément les différentes parties dont est composée la Quaestio d'Oresme 
et ses annexes; cela facilite;r:a la déteI'mination du rapport de dépendance 
que nous obse;r:vons entre Oresme et un éCI'ivain du XVIe siècle ( ?), jusqu'à 
présent inconnu, le frater Claudius Caelestinus. 
En 1542 parut à Paris un petit imprimé in-quarto, édité par le mathé- 
maticien et ast;r:onome bien connu, Oronce Fine du Dauphin
, et intitulé: 
De his qu
 mundo mirabiliter eveniunt: ubi de sensuum erroribus. 
et potentijs anim
, ac de influentijs caeloI'um, F. Claudij Caelestini 
opusculum. De mirabili potestate artis et naturae, ubi de philosophorum 
lapide, F. Rogerij Bachonis Anglici, libellus. Haec duo gratissima, 
et non aspernenda opuscula, OI:ontius F. Delph. Regius Mathematicus, 
diligenteI: ;recognoscebat, et in suam redigebat harmoniam. Lutetiae 
Parisiorum. Apud Simonem Colinaeum. 1542. 
Qui donc est ce frate
 Claudius Caelestinus'i Je dois avouer avec 
Jacques Girard 11 que je ne sais l'ien de certain SUI' sa personne. L'avant- 
propos de l'éditeur (il nous dit que ces deux opuscules lui sont l'écemment 
venus en main), laisse entend!'e qu'il faut traduire "Caelestinus" par 
"Célestin", C3.I' en opposant les auteurs des deux écrits Fine appelle l'un 
"Caelestinus", et l'aut;re "Franciscanus" (f. n. ch. IIr-v). L'éditeur ne 
nous renseigne pas toutefois SUI' l'époque à laquelle vivait ce ;religieux, 
mais comme l'opuscule lui-même dit (f. 26 V ): "Conside
a per annos 1500 


10 Déjà la fin du premier groupe manque, car la solution du problème 44, c'e8t- 
-à-dire du dernier (f. 155 V sqq.), s'arrête au milieu de la phrase au f. 156 V . Mais ce 
défaut vient de ce qu'on a découpé, longtemp8 après la composition du manuscrit
 
le8 folios 157 -159 qui exi8taient encore en 1513 et contenaient la fin de D 2, comme 
nous le confirment deux indications. Premièrement Claude de Grandrue, en inscrivant 
au f. 160 r la table des matières mentionuée, n'indique pas de lacune8 entre les ff. 156 et 
162 (il écrit, d'après sa clé habituelle - cf. plus haut p. 174 note 2: "... C. 156 et u8que 
162"); deuxièmement le ms. Flor. Ashb. 136 (voir plu8 haut p. 99 note 14), jumeau du 
manu8crit parisien, est aus8i incomplet que celui-ci, mais s'arrête à la fin de D 2, 
comme en témoigne l'explicit cité dans le catalogue de Paoli: "... fecisse uideri. Et 
sic est finis. Expliciunt quotlibeta magistri Nicolai Ore8me seu que8tiones XX (ainBi 
Paoli, li"e: 44) diuersas tangentes materias. Restant adhuc problemata circa ui8um 
et alios senSU8, ut (patet) inspicienti tabulam in principio p08itam". - Je profite 
de l'occasion pour ajouter qu'une courte information sur le manuscrit de Florence, 
datant du début du XVe siècle, a été donnée aussi par L. Deli8le, Notice Bur deB ma- 
nuscrits du fondB Libri conBervéB à la Laurentienne (Notices et Extraits, XXXII: 1
 
1886, pp. 1-120), pp. 49-51. 
11 Voir plus loin p. 250.
		

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ab incarnatione Christi, uel quasi, quoniam signa peI' gI'adus sunt mutata", 
on peut présumer qu'il a vécu en ce temps. Le style de l'auteur ainsi 
que la forme humaniste du nom du mécène auquel l'écrit est dédié le con- 
fÏI'ment: "Egregio uiI'o m. Jacobo Junio, deCfetorum doctori et praesi- 
denti in Camera Inquestarum Regis 12 , £rater Claudius Caelestinus, indig- 
nus ad caelestia anhelare, S.". Si donc dans la dédicace (f. n. ch. Iyr) l'au- 
teUl' confie qu'il tâchera, conformément à l'intention de son protecteur, 
"iuxta magnum ilIum philosophiae sC.l'Utatorem Nicolaum Oresme, qui 
fere circa dies nostros emicuit, aliqua summatim exculpeI'e", il ne 
faut pas prendre sa chronologie trop à la lettI'6. Pat: contre, il faut le 
prendre au mot quand il dit avoir écrit un compendium (summatim ex- 
C1Ûptum) de l'oeuVl'e d'Oresme. 
Outre la dédicace et l'avant-propos (f. Ir-v), l'opuscule du frèI'e Claude 
contient neuf petits chapitres (ff. IV -36 V ), énumérés à la fin de l'avant- 
propos: "Intendimus itaque !)rimo de mirabilibus, quae ex erI:ore uisiuae 
potentiae occasionem sunmnt; secundo, quae ex errore auditus; tertio, 
quae ex errore gustus et tactus; quarto de nutritiua et digestiua; quinto 
de generatiua et formatiua; sexto de erroribus linguae et diuinationibus; 
septimo de operationibus animae; octauo de operationibus daemonum; 
nono de influentiis caeloI'um". L'avant-propos ne contient encore que 
trois phrases qui se réfèI'ent à B 1 d'Oresme I3 . 
Les chapitres ne sont pas de longueur égale, celle-ci variant entre 
deux pages et demi et neuf pages et demi imprimées; seul le IX e chapitre 
est exceptionnellement long. Avec ses vingt-six pages (ff. 24 r - 36 V ), 
il constitue plus du tiers de l'opuscule. Ce chapitre se réfère à la "Quaestio" 
(A) d'Oresme proprement dite, tandis que le YIIIe traite des "Problemata 
circa Quaestionem" (D 2); le reste, c'est-à-dire les chapitres 1 - YII, 
s'appuient sans exception sur la seconde partie de l'oeuvre d'OresIlle 
(B 2-5). 
Ainsi le 1 er chapitre (De erroribus uisus) puise à pleines mains dans 


liOn pourrait dater plus exactement 1'0pu8Cule. à condition de savoir quand 
Junius a été président de la Chambre des Enquêtes; je regrette de ne disposer à Cra- 
covie d'aucune publication de Bource sur l'hiBtoire du Parlement parisien aux xve 
et XVIe Biècles. 
11 Claudius Cael.: "Cum aliquid mirabile contigerit uel insolitum, cuius causa 
non est in promptu, recurrul1t plurimi (qui scioli sibi uidentur) ad caelum et influ- 
entiam caeli ignotam, tamquam ad ultimum et uere miBerorum refugium; deuoti 
autem, si bonum est, quod euenerit, Deo attribuunt, si malum est, daemoni". Oresme: 
"...aliquorum, quae mirabilia uidentur, causas proposui hic declarare, et quod na- 
turaliter fiant, Bicut et caeteri effectus, de quibus communiter non miramur; nec 
propter hoc oportet ad caelum, tamquam ad ultimum et miserorum refugium currere 
nec ad daemones nec ad Deum gloriosum". Les deux phraseB suivanteB de CC ne 
proviennent pas de ce passage.
		

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B 2 d'Oresme. Pour se faire une idée de la technique de compilation du 
frère Claude, il suffit de comparer la première phrase: "Pro primo nota- 
bile est, quoniam non fit uisio per speciei receptionem solam in oculo, 
llisi uirtus interior concurrat, unde contingit, ut apertis oculis non uideas, 
si uirtus inte
ior alibi occupata non aduertat; et hoc est commune omnibus 
sensibus, ut sine uirtute interiori adue
tente species recepta in organo 
non causet sensationem" avec la première phrase d'Oresme: "Pro decla- 
ratione istorum nota primo, quod dicit Alacen IIo Perspectiuae, quod 
sensus exterior per se non cognoscit, sed requiritur sensus inteI'ior". 
De même nous avons plus loin - Claude: "Secundo nota, quoniam uisus 
unam fOI'mam corporalem solam non peI'cipit, quoniam non colorem sine 
magnitudine, nec magnitudinem sine figura, nec figuram sine situ: haec 
enim ab inuicem separari impossibile est peI' naturam"; et Oresme: 
"Secundo nota, quod secundum Wytilonem IVO Perspetiuae propositione 
2-da impossibile est uisum unam fOI.marum 141 per se solam comprehendere, 
quia impossibile est, ut dixit, quod una formarum corporalium, quaB 
comprehendit uisus, sit 	
			

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ex sola phantasia suspicatur. Nec est mirandum, si passiones cOl'I'umpunt 
iudicia, quoniam plures uidemus etiam propter passionem corrupte iudi- 
care" (qui manquent chez Oresme) aident pourtant le compilateur 
à passer aux déductions ultérieurs (f. 42 r ) d'Oresme SUI' l'influence des 
maladies mentales sur les visions. Le frère Claude copie ces déductions 
d'abord d'une manière assez indépendante 18 et, ensuite, presque mot 
à moV 9 . Jusqu'à la fin du chapitre il n'y a rien qui ne provienne d'Oresme 2o . 
Connaissant déjà la technique du compilateur, nous pouvons exami- 
ner plus brièvement les chapitres suivants de cet écrit. Le chapitre II 
(De errore auditus) résume le B 3 d'Oresme, Oresme y est même cité n 
et le compilateur le soutient de ses propres gloses 22 . Mais bientôt l'ima- 
gination du frère Claude se tarit et la suite n'est qu'une mosaïque d'ex- 
traits, comme en témoigne la comparaison: "Nota... errores" (4 r , 8-16) 
= Oresme f. 45 r , 22-28; "Dico igitur... campanae" (4 r , 16-4 v , 1) = 
Oresme, f. 45 v , 14-25; "Dico secundo... esse Sortem" (4 v , 2-26) = 
Oresme f. 45 v , 32-46 r , 2023; "Dico tertio... requiruntur" (5 r , 4-25) 
= Oresme 46 r , 20-34 et 46 v , 3-7; "Dico quarto... nouit" (5 r , 25-5 v , 17) 
= Oresme f. 46 v , 8-35 (avec de petites transpositions et remaniements); 
"Dico quinto... denotaret" (5 v , 17 -6 r , 8) = Oresme f. 47 r , 25-47 v , 21 
(mais considérablement abrégé). La phrase finale de ce dernier passage 


18 Oresme: "Et quod ex parte organi et uirtutis interioris hoc proueniat. scilicet 
talis error, quod apparet Socrati.... quod uideat hominem diu mortuum, uel diabolum 
aut etc., signum est, quia communiter tales sunt post multum infirmi et quasi in 
extasi per aliquot dies, quia humores mouentur inordinate et mali fumi"; CC: "Adhuo 
autem est ualde notandum. quoniam huiusmodi, qui se putant uidere daemones aut 
spiritus mortuorum, ut plurimum infirmi sunt uel ad infirmitatem dispositi notabilem 
et duram, ut ad apoplexiam, ad paralysim, ad epileptiam, ad colli torturam, uel 
spasmum. uel coloris denigrationem et huiusmodi, quae nota sunt medicis: propter 
inordinationem spirituum et fumos corruptos ex quibus corrumpitur iudicatiua" 
(3 r , 8-16), donc un peu plus largement. 
11 Oresmc (immédiatement après les mots cités dans la note précédente): "Sicut 
homini existenti in phrenesi mirabilia apparent et etiam homini existenti melancholico. 
scilicet in passione melancholica, et intranti epilepsiam et alios morbos etc., ita pos- 
sibile eBt, quod pro una hora..." etc.; CC: "Si igitur phrenetico uel patienti melan- 
cholicam passionem aut intranti epilcptiam et tales morbos difficiles multa et mira- 
bilia apparent sine modo, siue lege, ita pOBsibile est, quod ad horam..." etc. 
10 Le compilateur abrège cependant son modèle en omettant. après le f. 3 v . 3 
("aut eis similes") plusieurs phrases d'Oresme (ff. 42 r , 20-42 v , 3); la dernière phrase 
du chapitre (3 V , 3-11) correspond, hormisleB transpositionB. au f. 42 v , 3-10 d'Oresme; 
le reste (ff. 42 V - 43 r ) est omis. 
Il CC 3 v , 25; correspond à Oresme f. 44 r , 3. Ce qui précède cette citation pro- 
vient cependant du début de B 3 d'OreBme (f. 43r _ V). 
.. "Ego autem addo... sed non est ipse motus" (3 V , 25-4 r , 8). 
.. La phrase "Sicut enim... erramus" (4 V , 26-5 r , 4) ne figure pas chez Oresme. 


--
		

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qui conclut aussi tout le chapitre, nous démontI'e à quel point le frère 
Claude sava.it êt
e un copiste servil e 2f.. 
Les quatre chapitres suivants se partagent le contenu du B 4 d'Oresme. 
Le chapitre III. (De erroribus gustus et tactus), après les deux p,I:emières 
phrases (6 r , 10-17), empruntées aux considérations p
éliminaires d'Oresme 
(f. 48 r , 5-11), saute soudain à la fin du septième "notabile" d'Oresme 
(f. 49 r , 33) qu'il remanie, ainsi que le 8 e "notabile" (f. 49 v , 1), d'une manière 
assez libre (6 r , 17 -6 v , 1), en s'aidant encore du milieu du 10 e "notabile" 
(f. 50 r , 22-30). Les trois phrases suivantes (6 V , 1-14) sont découpées 
dans tI'ois différents passages d'Oresme, le 10 e "notabile" et les p3.I'ties 
plus éloignées III; mais Claude revient aussitôt au g e "notabile" (Oresme 
ff. 49 v , 17 -50 r , 2) et le copie en entier, rien qu'en modifiant légèrement 
le style (6 V , 14-7 r , 1). Il en fait autant ensuite (7 r , 1-23) d'une partie 
plus éloignée dans le texte d'Oresme (f. 52 r , 35 -52 v , 17). Enfin la dernière 
phrase du chapitre (7 r , 23-26) est de nouveau empruntée au 10 e "no- 
tabile" (f. 50 v, 14-19). 
La méthode du compilateur est beaucoup moins compliquée dans 
le chapitI'e IV (De nutI'itiua et digestiua). Il copie d'abord (7 V , 4-8 r , 10), 
sans en modifier l'ordre, un long passage de son modèle (ff. 52 v, 17 -53 r , 2), 
en se contentant, conUl1e d'habitude, de varieI' le style; ensuite, il greffe 
deux phrases (8 r , 10-14) découpées plus loin (f. 53 r , 28-32), en citant 
expressément Oresme; mais il repI'end aussitôt (8 r , 14-8 v , 21) le pI'emier 
passage et le copie (f. 53 r , 2 -28) jusqu'aux deux phI'ases qu'il a déjà 
utilisées aupal'avant. Pa
 contI'e, il va che
cher la fin du chapitre (8 V , 
21-9 r , 6) jusqu'au folio suivant, Oresme f. 54 r , 21-31. 
Cependant comme Oresme ne délimite pas aussi nettement que son 
plagiaire les arguments sUI' les diffé,I:entes "potentiae uegetabiles", Claude 
est bien obligé, pour son chapitre V (De generatiua et formatiua) de 
revenir à des considéI'ations d'Ores me antérieures au f. 54 r , 21. Nous 
avons donc CC 9 r , 10-10 r , 3 = OI'esme ff. 53 r , 35-54 r , 9; CC 10 r , 3-10 v , 
4 = Oresme ff. 54 r , 31-36 et 54 v , 8-34 (avec de petites tI'anspositions). 
Je ne trouve pas chez Oresme les deux phrases suivantes, assez longues 
(10 V , 4-18), qui concernent l'influence de l'état d'esprit de la mè,I:e sur 
la nature de l'enfant, bien que ce passage soit bien dans l'esprit et la ma- 
nièI'e d'Ol'esme (et de Witelo). Ensuite, nous avons CC 10 v , 18-11 r , 


1. cc: "Unde uidi dominum terrae infirmitate correptum tandem mortem 
incurri88e uulgo referente, quod draco de caelo cecidisset et quod hoc mortem prin- 
cipum denotaret"; Oresme: "Unde uidi dominum, quem credo incurrisse morbum 
et taudem mortem, quia dictum fuit ei a uulgaribus, quod uideaut de caelo draconem 
cecidisse et hoc significaret mortem principum etc." 
Il CC 6v, 1-5 = Oresme f. 52 r , 29-34; CC 6 v , 5-8 = Oresme 50 r , 30-32; 
CC 6 v , 8-14'"'" Oresme f. 50 v , 5-11 (augmenté).
		

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22 = Oresme fi. 54 v , 34-55 r , 30; CC 11 r , 22-11 v , 8 = OI'esme f. 55 v , 
8-19; CC 11 v , 8-12 r , 12 = OI;esme ff. 55 v , 31-56 v , 3 (avec des change- 
ments assez importants, surtout vers la fin); CC 12 r , 12-25 = OI'esme 
f. 56 v, 3-9 et 18-25; CC 12 r , 25-13 r , 7 = Oresme ff. 56 v , 27 -57 v , 
15 (foI'tement abI'égé); CC 13 r , 7-13 v , 9 = Oresme f. 58 r , 7-58 v , 6 (un 
peu ab:régé et l'emanié vers la fin). 
Le chapitI'e VI (De eI'roribus linguae et diuinationibus) du compila- 
teUl' est le dernieI' puisé dans le B 4 d'OI'esme. Comme le titre l'indique, 
il est divisé en deux parties: la premii>re (13 V , l1-14 v , 5) résume d'une 
manièI'e assez libre Oresme ff. 58 v , 6-59 r , 5, la deuxième (14 V , 5-16 r , 1) 
résume Oresme ff. 59 r , 5-60 v , 32 (avec de nombreuses transpositions). 
Les derniûI'es phrases (16 r , 1-9) ne sont plus empruntées à B 4, mais 
à A 10, à savoir au "notabile" 24 (f. 32 r , 16-32). Par contre, il n'y a pas 
trace chez Claude de la fin du B 4 d'OI'esme (ff. 60 v , 33-62 r , 11). 
Le long chapltI'e VII (De opeI'ationibus animae) remanie d'une ma- 
nière assez libI'e 26 le B 5 d'OI'esme. Mais nous ne savons pas pourquoi 
cette l'efonte s'arI'ête à la moitié du chapitre de B 5 (Ores me f. 7P, 13) 
et en omet la seconde partie (ff. 71 r -80 r ); le compilateur indique la fin 
des extraits pal' les mots "haec post Oresme" (20 r , 9) et, en se référant 
au de:rnier passage d'OI'esme qu'il a copié, il ajoute sa p,-:opre conclusion 
(20 r , 9-20 v , 21) sur les influences que l'âme humaine peut exeI'cer sur 
la matiè;1"e. 
De cette façon, le frère Claude a épuisé, du moins en abrégé, toute 
la matière que pouvait lui fournir la seconde partie (B) de l'oeuvre d'Oresme. 
C'est pourquoi le VIlle chapitre (De operationibus daemonum), le plus 
important de notre point de vue, ne peut puiser son contenu que dans 
la quatrième partie (D) de cette oeUVl'e, c'est-à-dire dans les 1 er , 2 e et 23 e 
problèmes du premier groupe (D 2). Le préambule (20 V , 23-2Jr, 6) est 
suivi d'abord (21 r , 6-21 v , 13) par des extraits du 23 e problème, à savoir: 
CC 21 r , 6-7 = Oresme ff. 126 v , 25-27 et 127 v , 4-5, 15-17 27 ; CC 2P, 
7-15 = Oresme f. 126 v , 10-20 28 ; CC 21 r , 15-24 ("Quod si instetur... 
autentico,-:um") = Oresme ff. 126 v , 28-127 r , 4 (changé un peu au début 


It Ceci n'exclut cependant pas les emprunts qui sont de véritables plagiats. 
Ainsi le frère Claude (18 r , 2-5) raconte, à la première personne: "Vidi qucndam 
puerum grammaticum, qui ex paucis principiis primi Euclidis inueniebat mirabilia 
et conclusiones, quas ei proponebam, prompte concipiens mirabiliter ad principia 
reducebat"; sans piper mot de ce que cet enfant prodige a vécu au XIVe siècle, et 
que c'est Oresme qui parle de soi-même (ff. 67"'-68 r ): "Unde aliquem uidi solum 
grammaticum, scd (!) ex paucis principiis primi Euclidis ipse sciebat inuenire mira- 
bilia et conclusiones, qua8 sibi proponebam, inueniebat et reducebat ad principia 
mirabiliter" . 
Il Voir ci-dessous notes 78 et 81. 
.. Voir ci-dessous note 76. 


17 - A. Birkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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et à la fin); CC 21 r , 24-21 v , 2 = Oresme f.127 v , 27-30 29 ; CC 21 v , 2-9 
 
Oresme f. 127 r , 6-9 30 ; CC 21 v , 10-13 = Oresme ff. 127 v , 30-128 r , 3 31 . 
Maintenant le compilateur revient cependant aux premier et second 
problèmes qu'il rés1Ulle (21 V , 14-23 v , 14) très librement, en se servant 
tantôt de l'un tantôt dc l'autre. La phrase introductive exceptée (21 v , 
14-22), qui constitue la transition entre le groupe précédent des extraits 
et le nouveau groupe, nous avons: CC 21 v , 22-22 r , 7 32 = Oresme probl. 
2, ff. 97 v , 18-22 et 98 r , 5-9; CC 22 r , 7-23 33 = Oresme probl. 1, ff. 
95 v , 26-96 v , 4 (transposé en maintes places et abrégé); CC 22 r , 23-22 V , 
2 = Oresme probl. 1, ff. 96 V , 9-12 et 97 r , 6-8; probl. 2, ff. 97 v , 15-11 
et 98 r , 10-12; CC 22 v , 2-13 = Oresme probl. 2, f. 98 r , 15-27; CC 22 v , 
13-21 = Oresme prob1.1, ff. 96 r , 30-96 v , 3; CC 22 v , 21-23 r , 5 = Oresme 
probl. 1, f. 97 r , 9-16; CC 23 r , 5-13 = Oresme probl. 1, ff. 96 v , 8-9, 
13-17 et 97 r , 4-6; CC 23 r , 13-23 v , 2 = Oresmeprobl. 2, f. 98 v , 11-27; 
CC 23 v , 3-14 = Oresme probl. 1, ff. 97 r , 25-32 et 96 v , 17 -21. - Une 
glose du compilateur lui-même finit ce travail de mosaïque ("Nota quod 
secundum sententiam Nicolai Oresme..." 23 v , 14-26). 
Nous savons déjà que le IXe et dernieI: chapitre (De influentiis caelorum) 
est hors de proportion, puisqu'il prend plus du tiers de l'opuscule. Dans 
une ceI:taine mesure, la chose s'explique par l'originalité bien plus grande 
que dans les chapitres 1 - VIII dont l'auteuI' fait ici montre; il ne fait 
à Oresme qu'un emprunt relativement modeste (24 r , 19-25 v , 2) et net- 
tement signalé 3 ". L'auteur puise ici, on le devine facilement, dans la pre- 
mièl'C partie (A) de l'oeuvre d'Oresme, à savoÎl' A 7 (Conclusiones) et A 8 
(Conclusion1Ull probationes). A l'encontI:e d'Oresme, il ne sép3.I'e pas la. 
démonstration de la thèse, mais fait immédiatement suivre l'une par 
l'autre. Nous avons donc: CC 24 r , 20-24 = Oresme concl. 1, f. 24 r , 
10-16; CC 24 r , 24-24 v , 5 = Oresme prob. concl. 1, f. 25 r , 9-13, 19-21; 
CC 24 v , 5-14 = Oresme concl. 2, f. 24 r , 16-21, 23-25, 29; CC 24 v , 
15-25 r , 19 = Oresme prob. concl. 2, ff. 25 v , 7 -13, 23-27 et 26 r , 1-27 
(ce dernier passage très abI'égé); CC 25 r , 20-25 v , 2 = Oresme concl. 
11 (!), ff. 24 v , 30-25 r , 5. Mais nous ne trouvons pas la démonstrations!> 
de cette deI'nière conclusion, onzième chez Oresme et troisième chez le 
compilateur. Le frère Claude passe maintenant à la critique des idées 


It Voir ci-dessous note 82. 
10 Voir ci. dessous note 80. 
u Voir ci-dessous note 83. 
.. Y compris la prétendue expérience vécue (!) du compilateur (22', 3-7). 
.. De nouveau avec une prétendue expérience vécue de Claude (22', 7 -11). 
.. Au commencement ("Nicolaus Oresme in huiusmodi difficultate ponit hano 
conclusionem...") et à la fin de l'extrait (25 v , 2: "Patet secundum praemisBa, quoniaID 
iste doctor omnes influentiaB caeli uidctur negare... "). 
1. Voir plus haut p. 241 ad A 8.
		

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d'Oresme. Il ne condamne pas l'astrologie en général - conune le fait 
Oresme - il ne réprouve que ses excès 38 . Ce faisant, il perd une des prin- 
cipales idées cI'itiques d'Oresme, c'est-à-dire sa négation catégorique 
de cette thèse fondamentale de l'astrologie qui voulait que les astres 
agissent sur notre vallée de misère non smùement "peI' motum et lumen", 
mais aussi avec le concours d'une force (aussi mystérieuse que l'action 
de l'aimant sur le fer) baptisée "influentia" 37. 


L'analyse comparative que nous venons de terminer poursuivait un 
double objectif. D'abord indiquel: au lecteur comment retrouvel: chez 
le frère Claude les passages p3.I'allèles à ceux de l'oeuvre d'Oresme que 
nous éditons. Ensuite, élucider si, par hasard, les extraits compilés par le 
Célestin ne gardent pas trace d'un texte d'OI'esme plus complet que le 
manuscrit Parisien et son jumeau florentin Y Car ces deux manuscrits 
ne sont qu'un abrégé 38 ; or, l'éditeur ne doit jamais sauter un ruisselet - 
même aussi maigre que celui en cause - dont la source peut toujours 
être un texte meilleur que celui transmis par les manuscrits. Malheureu- 
sement cette eRpérance a été déçue; l'analyse minutieuse de CC ne donne 
aucun indice particulier permettant d'estimer jusqu'à quel point l'abI'égé 
de Paris et Florence s'écarte de l'original. On peut être certain que le 
frère Claude avait devant soi un exemplaire qui ne différait pas essen- 
tiellemen t du manuscrit parisien, mais on ne peut pas dire s'il s'agissait 
d'un compendium identique. En effet, il n'est pas exclu que l'abréviateur 
parisien ait uniquement omis des expressions sans grande importance 
(p.ex. des fins de phrases aisées à dédUÎl'e), ce qui est cependant impos- 
sible à élucideI' pal: l'étude de CC. 
POUl' autant que l'opuscule du frère Claude n'ait, à vrai dÏ!'e, aucune 
valeur comme source du texte, il méritait tout de même, me semble-t-il, 
un peu d'attention. En effet, il peI'met de dépister, la. persistance, encore 
au XVIe siècle, de quelques idées de Witelo. Ces tI'aces ne se peI'dent 
nuHement en 1542, mais franchissent même le milieu du siècle. 
C'est qu'à côté de l'édition latine de Fine, il existe encore une tra- 
duction fI:ançaise de l'opuscule du frère Claude, intitulée: Des choses 
merveilleuses en nature, où est traicté des erreurs des sens, des puissances 


Il "Nos autem non omnino prognosticationes condemnamuB, sed quae modum 
Bcientiae et rationis excedant" (26 r ). 
17 Les idées novatrices d'Oresme à cet égard me retiendront, à un autre propos, 
dans la lIe partie de ces EtudeB; quant à la critique exprimée par Cla.ude, voir au 
fi. 28 V sqq. ("Ponimus igitur in caelo influentias seu potentias actiuas, quae lucem 
et motum sequuntur, non quae (!) sunt lux et motus, ... neque Nicolao OreBme aBBen- 
timus contrarium asserere conanti..." etc.). 
.. Voir plus haut pp. 240-242. 


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de l'ame et des influences des cieux, t:r:aduit en fI'ançois par Jacques GÏI'3.I'd 
de Tornus. A Lyon, p3.I' Macé Bonhomme 1557. Avec PI'ivilege du l'oy. - 
L'auteur n'est donc pas nommé dans l'en-tête de cet imprimé bien rare 
(in-8 0 min., 192 pages), mais le traducteur dit dans la préface 39 (p. 4) 
qu'il a 
é801u de "traduire en nostre langue françoise quelque petit traicté, 
plein d'erudition et sauoir, combien qu'il ne soit riche et opulent en phrases 
et locutions. Ce que i'ay fait (ajoute-t-il) et entre tous autI'es choisy le 
present opuscule, composé par un Claude Celestin, homme, que ie n'ay 
veu ny conneu, mais bien i'ose dire de grand sauoir". Ensuite (p. 7), le 
traducteur constate que l'auteur a profité des oeuvres de nombreux 
"bons et gI'aues auteurs, comme Platon, Aristote, Galien, Auicenne et 
mesmement ce grand scrutateur de philosophie, N. Oresme, qui a regné 
et flory entre tous les plus renommez philosophes de son temps"; P. F. 
Aurivillius n'a donc pas lu cette introduction, puisqu'il considère Oresme 
comme auteur de cet écrit co . CaJ; il n'est pas possible de supposer qu'il 
ait su que l'opuscule du frère Claude est effectivement la propriété spi- 
rituelle de maître Nicole, l'unique forme sous laquelle sa grande Quaes- 
tio de 1370 fut imprimée, et par l'intermédiaire de laquelle ses idées béné- 
ficièrent au XVIe siècle d'une audience plus la!'ge, également parmi les 
lecteurs qui n'avaient pas coutume de lÏI'e en latin. 
Telles sont les considérations histoI'iques qui m'ont arrêté un peu 
plus longuement à l'écrit du Célestin. Il nous faut maintenant revenir 
à la Quaestio contra diuinatores d'Oresme, et y décelCl' les citations cachées 
de Witelo, mentionnées au début de cet Appendice. Je les présenterai 
dans l'ordre du texte d'OI'esme et leur donnerai des munéros successifs. 
Dans les notes j'indiquerai de quel passage de Witelo eUes proviennent et 
où le frère Claude les a ensuite placées. 
(1) Oresme A 10, notab. 22, f. 31 v : ,,22 0 nota, quod aliqui de facili 
credunt, et hoc propter bonitatem eorum, sicut deuoti quicquid tangit 
deuotionem et miracula inunediate credunt esse uera... Alii autem propter 
alias passiones, sicut auari faciliter credunt, quod ibi lucI'abitur uel etc., 
et capti arnOI'e h6reos Cl credunt faciliter, quod etc. C2 , et timidi CI'e- 
dunt faciliter peI'icula; ideo dicit Boetius..." 


Il Cette préface e8t datée du 3 décembre 1549; il est donc possible que l'édition 
de 1557 BOit déjà la seconde. 
.. OataloguB librorum imprtJBBorum bibliothecae regiae Academiae UpBalienBiB, 
UpsaJiae 1814, p. 646. Aurivillius fut induit en erreur par la note manuscrite 
"N. Oresmius" qui, dans l'exemplaire d'Upsala (Qq. XI. 3.657), figure eu haut de la 
feuille de titre. 
Il Cf. plu8 haut pp. 208-209, note 103. 
Il Witelo. p. 125 lin. 121; cf. CC 3 r , 4-6 (cité plus haut, pp. 244-245): "Laborans 
amore heroico amicam se amplecti ex sola phantasia suspicatur".
		

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(2) OI'esme ib., notab. 23413, f. 32 r : "...et ita de aliis factis naturalibus, 
ut ponit Witelo de apparentia daemonum et diuersis apparentiis, quae 
faciliter per perspectiuam possnnt saluari, ut in illo tractatu cc patet". 
(3) Oresme ib., llotab. 24 4111 , f. 32 r : "Unde a multis multum reputatis 
saepe audies multa dicta satis simpUcia et de hoc bene caue ce: nam lupus 
potest apparere maior, quam unum castI:um, et unum castI'um minus, 
quam unus homo, et hoc naturaliter; et hoc dec1arat Witelo in loco pI'ae- 
allegato C7 et adhuc mirabiliora". 
(4) Oresme ib., ib. 48 , f. 32 v : "Et possibile est, quod homo loquatur 
idioma, quod numquam didicit, et possibile (est), quod homo dicat 
aliqua futura uera, quae tamen nescit, et possibile est, quod homo sentiat 
seu sibi appareat de aliquo futuro, quid inde erit, et quod nec per astra 
nec per reuelationem illud didicerit" C9. 
(5) Oresme A 11, resp. 4, f. 33 v : "Num quid tibi et cuicumque perito 
est magis dubinm, (quam) daemones esse et de quo seruiunt et quales 
sunt! Et ita de caelo, quantum ad multa... Unde philosophice loquendo 
est multum dubium, si daemones sint et quales sint, et ita de caelo, si 
sit compositum aut simplex..." 110 
(6) Oresme B 2 111 , f. 42 r : "Et quod ex parte organi et uirtutis interio- 
ris hoc proueniat, scillicet taUs error..., signum est, quia communiteI: 
tales sunt post multum infirmi et quasi in extasi per aliquod dies, quia 
humores mouentur inordinate et maU fumi: sicut homini existenti 
in phrenesi mirabilia apparent et etiam homini existenti melancholico, 
scilicet in passione melancholica, et intranti epilepsiam aut alios morbos 
etc. "52 Suivent encore trois phrases qui n'ajoutent rien au sujet 113. 
(7) Oresme C 1, f. 80 r : "Quot (!) etiam daemones slmt et quae res 


.1 Cf. plus haut pp. 100-101, où j'ai donné (jusqu'à la p. 101 lin. 2) un extrait 
plus long de ce 23 e "notabile". en le rangeant. par erreur, dans les "obiecta" (cf. 
plus haut note 5). 
.. Witelo. pp. 123-127. 
U Voir plus haut p. 101. 
.. CC 16 r , 8-10: "PIura enim audies a multum reputatis saepe satis simplicia 
et cxaminata parum. Caue igitur". (Le reste manque). 
07 Witelo, p. 127 Il. 170 -174 (PerBpectiua, IV 28). 
.1 Voir plus haut p. 101. 
Il Witelo. p. 133 ll. 370- 375. 
10 Voir ci-dessous l'extrait (13). 
Il En toute rigueur, le chapitre B 2 (Errores et mirabilia circa operationcs sensus 
uisu8) tout entier présente des points tangeants aveo Witelo, car Oresme (comme 
Witelo) explique les illU8ion8 optiques par les lois de l'optique géométrique, ou par 
des causes psycho-physiologiques. 
Il Witelo. pp. 123-124 Il. 59-82. 
.. Tout ce passage est paraphrasé par CC 3 r ,8-3 v ,ll; voir plus haut notes 
18 et 19. 


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sint et quare se intromittunt de hiis, quae sibi imponuntur, quid ignotius 
in philosophia naturali 54T Etiam secundum fidem, quod de talibus trufis 
se intromittant, quid durius, cum nihil possint, nisi in quantum eos uel 
eas relaxat Deus glorisus Y" 1111. 
(8) Oresme C 2, f. 80 v , comme thème du probl. 1166: "Utrum Aristo- 
teleB et alii philosophi notabiles posueI'unt daemones concurrere ad effec- 
tus inferiorum, ut quod maniaci dicant futura uel praeterita per daemo- 
nes 57, et quod in ungue vel ense per coniurationes possint occulta sciri, 
ut conununiteI: ponunt homines, fama autem, quam multi famant, non 
omnino perditUl' 
 " 118. 
(9) Oresme ib., f. 81 r , comme thème du probl. 1 2359: "Utrum sit 
uerisimile, naturaliter loquendo, aliquos daemones esse Y". 
(10) Or:esme C 11, f. 86 v , conune thème du probl. X 3660: "Propter 
quid communiteI' melancholicis adustis, Bi infirmentur, fiunt appari- 
tioneB ni
oI:um et daemonum et malorum et similium etc. T " 61 
(11) Oresme ib., f. 86 v , comme thème du pI:obl. X 3862: "Utrum philo- 
sophia theologiae contr3.I'ietur, siue (utI'um) determinata in una sint 
opposita determinatis in alteI'a... y" 63. 
(12) Oresme D 2, probl. 1 1 64 , f. 95 r : "Ad PI'Îmam quaestionem, utrum 
A1:istoteles et alii posuerunt, quod maniaci sunt daemoniaci etc., respon- 
deo, quod non. Unde per aliquam doctrinam datam ab Aristotele uel (T), 
alio (Y) non possunt praedicta concludi. De daemonibus autem et infeI'no 
non inuenitur, quod Aristoteles fueI'it locutus nisi in Poetria sua... Quod 
autem dicitur de Platone, quod posuerit in quolibet elemento uiuentia 65 
et quod Socrates habuerit daemonem priuatum 66, uides, quam magna 


Il Voir ci-dessous l'extrait (13). 
Il Voir ci-dessous l'extrait (12), vers la fin. 
Il Voir ci-dessous les extraits de ce "problema" dans les (12) et (13). 
l' Witelo, p. 133, lin. 371; cf. plus haut l'extrait (4). 
.. La Solutio quaeBtioniB se réfère (voir plus haut p. 149 lin. 213), d'ailleurs pas 
trop clairement, à cette phrase d'Aristote (Ethica Nicom., VII 14); il est difficile de 
savoir si la citation se trouvait déjà dans l'opuscule de Witelo. 
le Voir ci-dessous les extraits de ce problème, dans les (14) à (17). 
1. Comme nous le savons, les solutions des problèmes posés par Oresme dans 
C 3 -12 manquent dans le ms. Paris. lat. 15126. 
Il Witelo, p. 124 lin. 88 (cf. plus haut note 18). 
Il Voir la note 60. 
Il Cf. Witelo, p. 122 ll. 10-12. 
Il Voir plus haut l'extrait (8). 
Il Witelo, p. 135 ll. 423-439. 
Il Solutio quaestionis, p. 149 lin. 211. Dans le texte de Witclo tel que nous le 
livre le manuscrit Paris. lat. 14796, cette phrase n'existe pas; mais il est possible 
qu'elle ait figuré dans le texte original (du manuscrit disparu VI de la Sorbonne) 
où Oresme l'aurait copiée.
		

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fides est talibus adhibenda, quod... daemon in ense... PI'opter uerba 
unius fatui hominis aut uetulae debeat appa:t:eI'e... y Quia si daemones 
sint, natUl'aliter loquendo, ut quid impommt Platoni posuisse adhuc, 
quod PI'opter uerba sic cogerentur et quod de talibus trufis et delusionibus 
Be intromitterent... y Qualis ei esset ordo naturae Y 87 quia cmn ita essent 
Bcientes, ut ponit quasi totus mundus t8 , quid cogeret eos et a quo essent 
ad talia oI'dinati y" . 
(13) Oresme ib., ib., f. 95 v : "Vere quales res essent tales daemones, 
de quibus est quaestio, et de quo seruirent in ll1undo, est multum ignotulll 89. 
NUlllquid multull1 deberent esse nobilis naturae et excellentis, cum ita 
Bcientes et immateriales uel quasi essent, naturaliter loquendo Y 70 Vides, 
quam magnam difficultatem faciunt et fecerunt philosophi de positione 
animae humanae... et de intelligentiis oI'biul11; quid igitur de talibus 
dicerent et quid est dicendum? - Pro responsione rationis in oppositum, 
scilicet de fama 71 , quod ita. sit, nota unum diligenter, quod..." 
(14) Oresme D 2, pI:obl. 1 23 72 , f. 126 v : "Vicesimam tertiam quaestio- 
nem, scilicet utrum naturaliter de plus in principio quaestionum 
(circa) uisum et circa generatiuam". mais il est difficile de savoir d'après les listes 
de ces problèmes (C 3 et CIO) dans lequel il serait question des démons. 
7& Platonis Timaeus interprete Oalcidio, éd. 'Yrobcl, Lipsiae 1876, p. 42. 
n Cf. Witelo, p. 122 ll. 1-4. 
71 Ici s'arrête la paraphrase de Claude, CC 21 r , 7 -15: "...prout Plato in Timaeo 
testatur dicens: »Inuisibilium potestatum... sumatur«. Aristoteles quo que solum 
distinxit tria genera animalium: uolatilia, quae in aëre, aquatica et gressibilia, quae 
super terram; Plato quartum (ut supra) addidit caeleste genus, plenum diuinitatis".
		

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nepotibus non credi satis irreligiosum est"?7. Clare ergo patet ex dictis 
Platonis, quod daemones esse naturaliteI' esse (!) non potest probari, sed ex 
fide, quod sint, asserimus 78 . De ista materia multa sunt superius dicta..." 
(15) Oresme ib., ib. 711 , f. 127 r : "Respondeo de primo, quod daemones 
esse non repugnat rationi naturali, quia ita dicerem de anima intellectiua 
et intelligentiis. Dico secundo, quod ex principiis naturalibus non potest 
concludi daemones esse, scilicet tales substantias intelligibiles perpetuas 
etc. Nec mirum; multa etiam sunt naturalia et possunt esse, quae forte 
impossibile esset probare; multa enim falsa esse (!) probabiliora quibusdam 
ueris etc. Ex primo dicto concluditur contra quosdam satis ignaros, qui 
postquam audiuerunt quosdam libros philosophiae quasi deridentes 
daemones esse, impossibile credunt et principiis naturalibus l'epugnare, 
quod falsissimum est. Non sequitur ex talibus principiis talis conclusio, 
non sequitur igitur, < quod) illis repugnat. Ex secundo dicto concluditur 
contra illos, qui ita communiter et friuole ex aliquibus delusionibus daemo- 
nes esse concludunt, quia hoc transcedit uires humanas, ut ponit Plato"80. 
(16) Oresme ib., ib., f. 127 V : "Ad propositum dico, quod ueraciter 
loquendo daemones sunt, sicut credendum est ex fide; sed dico, quod 
non potest probari naturaliter, ut dixi... Nisi autem fides poneret eos 
esse, dicerem, quod ex nullo effectu possent probari esse... "81 
(17) Oresme ib., ib., ff. 127 v -128 r : "Dico igitur, quod ex nullo effectu, 
quem uiderim nec (!) audierim ueraciter ab aliquibus, quibus sit cre- 
dendum, possunt daemones concludi esse, praecipue tales res, quales 
et quas communiter uulgares ponunt eos esse 82 . Dico secundo, quod 
secundum fidem et secundum ucritatem daemones sunt. Dico tertio, 
quod nihil possunt plus, quam lutum aut lapis, nisi a Deo glorioso detur 


D 


77 Witelo, p. 128 ll. 211- 213. 
71 La dernière phrase = CC 21 r , 6-7: "Et primo, si daemones sint, nulla ratione 
naturali conuinci potest, sed sola est fide credendum"; mais voir aussi ci-dessons 
note 81. 
" J'ai placé ici cet extrait et les deux suivants pour illustrer la dilférence entre 
les idées de Witelo et d'Oresme quant à l'existence des démons. Mais il est facile de 
remarquer que malgré cette différence beaucoup d'idées de Witelo ont trouvé écho 
chez maître Nicole. 
10 Ce long passage est ainsi paraphrasé par CC 21 v , 2-9: "Sed nec daemones 
esse rationi naturali repugnat, immo stulti sunt quidam scioli philo80phiae naturalis, 
qui daemones esse derident, quasi principiis naturalibus repugnans, quod falsum 
est. Sic enim et animam esse rationalem aut aliquas intelligentias negare possunt. 
Sed e contrario effectus mirandi, qui sunt inducti ad conuincendum daemones esse 
uel ad effectus illos concurrere, non sufficienter concludunt". 
Il CC 21 r , 6-7; voir plus haut note 78. 
.. CC 2P, 24-21 v , 2: "Dicit Oresme primo: Ex nullo effectu, quem uiderim 
uel ab his, quibus digne sit credendum, adhuc audierim, potest naturaliter probari 
daemones esse, praecipue tales, quales uulgariter diffamantur".
		

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?, 


potentia et relaxetur eis potentia etc. 83 De quo autem seruiunt et ubi 
sunt et quid sunt et si diuersarum specie
um sunt, ego taceo, cum solum 
naturaliter uelim hic loqui, nisi quandoque per accidens extra ire contin- 
gat. ln quo si me ab Ecclesia deuiare contingeret, ueniam postulans 
reuoco tamquam non dictum". 
(18) Oresme D 2, probl. l 24 841 , f. 128 r - v: "Pro nunc autem noto 
me non intelligere, quod dicunt multi de distantia et perfectione entium 
et specierum; quidam enim uidentur imaginari unam lineam ab infima 
et imperfectissima specie usque (ad) perfectissimam, inter quas et in 
qua linea continentur omnes species 
ubordinatae Bibi inuicem: et secun- 
dum quod appropinquant altissimae et perfectissimae, secundum hoc 
sunt etiam perfectiores, et secundum quod infimae appropinquant, se- 
cundum hoc sunt imperfectiores. Et quamuis ista imaginatio quoddam 
ueritatis contineat, non tamen uidetur mihi necessaria nec uera..." 
(19) Oresme ib., ib., f. 129 r _ v : "Et si dicitur, quod plus inf]uit Causa 
Prima Uniuersalis in una specie, quam in alia..., respondeo, quod quan- 
tum est in Prima Causa Uniuersali, aequaliter influit naturaliter loquendo, 
quia a Causa perpetua et immutabili aequaliter et uniformiter semper 
influitur. .. ; sed bene unum passum plus uel aliter recipit illam influentiam, 
quam aliud. ldeo bene concedo, quod una species est nobilior alia et 
perfectior alia... Et cum hoc stat, quod multae possunt esse aeque per- 
fectae...; et quamuis una sit perfectior alia, non propter hoc sequitur, 
quod sibi subordinentur". 
(20) Oresme ib., ib., f. 130 v : "Sic igitur patet ex praedictis, quod inter 
entia et genera seu species non sunt imaginandi gradus perfectionis sic, 
quod Bibi subordinentur uel subalternentur, nisi per modum praetactum". 


Traduit pm' Zofia Wlodkowa 


a. CC 21 v , 10-13: "Nam daemones esse et multa fecisse etiam per ministerium 
maleficorum ex fide nostra tenemus, sed hoc solum posse, quod certa ratione utilitatis 
ecclesiasticae et salutis credentium a Domino permittuntur". 
U Cet extrait, ainsi que les deux suivants, caractérisent les idées d'Oresme au 
regard des spéculations néoplatoniciennes sur la hiérarchie des êtres, donc d'une des 
composantes du credo philosophique de Witelo. Dans les parties suivantes de ces 
EtudeB nous allons voir cependant que l'opinion des historiens de la philosophie sur 
le rôle de cette thèse dans le "système (f) philosophique" de l'érudit silésien, est 
loin de se justifier. En particulier, Witelo ne mentionne nulle part de hiérarchie fondée 
sur la "luminosité" décroissante. C'est la théorie des "influences" (voir plus haut 
pp. 117-118), universellement admise au Moyen Age, qui est à l'origine des spécu- 
lations de Witelo, celui-ci y ajoutant encore accessoirement l'ordre "mathématique" 
de l'Univers (voir plus haut, pp. 109-110). Oresme se fonde aussi sur cette théorie (voir 
l'extrait 19); en polémiquant avec ceux qui situent toutes les entités sur une seule 
échelle, il s'oppose dans une certaine mesure, mais toujours indirectement, à Witelo, 
mais il est net qu'il ne le visait pas ici plus particulièrement.
		

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			ETUDES SUR WITELO. le PARTIE * 
[Résumé] 


Durant ces dernières années on a beaucoup écrit sur Witelo, en Pologne comme 
à l'étranger. M. Baeumker lui a même consacré une monographie exhaustive 
qu'attendent encore bien des plus illustres auteurs scolastiques. On ne peut pour autant 
considérer les questions concernant le naturaliste et philosophe silésien comme épuisées; 
au contraire, il y a encore beaucoup à faire. L'auteur a l'intention de se dédier à ce 
travail dans les parties ultérieures des presentes EtudeB. 
Il commence par faire paraître deux écrits de Witelo restés inconnus jusqu'à 
présent. En 1911, il soupçonna l'existence du De natura daemonum après la lecture 
des oeuvres de Nicole Oresme (v. 1325-1382) qui y fait allusion dans ses QuaeBtioneB 
Meteororum aussi bien que dans sa QuaeBtio contra divinatoreB. On est autorisé à croire 
qu'Oresme connaissait ce traité démonologique par un manuscrit ayant jadis appartenu 
à la bibliothèque de la Sorbonne à Paris et qui en 1338 portait la cote VI. Malheureu- 
sement ce manuscrit s'égara. Nous possédons par contre un manuscrit théologique 
du XV e s., le cod. Paris. lat. 14796, qui renferme le texte abrégé de Witelo, ff. 89 v - 97 V . 
Le même manuscrit contient, aux ff. 81 v -86 v , l'écrit anonyme portant le titre: 
Solutio quaeBtioniB, qua quaeritur, utrum Becundum naturalem philoBophiam Bint aliquae 
8ubBtantiae Beparatae praeter motoreB orbium coeleBtium. Plus de la moitié de cette 
Solutio se compose d'extraits du De natura daemonum de Witelo. Ainsi, le manuscrit 
Cil question nous a conservé le traité de Witelo sous deux formes, et bien que ces 
abrégés ne nous fournissent point le texte original, ils permettent pourtant de se 
faire quelque idée des vues démonologiques de Witelo. 
Celui-ci veut traiter son sujet en s'appuyant uniquement sur la raison naturelle 
et il espère y arriver sans entrer en désaccord avec les principes de la religion chré- 
tienne. Il distingue deux sortes de démons: les uns ne font qu'apparaître sans agir, 
au plus parlent-ils parfois; les antres au contraire, agissent de différentes manières 
et ne se montrent que rarement aux yeux des humains. Witelo appelle les premiers 
"apparitiones" et les reporte à des causes naturelles qui sont en nous-mêmes, et ne 
dépendent en rien de facteurs surnaturels; le rôle principal est joué ici par différents 
troubles du cerveau et par les illusions de nos sens. Le second groupe est tout autre: 
l'existence réelle de ces démons, au sens propre du mot, est affirmée par des té- 
moignages authentiques et il ne s'agit que de comprendre leur nature. Witelo trouve 


* Bulletin dc l'Académie Polonaise des Sciences de Cracovie, Janvier-Décembre 
1918 [publié en 1920. - N.d.l.R.]. 


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			257 


pour cela deB guides danB Platon et son commentateur Chalcidius. Les démons Be com- 
pOBent d'une âme et d'un corpB formé d'air, ilB vivent très longtemps, maiB sont 
mortels. 
Le contenu de 1'0puBcule est, ainBi que nous le voyons, aBBez futile; il ne manque 
pourtant pas d'intérêt et d'importance à caUBe des Bouvenirs personnels que Witelo 
introduit au courB de Bon argumentation. Grâce à ces allusions nOUB obtenons une 
source nouvelle et relativement riche pour sa biographie. L'opuBcule possède aussi 
une certaine valeur en aidant à faire mieux connaître les opinions philosophiqueB 
du savant Bilésien. L'auteur reviendra à cette question danB les parties ultérieureB 
de ses EtudeB Bur Witelo. 
En pluB des deux opuBculeB cités pluB haut, le cod. PariB. lat. 14796 nOUB en 
a aUBBi conservé un autre de nature psychologique et éthique; il Be trouve aux ff. 
86 v -89 v , le copiBte l'attribue de même à Witelo et lui donne pour titre De primaria 
eausa poenitentiae. NOUB avons également à nOUB occuper ici de l'abrégé du texte 
original. La comparaison de cet écrit avec lc De natura daemonum et la PerBpectiva 
en démontre l'authenticité; le titre par contre ne paraît point entièrement certain. 
La pensée fondamentale consiBte ici dans 1'0ppoBition du côté senBitif et du côté intel- 
lectuel de l'âme; cette oppoBition forme le point de départ eBsentiel pour l'éthique. 
L'opuBcule en question Bemble provenir de la même époque que le De natura daemonum. 
Peut-être se trouve-t-il avoir un certain rapport avec la nomination, verB 1268, de 
Guillaume de Moerbl'ke au pOBte de pénitencier du pape. 
L'édition des deux nouveaux traités de Witelo s'appuie autant que pOBBible 
sur la teneur du manuscrit de Paris, bien que le texte en Boit trèB détérioré et ne 
présente, ainsi que nOUB l'avonB dit, qu'un abrégé. Pour ceB mêmeB raiBoIlB une Bimple 
reconBtructioIl, au moyen de conjectureB, d'un texte lisible, aurait été grandement 
dangereux: il fallait veiller à ne point lier à l'aventure deB motB qui auraient pu se 
trouver à côté l'un de l'autre tout à fait par haBard. L'éditeur procéda pluB librement 
en faiBant imprimer, en plus, le texte critique de la Solutio quaestioniB. Il le fit de 
même pour l'une des QueBtions de Nicole OreBme (QuaeBtioneB Meteororum, lib. III, 
quo 19), pour laquelle il a pu se Bervir de huit et même de treize copies. 
Le premier des deux Appendices contient une description détaillée du manuscrit 
de Paris; le second fixe les rapports existant entre l'édition imprimée deB Quaestiones 
Meteororum Thimonis Judaei et les ouvrages de Nicole OreBme, d'Albert de Saxe 
et de Jean ScotuB qui portent le même titre 1. 


1 Le troiBième Appendice fut écrit en 1921 (voir plus haut p. 236, note 231). - 
N.d.I.R.
		

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			.. 


.......
		

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			DEUXIEME PARTIE 


WITELO EST-IL L'AUTEUR DE L'OPUSCULE 
"DE INTELLIGENTIIS"Y* 


Jusqu'à 1888, Witelo n'était considéI'é que comme mathématicien 
et physicien; il a fallu attend!'e S. Windakiewicz pour décou
ir qu'il 
avait été également philosophe 1. Trois ans plus tard, W. Rubczynski 
publiait son ouvrage intitulé Traktat 0 porzqdku istnien i umyslOw i jego 
domniemany autor Vitellion [Le Traité SUI' l'ord!'e des êtres et des esprits 
et son auteur présumé Witelo]S, où il tenta. de prouver que l'opuscule 
anonyme De intelligentiis, trouvé par lui dans la bibliothèque Lauren- 
ziana de Florence, est identique au traité disparu de Witelo De ordine 
entium. Cette opinion fut pleinement acceptée par C. Baeumker qui la 
développa dans son ou
age bien connu Witelo, ein Philo8oph und Nat'ur- 
forscher des XIII. Ja7trhunderts 3 . La présente étude se donne pour tâche 
de démont
e
 que cette thèse ne correspond pas à la réalité. La vérité 
est, en effet, celle-ci: le De intelligentiis n'est pas plus identique au De 
Qrdine entium, qu'il n'est une oeuvre de Witelo 41, car il a été écrit une 
cinquantaine d'années avant la Pe1'spectiua, très probablement entre 
1220 et 1230, en France (du sud) ou en Espagne. 


* Editéed'aprèsle brouillon manuscrit inaohevé de 1920-1921. L'auteur en a publié 
un résumé, dans le Bulletin... de l'Académie Polonai8e, 1919-1920, pp. 355-359 
(voir plus loin pp. 336-339). La copie dactylographiée du pré8ent ouvrage a été lue 
par Mlle Zofia Wlodek qui a complété certaines notes, signées de ses initiales. 
1 S. Windakiewicz, Bolonia i Polska [Bologne et la Pologne], Przegl
d Polski, 
vol. LXXXVIII, 1888, pp. 1-72, voir pp. 59-63. 
1 Publié dans les Rozprawy Akademii Umiej
tnoloi, Wydz. Hist.-Filoz., XXVII, 
1891, pp. 378-410, et en tirage à part. 
1 Beitrii.ge zur Geschichte der Philosophie des Mittelalters, III: 2, Münster 1908. 
, Quant à cette partie de ma thèse, j'ai déjà eu l'occasion [de la signaler dans 
la 1 ère partie des Studia nad Witelonem (Archiwum Komisji dIa Badania Historii 
Filozofii w Polsce, II: 1, pp. 1-149), p. Il ou plus haut p. 107. - N.d.I.R.].
		

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			260 


Afin de justifier mon point de vue d'une manière aussi complète que 
possible, la méthode la plus systématique sera de diviser mes obseI'vations 
en deux parties: dans la première, je ferai l'analyse critique des arguments 
dont Rubczynski et Baeumker étayent leurs affirmations, dans la seconde, 
je m'efforcerai de justifier mes opinions quant à la date et au lieu d'origine 
du De intelligentiis. 


l 


En abordant la première partie, il me semble OppoI'tun de la faire 
précéder d'une brève analyse du IVe chapitre de l'ouvrage de Baeumker, 
chapitI'e relativement Il assez court d'ailleurs, et qui est consacré au 
problème de la paternité du De intelligentiis (l.c., pp. 244-271). Il débute 
par de longs développements - sans intérêt POUI' notre sujet - dont 
il ressort que le Liber de intelligentiis nous est parvenu en tant qu'ouvrage 
anonyme ou apocryphe (pp. 244-248). Les neuf lignes suivantes, assorties 
d'une longue note (pp. 248-249), tI'aitent de la date de la composition 
de l'opuscule, qu'elles situent approximativement entre 1230 et 1270; 
Baeumker revient à cette question aux pages 421-422, pour souligner 
que, bien qu'ayant trouvé une citation du }Je intelligentiis dans la sixième 
Disputatio de quolibet de saint Thomas, il ne croit pas devoir changer 
en quoi que ce soit son opinion à ce sujet 6 . Vient maintenant la première 
thèse principale de Baeumker: c'est Witelo qui est l'auteur du De intel- 
ligentiis (pp. 249-257); puis, la seconde: si le titre De intelligentiis 
est attesté par les manuscrits, celui de De ordine entium pourrait tout 
aussi bien convenir au contenu de l'opuscule (pp. 257 -271). 
On voit nettement par ce qui précède qu'il nous faudra examiner, en 
premier lieu, les pa.ges 249-257; nous devons en dégager les arguments 
censés avoir, selon Rubczynski et Baeumker, "une vertu probante 
entièrement suffisante" 7 pour permettre d'attribuer la pateI'nité du 
De intelligentiis à Witelo. Ces arguments sont au nombre de deux, fondés 
l'un et l'autre sur certaines concordances relevées entre le De intelligentiis 
et le préambule que \Vitelo avait ajouté à sa Perspectiua; en effet, 
Baeumker déclare nettement (p. 250) "dass entscheidende Gründe für 
die Abfassung der Schrift über die Intelligenzen durch Witel0 nur 8 aus 
dem an Wilhelm von Moerbeke gerichteten Widmungsbriefe .zur Per- 
spektive .zu entnehmen sind"; des traits similaires isolés (vereinze1te) 
que l'on peut découVl'ir dans le De intelligentiis et le texte même de la 


1 Le V e chapitre compte 325 pages; il est donc 12 fois plus long que le chapitre 
précédent! 
, Pour l'article de Baeumker dans HiBtoriBcheB Jahrbuch voir plus loin, dans 
le texte. 
7 "Eine vollkommen ausreichende Beweiskraft" (Bauemker, p. 251). 
1 Souligné par moi.
		

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			261 


PerspectÙta - et auxquels Baeumker consaCI'e une place relativement 
importante (pp. 253-257) - ne peuvent fournir à eux seuls qu'un argu- 
ment supplémentaire à l'appui (zur Unterstützung) de cette thèse, 
ainsi que le remarque Baeumker avec une certaine insistance, et à trois 
reprises (pp. 250, 255, 257), en les considérant lui-même comme "zu 
unbestimmt und zu wenig charakteristisch" (p. 250), au point qu'ils. 
pourraient "an sich auch rein zufâllig sein" (p. 255). 
Mais quels sont enfin ces "schlagende Parallellen", ces parallèles 
frappants (p. 255) sur lesquels se fonde toute la thèse de Rubczynski 
et de Baeumker'f Ils sont exposés par Baeumker en deux passages qui 
comptent ensemble 50 lignes (pp. 251, 13-253, 18); leur ordre correspond 
à celui du préambule à la Pel'spectiua. Toutefois, comme le premier d'entre 
eux se rapporte plutôt à une concordance de forme entre les deux textes, 
alors que le second relève un paraUèle de fond, il nous semble préférable 
de les envisager séparément, en commençant par le second, à la fois plus 
long et plus important. Ce second passage, je le reproduis ici en entier 
(y compris les notes) en y soulignant, pour plus de clarté, les phrases les 
plus importantes 9. 


An beiden Stellen finden wir die be80nders im Neuplatoni8mus aU8gebildete 
Anschauung von der Ordnung alles Seienden 10 in stufenweisem Abstiege von 
der er8ten Ur8aohe an U und von dem aIle diese Stufen durchziehenden Einfluss der 
er8ten Ursache, die allem Sein und Wirkung8fiihigkeit verleiht". Wii.hrend aber 
diese Grundanschauung nichts für die beiden Schriften sonderlich Charakteri8ti8ches 
bietet, bewegt 8ich die Bestimmung der Natur jenes Einflu8se8 an beiden Orten nicht 
mehr in den geliiufigen Bahnen. Da8 gottliche" Lich t i8t e8, welches alles durchzieht, 
und die Mitteilung dieses gottlichen Lichtes bewirkt, da8s die hühere Substanz auf 
die niedere ihren Einfluss aU8stromen la8sen kannll. Entsprechend der Stufenfolge 


· Les mot8 80ulignés dans les notes le sont, en revanche, par Baeumker. 
10 Ordo partium uniuersi PerBpect. proI. 127, 12; ordo uniuersi De intellig. VIII 
p. 9, 34; 10, 25; Il, 23 U.o. 
U PerBpect. prolo 127, Il-17. De intellig. VIII p. 10, 2-3. 
11 PerBpect. proI. 127, 9: occurrit diuinarum uirtutum influentiam ... modo- 
mirabili fieri; p. 127, 17: ... sic ut omnis rerum entitas a diuina profluat entitate. 
et omnis intelligibilita8 ab intelligentia diuina, omni8que uitalitas a diuina uita. VgI. 
auch p. 128, 23 (caele8tium influentiarum diuinam uirtutem). De intellig. VII p. 8. 
27: a 8ubstantia prima e8t influentia in omnibus alii8. 
11 PerBpect. proI. p. 128, 1: Quarum influentiarum (in dem ordo substan- 
tiarum intellectiuarum) diuinum lumen per modum intelligibilem e8t principium
 
medium et fini8, ut a quo et per quod et ad quod omnia disponuntur. Corpora- 
Hum uero influentiarum lumen sensibile e8t medium, superioribus cor- 
poribus perpetuis secundum 8ubstantiam... infima corpora... mirifice a8similans et 
connectens. Damit vgI. De intellig. VII p. 8, 27: omni8... sub8tantia influens in 
aliam e8t 1 ux in e88entia uel naturam lucis habens (darum ist die erste Substanz. 
da sie keinen Einflus8 von cinem andern aufnimmt, nicht durch Teilnahme, sondcrn 
von Wesen Licht), verglichen mit VIII p. 9, 28: lucis participatio in alii8 est partici- 
patio eS8e di uini.
		

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der beiden Welten, der geistigen und der korperlichen, wird in beideu Schriften das 
Licht, welches die Einflüsse von Substanz zu Substanz vermittelt, iu ein unkorper- 
liches und £lin korperliches geschiedcn ll . Das unkorperliche gottliche Licht, 
lehrt Witelo im Widmungsbrief, ist auf intelligibile Weise AU8gang, Mittei und Ende 
der Einflüsse, durch welche im Reiche der intellektuellen Substanzen die niederen 
von den hoheren die Erleuchtungen erhalten, welche zuletzt von dem Quell der gottli- 
chen Güte abgeleitet sind 18 . Ebenso bestimmt die Schrift über die Intelligeneen das 
Licht als Prinzip, wie des Lebens ll , 80 auch des Erkennens 17 , ohne freilich den Gedan. 
ken, wie dieses geistige Licht in der intelligibilen Welt Tragcr der gegcnseitigen, in 
letzter Instanz der gottlichen Einflüsse sei, weiter zu verfolgen. Dagegen wird die 
Natur des korperlichen Lichtes und seine Bedeutung im Universum von bciden 
Schriften in der gleichen, auf neuplatonischem Boden erwachsenen, aber eigenartig 
durchgeführten Weise erklart. Von den Himmelskorpern aUBgehend", ergiesst sich1l 
dieses Licht, das Vornehmste oder Erste im Gebiet des Sinnfalligen lO , durch das 
korperliche Universum, tragt zu den niederen Korpern die gottliche Kraft und belebt 
durch die8e alles Il. Und wenn in eigenartiger Verbindung dieses emanatistischen 
Gedankens mit der aristotelischen Lehre von der Form in der Schrift über die Intelli- 
genzen das Licht als Form und Vollendung aller Substanzen, insofern dieselben aIs 
Teile des Universums betrachtet werden, erscheint", so ist es ein unverkennbarer 
Anklang an diese Auffassung, wenn der Widmungsbrief der PerBpektive das Licht 
aIs das Erste unter allen sinnfalligen Formen bezeichnet". 


Telles sont les considérations de Baeumker. Nous allons voir, de notre 
côté, premièrement (pp. 263-268), si ces raisonnements suffisent à dé- 
montrer la justesse de la thèse défendue par Baeumker, et deuxième- 
ment (pp. 268 et suiv.), s'ils correspondent, eux-mêmes, à la" réalité. 


11 Perspect. proI. 128, 1 ff. (s. vor. Anm.); De intellig. VIII, p. 11, 14; IX 
p. 13, 16. 
18 PerBpect. proI. 127, 13-17 und 128, 1-3. 
11 Prop. IX. 
17 Prop. X und XI. 
11 PerBpect. prot p. 127, 13; 128, 4 ff. 23. De intellig. IX p. 12, 10-14. 
11 PerBpect. proI. p. 128, 7 (diffUBio). De intellig. IX p. 12, 12 (diffundit). 
10 PerBpect. proI. 129, 5: (attendens) quod lumen sit primum omnium formarum 
tlensibilium. De intellig. VI p. 8, 14: Quod autem in istis sensibilibus apparentibus 
maxime est nobile, hoc est lux. 
Il PerBpect. proI. p. 128, 6: Est enim lumen supremarum formarum corporalium 
diffusio per naturam corporalis formae materüs inferiorum corporum se applicans 
et secum delatas formas diuinorum et indiuisibilium artificum per modum 
diusibilem caducis corporibus imprimens suique cum illis incorporatione nouas 
semper formas specificas aut indiuiduas producens, in quibUB resultat per 
actum luminis diuinum artificium tam motorum ordinum (! orbium) quam mouentium 
uirtutum. De intellig. IX p. 12, 10: Nisi quod dici posset, orbem primum esse causam 
uitae omnis uiui per naturam lucis quam multiplicat et diffundit in omnibus istis 
inferioribUB. quae lux diffUBa uel est uirtus diuina, uel deferens uirtutem diuinam, 
propter quam ipsa habet uirtutem uiuificatiuam. 
Il De intellig. VIII p. 10, 17: Perfectio omnium quae sunt, ut sunt partes uniuersi, 
-est lux. VgI. p. 10, 20 f. 25-27, sowie p. 10, 31-11, 25. 
.. PerBpect. proI. p. 129, 5 (s. Anm. 4) [= note 20. - N.d.l.R.]. 


- 


.........
		

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			263 


En quoi consiste l'essentiel de la concordance que Rubczynski 
et Baeumker relèvent entre les idées de Witelo (exposées dans son préam- 
bule à la Perspectiua) et celles de l'auteur du De intelligentiis' Rubczyllski 
le définit avec plus de concision que Baeumker: "Dans les deux cas", 
dit-il 241, "la lumière se voit attribuer le rôle d'intermédiaire et de lien 
entre toutes les influences et actions qui se manifestent dans l'univers" 25. 
Tous les autres parallèles dérivent de cette idée maîtresse ou en consti- 
tuent des éléments détaillés. 
Mais ce concept est-il réellement à tel point caractéristique des deux 
écrits qu'il permette de les attribuer à un même auteur ¥ Ce fut l'opinion 
de Rubczynski, en 1891; Baeumker était du même avis en écrivant le IVe 
chapitre de sa monographie sur Witelo. Cependant, pour des raisons 
extérieures 28, entre la composition et l'impression 27 de ce chapitre, 
et la publication du livre tout entier, huit ans se sont écoulés (1900- 
1908)28; l'immense Ve chapitre en est le fruit, où l'auteur s'attache à dé- 
finir la position du Liber de intelligentiis dans le contexte de l'histoire 
de la philosophie. Il faut dire que Baeumker ne ménagea pas sa peine pour 
apporter à cette question une réponse a.ussi exhaustive que possible; 
et il convient d'admirer le soin méticuleux qu'il prit à se reporter (presque 
partout) aux textes originaux, en compulsant à cette fin, sans se laisser 
décourager, toute la littérature philosophique heUénistique, patristique 
et scolastique, jusqu'au milieu du XIIIe siècle. C'est à cette occasion 
précisément qu'il découvrit ce qu'il n'avait certainement pas prévu avant 
1900, à savoir que pour résoudre les problèmes métaphysiques, les philo- 
sophes médiévaux, et en particulier ceux du XIIIe siècle (car c'est d'eux: 
qu'il s'agit en l'occurrence), avaient eu recours à la lumière beaucoup 
plus souvent que ne le laissait supposer l'histoire de la philosophie avant 
Baeumker. Witelo et l'auteur du De intelligentiis cessèrent d'être des 
exceptions; à plusieUl'S passages de cet ouvrage anonyme, Baeumker 
parvint à trouver des analogies frappantes 2U chez Bonaventure, Guillaume 
d'Auvergne, Alexandre de Hales, Albert le Grand. Baeumker sait aussi, 
il est vrai, distinguer les différences qui séparent le De intelligentiis des 
écrits de ces philosophes; aussi a-t-il entièrement raison de ne pas désigner 
Bonaventure comme auteur du De intelligentiis, bien que la seule diffé- 


1& P. 400 (p. 23 du tirage à part). 
.. Il ne peut être question évidemment, que de l'influence et de l'action des 
êtres supérieurs sur les êtres inférieurs. 
Il Baeumker, Witelo, p. V. 
17 Ibid. J p. 421. 
.. lbid., p. V. 
It Certains de ces parallèles sont qualifiés par Baeumker (p. 423) d' "extrêmement 
frappants" (die auffallendsten). 


18 - A. Blrkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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			264 


rence qu'il relève entre ces deux philosophes soit de caractère purement 
formel ou tout au plus quantitatif 30. Cependant, ce qui ne manque pas 
de frapper tout lecteur sachant qu'un espace de huit ans s'est écoulé 
entre le IVe et le ve chapitres, c'est la manière dont Baeumker utilise 
ses nouvelles connaissances, tellement enrichies depuis 1900, pour ré- 
pondre à la question portant sur l'auteur du De intelligentiis. Le moins 
qu'on puisse dire c'est qu'une révision du raisonnement du IVe chapitre 
s'imposait d'elle-même, son argument principal ayant été remis en 
question par le V e chapitre. Celui-ci cite 31 , en effet, bon nombre de philo- 
sophes du XIIIe siècle ayant, dans une mesure plus ou moins large, établi 
llnlien entre les "influences" et la lumière: or, c'est ce qui fait 1 'essen tiel 32 
de la concordance que RubczYllski et Baeumker relèvent entre le De 
intelligentiis et le préambule de la Perspectiua, et c'est ce concept que 
Baeumker considère (dans le IVe chapitre) comme se mouvant "nicht 
mehr in den geIaufigen Bahnen"33. Un lecteur averti peut alors et 
doit s'attendre à voir l'auteur revenir à cette question qui lui semblait 
déjà définitivement résolue, soi t pour renoncer à sa première hypothèse, 
soi t pour en approfondir les preuves; or, un tel approfondissement est 
impensable sans une discussion portant sur les détails, d'une part de la. 
théorie de Witelo, et, de l'autre, de celle du De intelligentiis, une discussion 
dont le but serait de démontrer qu'il existe, dans ces deux théories, des 
éléments communs et qui n'appartiennent qu'à elles. 
Tout laisse c!,oire que Baeumker sentait lui-mêmè qu'il devrait revenir 
à cette question de paternité. Se sentait-il éhranlé dans sa foi en l'hypothèse 
de Rubczynski 
 - nous ne saurions l'affirmer; il est certain en l'evanche 
que cette foi, il l'a finalement conservée et a même commencé à la sou- 
ligner avec plus d'insistance, du moins apparemment. Quoi qu'il en soit, 
il n'a jamais reconnu en toute franchise qu'après les données révélées 
par le v e chapitre, la preuve antérieure avait perdu toute sa vertu pro- 
batoire; il était d'autant moins disposé à en entreprendre ouvertement 
la révision. Toutefois, je ne veux pas dire par là que cette révision, il ne 


10 Baeumker, p. 423: "Aber trotz alledem unterscheidet sich unser Werk von 
dcr augustinischen, durch Bonawentura... weiter ausgobildcten Form der Lichtme- 
taphysik dadurch, dass seine Lichttheorie von vornherein in systematische Verbin- 
dung mit dem emanatistischcn Begriffe des Flusses der Dinge und der Auffassung 
ihres Wirkens aIs eines Einflie8sens (influere) gebracht ist. Spuren dieser A uffas- 
sung begegnen wir auch bei Bonaventura;... aber hier ist die Kombination 
jener beiden Gedankenreihen doch nicht im einzelnen durchgeführt". (Nous 
avons souligné les passages les plus importants). 
Il Voir la récapitulation par Baeumker. p. 423. 
.. Voir plus haut pp. 261-263. 
.. Voir plus haut p. 261. 


.. 


.....
		

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l'ait jamais accomplie; bien au contraire, il l'a faite, mais d'une manière 
extrêmement discrète et habile, en écrivant 341: 


Die voraufgehenùe historische Skizze niimlich hat uns zahlreiche Denker 
vorgeführt, bei denen die Lichtmetaphysik eine bedeutsame Rolle spielt. Aber diese 
Lichtmetaphysik kommt dort doch mehr aIs eingewebtes Element im Zusammen- 
hange umfassenderer Erorterungen vor; eine scharf abgegrenzte Deduktion 
dagegen, die ganz auf die Kombination der Bergiffe "Licht" und "Fluss der Dinge" 
gebaut wiire und damit ein geschl08senes System aufführte, suchen wir dort ver- 
gebens. Gerade eine solche in sich geschlossene Behandlung aber finden wir in der 
Schrift De intelligentiis l6 . Findet sich denn dafür gar keine ParallcleY 
Ja, es gibt eine solche: den Widmungsbrief an Wilhelm von Moerbeke" 
niimlich, den Wi telo" seiner PerBpectiva vorausschickte... Auch in diesem Widmungs- 
briefe sind der Fluss des Seins aus der ersten Ursache, das gottliche Licht als Prinzip 
und Mittel alles Einflusses der Dinge, das korperliche Licht - der Triiger der For- 
men - aIs Ausfluss aus der Quelle alles Lichtes die scharf herausgearbeiteten 
Gedanken, welche das Gebiilk eines in sich festgefügten Baues bilden... 
Hier lB haben wir das Pendant zu dem Abschnitt der Abhandlung lt über die Intelli- 
genzen, welcher uns zur Zeit beschiiftigt: eine neue Stütze für unsere Annahme der 
Identitiit des Verfassers der Schrift De intelligentiis mit Witelo.... o 


On ne peut, en vérité, qu'admirer l'habileté avec laquelle l'auteur 
esquive les difficultés, et la discrétion avec laquelle il fait croire au lecteur 
que les révélations du Ve chapitre, non seulement n'affectent en rien les 
conclusions du IVe mais, bien au contraire, leur apportent encore un 
appui supplémentaire. En réalité, il aurait faUu dire en toute clarté: 
"Une certaine proposition de base et un certain ensemble d'idées qui en 
découlent se trouvent exposés aussi bien dans le De intelligentiis que 
chez "Vitelo; nous retrouvons les mêmes idées (y compris l'i{lée maîtresse) 
{
hez d'autres philosophes du XIIIe siècle; toutefois, alors qu'elles 
constituent chez ces philosophes un élément marginal, secondaire, eUes 
occupent, dans le De intelligentiis et chez Witelo, une place de premier 
plan, en tant que partie intégrante d'un système clos; et c'est précisé- 
ment le rôle joué par ces idées dans l'ensemble du système qui distingue 
'Vitelo et le De intelligentiis du reste de leurs contemporains"; mais, 
en agissant de la sorte, on risquait de révéler du même coup que ce rôle 

tait la seule "differentia specifica" séparant Witelo et De intelligentiis 


.. Pp. 425-426. ('l'ous les passages soulignés le sont par mes soins, à l'exception 
de quatre où c'est indiqué autrement; les points de suspension remplacent les passages 
sans rapport avec la question qui nous intéresse.) 
31 Rubczynski (p. 8) l'affirme lui aussi. 
., Souligné par Baeumker. 
.. Souligné par Baeumker. 
SI Souligné par Baeumker. 
.. Erreur chez Baeumker: Abhandlungen. 
00 Souligné par Baeumker.
		

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de toute la pléiade de philosophes du XIIIe siècle, et que, en revanche, 
l'existence même de cet ensemble d'idées conununes n'avait en soi 
rien de particulier ni de distinctif, à l'encontre de ce que laissait entendre 
le IVe chapitre. Baeumker se trompe donc et induit ses lecteurs en erreur, 
lorsqu'il affirme que les raisonnements exposés par lui aux pages 425-426 
ajoutent "eine ne u e Stütze" à ceux, antérieurs, des pages 251- 253 ; 
en l'éalité, nous assistons en l'occurrence non pas à un renforcement, mais 
bien à un rétrécissement des "preuves" du IVe chapitre. 
Quel est l'effet de ce rétrécissement 
 La concordance du préambule 
de la Perspectiua avec le traité De intelligentiis se réduit finalement, comme 
on l'a vu, à un élément purement formel CI: un certain concept (appelons 
le, pOUl' abréger, concept de "lumière conductrice d'influences"), que 
l'on l'etrouve au reste, incidemment, il est vrai, chez nombre de philo- 
sophes du XIIIe siècle, assume, selon Baeumker, un rôle fondamental, 
celui de "charpente" dans la construction des systèmes philosophiques 
des deux auteurs en question. 
Nous arrivons ainsi au fond même de la concordance de ces deux 
conceptions philosophiques, telle qu'elle se présente à nous, sous sa forme 
définitive, après la lecture de l'ouvrage de Baeumker, et nous pouvons 
enfin revenir à notre question: cette concordance est-elle suffisante pour 
démontrer la thèse défendue par Baeumker ¥ La réponse à cette question 
nous viendra d'elle-même, lorsque nous aurons vorifié l'affirmation de 
Baeumker, selon laquelle les p3.I'allèles rclevés par lui concernent réelle- 
ment les points essentiels de la philosophie de Witelo et du De intel- 
ligentiis. 
Qu'il en soit ainsi au regard de l'opuscule De intelligentiis, je n'en 
disconviens pas, et je ne veux que vérifier comment il en est de Witelo. 
Je tiens à l'emarquer, afin d'éviter d'éventuels malentendus que, "per 
datum sed non concessum", je pa:J;s en principe du point de vue de 
Baeumker, c'est-à-dire que j'admets son interprétation du préambule 
de la Perspectiua. Nous verrons tout à l'heure si cette interprétation est 
correcte (pp. 268-306); en attendant, je vais raisonner comme si cette 
préface contenait 1;éeUement ce que Baeumker dit y avoir trouvé. 
Avant d'entrer dans les détails de la question, je rappellerai encore 
la remarque faite par Baeumker lui-même, à savoir que le concept de 
"lumière conductrice d'influences" ne se rencontre chez Witelo que dans 
le préambule de laPerspectiua; dans l'ouvrage lui-même, pourtant immense 
(Regiomontanus l'appelle "ingens et consummatum opus"), il n'en est 
nulle pa:J;t question. Cette seule circonstance nous rend déjà à priori 
sceptique devant l'assertion attribuant à ce concept un rôle majeur dans 


Il Bseumker l'appelle lui-même: "eine formale Eigentümlichkeit" (p. 425). 


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			2(ji 


la philosophie de \Vitelo. :Mais, sur ce point, la réplique est facile: la. 
Perspectiua est un ouvrage de mathématiques et de physique, et seul son 
préambule prend une couleur métaphysique; ce n'est donc que dans ce 
préambule que l'auteur a pu exposer sa "métaphysique de la lumière". 
Cette réplique, qui a l'air d'être tout à fait suffisante, est cependant 
Join de :régleI' l'affaÏI'e d'une façon définitive. En effet, dès lors que Witelo 
n'avait la possibilité de développer ses idées métaphysiques que dans 
le préambule, on peut se demander si un cadre aussi restreint pouvait 
suffir à les pI'ésenter dans toute leUl' ampleur. Car il semble peu probable 
que l'on puisse se faire une opinion, à P3.I'tir d'un fragment, sur ce qui 
est essentiel ou secondaire dans un système philosophique déteI'miné. 
Pour répondre à la question ainsi posée, revenons, une fois de plus, 
aux passages du IVe chapitre de l'ouvrage de Baeumker que je viens de 
citer plus haut in extenso CI!, mais en portant cette fois-ci notre attention 
aux notes plutôt qu'au texte lui-même. Dans ces notes, l'auteur nous 
indique consciencieusement les pages et les lignes dont il a extrait les 
passages de Witelo cités. Prenons maintenant la peine de réunir ces cita- 
tions pour les regrouper selon l'ordre du texte de Witelo; il s'avérera. 
alors que la 23 e ligne de la page 128 413 et la 58 ligne de la page 129 cc sont 
citées chacune deux fois, et que toutes les autres citations tiennent dans 
l'espace entre la 9 6 ligne de la page 127 et la 12 8 Jigne de la. page 128. 
CeJa ne fait en tout, pratiquement, que vingt-deux lignes à offrir comme 
matière de comparaison avec le De intelligentiis. Ces 22 lignes contiennent 
en tout cinq phrases (assez longues, il est vrai) qui constituent précisé- 
ment cette "metaphysische V orhalle f
 die folgenden auf die naturwis- 
senschaftlichen Fragen Überleitenden Erôrterungen", comme l'écrit Baeum- 
ker C6 , en constatant de la sorte implicitement que le :reste de la préface 
n'a aucun rapport avec la métaphysique en général, ni avec la 
métaphysique de la lumière en particulier, à l'exception peut- 
-être de deux expressions isolées que nous venons d'évoquer (128, 23 
et 129, 5). 
Si, après ce qui vient d'être constaté, je poserai de nouveau la même 
question que précédemment, mais en la formulant comme suit: "Witelo, 
a-t-il pu, dans les limites de cinq phrases, développer ses idées métaphysi- 
ques de teUe sorte qu'elles puissent servir de base pour établir ce qu'elles 
contenaient d'essentiel et de secondaire Y ", je pense que le lecteur me 


Il Pp. 261- 262. 
.1 Voir plus haut note 12 et note 18 (dans l'ouvrage de Baeumker p. 252, note 1, 
où cependant le nombre ordinal de la ligne est mal indiqué. et p. 253. note 2). 
1. Voir plus haut notes 20 et 23 (dans l'ouvrage de Baeumker p. 253. notes 
4 et 7). 
Il Tout en bas de la p. 425. 


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dispensera de la réponse. Au demeurant, Rubczynski 416 et Baeumker 
y ont répondu, eux, en tenant tout pour essentiel: et il ne pouvait pa.s 
en être autrement, s'ils voulaient reconstituer tout un système métaphy- 
sique à partir d'un fragment de 22 lignes, pour employer enfin le mot 
qui s'impose. 
Mais il est temps de passer, de cette critique "extérieure" du raison- 
nement de Baeumker, à la critique "intérieure", c'est-à-dire de vérifier c7 
si ce que l'on a cru discerner dans la préface de la Perspectiua s'y trouve 
effectivement. 
A cette question, je répondrai d'emblée: aucun des chercheurs n'a 
jusqu'à présent parfaitement compris tous les passages philosophiques 
du préambule de la Perspectiua: on croyait y trouver des choses qu'il 
ne contient pas, alors qu'on négligeait des passages importants et fort 
instructifs, en les passant sous silence où en en déformant complètement 
le sens par une interprétation erronée. Avant de le démontrer en détail, 
je vais m'arrêter un instant sur les raisons de cet état de choses. 
La première de ces raisons tient à la terminologie et au style de \Vitelo. 
Il est indéniable que le style de 'Vitelo est bien lourd: les périodes 
sont longues, les propositions subordonnées souvent mal construites, 
les anacoluthos fréquentes. Si Witelo se plaint lui-même des "uerbositas 
Arabica" et "implicatio Graeca", qui devaient sans doute le gêner beau- 
coup à la lecture des ouvrages traduits de ces deux langues en latin, on 
peut conlOtater que ces traductions n'ont pas manqué d'influencer son 
propre style, et leur marque se reconnaît non seulement à la construction 
des phrases mais aussi aux différentes expressions. En l'oubliant, on risque 
facilement de tomber dans l'erreur. Il faut par exemplo savoir que l'ex- 
pression "ea quae de naturalibus formarum actionihus" cs est un hellé- 
nisme typique ("t'oc 7te:pt "t'WV "t'WV d8wv CPUC)'LXWV 7tpcx
éc.)V), sans quoi le sens 
de toute la phrase restera pour nous oh sc ur 4111. La terminologie présente 
des difficultés encore bien plus grandes; ainsi par exemple le mot "forma", 
a chez Witelo une signification à tel point extensible qu'il est extrê- 
mement ardu, à la lecture, d'en saisir toutes les nnances; ceci ne devient 
possible qu'à l'aide d'études comparatives spéciales qui, outre que de 
porter sur la matière fournie par le préambule, tiendraient compte égale- 


&1 Rubczynski, l.c., p. 400 (p. 23 du tiré à part): "ce ne sont pas des questions 
secondaires qui ont fourni les points de contact, ... la conformité des vues s'est révélée 
dans des problèmes essentiels pour un naturaliste et un psychologue". 
.. Voir le plan de l'ouvrage, p. 262. 
Il PeTspectiua, préamb., éd. Baeumker, 129, 16-17. 
18 Que Baeumker n'ait point compris toute la phrase (129, 15-18), il n'en faut 
pour preuves que la virgule placée après "modum" (I8 e ligne) et la note qui y est 
ajoutée. 


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			269 


ment (lu "corpus" de l'ouvrage même et aussi des oeuVI'es d'autres auteurs 
contemporains de Witelo. 
Nous en venons ici à la seconde raison qui a rendu difficile jusqu'à 
présent la compréhension du préambule de Witelo: le mauvais choix 
des analogies. Oubliant que \Vitelo était un philosophe-naturaliste, on 
a confronté ses confessions philosophiques avec toute une série de monu- 
ments contemporains, où figure par exemple la Summa d'Alexandre 
de Hales 50 , mais où l'on chercherait en vain les oeuvres de Robert Gros- 
seteste 51 ou celles de Roger Bacon. 
Qu'il me soit pennis, à ce propos, de faire une observation (le caractèI'e 
général, relative à l'orientation unilatérale qu'avait adoptéa l'historio- 
graphie de la philosophie médiévale, et qu'elle continue à suivre. Ce carac- 
tère unilatéral tient au fait, et c'est là son trait particulier, que les cher- 
cheurs se consacrant jusqu'ici à l'étude de la pensée médiévale n'avaient 
qu'une formation philosophique éventuellement teintée de théologie. 
On semblait oublier que la philosophie du Moyen Age, beaucoup plus 
que celle d'aujourd'hui, était étroitement liée à l'ensemble des connais- 
sances (dont l'étendue ne saurait être comparée à l'ampleur prise par 
chacune des sciences de notre temps). Que cette faible différenciation de la 
science au Moyen Age contribue précisément, dans une certaine mesure, 
à rendre plus accessibles, même à un dilettante, les problèmes scientifi- 
ques moyenâgeux (de physique ou d'astronomie, par exemple) ne change 
rien au fond de la question; mais on pourrait être tenté d'en déduire que 
le peu de connaissances en mathématiques, physique ou astronomie 52 
que doit posséder tout chercheur nanti d'une instruction philosophique, 
devrait largement suffire pour déchiffrer, sinon tous les textes, du moins 
ceux auxquels pourrait avoir affa
e un historien de la philosophie. 
Celui qui penserait de la sorte conunettrait une grave erreur, car la diffi- 
culté tient, autant qu'à leur contenu, à la forme des problèmes soulevés 
par les mathématiciens, les physiciens ou les astronomes du Moyen Age, 
y compris la terminologie, si différente de la nôtre. Aucun astronome 
d'aujourd'hui ne pourrait lire dans 1'original, sans une préparation préa- 
lable, les oeUVI'es de Copernic; mieux encore, am'un mathématicien con- 


10 Baeumker, pp. 393-394. 
Il Baeumker écrivit son V e chapitre (1900-1908) avant la parution de l'édition 
"critique" des oeuvres de Robert, signée par Baur, en 1912 (pour la valeur critique 
de cette édition, voir plus loin dans le texte), mais, en ce qui concerne l'opuscule 
De lineiB, anguliB et figuriB, dont il s'agit ici en premier lieu, il était possible d'utiliser 
l'une des trois éditions précédentes (1503, 1514, 1900). 
Il J'énumère ces trois sciences "modo exernpli". en tant que disciplines les 
mieux connues de Witelo; mais la même observation s'applique bien entendu à d'autres 
disciplines, comme par exemple la médecine, etc.
		

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temporain ne pou,rrait lire, sans l'aide d'un commentaire, les traités 
latins d'Euler Il3 , bien que cinq géné
ations à peine nous séparent de la 
mo
t de ce grand mathématicien (mort en 1783). Comment peut-on dès 
lors espérer qu'un philosophe ou un historien de la philosophie comprennent 
de nos joUl's les développements, même élémentaires, d'un ast
onome ou 
d'un physicien du Moyen Age. Aussi les cas d'incompréhension sont-ils, 
hélas, bien fréquents. J'en citerai le plus typique, concernant d'ailleurs 
un savant qui jouera enCOI'e III certain rôle dans la suite de notre traité. 
L'abbé Ludwig Baur, professeUl' de théologie à l'Université de Tübingen, 
entreprit, vers 1908, d'éditer toute l'oeuvre philosophique de Robert 
Grosseteste; il consaCI'a plusieurs années à la l'echerche des manuscrits 
dans les bibliothèques anglaises, françaises, allemandes, autrichiennes 
et italiennes; il réunit les fruits de ses recherches dans une oeuvre de 
dimensions imposantes, intitulés Die philosphischen Werke des Robert 
Grosseteste, Bischofs 'Von Lincoln, zum erstenmal 'Vollstiindig in kritischer 
Ausgabe 5c . Il n'est pas notre propos ici - de savoir si cette édition était 
réellement complète; on peut pa.r contI'e démentir catégoriquement 
l'affirmation qu'elle soit critique. Il serait plus juste de dire que, chaque 
fois que la tradition manuscrite posait à l'éditeur des problèmes tant soit 
peu difficiles, sa "critique" échouait sur toute la ligne. Les passages qui 
en souffrirent le plus sont ceux qui demandaient, pour être compris, une 
certaine connaissance, souvent minime, de la terminologie mathématique 
ou astronomique médiévale. Pour en donneI' un exemple, prenons au 
hasard le premier fragment où ce genre de termes est utilisé. Nous le trou- 
vons à la page 2, lignes 22 à 26: "Quinque ergo sunt proportiones, quarum 
tres sunt minime multiplicium et duae maxime superparticularium: 
quia haec 55 sunt inter maximas et minimas diuisiones 68 in motu secundum 
tarditatem uel uelocitatem uel secundum utraque. Haec numquam 


.. On en trouvera des preuves dans le traité de G. Enestrom [Eine Legende 1Ion 
dem eiBernen FleiBBe Leonhard EulerB. - N.d.i.R.] (Bibliotheca Mathematica, III 
Folge, Bd. [10, 1909/10, pp. 308-316), p. 316. - N.d.l.R.]. 
Il Beitrage zur Geschichte der Philosophie des Mittelalters, Bd. IX, Münster 
1912, pp. XIII, 180*, 778. 
Il Sous-entendu "quinque proportiones". 
Il Tout indique que ce terme doit être identifié avec "proportiones" (rapports): 
('n effet, d'après le p&88age précédent (ligues 14-21), on peut "diviser" (diuidere p 
lignes 15, 16, 18, 19) les mouvements de deux manières, c'est-à-dire qu'on peut envi- 
sager le rapport (proportio, ligne 19) d'uu mouvement à l'autre d'un double point 
de vue: a) celui du temps (un des mouvement dure :r; fois plus longtemps que l'autre);. 
b) celui du chemin parcouru (dans un même temps, l'un des mouvements nous fait 
parcourir un chemin y fois plus long que l'autre). - Il n'est pas exclu toutefois que 
"diuisiones" signifie ici "particularités"; voir p. 271, note 58. De toute façon, quell& 
que soit la traduction admise, le sens de la phrase reste clair. 


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			271. 


praestant in motibus perfectunl moderamen". Je défie quiconque de 
comprend,re ce passage, même à l'aide des notes explicatives que j'y 
ai ajoutées et qui sont, bien entendu, entièrement étrangères à Baur; 
je ne peI'drai donc pas de temps à prouver que Baur n'en avait rien 
compris, lui non plus 117. Et pourtant, le passage est facile à comprendre, 
à condition de changer "minime" et "maxime" en "minimae" et "maxi- 
mae", de remplacer "sunt inter" par "arguunt"118 comme c'est écrit dans 
le manuscrit pragois ll9 ; "tradidatem" par "durationem" 110, mot qui 
figure dans l'édition de 1514 et dans le manuscrit vénitien 61; "numquam" 
par "inquam", conformément à la même édition et au même manusCI'Ït 
vénitien 62. Evidemment, il faut savoir en outre que "proportio multiplex" 
est un rapport du genre n: 1, alors que "proportio superparticularis" 
est un rapport du genre (n+ 1):n; alors, non seulement]e texte deviendra. 
tout à fait clair, mais il sera aussi entièl"ement conforme à un autre passage 
où Grosseteste revient pour ]a seconde fois au même sujet 113. 


17 Nous en avons la meilleure preuve dans le livre de Baur, Die PhiloBophie deB 
RobertB GroBBeteBte, BichofB von Lincoln, Beitrage zur Geschichte der Philosophie des- 
Mittelalters, XVIII: 4-6, Münster 1917, où l'auteur résume les idées de Robert 
presque page par page. Le passage qui nous intéresse en l'occurrence aurait dû être 
résumé p. 19, ligne 5; or, il n'en est rien, car, oontrairement à ses habitudes, l'auteur 
a cette fois-ci préféré sauter presque toute une page du texte (p. 2 ligne 22 - p. 3 
ligne 14). 
Il Ce changement n'est cependant pas absolument nécessaire, surtout si nous 
traduisons "diuiBiones" par "rapports" et "sunt inter" par "appartiennent à"; la 
leçon du manuscrit pragois est en revanche commode en ceci qu'elle nous donne la 
signification aussi bien dans le cas où nous traduisons "diuisiones" par "rapporte" 
que dans celui où nous préférons le traduire par "particularités" (voir plus haut. 
note 56). 
Il La comparaison avec celui-ci a été fait par Baur avec bien peu de soin; il 
ne fait même pas mention du mot "arguunt" dans ses notes critiques; je peux toutefois- 
attester son existence d'après une copie du manuscrit faite en 1911 par moi-même. 
10 L'éditeur n'a même pas deviné que "diuisio secundum uelocitatem" veut 
dire la même chose que "diuisibilitae spatii" à la ligne 19, et "diuisio secundum dura- 
tionem" (et non pas "tardidatem "), la même chose que "diuisibilitas temporis" 
à la ligne 16 (voir plus haut note 56). D'ailleurs les mots "uel secundum utraque". 
prouvent que l'opposition de "tarditas" et de "uelocitas" était ici impossible. 
Il Voir les notes critiques de Baur, p. 644 (il n'y mentionne que le manuscrit 
vénitien; cependant, le mot "durationem" figure aussi dans l'édition de 1514). 
Il Baur, l.c. (une fois de plus, il n'y est pas tenu compte de l'édition imprimée). 
.. P. 58 lin. 35 - p. 59 lin. 2: "Ris autem manüestum est, quod solae quinque- 
proportiones, repertae in his quatuor numeris 1, 2, 3, 4, aptantur compositioni 
et concordiae stabilienti omne compositum. Quapropter ista.e solae quinque propor- 
tiones concordes sunt in musicis modulationibus, gesticulationibus et rythmicis tem-- 
poribus". Il s'agit donc de rapports supérieurs à l'unité que l'on peut composer avec 
ies nombres de 1 à 4. Il Y a six rapports possibles: 
 
 
 
 : j. Comme le cinquièm& 
peut être réduit au premier, il reste finalement trois "proportiones multiplices" - 


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L'exemple cité prouve suffisamment, à mon estime, que, souvent, 
la seule exégèse des textes philosophiques médiévaux demande déjà 
plus qu'une connaissance des vérités mathématiques, physiques ou astro- 
nomiques élémentaires: elle demande une connaissance de l'histoire 
de ces sciences. Elle implique aussi, dans la même mesure, au moins 
des notions générales sur l'évolution des autres sciences, non seulement 
humanistes dont l'histoire est relativement bien connue, mais aussi des 
.sciences naturelles et médicales. 
Cependant, la nécessité de rattacher étroitement l'histoire de la 
:philosophie à celle «les scienceR mathématiques et naturelles ne s'arrête 
pas à ce niveau élémentaire de recherches dont nous parlions jusqu'ici; 
la rupture de ces attaches risque de déformer le travail de construction 
lui-même. Il n'en faut pour preuve que l'histoire des recherches sur la 
philosophie du XIVe siècle. Il y a dix ans encore, on tenait cette période 
d'évolution de la philoRophie pour secondaire, pour la seule raison que 
les historiens, nantis d'une instruction purement philosophico-théologique, 
lui préféraient l'époque de saint Thomas; il a fallu attendre les travaux 
de P. Duhem, historien de la physique, pour sortir cette période de l'obscu- 
rité et la mettre au grand jour. Un exemple de plus IlOUS sera bientôt 
fourni (si tous les signes ne nous trompent) par l'historiographie de la 
philosophie de la fin du XIIe siècle et du début du XIIIe, discipline en- 
tièrement dominée jusqu'à présent par les historiens de la théologie pour 
lesquels les personnalités les plus éminentes étaient en l'occurrence les 
derniers commentateurs des Sententiae, jusqu'à Robert de Courçon, 
puis Alain de Lille, Guillaume d'Auxerre, Philippe de Grève, Guillaume 
d'Auvergne, Alexandre de Hales, Jean de La Rochelle, Bonaventure, 
Alùert le Grand. C'est pour cette raison que le phénomène le plus important 
de cette période: la réception de l'aristotélisme, attend toujours encore 
le chercheur qui la présenterait sous un jour correct. Il serait en effet 
faux de croire que le précieux livre de M. Grabmann 64 envisage le phéno- 
mène évoqué d'un juste I)oint de vue. Plus que quiconque, Grabmann 
manifeste un fort penchant pour l'histoire de la théologie, penchant qui 
a profondément marqué toute son activité d'auteur et, entre autres, 


2: 1, 3: 1, 4: 1 - et deux "proportiones superparticulares" - 3 : 2 et 4: 3; con- 
formément à ce que dit Robert, les premiers sont "tres minimae multiplicium (sc. 
proportionum)" et les seconds, "duae maximae superparticularium (sc. proportio- 
num)": en effet, à mesure que la valeur de n diminue, le rapport du genre fI.: 1 dimi- 
nue lui aussi. alors que le rapport du genre (n + 1): n augmente avec la diminu- 
tion de la valeur de n. 
.1 M. Grabmann, ForBchungen über die lateiniBchen AriBtoteleBüberBetzungen deB 
XIII. JahrhundertB, Beitrage zur Geschichte der Philosophie des Mittelalters, XVII: 
5-6, Münster 1916, pp. XXVII, 270.
		

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ses Forschungen. Comme j'ai eu déjà la possibilité de l'indiquer à une 
autre occasion 65, presque tous les faits nouveaux que ce livre révèle 
ne concernent que deux oeuvres d'Aristote, à savoir la lIfétaph?Isique 
et l'Ethique, ses ouvrages de sciences naturelles étant restés en dehors 
du champ d'intérêt de l'auteur. Rien d'étonnant alors à ce que le lIe 
chapitre de sa "Partie générale" en analysant le progrès de l'audience 
des oeuvres du Stagirite en Occident jusqu'en 1260, ne tienne presque 
exclusivement compte que des théologiens, bien que ce fût parmi eux 
surtout que se recrutaient les ad versaires d'Aristote à Paris; en revanche, 
Je vrai courant aristotélique qui a profondément marqué les ouvrages 
de sciences naturelles de cette époque, reste entièrement inaperçu de 
Grabmann. C'est là précisément la conséquence de cette préparation 
philosophico-théologique unilatérale qui est toujours de règle parmi les 
historiens de la philosophie médiévale, à leur plus grand préjudice 
d'ailleurs, comme le montrent ces exemples. C'est de là que viennent les 
plus grands obstacles entravant la progression de l'histoire de la scolasti- 
que; en effet, lorsque Baeumker 68 se plaint qu'on ait pris l'habitude, 
à tort, de consiMrer la philosophie du XIIIe siècle comme une création 
homogène assise sur des fondements théologico-métaphysiques, il ne 
touche en fait qu'à un phénomène secondaire, découlant de la préparation 
unilatérale évoqu
e plus haut. 
Nous rencontrons de semblables effets de la même cause initiale à pro- 
pos de l'interprétatiun du })réambule de Witelo, interprétation qui nous 
a inspiré toute cette longue digression. Ce qui manquait aux savants 
qui ont jusqu'à pré
ent étudié ce préambule du point de vue philosophi- 
que, c'est la connaissance des textes moyenâgeux consacrés aux sciences 
naturelles; aussi, la seule te:r:minologie les a-t-elle déjà conduit à des 
erreurs dont ne pouvaient les faire revenir des analogies historiques 
choisies mal à propos. Qu'il en ait réellement été ainsi, les remarques 
critiques qui suivent nous en fourniront la preuve. 
S'il me fallait répondre d'emblée à la question: olt réside l'erreur 
fondamentale de toutes les interprétationH antérieures du préambule 
de \Vitelo, je dirais sans hésiter: dans la traduction incorrecte des expres- 
sions "res corporae inferiores" et lIres corporae superiores". I
es auteur
 
en tiraient la conclusion que, chez \Vitelo, le monde corporel serait cons- 
truit, tout comme le monde suprasensible, selon un système hiérarchi- 


Il [Compte rendu de l'auteur, conccrnant le livre cité plUB haut. - N.d.l.R.], 
Philosophisches Jahrbuch, XXX, 1917, pp. 338-344, [ou bien dans Etudes d'hiB- 
toire deB BcienceB et de la philosophie du Moyen Age, pp. 3-9. - N.d.l.R.] 
Il C. Baeumker, Die Btellung deB Alfred t'on Bareshel... in der WiBBenBchaft deB 
beginnenden XIII. Jahrhunderts (Sitzungsbcrichte der kgl. bayer. Akademie dcr 
Wi8scnschaften, Phil. Klasse, 1913, 9 Abh.), München 1913, p. 3. 


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que échelonné 87: tout en haut se trouveraient des êtres corporels suprêmes, 
à savoir les corps célestes S8, puis viendraient, en échelons successifs, des 
corps inférieurs, jusqu'aux plus humbles; dans ce système, le rôle de la. 
lumière sensible (lumen sensibile) seI.ait de transmettre les "influences" 
d'un échelon à l'autre 69 . Or, une étude approfondie du texte de Witelo 
ne révèle rien de pareil; toute cette hiérarchie descendante (des êtres 
corporels) n'est qu'une amplification suggérée aux chercheurs par leur 
désir (conscient ou non), de trouver dans la Perspecti1ta un fond néo- 
-platonicien absolument exceptionnel au XIIIe siècle, et notamment des 
analogies avec le De intelligentiis. 
On ne peut nier, en effet, que l'on trouve, précisément dans le De 
intelligentiis, du moins en ce qui concerne les quatre éléments et leurs 
couches successives (prop. VIII, pp. 9-11), des idées toutàfaitressemblan- 
tes à celles que nous venons de citer; mais il n'en va pas de même pour 
Witelo. Witelo distingue dans le monde matériel (res corporeae) deux 
échelons seulement7
: l'échelon inférieur qu'il appelle chaque fois 
autrement: "inferiores res corporales" (127,10), "res corporeae inferiores 
in ordine partium uniuersi" (127,11), "infima corpora" (128,5), "in- 
feriora corpora" (128, 7), "caduca corpora" (128, 9), et l'échelon supérieur 
qu'il désigne par des noms non moins divers mais plus faciles à saisir. 
En effet, lorsqu'il oppose aux "superioribus corpo;ribus perpetuis secundum 
substantiam, solum in potentia ad ubi existentibus", les "infima corpora. 
quae secundum formas et ubi u3.I'iantur" (128,4-5), il en ressort net- 
tement quels sont les corps supérieurs et inférieurs: il s'agit, d'une part, 
de sphères et corps célestes, et, de l'autre, du monde sublunaire. 
Nous :retrouvons ici une idée qui constitue un des éléments intégrants 
de la synthèse scolastique 71, et qui, professée déjà par Aristote 72, a joué 
un rôle fondamental dans la cosmologie, l'astronomie et l'astrologie 


17 Voir les propos de Baeumker cités plus haut p. 261, lin. 20: "... Anschauung 
von der Ordnung alles Seienden iu stufenweisem Abstiege", ainsi que pp. 261 
lin. 27-262 lin. 1: "Entsprechend der Stufenfolge der beiden Welten, der 
geistigen und der korperlichen..." 
.. Voir les propos (fort justes) de Baeumker cités p. 262 lin. 13. 
et Voir les propos de Baeumker cités plus haut p. 262, Il.1-2: "das Licht, welches 
die Einflüsse von Substanz in Substanz vermittelt" (dans les deux hiérarchies, 
ll. 2-3). 
70 Je nc veux pas dire par là. que Witelo tienne pour exclue une division plus 
poussée de ces deux échelons, mais seulement souligner qu'il n'en est point question 
dans le pré am bule de la PerBpe ctiUG, pas plus que de l'idée si caractéristique 
du De intelUgentiiB selon laquelle cette hiérarchie des êtres (également corporels) 
serait fonction du degré de leur luminosité. 
71 Voir M. de Wulf, HiBtoire de la philoBophie médil!vale, 4 e édition, Louvain 1912, 
S 262 (pp. 339- 3(1). 
71 De Wulf, l.c., 148 (pp. 43-45). 


... 


---tI
		

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médiévales. "Mundus superior" et "mundus inferior" sont les termini 
technici POUI' désigner ces deux mondes. Je n'invoquerai pas, à l'appui, 
des traités PUl'ement astronomiques ou astl'ologiques, l'embarras du 
choix ne serait en vérité que trop grand; je me bornel'ai de propos délibéré 
à la Philosophie de Daniel de Merlai (Philosophia magistri Danielis de 
M erlai ad J ohannern N orwicensem episcopum), dont l'édition l'écente 73 
est dédiée par l'éditeUJ.' à Baeumker. Le titl'e de cette Philosophie, tel 
qu'il figure au colophon des deux manuscrits collationnés jusqu'ici 741, 
est à lui seul évocateur: Liber de naturis inferiorum et superim'urn; chez 
J. Pits, les deux livres dont l'ouvrage est composé portent en outre les 
Bous-titres "De superiori mundo" et "De inferiori mundo" 711. Une décla- 
ration formelle portant SUI' ces deux mondes figure à la page 15 (lignes 
23-28): "Mundum uero sapientes huius mundi in duas partes diuisel'unt, 
quarum una superior agens est, quae a circulo Lunae ad aplaneticam 
protenditur regionem, altera a Lunari globo inferius patiens est, quo 
faex mundi appellari potest; unde et uera philosophia tandem intellexit 
inferiorem mundum supeI'iori necessitate quadam ligatum ..." 
etc.; il s'agit donc en effet des mondes céleste et sublunaire: les mêmes 
dont parle Witelo 78. 
Pour nous en assurer, voyons encore les autres passages de la préface 
où il est question des "res corporae superiores" et de leur action SUI' les 
"res infel'iores"; nous y tI'ouveI'ons des expressions telles que: "uirtutes 
Buperiores" (127,10-11) "formae diuinorum et induisibilium artificum" 
(128,8-9), "diuinum artificium tam motorum oI'bium quam mouentium 
uirtutum" (128,11-12), "caclestium influentiarum diuina uirtus" (128, 
23). Ces passages, à l'exception du premier, indiquent sans équivoque 
qu'il s'agit ici uniquement de l'action des sphères et corps célestes Bur le 
monde sublunaire; ainsi, Witelo ne s'écarte point des opinions professées 
par les philosophes, les astronomes et les astrologues de son temps. 


71 DanielB von Morley Liber de naturiB inferiDrum et BuperiM'Um, hgg. von Karl 
Sudhoff (Archiv für Geschichte der N aturwissenschaftcn und der Technik, VIII, 
1917, pp. 1-40); il en existe aU88i un tirage à part. 
" Sudhoff s'était fondé sur le cod. Arundel. 377; un peu plus tard (1918), j'ai 
réussi à retrouver une copie un peu plu8 ancienne dans le cod. Berol. lat. quo 387. 
Voir mon mémoire intitulé Eine neue HandBchrift deB "Liber de naturiB inferiorum 
fit Buperiorum" deB Daniel von Merlai (Archiv für Geschichte der N aturwissenschaften 
und der Technik, IX, 1920, pp. 45-51); il en existe également un tirage à part [voir 
la réimpression dans les EtudeB d'histoire deB BcienceB et de la philoBophie du Moyen 
Age, pp. 45-51. - N.d.l.R.]. 
71 Sudhoff, l.c., p. 3. 
71 Chez saint Thomas aussi, "corpus inferius" et "corpus superius" sont des 
termes techniques servant à désigner les corps sublunaires et célestes; voir L. Schütz, 
Thomasle:rikon, 2 Aufl., Paderborn 1895, pp. 190 et 391.
		

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:Mais, comment s'imagine 'Vitelo le moyen d'action de ce "mundus 
superior" sur le "mundus inferior"? Il affirme avant tout que les influences 
divines (diuinarum uirtutum influentia 127,10; diuina uirtus 127,12) 
s'exercent sur le monde sublunaire (res corporeae inferiores in ordine 
uniuersi 127,11-12) non pas d'une manière immatérielle (incOl
- 
poraliter 127,12), mais par l'intermédiaire des corps célestes (per superiora. 
sui - sc. rerum corporalium - ordinis 127,12-13); l'élément de trans- 
mission de ces influences matérielles (corporalium influentiarum 128, 3) 
est la lumière sensible (lumen sensibile 128,3) qui assimile et lie d'une 
façon miraculeuse 77 les "infima corpora" aux "corpora superiora", comme 
l'explique la suite (128, 6 "est enim . . ." etc.) et à quoi nous reviendrons 
tout à l'heure. 
En attendant, arrêtons-nous un moment sur ce l'ôle d'intermédiaire 
entre le "mundus supérior" et le "mundus inferior" que Witelo attribue 
à la lumière. Il faut souligner une fois de plus qu'il ne s'écarte point en 
la circonstance de la "communis sententia" de toute son époque. De 
l'avis général des astrologues médiévaux, les sphères et les corps célestes 
aQissaient IiUI' le monde sublunaire par le triple moyen: du mouvement, 
de la lumière et d'une "influentia" particulière qui était, précisément, 
censée expliquer toutes sortes de phénomènes miraculeux (mirabilia), 
soi-disant provoqués "in istis inferioribus" 78 par les astres. Pour montrer 


77 "... mirifice assimilans et conectens" 128, 5-6. 
7. J'en citerai, à titre d'exemple datant du XIIIe siècle, le passage suivant d'Al- 
bert le Grand, De anima, lib. 1 tr. 2 c. 13 (éd. Borgnet V, 179), dont l'intérêt tient 
au fait qu'il évoque, par certaines de ses expressions (par exemple, agens, BpecieB, 
imprimere, assimilari, forma corporea = corporalis) et idées, des considérations de 
Robert Grosseteste et de Roger Bacon, dont il sera largement question plus loin: 
"Sciendum igitur, quod omne agens incorporeum, quod imprimit speciem suam in 
rem corpoream et per corporeum instrumentum, oportet quod agat aliquando sic, 
quod species, quam imprimit, sequitur magis substantiam, cui imprimitur, et ali- 
quando magis assimilatur speciei agentis et aliquando assimilatur secundum quid 
utrique; et hoc fit propter diuersitatem eius, quod suscipit suam impres8Ïoncm siue 
formam, quam inducit. Est autem Motor Primus omnino incorporeum agens, quod 
tamen 'agit in materiam... per instrumentum corporeum quadrupliciter. quorum 
unum est uirtus, quac est in corporibus caelestibus. aliud autem uirtus, quae est 
in lumine caelesti descendente. et tertium motus caelestis, et quartum est quali- 
tates primae, quae sunt in elementis; et ideo in quibusdam, quae tantum commixta 
sunt materialiter. non inducit nisi formam corpoream, sicut in lapidibus et metallis...; 
in quibusdam autem, quae aequalitati (., = qualitatH) caeli magis appropinquant..., 
m ultum resultat de lumine suo (= caeli), sicut in intellectuali anima..." Je pense 
qu'il est inutile de souligner à l'intention du lecteur que seuls les trois premiers "modi 
actionis" proviennent des corps célestes (le premier d'entre eux est précisément la 
fameuse "influentia"); le quatrième consiste en des qualitateB primae (calidum- 
[rigidum, humidum - Biccum) des éléments eux-mêmes (cf. la paraphrase des Mé- 
téoreB par Albert, lib. 1 tr. 1 c. 4, tout au début). 


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conunent on s'imaginait en détail toute cette action, le mieux sera de 
citer un passage de l'ouvrage de Nicole Orcsme Quaestiones -,"1 eteororurn. 
Le passage est extrait de la 3 6 question du livre 1 er dont le titre mérite, 
à lui selù, d'être répété ici: "Utrum iste mundus inferior 79 sit continuus 
latiollibus superioribus, ut uirtus eius inde gubernetud" Nous y lisons 
ce qui suit: 


Secunda conclusio: Caelum agit in ista inferiora triplici instrllmento, scilicet 
motu, lumine et influentia. Quod motu, patet, quia moto caelo mouetur sphaera 
ignis et superior pars ooris una cum ipso sicut patebit 80 , ex quo patet, quod caelum 
per suum motum agit in ista inferiora. Similiter ipsum agit in ea mediante lumine, 
quia lumen suum causat calorem in isto mundo inferiori, sicut patebit 81 . Quod etiam 
ipsum agit in ea mediante influentia, patet, quia multa fiunt in terra, sicut metalla. 
gemmae et simili a, ad quae lumen caeli non potest pertingere, ergo caelum mediante 
sua influentia concurrit ad talium productionem. Similiter mare fluit et refluit, quando 
Luna est in puncto mediae noctis, nec tunc lumen eius attingit mare, ergo oportet 
dicere, quod Lunae influentia sit causa huius flux us et refluxus. Nota, quod talis 
influentia est una qualitas distincta a lumine et est qualitas insensibilis diffusa per 
totum medium, sicut calor; et sic differt a lumine, quia lumen est qualitas sensibilis, 
hlliusmodi autem influentia est qualitas insensibilis. Simili ter influentia non impe- 
ditur a corpore opaco, lumen autem impeditur a corpore opaco, puta a muro uel 
ab aliquo huiusmodi. Similiter lumen causatur solum ab astris, influentia autclU 
causatur a qualibet parte caeli". 


71 Oresme définit ce terme technique comme suit: "Nota primo, quod per mun- 
dum inferiorcm intelligitur ista tota massa, quae est infra orbem Lunae, quae est 
aggregata ex mixtis et quatuor elementis". 
10 C'est là probablement un renvoi à la question 4: "Utrum cessante motu caeli 
cessant motus in isto inferiori f" . 
81 C'est le sujet de la question 9: "Utrum lumen sit productiuum calorisf". 
Il Nous rencontrons presque les mêmes mots chez Thémon le Juif, fortement 
influencé par Oresme, comme je l'ai indiqué dans la Ire partie de ces EtudeB (Appendice 
II). Dans ses QuaeBtioneB Meteorum lib. 1 quo 2 (Utrum totus iste mundus sensibilis 
sit subiectus superioribus lationibus et contiguus, ut inde tota eius uirtus guberne- 
turf), il est dit dans la conclusio secunda (éd. 1522 f. 88 recto col. 1): "Secunda con- 
clusio est de modo agendi, quomodo caelum agat, et est ista, quod caelum agit per 
motum uel per lumen uel per influentiam, tamquam pcr instrumentum... (suivent 
les preuves, les même que celles d'Oresme). Sed diceres: quae res est influentia et 
quid est! Dico, quod est quaedam qualitas siue uirtus diffusa per totum mundum. 
sicut multiplicatur species coloris uel luminis. Tamen differentia est 
inter influentiam et lumen, primo, quia lumen est qualitas uisibilis et sensibilis, scd 
non influentia, cum non sentiatur aliquo sensu, sicut apparet in uirtute, quae 
causatur a magnete, qllando mouetur ferrum ad ipsum: per nullum enim sensum 
sentitur illa uirtus. Secundo differunt, quia talis influentia non impeditur, saltem 
totaliter, si aliquid corpus intcrponatur, sed transit per corpora opaca et densa, per 
quae non potest transire lumen, sicut apparet de magnete, quia unus mouet alium 
superius in uase natantem, si sub uase bene denso teneatur. Tertio differunt: lumen 
solum causatur a luminoso et lumen caeli a stellis caeli, sed influentia causatur ab 
aliis partibus caeli non stellatis".
		

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Ainsi écrivait OI'esme quand il était enCOI'e magister artium, avant 
1348 83 , c'est-à-dire avant qu'il ne fût devenu sceptique à l'égard de l'astro- 
logie qui tenait l' "influentia" pour un élément essentiel. Plus tard, lors- 
qu'il en est venu à considérer l'astrologie comme une science illusoire, 
il a dû logiquement cesser de c
oire en l'existence de quelque "influentia" 
mystérieuse et insaisissable et chercher une explication plus naturaliste 
du monde et de ses phénomènes miraculeux. Ses nouvelles opinions, il 
les a exposées en 1370 841 , dans sa Q1taestio contra diuinatores, où il s'efforce 
de ramener tous les "mirabilia" aux causes naturelles; certes, il admet 
toujours l'existence d'une certaine action des cieux sur la terre, mais il la 
réduit aux seules "actio per lucem" et "actio per motum". Cette idée 
novatrice fondamentale, qu'Oresme a exposée déjà dans la première 
conclusion de son ouvrage 8S , nons la, retrouvons par la suite chez touR 
les adversaires de l'astrologie, parmi lesquels Giovanni Pico della Mirandola 
occupe une place d'honneur 86. Tous sont à cet égard d'accord sur un 
point: ils acceptent l'"actio per motum" et l'"actio per lumen" (sensu 
stricto) en même temps qu'ils rejettent tous les autI'es "occnlti modi agendi" 
que les astrologues comparent à l'action de l'aimant sur le fer 87 et qu'ils 
désignent par le nom commun d' "influentia" . 
Revenons cependant à Witelo pour poser la question: quelle est à ce 
sujet sa propre position? A juger p3.I' la. citation déjà évoquée 88, la lumière 
assume, selon Witelo, le rôle du conducteur (medhun) transmettant les 
influences célestes sur la terre; mais pouvons-nous en conclure qu'il 
y voit 1 'uniq ue moyen par lequel le "monde supérieur" agit sur l' "in- 
férieUl'''? Rien n'autorise une telle interprétation du texte; rien ne nous 


.. Pour la date, voir mes Studia nad Witelonem, Première partie, Krak6w 1921, 
p. [77 - Z.W., ou plus haut p. 180. - N.d.I.R.]. 
Il Pour la date voir ibidem. p. [3, ou plus haut p. 99. - N.d.I.R.]. 
Il Cod. Paris. lat. 15126, f. 24 recto: "Tunc ponuntur conclusiones. P ri m a 
est. quod ad saluandum actionem seu productionem in istis inferioribus et diuersi- 
tatem ipsorum non oportet ponere in caelo qualitatem seu influentiam (a.liam). 
quam lucem et motum... ita, quod caelum quidquid agit per suam formam seu essen- 
tiam. per lucem suam et per motum suum agit, non per alias qualitates ignotas, quae 
dicuntur influentiae, etc." 
Il Le Ille livre de son ouvrage célèbre Adu6TB'UB aBtrologoB est consacré à ce pro- 
blème. Il suffit d'en citer quelques titres de chapitres: C.4: "Caelum qualiter motu 
agat et lumine et elementorum, metheorologicorum, mineralium uiuentiumque uni- 
uersalis causa sit'''; C. 5: "Praeter communem motus et luminis influentiam nullam 
uim caelestibus peculiarem esse"; C. 24: "Occultas uires caelestibus non inesse, per 
quas occultas inferiorum rerum proprietates producant, sed calorem tantum lumenque 
uiuificum", etc. 
17 Voir plus haut note 82. 
.. "Corporalium uero influentiarum lumen sensibile est medium" 128. 3. 


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peI'met de supposer que, naturaliste et astronome 8 ', il rejetait non seule- 
ment cette influence "magnétique" secrète, comme le faisaient les ad- 
versaires de l'astrologie, mais en outre aussi l' "actio per motum" que 
ces sceptiques même ne mettaient pas en cause 90 . En un mot, nous n'avons 
pas la moindre raison de supposer que les idées de Witelo relatives aux 
moyens d'action des sphères et corps célestes sur le monde sublunaire 
aient différé en quoi que ce soit de l'opinion communément admise à son 
époque. 
Continuons cependant notre exégèse puisq ue nous nous sonunes 
écartés quelque peu du sujet principal dans les deux derniers passages 
(pp. 276-279). Nous nous sommes arrêtés (p. 276), à l'assertion selon 
laquelle la lumière assimile et unit, d'étrange façon, les "infima corpora" 
aux sphères et corps célestes; 'Witelo explique ce phénomène de la manière 
suivante: "Est enim lumen supremarum formarum corporalium diffusio 
per naturam corporalis formae materns inferiorum cOI'porum se applicans 
et secum delatas formas diuinoI'um et indiuisibilium artificum per modum 
diuisibilem caducis corporibus imprimens suique cum illis incorporatione 
nouas semper formas specificas aut indiuiduas producens, in quibus resul- 
tat peI' actum luminis diuinum artificium tam motorum orbium quam 
mouentium uirtutum" (p. 128,6-12). Qu'est-ce que tout cela signifie! 
En cherchant l'explication chez Baeumker, nous nous apercevons qu'il 
cite 91 ce passage en entier dans la note 5, page 25392, alors que, dans le 
texte même, il y ajoute ces quelques mots choisis dans la suite du préam bule: 
,,(attendens) quod lumen sit primum omnium formarum sensibilium" 
(129,5), en interprétant tout cela comme suit 93 : 


Il Je rappelle que Witelo est l'auteur d'un ouvrage (disparu aujourd'hui), intitulé 
Scientia motuum caeleBtium. 
10 [La note manque. Il n'y a que la notice suivante:] Baeumker, Witelo, p. 391. 
[Elle concerne le passage: "Die Einwirkung der htiheren Ktirpcr auf die niederen 
ist nach ihm (= Avicenna) an die Vermittlung des Lichtes gebunden", et surtout 
la note 2 de la p. 391: ..Thomas Aqu. II Sent. dist. 13 quest. 1 a. 3: Unde Avi- 
cenna (De caelo et mundo c. 14 in fine) dicit, quod nulla actio e8t a corporibus 
superioribus in inferiora, nisi mediante luce, sicut ignis etiam agit mediante calo- 
re". - N.d.I.R.]. 
Il Aveo un lapsus caractéristique: "motorum ordinum", au lieu de "motorum 
orbium"; cette erreur pourrait à elle seule attester que Baeumker s'était à tel point 
empêtré dans son hypothèse sur l'existence d'une hiérarchie des êtres corporels chez 
Witelo qu'elle s'imposait à lui là même où il était man i f est e men t question de 
sphères célestes et d'intelligences qui les mettent en mouvement. 
Il Voir plus haut note 21. 
Il Pour plus de commodité et de clarté, je place dans le texte, entre paren- 
thèses, les citations de Witelo qui figurent chez Baeumker dans les notes 3-7; je 
laisse toutefois dans les notes les citatious du De intelligentiiB, puisqu'elles demandent 
à être expliquées. 


111 - A. Blrkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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Von den Himmelskorpern ausgehend, ergiesst sich (diffusio) dieses Licht, das 
Vornehmste" oder Erste im Gebiet des Sinnfiilligen (primum omnium formarum 
senBibilium), durch das korperliche Universum, triigt zu den niederen Korpern die 
gottliche Kraft. 1 (delatas formas diuinorum... artificum) und belebt durch diese 
alles.' (nouas semper formas specificas aut indiuiduas producens). Und wenn in 
eigenartiger Verbindung dieses emanatistischen Gedankens mit der aristotelischen 
Lehre von der Form in der Schrift über die Intelligenzen das Licht als Form uud Volleu- 
dung aller Substanzen, in80fern dieselben aIs Teile des Universums betrachtet wer- 
den, erscheint - so ist es ein unverkennbarer Anklang an diese Auffassung, wenn 
der Widmungsbrief der PerBpektive das Licht als das Erste unter allen sinnfiilligen 
Formen (primum omnium formarum sensibilium) bezeichnet. 


C'est tout ce qu'en dit Baeumker. Avant de vérifier l'exactitude avec 
laquelle ce résumé traduit la pensée de Witelo, nous devons exprimer net- 
tement nos réserves quant à la méthode de recherche appliquée en l'occur- 
rence. C'est en pleine conscience du but poursuivi que j'ai séparé, dans le 
passage qui précède, les citations provenant de Witelo de celles tirées du De 
intelligentiis 97 , en plaçant ces dernières dans les notes; quiconque relira 
ce passage, sans faire attention cette fois aux notes, comprendra aisément 
en quoi consiste le fond de cette méthode. Il sera du même coup frappé 
par la liberté que prend Baeumker pour compléter le texte de Witelo 
par le mot "das Vornehmste", pour traduire "omnium formarum sensi- 
bilium ", tantôt à la lettre par "aIle sinnfii.llige Formen", et tantôt plus 
généralement par "das Sinnfallige", pour rendre "formae diuinorum... 
artificum" par "die gôttliche Kraft", et "nouas semper formas specificas 
aut indiuiduas producens" par "belebt durch diese (= die gôttliche Kraft) 
alles"! Mais c'est là moins une liberté de traduction qu'une influence 
du De intelligentiis. C'est dans cet ouvrage en effet que nous retrouvons, 
au complet, les pendants de toutes ces expressions "librement" traduites 
Citons: "nobile" (das V ornehmste), "sensibilia apparentia" (das Sinnfii.l- 
lige), "uirtus diuina" (die gôttliche Kraft), "uirtus uiuificatiua" (belebt 
durch diese Kraft alles); la seule réminiscence authentique du vrai 
Witelo est le supplément "oder Erste", ajouté à "das V ornehmste", et 
extrait, comme je viens de le montrer, d'une partie ultérieure du préambule 
(129,5). Quel est donc le rôle de Baeumker au regard du passage 128, 
6-12, qui fait l'objet de notre exégèse'f Eh bien, il croit qu'il existe une 


Il Cette expres8ion, de même que celle "des Sinnfiilligen" sont empruntées au 
De intelligentiiB 8, 14-16: "Quod autem in istis sensibilibus apparentibus ma- 
xime est nobile, hoc est lux". 
Il Cela aussi provient du De intelligentUB 12, 13: "deferens uirtutem diuinam". 
Il Cela aussi est emprunté au De intelligentiiB 12, 13-14: "propter quam (uirtutem 
diuinam) ipsa (lux) habet uirtutem uiuificatiuam". 
.7 Voir plus haut note 93. 


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harmonie tellement parfaite entre le préambule et la théorie du De intelli- 
gentiis qu'un traducteur a le droit d'interpréter le premier à partir de la 
seconde. 
Quant à moi, je préfère m'en tenir à la méthode moins libérale, étant 
convaincu que l'on peut comprendre Witelo à partir de sa propre oeuvre; 
et là où j'aurai besoin d'une lumière venant de l'extérieur, je la chercherai 
parmi les philosophes et naturalistes dont il est prouvé que leurs écrits 
étaient connus de Witelo. Il est évident que je ne m'attacherai pas en la 
circonstance à retrouver tous les parallèles historiques possibles à telle 
ou telle autre expression, à telle ou telle autre pensée de Witelo, n'ayant 
ni le devoir ni l'intention d'éclairer ces pensées d'un point de vue histori- 
que: il me suffit, pour atteindre mon objectif, de parvenir, à l'aide d'un 
parallèle frappant et clair, à une interprétation nette et sans équivoque 
du texte lui-même qui (comme on le verra) n'a été, là non plus, com- 
pris, jusqu'ici, par personne. 
Cette incompréhension est due principalement, comme nous l'avons 
déjà indiqué plus haut 9S , au sens quelque peu obscur du terme "forma" 
dont Witelo aime à se servir. Dans la phrase qui nous intéresse (128, 
6-12), ce mot se répète pas moins de quatre fois; rien d'étonnant 
qu'elle soit incompréhensible à un lecteur ne sachant pas comment 
traduire le terme "forma". C'est donc cette dernière question qui se place 
d'elle-même au premier rang de nos considérations. 
J.Ja réponse, heureusement, n'est guère difficile. Witelo nous la fournit 
lui-même un peu plus loin, dans un long passage (129,4-23) qui, à l'ex- 
ception d'une phrase de sept mots ("quod lunlen sit primum omnium 
formarum sensibilium" - 129,5), est passé, dans ce contexte, inaperçu 
des chercheurs étudiant Witel0 99 ; il est vrai que Baeumker lui-même, 
350 pages plus loin (pp. 606-609), au début du VIe chapitre, en apprécie 
fort bien l'importance, ce qui n'empêchera pas ces considérations, les 
plus récentes et infiniment plus proches de la vérité que celles du IVe 
chapitre, de nous fournir quand même tout à l'heure matière à critique. 
Mais revenons en attendant au texte de Witelo (129,4-23) qui, 
comme nous l'avons annoncé, doit nous donner la clé de la vraie signi- 
fication du mot "forma". L'auteur commence (129,4-10) par expliquer 
les raisons qui lui ont fait choisir pour son oeuvre le titre Perspectiua. 
Cette excuse paraît nécessaire puisque, comme nous le fait savoir la phrase 
suivante (129,10-12), l'optique (au sens propre du terme) ne sera pas 
l'objectif unique ni principal de la Perspectiua: le dessein de l'auteur 


Il Voir plus haut p. 268. 
Il Baur (Die PhiloBophie deB Robert GroBBeteBte, p. 98, note 1) a effleuré ce thème 
en passant. 


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penche (declinat) plutôt, conformément aux voeux de Guillaume de 
Moerbeke, "ad naturalium formarum actionis modum occultissimum 
pertractandum" (129,10-11). Pourquoi alors, à la tête de son ouvrage, 
ce titre Perspectiua'f C'est parce que l'auteur s'achemine vers le but qu'il 
s'est fixé 100 par l'étude des choRes visibles (per modmll 101 entium uisi- 
bilium 129,7 -8), autrement dit par l'étude des sensations lumineuses; 
autant dire qu'en empruntant le chemin obscur (occultissimum) qui 
mène à la solution de ce problème général: "pertractare modum actionis 
formarum naturalium", il veut avoir pour guide les phénomènes optiques, 
plus faciles à saisir, et qui donnent précisément son titre à l'ouvrage. 
Mais, un tel procédé est-il admissible et profitable? Cette question non 
plus ne reste pas sans réponse. Premièrement, cette méthode est admis- 
sible "quia eadem uis formae inunittitur in contrariwn 102 et in sensum" 
(129,4--5), c'est-à-dire que les "actiones formarum naturalimn" se pour- 
suivent indépendamment du fait qu'elles soient "perçues" par un sens 
ou par autre chose. Deuxièmement, cette méthode est la plus avan- 
tageuse étant donné "quod lumen sit primum omnium formarum sen- 
sibilium, quodque rerum sensibilium omnium causas efficientes inten- 
damus perquirere, quorum plurimas differentias uisus nobis ostendit" 
(129,5-7), c'est-à-dire que les sensations lumineuses sont les manifesta- 
tions les plus importantes de l' "actio formae naturalis" excitant les sens, 
et qu'elles présentent la plus grande diversité, en fonction de la diversité 
des choses qui provoquent ces excitations. 
La suite (à partir de 129,12) du passage en question (129,4-23), 
si elle n'apporte pas d'idées nouvelles, du point de vue de l'objectif que 
nous poursuivons, n'en mérite pas moins d'être citée. "Quod enim in 
sensu uisus plus perceptibiliter agitur" - écrit Witelo - "hoc in 
ipsius sensus absentia in rebus naturalibus nullatenus euitatur; sens us 
enim praesentia. nihil addit actionibus naturalium for- 
marum 103. Omnem itaque JUodum uisionis... transcurrendo, ea, quae 


100 Le mot "praemissorum (perscrutatio)" (129, 7) se réfère sans doute au passage 
de 127, 10-128, 27, où il était qucstion (à partir de 128, 3), commc nous le savons, 
des "uirtutes agentes" (le terme se trouve 128, 24) de sphèrcs et de corps célestes - 
et, il est vrai, de l'action du seul "mundus superior"; je ne m'en sens pas moins en 
droit d'employer dans le texte une expression générale, les "actiones caelestes" n'étant, 
comme nous le verrons tout à l'heure, qu'un CM particulier des "actiones naturales". 
101 "per modum" = par l'intermédiaire, par l'exemple, à l'aide de. 
101 Pour le sena littéral du terme "in contrarium", voir plus loin; ici, il suffit 
de le rapprocher de la phrase: "in subiecta corpora sibi dissimilia" (129, 22). 
101 Nous trouvons la même expression p. 130, 27-28: "Quoniam... ipsorum 
(uisorum) praesentia rebus naturalibus nihil addit". La même idée se répète à plu- 
sieurs reprises dans le préambule et l'ouvrage lui-même. 


--
		

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			283 


de naturalibus formarum actionibus 10c , per modum passionum 1011 UlSI- 
bilium . .. tractabo. ln omnibus enim illis uidendi modis formae naturales 
ad uisum se diffundunt, radüque uisuales non exeunt ad capessendas 
formas rerum; unde si praesentiae formarum, diffusarum per 106 corpora. 
naturalia, ipsarum susceptibilia, uisus non affuerit, non propter hoo 
naturalis actio non eI'it, sed formae in subiecta corpora Bibi dissimilia 
impriment, quantum possunt" (129,12-23). Nous voyons par là avec 
queUe insistance l'auteur tenait à souligner que les processus dynamiques 
naturels (pour rendre le terme "actio naturalis", 129,22) se déroulent 
dans la nature indépendamment de notre perception par les sens, qui 
vient, en quelque sorte, les rejoindre a posteriori 1 0 7 . 
Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que cette idée, exposée tant de fois 
et avec une telle insistance, n'ait pas échappé à Baeumker. "Die Beschaf- 
tigung mit der Optik - écrit-il (p. 606 -607) - ist für Witelo nicht letzter 
Forschungszweck. ... Die Gesichtswahrnehmung . .. ist etwas, 	
			

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			284 


Baeumker, depuis le milieu de la page 607 jusqu'à la page 609, ne sont-ils 
qu'une nouveUe présentation de ses anciennes considérations, présentation 
plus correcte, certes, mais toujours fort éloignée d'une exactitude absolue. 
Revenons donc à ce que Baeumker dit (p. 607) à propos de l' "harmonie 
entre le sens humain et la nature", et qui est, précisément, censé ll1 résumer 
le passage 129, 4-23 qw nous intéresse en l'occurrence. "Was im 
wahrnehmenden Sinne des lVIenschen wirkt, dasselbe wirkt auch, wenn die 
Naturgegenstande sich gegenüberstehen (129, 4 f. 112 ), so dass in dem der 
N atur offenstehenden Auge sich das nachbildet, was im geheimen auch 
in der Natur sich abspielt ll3 . Dieselbe Formenkraft (uis formae) wirkt 
nach gleichen Gesetzen in der Wahrnehmung und im Naturzusammen- 
hange der Dinge sich aus (129, 10-23 l1C )". Et rien de plus; car, ni là, 
ni dans aucun autre endroit de toute sa monographie, Baeumker ne men- 
tionne d'un seul mot cet aveu (129,10-11,16-17), pourtant si caracté- 
ristique, et pour nous si précieux, par lequel Witelo révèle que l'objectif 
principal et général de la Perspectiua 115 n'est pas d'exposer l'optique mais 
bien le "mode d'action des formes naturelles" (pertractare modum 
actionis formarum naturalium); les solutions optiques n'étant pour lui, 
dans une certaine mesure, que la voie menant à ce but. 
Pourquoi, cependant, cet aveu nous semble-t-il si "précieux"Y C'est 
parce qu'il nous peI'met d'entrevoir des parallèles histol'iques très 
précieux pour nos :r:echerches. En effet, Witelo ne fut pas le premier 
à exprimer de pareilles idées sur le rôle et la signification des études opti- 
ques, ses prédécesseurs étant Robert Grosseteste et Roger Bacon 116. 


111 Ainsi que l'indiquent les nombres entre parenthèses. 
111 C'est-à-dire explicitement, 129, 4-5 (Baeumker pense en l'occurrence aux 
mots de Witelo: "eadem uis formae immittitur in contrarium et in sensum"). 
111 Baeumker pense en l'occurrence aux mots de Witelo (129, 12-14): "quod 
enim... euitatur". 
111 Baeumker indique par erreur 129, 11- 24. 
111 La coustatation, très vague, que "Die Beschaftigung mit der Optik ist für 
Witelo nicht letzter Forschungszweck" (p. 606) n'exprime évidemment pas ce dont 
il s'agit ici. 
111 Personne, jusqu'à présent, n'a étudié à. fond les affinités existant entre les 
opticiens du XIIIe siècle (Grosseteste, Bacon, Witelo, Peckham et autres) [Ce n'est 
que récemment qu'a paru l'ouvrage de G. Federici Vescovini, Studi Bulla proBpettiva 
medievale, Torino 1965. - Z.W.]; c'est encore l'influence de Grosseteste sur Bacon 
qui est, relativement, la mieux connue (voir plu8 loin dans le texte). En ce qui con- 
cerne Bacon et Witelo, certaiues affinités ont été relevées incidemment, à. diverses 
époques; mais, ne connaissant pas la date de la PerBpectiua (je m'attacherai à la 
préciser dans le lIe chapitre [Voir aussi EtudeB..., IVe partie, pp. 386-388, N.d.l.R.]) 
on ne pouvait même pas déterminer le sens de l'éventuelle filiation. C'est ainsi par 
nemple que J. H. Bridges (The life and work of Roger Bacon, London 1914) admet 
comme possible tantôt l'influence de Witelo sur Bacon (p. 39) tantôt l'influence in- 
verse (p. 107, fin de la note commencée p. 106).
		

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			,1 


285 



Il existe dans l'oeuvre scientifique de Robert de Lincoln un bref traité 
dont les manuscrits portent le titre De lineis, angulis et figuris ou, plus 
souvent, De fractionibus et reflexionibus radiorum. A en juger P3.I' ces 
titI'es, on devrait y trouver un exposé de l'optique géométrique et c'est 
ce que pensaient en effet ses derniers éditeurs: Curtze 117 , en 1900 118 , 
et Barn: ll9 , en 1912 120 . Il faut pourtant souligner que ce dernier a, en 
fin de compte, remaI'qué que l'ouvrage n'est pas uniquement opti- 
que: "GI'osseteste" - éCI'it BaUl'l21 - "gibt hier Ausführungen über 
die actio universalis, die Wirksamkeit der Krafte (eine Art Physik 
und Dynamik), übeI' Strahlenbrechung (Optik) und Spiegelung". Aussi, 
Vogl a-t-il eu entièrement raison d'approuver, encore en 1906 122 , le titre 
De physicis lineis, angulis et figuris, peJ' q1taS omnes actiones naturales 
complentur, qui est celui de l'édition de 1503 123 . Une analyse plus appro- 
fondie de l'ouVI'age sera faite, en 1917, par Baur 1241 qui lui donnera cette 
fois un titre mieux adapté à son contenu: Das N aturwirken im allgemeinen. 
C'est également le mérite de Baur d'avoir relevé, indépendamment de 
Vog}1211, la dépendance très poussée de Roger Bacon à l'égard du De lineis 
de Robert de Lincoln, dont témoigne en particulier le IVe livre "in quo osten- 
ditur potestas mathematicae" de son Opus maius: les 2 e et 3 e distinctio 


117 Que Baur (Die philosophischen Werke deB Robert GroBBeteBte, pp. 78* -79*, 
764) ait déformé (en l'écrivant Creutze) le nom de cet historien connu des sciences 
exactes du :Moyen Age, en dit long sur ses compétences en matière d'édition des 
oeuvres de Robert de Lincoln. 
111 [Zwei Beitrage eur GeBchichte der PhYBik im Mittelalter. 2. Der T1'actatuB de 
jractionibuB et reflezionibuB 1'adiorum deB RobertuB LinconiensiB - N.d.l.R.], Bibliotheca 
:Mathematica, III Folge, Bd. l, 1900, pp. 54-59. 
118 Voir la préface de cette édition, pp. 55* et 78*. 
110 Die philoBophiBchen Werke, pp. 59-65. 
111 L. c., p. 79*. Cf. p. 80*: "Der Inhalt des Schriftchens gilt dem Gedanken, 
dass die N aturphilosophie mathematisch aufgebaut sein müssc, naherhin auf Geo. 
metrie: das will gezeigt werden an der allgemeinen Wirkungsweise (actio uniuer- 
salis), ... d.h. ... an der physischen Wirkungsweise oder Kraftausserung". 
111 S. Vogl, Die PhYBik Roger BacoB, Erlangen 1906, p. 9. Vogl s'inspira sans 
doute de J. H. Bridges, qui écrivit, dans la préface de son édition de l'Opus maiu. 
de Roger Bacon (Oxford 1897): "His (Grosseteste's) treatise »De physicis lineis, 
angulis et figurisG: contains passages as to the spherical radiation of foroe... which 
bear a close resemblance to the language used many years afterwards by Bacon". 
(Je cite d'après la réimpression de cette préface, intitulée J. H. Bridges, The life and 
work of Roger Bacon. edited by H. Gordon Jones, London 1914, p. 18). 
111 Cf. Baur, l.c., p. 78*. 
III L. Baur, Die PhiloBophie deB Robert GroBBeteste, BiBChofB "on Lincoln, Beitrage 
zur Geschichte der Philosophie des Mittelalters, XVIII: 4-6, Münster 1917, pp. 
92-109 (c'est-à-dire la fin du paragraphe 10 et tout le paragraphe 11). 
111 Vogl, l.c., p. 9 (en 1912, Baur, comme en témoigne la liste des auteurs cités, 
ne connaissait pas encore cette dissertation habile).
		

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de ce livre sont, en plusieurs endroits, de simples paraphrases des idées de 
Grosseteste l26 . Les concepts de Robert ont eu sur Bacon une influence 
décisive; c'est à eux qu'il doit toute l'orientation de ses recherches 
scientifiques 127, ce sont eux notamment qui ont déterminé ses idées 
dynamiques en matière de science générale de la nature et, partant, 
formé ses idées originales sur la division et la hiérarchie des sciences 
natureUes, comme il en sera encore question plus loin. Mais ils ont exercé 
une influence non moins considérable, aussi bien directement que par 
l'intermédiaire de Bacon, sur ce groupe de concepts de Witelo qui nous 
intéressent teUement en l'occurrence. 
Que l'opuscule de Robert De lineis etc., ainsi que les passages du Op1tS 
maius de Bacon qui en constituent une paraphr
se n'aient pas été ignorés 
de Witelo, il n'est pas difficile de s'en convaincre. Il suffit de lire rien 
que le début du De lineis ...128: 


Utilitas considerationis linearum, angulorum et figurarum est maxima, quoniam 
impossibile est sciri naturalem philosophiam sine illis. Valent enim in toto uniuerso 
et partibus eius absolute; ualent etiam in proprietatibus relatis, sicut in motu recto 
et circulari; ualent etiam in actione et passione, et hoc siue sit in materiam 
siue in sensum; et hoc siue in sensum uisus, secondum quod occurrit, siue in 
alios sensus, in quorum actione oportet addere alia super ea, quae faciunt sensum. 
Cum igitur in aliis dictum sit de eis, quae pertinent ad totum uniuersum et partes 
eius absolute, et de his, quae motum rectum et circularem consequuntur - nunc 
dicendum est de actione uniuersali... Omnes enim causae effectuum 
naturalium habent dari per lineas, angulos et figuras: aliter enim impossible est 
sciri "propter quid" 111 in illis. Quod manifestatur sic: Agens naturale multiplicat 
uirtutem suam a se usque in patiens, siue agat in sensum siue in materiam 
(quae uirtus aliquando uocatur species, aliquando similitudo, et idem est, quocumque 
modo uocetur) et idem immittit in sensum et idem in materiam siue 
contrarium, ut calidum idem immittit in tactum et in frigidum. 


Quiconque prendra la peine de comparer ce passage avec ceux de 
Witelo, déjà cités ici à maintes reprises: 129,4-6 ("Attendens... quia 
eadem uis formae immittitur in contrarium et in sensum,... 
quodque rerum sensibilium omnium causas efficientes intendamus 
perquirere"), 129, 10-12 ("licet plus ad naturalium formarum actionis 
modum ... pertractandum ... scribentis intentio se declinet"), 129, 14-15 


III Voir la concordance chez Baur, Die philoBophiBchen Werke, p. 79*, note 4; 
pour plus de preuves voir Die PhiloBophie deB Robert GroBBeteBte, pp. 33-109, notes. 
117 Voir Baur, l.c., p. 96 ainsi que le traité (qui y est cité) du même auteur, Der 
EinfluBB deB RobertB GroBBeteBte auf die wiBBenBchaftliche Richtung deB Roger Bacon, 
publié dans les "Roger Bacon Commemoration E88ays" édités par A. G. Little (Oxford 
1914) pp. 34-54 (en particulier pp. 46-49). 
III Ed. Baur, l.c., pp. 59-60 lin. 21. Je corrige par endroits le texte à partir 
d'une analyse critique, faite par Baur lui-même (p. 679), et de l'édition de 1514. 
lit J'attire l'attention sur l'hellénisme (Tb 8LcX TL). 


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1 
f 


("sensus enim praesentia nihil addit actionibus naturalium formarum"), 
129, 16-17 ("ea, quae de natrn:alibus formarum actionibus"), 129, 
20-23 ("unde si praesentiae formarum diffusarum per corpora natu- 
ralia ... uisus non affuerit, non propter hoc naturalis actio non erit, 
sed formae in subiecta corpora Bibi dissimilia impriment, quantum 
possunt"), reconnaîtra, rien qu'au style des expI'essions communes, 
qu'il s'agit chez Witelo de la même chose que chez Robert de Lincoln 130. 
Un examen plus approfondi du contenu confirmera entièrement cette 
conclusion, car non seulement les deux physiciens parlent en la circon- 
stance de l' "actio uniuersalis" (terme de Grosseteste - 60,10), qui 
équivaut à l' "actio naturalis" (terme de Witelo - 129, 22 131 ), en indiquant 
notamment que cette action se déroule indépendamment du fait que le 
"récepteuI''' ("patiens" chez Grosseteste - 60,17) en soit un sens ou une 
"materia siue contrarium", mais encore ils tirent de cette dernière vérité 
une conclusion identique. Nous avons vu plus haut 132 que précisément 
cette vérité a servi de justification à Witelo quand il donnait à son oeuvre, 
dont le but principal et final était de "pertractare modum actionis for- 
marum naturalium", le titre de Perspectiua, en exprimant de la sorte sa. 
conviction que les recherches optiques constituaient la seule méthode, 
justifiée et efficace, d'étude du mécanisme de l' "actio naturalis". Mais 
c'est justement là une idée de Robert de Lincoln, sa "consideratio linearum, 
angulorum et figurarum" n'étant rien d'autre que l'optique géométri- 
que 133 . Les lois de l'optique géométI'ique sont, aux yeux de Robert, des 
lois de l'action naturelle (actio naturalis, das Naturwirken) en général l3c ; 
l'optique se tI'ansforme en une sorte de dynamique 1311. A. Stiborius n'avait 
donc pas tort d'intituler l'édition de 1503: De physicis lineis, angulis et 
figuris, per quas omnes actiones naturales complentur l36 . 
Maintenant, avant d'entrer dans les détails, appelons encore à l'aide 


laO Nous obtenons ici, comme "produit secondaire", la possibilité de préciser 
enfin ce que signifie chez Witelo (129,4) le mot "contrarium" (voir plus haut p. 282, 
note 102): Grosseteste nous l'explique en ajoutant, à titre d'exemple, que "calidum 
idem immittit in tactum et in frigidum". 
lai Le terme "agens naturale" se trouve aussi chez Grosseteste (déjà dans 
le passage cité, p. 60, 16 de l'édition de Baur, et ensuite continuellement); l' "actio 
naturalis" - 64, 13. 
lai Voir plus haut pp. 281-282. 
111 Baur, Die PhiloBophie, p. 97; voir également plus haut p. 285. 
11& Baur, l.c., p. 98. 
lai Baur, l.c., p. 97. Baur transcrit ici des passages entiers (sans citer la source) 
de l'ouvrage de K. Werner, Die KOBmologie und allgemeine Naturlehre deB Roger Bac€) 
(Sitzungsberichte der philos.-hist. Classe der k. Akad. d. Wiss. in Wien, Bd. 94, 1879
 
pp. 489-612), p. 563. 
III Voir plus haut p. 285. 


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Roger Bacon. Celui-ci, comme je l'ai déjà fait remarquer 137 , ne fait, en 
maints endroits dans son Opus maiu8, et plus exactement dans la Pars IV, 
dist. 2 et 3, que paraphraser la pensée de Grossetestel 3S . Aussi, ne sera-t-il 
pas difficile de retrouver l'endroit où il a utilisé le passage du De lineis 
etc. qui nous intéresse en l'occurrence. C'est la dist. 2, cap. 1, où nous lisons 
ce qui suit 139: 


Quod de 8cÏentii8 iam 08ten8um est, pote8t de rebus manifestari: nam imp08sible 
e8t re8 huiua mundi aciri, nisi aciatur mathematica. De coele8tibua enim certum e8t 
omnibus... Quod autem haec Ïnferiora non p08sunt cogn08ci 8ine mathematica, patet 
primo... Secundo pOS8umus uidere ex propriis, quod nihil horum inferiorum nec 
8uperiorum aciri pote8t 8ine mathematicae potestate. Nam omni8 res naturalia produ- 
citur in eS8e per efficien8 et materiam... AgenB enim per 8uam uirtutem mouet et 
tran8mutat materiam, ut fiat re8; 8ed uirtus efficientiB et materiae 8ciri non pote8t 
Bine magna mathematicae potestate, 8icut nec ipsi effectu8 producti... Omne enim 
efficien8 agit per 8uam uirtutem, quam facit in materiam patientem, ut lux SolÏ8 
facit 8uam uirtutem in aëre, quae e8t lumen diffu8um per totum mundum a luce 
801ari. Et haec uirtua uocatur 8imilitudo et imago et speeieB et multis nominibus... 
Et haec 8pecieB facit omnem operationem huiu8 mundi; nam operatur in aen8um, 
in intellectum et in totam mundi materiam... quia unum et idem fit ab agente na- 
turali in quodumque operetur, quia non habet deliberationem et ideo quicquid ei 
occurrat facit idem 1&0. Sed 8i in 8en8um et intellectum agat, fit 8pecies, ut omneB 8ciunt: 
ergo (et) in contrario et in materia fit 8pecie8... Huiusmodi ergo uirtutes agentium 
in hoc mundo faciunt omnem operationem. 


Comparons maintenant la terminologie de nos trois auteurs; nous 
constatons qu'elle est essentiellement identique, la seule différence - 
ou presque - frappante étant que ce qui s'appelle (en règle générale) 
chez Grosseteste "uirtus agentis", devient "species" chez Bacon et "forma" 
chez 'Vïtelo w. 
Nous voici donc arrivé enfin à notre but lf.2 qui était d'établir ce que 


117 Voir plus haut pp. 285-286. 
111 Ainsi 8'explique la "méthode" littéraire de Baur (voir pluB haut note 57). 
118 Malheureusement, je n'ai pas 80U8 la main le 1 er volume de la nouvelle édi- 
tion de l'Opus maiuB, préparée par Bridge8 (Oxford 1897) qui englobe leB Partes l-IV; 
dan8 l'édition de 1750, dont je me 8ers, ce pas8age 8e trouve pp. 48-49. [The "Opu. 
'lrtajuB" of Roger Bacon, éd. J. H. Bridge8, Oxford 1897, t. 1, pp. 109-111. - Z.W.]. 
1&0 Cette idée est, elle aus8i, empruntée à Gr088ete8te qui, aprè8 le passage (60, 
21) auquel noua nous 80mme8 arrêté8 plus haut (p. 286) continue comme 8uit: "Non 
enim (agen8) agit per deliberationem et electionem, et ideo uno modo agit, quicquid 
occurat, 8iue 8it 8enSU8 8iue 8it aliud, 8iue animatum 8iue inanimatum. Sed propter 
diuersitatem patientis diuer8ifieantur effectus: in 8en8U enim i8ta uirtus recepta facit 
operationem 8piritualem quodammodo et nobiliorem, in contrario 8iue in materia 
facit operationem materialem..." (60, 21-27). 
1&1 On peut relever la 8econde différence importante: chez Gro88ete8te et chez 
Bacon, "Bpecies (uirtute8 agenti8) multiplicanturin medio", alor8 que, chez Witelo, 
le plu8 80uvent, "formae diffunduntur per medium". 
1&1 Annoncé plu8 haut, p. 281. 


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Witelo entend par "forma": c'est la réplique exacte de la "species" 
de Bacon. La "species" de Bacon et la "forma" de Witelo sont une même 
notion de caractère très général et, pour cette raison sans doute, 
quelque peu flouelf.3. 
Il existe d'ailleurs un témoignage formel attestant que "forma" et 
"species" signifient la même choself.... C'est Roger Bacon qui nous le 
fournit. La notion de "species" joue en effet un rôle de premier plan 
dans sa philosophielf.6. Nous verrons tout à l'heure qu'il existe dans l'épisté- 
mologie de Bacon une science distincte dont l'une des tâches principales 
est l'étude de cette notion et, ce qui plus est, elle est la première et la plus 
importante de toutes les sciences de la nature. Il n'y a donc rien d'éton- 
nant que, indépendamment des considérations exposées dans la IVe 
partie de l'Opus maius, dont nous avons déjà utilisé le début, la théorie 
de la "species" traverse toute la physique et toute la psychologie de 
Bacon. Bacon a décidé de la développer ex profes80 dans son oeuvre ency- 
clopédique inachevée, la Scriptura philo8ophiae principalis, et cela en 
deux endroits, comme nous allons le constater. 
L'oeuvre intitulée Scriptura philosophiae principalislf.6 devait avoir, 
selon les intentions de Bacon, quatre volumes (uolumina), consacrés 
successivement: (1) à la grammaire liée à la logique, (2) aux mathémati- 
ques, (3) à la science de la nature (Volmnen naturalis philo80phiae) et (4) 
à la métaphysique liée à l'éthique. Nous nous intéresserons surtout, en la 
circonstance, aux troisième et quatrième volumes. Du troisième volume 
il nous demeure d'amples fragments; il était divisé en livres (libri), ceux-ci, 
à leur tour, en partes, puis en distinctiones, et finalement en chapitres 
(capitula). Le premier livre nous est parvenu tout entier; on a pris l'ha- 


1&1 Voir plus haut pp. 268 et 281. 
1&& Que "forma" 80it ce que l' "agen8" émet, Witelo l'atteste, au demeurant, 
lui-même 130, 25 (et ab eisdem agen tibu8... fit diuer8itas formarum), et cela dalls 
un contexte (130, 24-28) montrant bien qu'il ne 8'agit pas seulement de J'action 
sur les 8en8. 
1&1 Voir Werner, l.c., p. 597. 
1&& Mes considération8 8'écartent de l'opinion exprimée par l'abbé P. Mandonnet 
dan8 la partie finale (à. partir de la p. 174, cf. p. 170) de 80n traité, par ailleur8 trè8 
précieux (Roger Bacon et la composition deB troiB OPUB, Revue n
o-8Colastique, XX, 
1913, pp. 52-68, 164-180). Elle8 8e rapprochent, du moin8 pour l'e88entiel, de 
celle de A. G. Little, Roger Bacon'B WorkB (dan8 "FratrÏ8 Rogeri Bacon Compendium 
studü theologiae", éd. H. Rashdall, Aberdoniae 1911, pp. 71-118), pp. 96-102, qui 
développe le8 idée8 exp08ées par Bridge8 dan8 8a préface à. l'édition de l'OPUB maiuB. 
Il 8erait fastidieux d'expliquer iei le8 rai80n8 qui m'ont fait adopter cette position, 
de même que de faire état de8 modification8 que j'apporte aux vue8 de Little; à. qui 
connaît la multitude d'ouvrage8 consacré8 dernièrement à Bacon, il ne 8era pas 
malaisé de deviner sur quel8 texte8 8e fondent me8 con8idération8.
		

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290 


bitude de l'appeler "IJiber primus Oommunium naturalium"U7, bien 
qu'il n'y ait jamais eu de "Liber secundus Oommunium naturalium" 
ni, d'autant moins, de "tertius", etc.: en effet, si le manuscrit Mazar. 
3576 indique au f. 9lf le titre "Incipit secundus libe
 Oommunium natura- 
lium qui est de celestibus" 1f.8 c'est par une erreur évidente; ce qui suit 
est le "liber secundus" ou plutôt le ,,1iber tertius" U9 par rapport à tout le 
V olumen naturalis philosophiae, tout comme les Oommunia naturalium 
sont le "libe
 primus" par rapport au même volume. Le titre Oommunia 
naturalium est justifié par le contenu: c'est que Bacon divise la science 
de la nature en deux parties principales: "scientia de communibus natu- 
ralibus" 1150 (autrement dit "scientia communis naturalibus" ou "scientia 
communis ad omnia naturalia"), et les sciences spéciales (scientiae spe- 
ciales), au nombre de sept 161. La science des "agens" et des "species" 
qu'ils émettent fait précisément partie de cette "science générale de la 
nature" et y occupe même la première place; aussi bien toute 162 la "prima 
pars" 163 du livre Oomm.unia naturalium (plus exactement Oommunia 
nat'uralibus) est-elle consacrée à cette théorie. Mais tout cela ne suffit pas 
encore à Bacon: tout au début de ses considérations l 6f., il annonce son 
dessein de ne pas développer cette théoJ:ie au delà de "quantum hic re- 
quiritur", et cela "quia metaphysica habet certificare ad plenum de 
influentia agentium in patientia"; de même, par la suite, il fait nettement 
remarquer à plusieurs reprises 1l56 qu'il est plus larg
ment question de 
"species" dans la Métaphysique (soit dans le IVe volume de toute la 
Scriptura principalis). L'endroit le plus caractéristique à cet égard se 
trouve dans le 2 e chapitre (très important pour l'histoire de l'optique 


t. 



 


1&7 C'e8t 80U8 ce titre qu'il fut édité par Steele dan8 Opera hactenuB inedUa Rogeri 
Baconi, Fasc. II-III, Oxonii 1911; [c'e8t également le titre que lui donnent, par 
exemple, P. Duhem, Un fragment inédit..., Quarracchi 1909, pp. 51-64; H. Hover, 
Roger BaconB HylomorphiBmuB..., Limburg a.d. Lahn 1912, pp. 18-21; C. Baeumker, 
Roger BaconB NaturphiloBophie... (Franziskanische Studien III, 1916, pp. 1-40, 109- 
139 + le tirage à. part Mün8ter 1916), p. 25; A. G. Little, Roger Bacon'B WorkB ("Roger 
Bacon E8saY8", Oxford 1914, pp. 373-419), pp. 404-406. - N.d.I.R.] 
1&1 P. Duhem, Un fragment inédit de l'OpuB tertium de Roger Bacon, Ad Claras 
Aquas (Quarracehi) 1909, p. 57; H. Hover, Roger Bacons HylomorphiBmu8, Limburg 
a.d. Lahn 1912, p. 19. 
1&1 Duhem, l.c., p. 58. 
110 "naturalibus" est ici un datif! 
111 Liber primuB Oommunium naturalium, éd. Steele, p. 6. 
111 A l'exception de8 quatre chapitres préliminaire8 (pp. 1-16) qui con8tituent 
la di8tinctio prima. Le ré8umé e8t donné par Hover, 1. c., pp. 185-188. 
111 Les Oommunia naturalibuB en comptent quatre. 
11& Liber primuB..., p. 18. 
111 Pour la liste de tous ces pas8agf'8, voir Opera hactenuB inedita Rogeri Baconi, 
éd. Steele, fasc. l, pp. 65-56. 


--
		

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			29] 


du XIIIe siècle) 168 de la 3 e distinction, où nous lisons 1117: "... patet in 
tractatu meo De speciebus metaphysioo". Or, le De speciebus de Bacon 
nous est parfaitement connu et il porte dans les éditions 168 le titre: De 
multiplicatione specierum; ainsi que le remarque très justement Steele 1ll8 , 
c'est sans aucun doute précisément ce traité De multiplicatione specierum 
qui devait faire partie du IVe volume de la Scriptura philosophiae prin- 
cipalis. Plus tard, avec le changement général de ses projets littéraires, 
projets qui se succédaient avec une extraordinaire rapidité, Bacon modifia 
également ses plans relatifs au De multiplicatione specierum: il pensa 
un certain temps à en faire un opuscule à part, puis à l'insérer dans le 
Oompendium studii theologiae 180 qu'il se proposait d'écrire et qui était très 
proche de la Métaphysique (c'est-à-dire du IVe volume de la Scriptura 
philosophiae principalis) antérieurement projetée. 
Or, dans les toutes premières phrases du traité De nmltiplicatione 
specie1"'lt'flt nous trouvons le témoignage en question 181. Chez Bacon 1112, 


1" Ainsi qu'il sera démontré dan8 le mémoire que je prépare, intitulé: Fran- 
cisekanin ldzi de BaYBio i jego stanowiBko w prehiBtorii ciemni optycznej [Le frauciscain 
Gille8 de Baizieux et 8a place dan8 la préhistoire de la chambre ob8cure]. [L'auteur 
n'a pas publié ce mémoire. Le8 matériaux qu'il avait réuni8 en vue de l'écrire 8e trouvent 
dan8 80n fond8 littéraire. - N.d.l.R.] 
117 Liber primuB Oommunium naturalium, éd. Steele, p. 38, lin. 31. 
1" Jointe8 A l'OPUB maiuB. Je me 8ers de l'édition de 1750, pp. 270-336, et de 
celle de Bridge8, The "OPUB MajuB" of Roger Bacon, Oxford 1900, t. II, pp. 407-552. 
111 Opera hacten'UB inedita, fasc. 1, pp. IV-V. Bridge8 8e trompe (The life .., 
p. 152), de même que Vogi (Die Physik Roger BacoB, p. 23), Little (1. c., p. 101) et 
d'autres, en 8upposant que le De multiplicatione Bpecierum faisait partie du Ille volume 
de la Scriptura philoBophiae principaliB; leur erreur tient au fait qu'ils con8idèrent le 
De m'Ultiplicatione Bpecierum comme un traité d'optique (voir plus loin [note 176 - 
N.d.l.R.]). 
110 L'édition de Rashdall ne contient qu'un fragment de cette oeuvre (voir la 
préface de l'éditeur, p. 3). 
111 Voir plus haut p. 289. 
111 Un exposé très précis des éléments de la théorie de Bacon nous est donné 
par l'abbé Hadelin Hoffmanns dan8 les préfaces qui accompagnent Be8 excellents 
e88ai8: (1) Une théorie intuitionniBte de la connaiBBance au XIIIe Biêcle (Revue néo- 
-scolastique, XIII, 1906, pp. 371-391) pp. 371-373 et (2) La genêBe deB Bensations 
d'aprêB Roger Bacon (ib., XV, 1908, pp. 474-498) pp. 474-480. (La 8uite de ces 
deux e8sais concerne déjà des domaine8 8pécialisé8 de la p8ychologie et de l'épisté- 
mologie). Parmi les auteur8 plus ancien8, c'est K. Werner, Die KOBmologie 'Und allge- 
meine N aturlehre deB Rogers Baco (Sitzung8berichte der phil.-hi8t. Classe der kais. 
Abd. d. Wi8s. in Wien, Bd. 94, 1879, pp. 489-612, et un tirage A part), pp. 563- 
564, 579-597, qui pré8enta cette théorie d'une manière correcte, quoique dans 
un 8tyle prolixe et ob8cur. - En revanche, le8 con8idération8 de S. Vogl, Die PhYBik 
Roger BacoB, Erlangen 1906, pp. 40-51, qui ont tellement plu à. Baur (Die PhiloBo- 
phie..., p. 99, note 1) 80nt trop influencées par l'idée, fort répandue, 8elon laquelle 
le De multiplicatione Bpecierum 8erait une oeuvre d'optique (voir plus loin [note 176. -
		

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			292 


l'un des traits essentiels de chaque être est son activité; c'est po
quoi 
les termes tels que "essentia, substantia, natura, potestas, potentia, 
uirtus, uis" signifient pour lui la même chose, ne différant entre eux 
que "sola comparatione". Mais le mot "uirtus" a encore un second sens: 
"Aliter sumitur uirtus pI."O effectu primo uirtutis iam dictae, propter 
similitudinem eius ad hanc uÏrtutem et in essentia et in operatione, quia 
similis est ei in distinctione et in essentia specifica, et per consequens est 
similis in operatione ...; et haec uirtus secunda habet multa nomina: 
uocatur enim similitudo agentis et imago et species et idolum et simula- 
crum et phantasma et forma et intentio et passio et impressio et umbra 
philosophorum... Dicit
 autem species ... secundum usum Aristotelis 
et naturalium ... Forma quidem uocatur in usu Alhacen, auctoris Per- 
spectiuae uulgatae..." Nous voyons donc que Bacon lui-même identifie 
sa "species" à la "forma" d'Alhazen. Witelo, le disciple de ce dernier, 
préféra garder sa terminologie, consacrée au demeurant par une longue 
tradition 183. 
On pourrait me reprocher à ce propos de porter des hiboux à Athènes. 
En effet, à quoi bon avoir consacré tant de pages (pp. 281-292) à "prou
 
ver" que la "forma" d'Alhazen et de Witelo correspond à la "species" 
de Bacon, du moment que BaeumkeI' le sait parfaitementl 84 lui-même" 
Reproche juste, mais pas tout à fait: un lecteur qui n'aurait à sa dispo- 
sition que la monographie de Baeumker ne pourrait d'aucune façon 
deviner que la "forma" de Witelo est identique à la "species" de Bacon 
dans toute la vaste étendue que celui-ci prête à ce terme. L'équi- 
valence des notions "forma = species" n'est envisagée par Baeumker 
qu'au 
egard du rôle que ces notions jouent dans la théorie de la vision; 
le lecteur a l'impression que Witelo ne dépasse guère le sens dans lequel 


N.d.l.R.]. Le deuxième mémoire du même auteur, intitulé Roger Bacons Lehr6 von 
der Binnlichen SpezieB und vom Sehvorgange ("Roger Bacon Commemoration E8saY8" 
ed. by A. G. Little, London 1914, pp. 205-227), 8e penche, par la nature des cho8e8. 
uniquement 8ur cette eatégorie de8 ,,8pecies" qu'indique le titre; que l'auteur ait 
cependant pénétré plus profondement le sens et le but du De multiplicatione Bp6oierum. 
nOU8 en avon8 la preuve page 208, où il e8t dit que le terme ,,8pecie8" revêt chez Bacon 
"nicht lediglich die Bedeutung, die 8pecie8 8en8ibili8 iD der Scholastik 8on8t 
hat, obwohl diese der AU8gangspunkt i8t", mais 8ignifie "überhaupt jede Wirkung". 
et plu8 nettement, "das von einer wirkenden Ur8ache Auagewirkte, und zwar zunach8t 
dasjenige, was von der wirkenden Ur8ache Kraft ihrer eigenen Natur ausgewirkt 
wird und 80mit eine Ahnlichkeit mit ihr hat". 
10. Voir plu8 loin pp. 293-294. 
1&& Baeumker, Witelo p. 615-616. Cf. également H. Bauer, Die PBychologie 
Alhazen" Beitrage zur Geschichte der Phil080phie de8 Mittelalters X: 5, Mün8ter 
1911, p. 28 (pour ce qui concerne Alhazen, voir également H. Siebeck dan8 Archiv 
für Ge8chichte der Phil080phie, II, 1889, pp. 415, 417, pour ce qui concerne Bacon. 
le même auteur, Archiv..., III, 1890, p. 187). 


--
		

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			f 


293 


le terme est employé par Alhazen (ou son traducteurpu. Or, au regard 
de ce détail terminologique, il y a entre Witelo et Alhazen le même é('art 
qu'ent.re Bacon et les autres scolastiques de la seconde moitié du XIIIe 
siècle. Eux aussi, se réf
rant au passage réputé d'Aristote Hl8 , utilisaient 
Je mot "species" en parlant de l'excitation du sens par le monde exté- 
rieur 187 ; cependant, de leur "species sensibilis" (ou "species intentio- 
nalis") à la "species" généralisée de Bacon, le chemin est bien long. 
Il en est de même du mot "forma": Witelo l'avait rencontré chez Alhazen, 
mais aussi dans d'autres ouvrag.es optiques et psychologiques traduits de 
l'arabe en latin (Aristote 18s , al-Kindj189, Pseudo-al-Farabj170, Avicenne 17l , 


.1 


111 Pour le concept de la "forma" chez Alhazen, voir Siebeek dan8 Arcbiv £tir 
Ge8chichte der Phil080phie, Il, 1889, pp. 415, 417; Bauer, l.c., pp. 27-28. 
111 De anima, II c. 12 xcx&6Àou Bi: m:pt 7t(XITIJ
 cx[a&7JaE(J)e; BEL Àcx(3cLY o't't iJ !LEY 
cxta&1Jalc; iaTt 't'o B£X't'LXWY 't'WY cx[a&1J't'wy dBwy aVEU 't'"Ïje; üÀ1JC; (424& 18); le même passage 
dan8 la deuxième traduetion gréco-latine (par Guillaume de Moerbeke) "Oportet 
autcm de omni 8enBU accipere, quoniam quidem 8u8ceptiuu8 e8t aensibilium 
Bpecierum sine materia" (t. c. 121); les extrait8 cité8 par Albert le Grand, dan8 Ba. 
Summa de homine (qu. 34 art. 3 = M. Borgnet vol. XXXV p. 301; ce que tranBcrit 
Vincent de Beauvai8, Speculum naturale, lib. XXV c. 16, qui cite ausBi danB le c. 12, 
le texte original d'AriBtote) et danB 80n De anima (lib. Il tr. 4 c. 1 = M. Borgnet 
vol. V p. 2938) prouvent que le mot ,,8pecie8" avait déjà figuré dan8 la première 
traduction gréco.latine' (saec. XII ex.) que je n'ai pas actuellement 80US la main 
(pui8qu'elle n'a jamai8 été imprimée). 
117 De Wulf, HiBtoire de la philoBophie médiévale, 4 e 
d., Louvain-PariB 1912, 
pp. 343-344 (
266); H. Hoffmann8, Une théorie iniuitionniBte..., p. 373. 
III Dan8 la traduction arabo-Iatine (de Michel Scot) le passage du lIe livre du 
De anima (t. c. 121), cité dan8 la note 166, a là. teneur 8uivante: "Et dicendum eBt 
uniuersaliter de omni sen8U, quod. aen8U8 e8t recipien8 formaB Ben8ibilium 8ine materia". 
111 De aspectibuB * 7; voir Alkindi, TideuB 'Und PBeudo-Euklid, Drei optische 
Werke, hgg. von Bjornbo und Vogl, Abhandlungen zur Geaehichte der matheniati. 
8chen Wi8sensehaften, XXVI: 3, Leipzig -1912, p. 9. 
no Albert le Grand (Summa de homine, quo 22) cite, 80U8 le nom "Alpharabius 
De BenBU et Bensato", de long8 pa8sage8 que l'on peut retrouver danB la courte para- 
phraBe du De BenBU d'Ari8tote, répandue en outre (avec d'autre8 paraphraBe8 analogues 
de8 autre8 partie8 deB Parva naturalia) Bou8le nom d'Averroè8 (éd. 1483, ff. Icr-Ilvh 
c'e8t de nouveau à. Albert que Vincent de Beauvais, Speculum naturale, XXV c. 43, 
emprunte le8 citationB de cet ouvrage qu'il attribue également à al-Farabi. (Au 8ujet 
de 80n paternité, cf. Roger Bacon, 0PUB maiuB, VII, par8 4 c. 1, éd. Bridge8 Il 391: 
"Et multi commentarii libri (!) ae8timantur e8se ip8iu8 Auerroi8, qui non 8unt, sed 
magiB Alpharabii, ut super Iibrum Physicorum Ari8toteliB"). Les cx[a&1J't'à: dB1J d'Ari8tote 
portent chez Albert le nom de "formae aen8ibile8" ou "intentione8 aensibilium". 
171 Liber BextuB naturalium, pasBim (Par8 II c.2 8qq.). Selon le Kitiib Ji 'n.naJs 
(Zeitaehrift dcr Deutsehen Mor
enlandiBehen Gese1I8chaft, XXIX, 1875, pp. 335-418), 
Avicenne employa danB l'ori
inal (par exemple à. la dernière ligne de la page 357) 
le mot !'tlrah(,)"i..a.to; plur...i.L\D !'uwar ou {liwar), com.me le faiBaient aU8Bi, danB le 
même contexte, d'autreB écrivains arabeB (voir par exemple AlJiiriibiB philoBophiBche 
Abhandlungen, hgg. von Dieterici, Leiden 1890, p. 73 lin. 6).
		

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			RI: 


294 


Avicébron I7 !!, al-Gazali1 73 , Averroès 17"); mais tous ces auteurs parlent 
uniquement de la "forma sensibilis (apprehensibilis)", c'est-à-dire 
de 'ro OttO'&Y)'t'ov d80c; d'Aristote. Alors que chez Witelo le mot "for- 
ma" 176, comme nous l'avons vu, a un sens tout aussi général que la 
"species" de Bacon: c'est précisément ce "idem" qui "agens immittit 
in sensum et in contrarium"178, une espèce de forc(\ ou d'énergie cinéti- 
que l77 , ou plutôt une certaine "image dynamique" de l'agent 17S , 
pour autant qu'il soit permis de parler ainsj179. 


171 Voir l'édition de Baeumker, index, pp. 456-459 (cf. Vincent de Beauvai8, 
l.c., cap. 6). 
171 PhiloBophia, lib. 1 tr. 4 cap. 3 (éd. 1506 ff. h 1 r-h.r). 
17& Dan8 80n commentaire au De anima, l.c. (traduction de Miehel Scot); pour 
la paraphrase du De Bensu, voir plu8 haut note 170. 
171 Auquel Witel0 prête d'ailleur8 encore d'autres 8ignification8 qui ne peuvent 
-être appliquée8 en la circon8tanee (forme, image, etc.). 
171 La même formule que nOU8 avon8 déjà rencontrée chez Robert Gr088ete8te 
(voir plu8 haut p. 286) et Witelo (voir plus haut pp. 282 et 286) 8e retrouve chez Bacon, 
il. la fin du premier chapitre du De multiplicatione Bpeoierum (éd. 1750, p. 274; éd. 
Bridge8 Il, p. 417): "Et ex hoc euacuatur error eorum, qui ae8timant, quod agen8 
aliud immittit in 8en8um et aliud in contrarium". (De même, un peu plus 
haut: "et ideo 8iue agat in aensum 8iue in contrarium... non facit alium effectum 
primum"). Baeumker (p. 607) releva ce paralléli8me entre Bacon et Witelo, mai8 
£an8 en tirer de conclusion quant à. la 8ignification générale du terme "forma" et 
quant à. 80n identité complète avec la ,,8pecie8" de Bacon dan8 toute l'ample étendue 
du mot. Il convient toutefoi8 de 80uligner, au bénéfice de Baeumker, que c'est seule- 
ment ce8 dernières année8 (ab8traction faite du traité de Werner de 1879, fort difficile 
à lire, voir plus haut p. 287, note 135, et p. 291, note 162) que l'on a eommencé à. 8'in- 
terroger 8ur ce que 8ignifie ,,8pecie8" 80US la plume de Bacon (Hoffmann8, il. cc., 1906 
.et 1908; Duhem, Un fragment inédit..., 1909, p. 46; Hôver, Roger BaconB Hylomor- 
ph'ÏBmus, 1912, pp. 185-188; Vogi en 1914 [Roger Bacon8 Lehre- von der Binnlichen 
SpezieB.... - N.d.l.R.], voir plus haut note 162); au demeurant, dan8 les meilleur8 
ouvrage8 et jusqu'à. n08 jour8 (Vogl, Die PhYBik Roger BacoB, 1906, pp. 21, 23, 40-51; 
Little, Roger Bacon'B WorkB, 1911, p. 101; überweg, GrundrisB..., Il, 10. AufI., bearb. 
von Baumgartner, 1915, pp. 566, 567) le De multiplicatione Bpecierum est con8idéré 
-comme un ouvrage d'optique traitant "de la propagation des rayon8 de lumière". - 
(En dépit de 8e8 observation8 pertinentes relative8 au contenu du De multiplication" 
.pecierum (voir The life and 'Work..., p. 40 et en particulier pp. 93-101 et 110-111) 
Bridges pèche par la même erreur (voir ib., p. 152), ce qui explique la note 2 à. la 
page 57, ajoutée par Jone8. J'ignore à. qui Bridges fait allusion lor8qu'il dit, dan8 la 
dernière note de 80n édition du De multiplication" Bpecierum (The OPU8 MajuB, t. Il, 
p. 552) que cette oeuvre était considérée comme "a mere recast of AriBtotelian Phy- 
.ic,"; ce qui est certain, cependant, c'e8t que tout ce qu'il dit en répon8e à. ce reproehe 
ne prouve guère qu'il ait pénétré plu8 profondément le8 idée8 de Bacon). 
ln H. Hoffmann8, La genêBe des BenBations d'aprêB Roger Bacon, pp. 478-479. 
171 "Das operative Abbild", comme le dit une foi8 Werner (p. 580). 
171 La définition de la ,,8pecie8" donnée par Bacon e8t à. peu près celle-ci (d'après 
De mult. Bpec. 1 1 ueritas 1): ,,8pecie8 est effectus primu8 agentis, 8imili8 ei in natura 
.et in definitione et in eS8entia 8pecifica et in operatione". (La 8pecie8 d'un COrp8 ln- 


- 


--
		

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			295 


Allons plus loin encore. Nous avons vu plus hautI so que la notion de 
"species" joue dans la philosophie de Bacon un rôle de premier plan lSl : 
nous pouvons en conclure, par analogie, que la même notion, quoique 
revêtue d'un autre nom "fo
ma", doit joue", un rôle semblable dans la 
philosophie de la nature de 'Vitelo. Un examen plus approfondi confirme 
cette conclusion. Nous savons déjà 1S2 , puisque le préambule de la Per- 
spectiua nous en prévient, que l'objectif principal et géné
al de cet ouvrage 
n'est pas l'exposé de l'optique mais celui de l' "action des fo:r:mes naturel- 
les"; et nous trouvons dans l'ouvrage même maints indices prouvant 
que l'auteur ne perdait jamais cet objectif de vue 1S3 . Mais il y a plus; 
ce n'est pas uniquement dans laPerspectiua que 'Vitelo s'occupa de l' "actio 
formarum naturalium": il lui consacra également une large place dans 
sa Philosophia naturalis, non retrouvée jusqu'ici. En effet, il dit lui-même, 
dans le passage fameux de sa Perspectiua (V 18): "multiplicatio uero 
formarum ad superficies speculorum est naturalis, quonialll est opere 
naturae, sicut et olllnis alia diffusio formarum, ut in Philosophia naturali, 
capitulo de naturali actione ostendimus". Nous savons déjà 1s " que 
"actio naturalis" est synonyme de "actio formarum naturalium" lSI; 
donc au moins ce chapitre de la Philosophie naturelle était consacré 
x 


mineux e8t la lumière; en revanche, l' "effectu8 8ecundus" peut être quelque chose 
d'autre, la chaleur par exemple). 
110 Voir plus haut pp. 290-291. 
111 Hoffmann8 a raison de dire (l.c., p. 477) que la "multiplicatio 8pecierum" 
con8titue pour Bacon "la loi d'interaction de8 8ub8tances, par laquelle il explique 
toute8 le8 manife8tation8 de l'activité phY8ique ou p8ychique dan8 l'Univers". 
111 Voir plus haut pp. 282 et 287. 
111 Voir par exemple lib. II def. 2,9, prop. 1, 47; lib. V proëmium, prop. 3, 18, 
21,24,37; lib. VIII proëmium, prop. 12; lib. IX proëmium; lib. X proëmium, def. 1, 
prop. 10, 40, 66, etc. Il e8t intére8sant de comparer par exemple le8 deux définitions 
voiBine8 du lIe livre: "Def. 6. Radius dicitur linea lumin08a. Def. 7. Linea radialis 
dicitur linea per quam fit diffuaio formarum". A première vue, on pourrait oroire 
que "radius" et "linea radialia" 8ignifient la même ch08e; la différence ne re880rt 
que lor8qu'on tient compte du double caractère de l'ouvrage et que l'on 8ait que la 
"forma" de Witelo n'e8t pas 8eulement la "forma uisibilis". - On peut recommander 
aussi la lecture de la préface du Xe livre, qui 8e réfère entre autre8 au pas8age final 
du préambule précédant l'ouvrage tout entier (p. 131, 26-31, éd. Baeumker). 
11& Voir plus haut pp. 286-287. Bacon emploie lui aus8i le terme "actio naturalis", 
cf. par exemple De multiplicatione Bpecierum 1 c.3 (éd. 1750 p. 283, éd. Bridge8 II 
436) et II c. 1 (éd. 1750 p. 293, éd. Bridges II 457). 
III Si ce fait avait été connu de8 auteur8 qui 8e 80nt penchés jusqu'à. pré8ent 8ur 
Witelo, il n'aurait jamais été que8tion d'identifier le De inteliigentiiB (!) avec le "capi- 
tulum de naturali actione" (Rubczyn8ki, Traktat..., p. 26), pas plus que la répon8e de 
Baeumker (p. 241) n'aurait été la même. Si l'on devait trouver un jour quelque Phi- 
10Bophia naturaliB que l'on pourrait, pour d'autres raÏ8on8, attribuer à Witelo, l'argu- 
ment concluant eonsistera à. vérifier 8i l'opuscule contient un chapitre "de naturali 
actione" exposant des vues analogues au De multiplicatione BpecieTum de Bacon. 


20 - A. Blrkenmajer: Etudes d'histoire...
		

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			29G 


p1'ofesso à l' "action des formes naturelles", et, vraisemblablement, moins 
au "mode" (modus) de cette action, puisque ce fut le sujet de la Perspec- 
tiua, qu'à la définition de son essence. 
Il nous faut d'autant plus regretter que la Philosophia nat1tralis de 
Witelo nous soit inconnue aujourd'hui; car, bien que nous ayons établi 
ce que la "forma" en général signifie chez Witelo, nous n'en aurions 
pas moins besoin d'un commentaire qui nous expliquerait la signification 
des divers qualificatifs qui, souvent, accompagnent ce terme. Nous savons 
déjà lS6, certes, que la "forma sensibilis" lS7 n'est rien d'autre que la "spe- 
cies sensibilis" des autres scolastiques; mais nous relevons en outre chez 
Witelo les expressions "forma corporalis" et "forma naturalis"lSS dont 
le sens semble, à première vue, beaucoup moins clair. C'est parce que 
le mot "forma" éveille chez nous des réminiscences trompeuses d'ouvrages 
d'Aristote, de saint Thomas et d'autres scolastiques 1S9 ; nous oublions, 
malgré nous, que c'est tout simplement la "species" de Bacon, c'est-à- 
dire l' "effectus primus agentis, similis ei in natura et in operatione" 190. 
Il suffit cependant de prendre conscience, une fois pour toutes, de cette 
terminologie spécifique de Witelo, pour pouvoir, sans trop de difficultés, 
en pénétrer tous les secrets, du moins jusqu'à un ce
tain degré. 
J'estime inutile de m'arrêter ici longtemps sur le sens que prend chez 
Witelo l'expression "fo:r:ma naturalis". n suffit d'indiquer, étant donné 
toute la gamme de significations que la 1ittérature médiévale contempo- 
raine p:r:ête à l'adjectif "naturalis" 191, que l'expression "forma naturalis" 


11' Voir plu8 haut p. 282. 
117 Que Witelo, lorsqu'il 8'agit de la perception visuelle, appelle également "forma 
ui8ibili8" (par exemple p. 131, 13 de l'édition de Baeumker). 
III San8 compter les autre8 terme8 (forma 8pecifiea, etc.) qui re8tent hors de 
notre prop08. 
111 Voir plus loin p. 299. 
110 Voir plu8 haut [note 179. - N.d.l.R.]. 
111 L. Schütz, ThomaBlezikon, 2. Aufl., Paderborn 1895, pp. 515-516, di8tingue 
dan8 les oeuvre8 de 8aint Thomas dix 8ignification8 différente8 du mot natura1Ï8 = 
natürlich, à 8avoir: a) dasjenige, was einem Dinge vom Anfang an zukommt; 
b) d., was der Wesenheit eine8 Dinge8 gema8s i8t und ihm deshalb al8 solchem zukommt; 
c) d., wozu ein Ding aeiner Natur zufolge hinweigt; d) d., was eine Natur und We8enheit 
besitzt; e) d., was ein Ding der Wirklichkeit und kein Gedankending i8t; f) d., was 
zum Reiche der sublunarischen Dinge gehort; g) d., was einem Dinge der Welt von 
einem andern ihm übergeordnetem angetan wird; h) d., was ein 8en8itive8 We8en 
aeiner N atur zufolge und nicht auf Grund einer blos8en Erkenntni8 tut; i) d., was 
in Reiche der korperlichen Dinge mit sinnlichwahrnehmbaren Qualitiiten existiert 
(à. l'opposé de8 figure8 géométriques); k) d., was zum Gebiete der physi8chen Ordnung 
ge.hort. - Chez Witelo, on peut en distinguer, entre autre8, les 8uivantes: .A (cf. plus 
haut b, c): appartenant à. l'e8sence même de la ch08e ("Et e8t quaelibet formarum 
reflex arum a quocumque speculo in illo 8peculo tanquam non aduenien8, 8ed ao 8i 
natura1Ï8 e8set forma speeuIi, cum tamen non 8it aliquid eS8entiae ip8ius 8peculi" 


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			. 297 


doit Hre interprétée de mamere différente, selon les divers passages du 
texte de \Vitelo 192. L'expression "forma corporalis", en revanche, ne 
nous donne pas antant de souci; "corporalis" est en effet le contraire 
de "spiritnalis" 193 et signifie non spirituel, au sens le plus vaste du terme; 


V 37); B: ré8ultant de l'action de la Nature ("multiplicatio uero formarum ad super- 
ficies 8peculorum e8t naturali8, quoniam fit opere naturae, 8ieut et omni8 alia diffusio 
formarum" V 18); 0 (ef. plu8 haut e, i): réel et non 8eulement imaginé ("linea recta 
naturali8" et ,,8uperficie8 naturali8" 128, 17 -18; "forma rei 8en8ibilis, quae e8t diuisi- 
bilis, cum 8it naturali8" VIII 12; i'opp08ition entre la géométrie, en tant que scienee 
abstraite, et la 8eience de la nature, visible dan8 les expression8: "demonstratio ma- 
thematica et naturali8" 129, 15-16; "passione8 mathematieae et naturales" 130, 
12); D (cf. plus haut f): 8ublunaire ("caelestes et omne8 naturales influentiae" 130, 
22-23; "actio formarum et omnium uirtutum caelestium et naturalium" 131,15-16); 
E: non artificiel ("corpora naturalia" 130, 20; V proëmium; "forma naturali8" au 
8en8 de forme naturelle 174-175). 
ua Mai8 cela concerne plutôt l'explieation de la genè8e de cette expre8sion, car 
nOU8 ne savon8 pas 8i elle 8ignifie que la "formanaturali8" proeède de l' "agen8 naturale" 
(cf. Gr088ete8te) c'e8t-à.-dire qu'elle e8t "forma rei naturali8" (cf. "forma rei 8en8i- 
bili8" VIII 12; en revanche, dan8 l'expre8sion "formarum diffusarum per corpora 
naturalia" 129, 20-21, le mot "per" n'a qu'une 8ignification locale, voir plus haut 
p. 283, note 106) - ou bien qu'elle "fit opere naturae" (voir note précédente, à la 
lettre B; cf. "actio intenta per naturam" 131, 17 -18, expre8sion qu'emploie aus8i 
Bacon, De multipUcatione Bpecierum, par8 V cap. 1, éd. 1750 p. 327, éd. Bridge8 II 
530) ou encore - peut-être - que cette "forma" garde quelque ch08e de l'e8sence 
de l'agent dont elle émane (voir note précédente à. la lettre A; chez Bacon 8pecie8 
est l' "effectu8 primus agenti8, simili8 ei in natura et operatione", voir dan8le texte) - 
ou enfin tout cela en8emble. Le 8en8 de l'adjectif ajouté parait en revanche plu8 
elair. Il sert San8 doute le plus 80uvent, à. 80uligner qu'en la cireon8tance, il ne 8'agit 
pa8 8eulem en t de la "forma 8en 8i bili8" ; il en e8t ain8i chaque foi8 que Witelo 
emploie l'expre88ion "actio formarum naturalium" (129, 10-11, 15, 16-17; IX 
proëmium; X proëmium; 80n 8ynonyme e8t "actio naturalis" 129, 22; 131, 21, 27, 
29, 31; terme utili8é déjà. par Gr08seteste et Bacon), "diffusio naturalium formarum" 
(VIII proëmium) ou bien ..uirtute8 naturalium formarum" (X proëmium); il peut 
ainsi être que8tion de ..actio 8ensibili8 formarum naturalium" (130, 6), de ce que 
..ui8n8 exi8tit ut quoddam p08teriua formi8 naturalibu8" (130, 27), que "formae na- 
turale8 diffundunt 8e ad ui8um" (129, 19), que "ui8u8 uidet formas naturale8" (X 
proëmium). C'e8t exceptionnellemen t que ..forma naturalis" 8' 0 P po 8e nettement 
à. la "forme perçue" (..... quod autem forma aen8ibilis non informet ipsum speculum, 
sicut forma naturali8 8uam materiam" V 24; la forme au 8en8 aristotélique'), 
comme la "natura" à. la vision (.....pas8io... naturae acciden8 uel ui8ui" X proëmium; 
n'e8t-ce pas une faute, à. la plaee de materiae'); voir aU8si Werner, Z.c., p. 586-588. - 
Peu nOU8 importe en l'occurrence que Witelo emploie le terme "forma naturali8" 
également au 8en8 de "forme naturelle" (voir note précédente à. la lettre E). 
181 Voir le8 passage8 de saint Thomas cité8 par Schütz, l.c., p. 186; pour Bacon, 
le pas8age caractéri8tique e8t celui du De mult. spec. par8 III cap. 2 (M. 1750 pp. 
316-318, éd. Bridge8 II 507-511): .....an 8pecies agenti8 corporali8 debent dici 
res eorporali8 uel 8pirituali8... et patet, quod e8t uere re8 corporali8, quia non 
e8t anima, nec intelligentia, nec Prima Cau8a: 8ed omne aliud ab illi8 e8t uere 
res corporali8" etc.
		

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peut être "corporalis" tout ce qui fait partie du monde "matériel", per- 
ceptible à nos sens, qu'il s'agisse d'un "corpus" ou non 19... Aussi sommes- 
-nous en droit de supposer que, dans la philosophie de Witelo, toute 
"forma" était "corporalis", de même que, chez Bacon, toute "species", 
n'étant pas "corpus", avait néanmoins "esse corporale in medio" (dans 
un milieu - qui, par la nature des choses, était "corpus")l95. C'est pour 
cette raison aussi que \Vitelo ne recourt que bien rarement à l'ex- 
pression "forma corporalis"; en dehors de quelques mentions dans l'ou- 
vrage même 196, il ne l'emploie dans le préambule que lorsqu'il s'agit 
d'opposer les influentiae corporales (128,3) aux influenti
e intelligibiles 
(127,16; 128, 1), c'est-à-dire précisément dans ce passage de la 
Perspectiua qui est devenu pour nous le point de départ 
(voir plus haut, pp. 279-281) de toute cette long ne digression sémantique 
qui arrive enfin à son terme. 


11& Voir Bacon, De mult. Bpec., par8 III c. 1 (éd. 1750 pp. 314-316, éd. Bridges 
Il 502-507) où il démontre que ,,8pecie8 non 8it corpus". Qu'une ch08e puisse être 
"corporali8" 8an8 être "corpu8", nous en avon8 la preuve dan8 le pas8age 8uivan1 
du préambule de Witelo (131, 16-20): "Quaedam (uirtute8 caelestes et naturale8) 
agunt directe... et haec actio e8t fortior... Accidit autem illi uirtuti, quando corporali8 
est, debilitas propter remotionem maiorem agentis ab ip80 acto: Sol enim non adeo 
calefacit remotiora, 8icut propinquiora..." Cela n'exclue pas naturellement un sen8 
plu8 étroit de l'adjectif "corporali8", par exemple dan8 l'expression "corporale8 
dimen8iones" (128, 13), etc. 
111 Bacon exp08e 8a théorie dan8 De mult. 8pec. par8 III, c. 1- 2; voir les deux 
notes précédentes. 
110 Cf. PerBpectiua V 37 dan8 le contexte: "quoniam reflexio, ut 8upra in proemio 
huius 8cientiae diximus, non accidit ex proprietate ui8u8: uisu enim remoto nihilo- 
minu8 fit reflexio a 8peculis, quoniam forma corporali8 non minus incidit 8uper- 
ficiebu8 8peculorum"; ainsi que l'atteste la comparaison avec le passage évoqué du 
préambule (130, 26-38, édition de Baeumker), "forma corporalis" e8t ici 8ynonyme 
de "forma naturalis" (130, 27). Nous trouvon8 un passage plu8 intére8sant dan8 IV 
2 (155, 8-19) maÏ8 il m'e8t imp08sible de le commenter ici, bien que le8 considérations 
de Baeumker (p. 632) à. ce propo8 80ient évidemment erronées puÏ8qu'elle8 ne tiennent 
pa8 compte de la terminologie de Witelo (chez Baeumker forma corporalis = eine 
Ge8amtbeschaffenheit des Korper8, comme en général forma = Gesamtbe8ehaffenheit, 
Ge8amter8cheinung, pp. 620, 622, 624, 632, 666); je doi8 me borner à indiquer que 
le texte devient clair quand on n'oublie pa8 que "illtentio" e8t également 8ynonyme 
de forma = 8pecie8, comme en témoignent les oeuvre8 de 8aint Thomas et d'autres 
8colastiques ("intentio uocatur in usu Uulgi natura1Ïum", écrit Bacon), et comme le 
8ait d'ailleu1'8 parfaitement Baeumker lui-même (p. 615 8qq.); chez Witelo, cependant, 
il y a une différence entre le8 deux termes: pour lui, la "forma" e8t la 80mme des 
"intentiones" élémentaires. - Noua trouvon8 également, dan8 la même prop08ition 
IV 2, une déclaration tout à. fait nette (155, 8-9, 16) indiquant que "formae 8en8i. 
biles (uisibiles)" appartiennent à la catégorie des "formae corporale8", ce qui semble 
évident après l'analyse 8émasiologique que je vien8 de faire, mai8 qui peut d'ailleur8 
être tout aU8si bien déduit du préambule (voir par exemple 128, 3; 129, 5). 


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Que signifient donc en fin de compte ces "formae corporales" qui 
reviennent pas moins de trois fois en l'espace de sept lignes (128,6-12)' 
Eh bien, elles s'appellent "corporales" parce qu'elles sont liées aux "in- 
flnentiae corporales" (128,3), par opposition aux "influentiae intelligi- 
biles" (127,16; 128, 1), qui s'exe
cent "incorporaliter" (127,12). Que 
telle soit bel et bien l'idée de "\Vitelo, tout le contexte le p
ouve, et cela 
découle aussi de la signification du mot "corporalis" 197 ainsi que de la 
comparaison directe des expressions voisines: "lumen (sensibile) est me- 
dium corporalium influentiarum" (128,3) et "lumen est diffusio supre- 
marum formarum corporalium" (128,6-7). Malgré toute l'influence 
qu'avait eu Grosseteste sur "\Vitelo, la phrase du premier: "Fo:.:mam p:.:i- 
mam corporalem, quam quidam corporeitatem uocant, lucem esse arbi- 
tror" 198, n'a rien à voir ici, étant donné que la "forma" ne signifie pas la mê- 
me chose chez les deux auteurs; même certaines concordances formelles 1l1li 
ne peuvent pas changer cet état de fait Zoo . Mais, surtout, il n'est absolu- 
ment pas permis d'imaginer une analogie 201 entre les idées de Grosseteste 
et la phrase de Witelo "quod lumen sit primum omnium sensibilium for- 
marum" (129, 5) car, traduite dans la langue de saint Thomas, la phrase 
en question deviendrait: "quod lumen sit primum omnium sensibilium 
specierum" ou "omnium sensibilium intentionum". 
Nous savons donc enfin définitivement ce que veut dire la phrase 
128,6-12 que l'on interprétait jusque-là avec tant de liberté. n suffit 


117 Voir plu8 haut pp. 297 -298. 
111 Tout au début du De luoe Beu de inohoatione formar'Um (51, 10-11 M. Baur). 
111 Gros8ete8te: "Formam primam corporalem... lucem eS8e arbitror. Lux 
enim per 8e in omnem partem 8e diffudit...; corporcitas uero e8t. quam de nece8- 
8itate con8equitur exten8io materiae 8ecundum tre8 dimen8ione8... Formam 
uero... in materiam... inducere fuit imp08sibilem, ni8i 8eip8am multiplicando et in 
omnem partem 8ubito 8e diffundendo et in 8ui diffu8ione materiam exten- 
den do... " (l.c.. 51. 10-21). Witelo: "Est enim lumen 8upremarum formarum 
corporalium diffu8io... Quia itaque lumen corporalis formae actum habet, cor- 
poralibu8 dimen8ionibu8 corporum quibu8 influit 8e coaequat, et exten8ione 
capacium corporum 8e extendit..." (128, 6-14). 
100 Que la conformité de8 première8 phrase8 de8 deux auteurs (Gr08sete8te: "For- 
mam... diffudit", Witelo: "E8t... diffu8io") ne 80it qu'apparente, puisqu'elle tient 
uniquement au double 8en8 du mot "forma", je le prouve dan8 le texte. Mais on 
remarquera aussi par la 8uite, qu'il8'agit pour Gr08seteate et pour Witelo de chose8 
différente8, pui8que le premier parle de la "diffu8ion" de la matière par la lumière 
(cf. ce qu'en dit Baur, Die Philosophie deB Roberts GroBBeteBte, p. 85-86), alors que 
le 8econd parle de la diffusion de la lumière dan8 la matière (voir à ce 8ujet le 
commentaire dan8 la PerBpectiua, II 47, où Witelo déduit, du principe 8elon lequel 
"formarum proprium est 8emper 8e diffundcre 8ecundum amplitudinem omnis 
capaci8 materiae"), la loi de la réfringence par rapport à la normale. 
101 Comme le fait Baeumker, p. 451, d'une façon assez ob8cure d'ailleura. 


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de se rappeler ce que signifient "forma" et "corporalis" pour que lc sens 
de la phrase: "Est enim lumen supremarum 202 fOl'lllarUm (specierum) 
corporalium diffusio per naturam corporalis formae (speciei) materiis 
inferiorum corporum se applicans 203 et secum delatas formas (species, 
uirtutes) diuinorum et indiuisibilium artificum per modum diuisibilem 
caducis corporibus imprimens suique cum illis incorporatione nouas 
semper formas 20.. specificas et indiuiduas producens, in quibus resultat 
per actium luminis diuinum artificilUll tam motorulll orbiulll quam 
mouentium uirtutmn" devienne entièrement clair. Mieux encore, l'ana- 
lyse de cette ph
ase et les travaux préparatoires qui l'ont précédée ont 
jeté tant de huuièrc sur toute la philosophie witelonienne de la nature 
et sur ses attaches avec les idées de Bacon que c'est finalement à celui-ci 
q ne nous demanderons l'explication d'un détail, toujours peu compré- 
hensible du point de vue logique: de quelle manière la phrase citée plus 
haut peut-elle servir à prou ver 205 l'affirmation qui la précède et qui 
dit que "lumen sensiùile assimilat et conncctit infima corpora corporibus 
superioribus" 208. 


101 Ce qualitatif devait visiblement indiquer qu'il 8'agit de la lumière provenant 
de8 corp8 céle8te8 (,,8uperiora corpora" jU8te au-de88us, 128, 4); il e8t à. remarquer, 
dan8 le même ordre d'idées, que dan8 la phra8e qui nous intéres8e, l'auteur opp08e 
par deux foi8 le8 corp8 sublunaire8 (inferiora corpora, lin. 7; eaduca corpora, lin. 9) 
aux être8 céleste8 (diuini et indiuisibiles artifice8 Il. 8-9; diuinum artifieium tam 
motorum orbium quam mouentium uirtutum Il. 11-12); de même, plus loin (128, 
23), il e8t toujour8 que8tion de "eaele8te8 influentiae". (C'e8t pourquoi, en dépit d'une 
analogie apparente du contexte, il serait faux de rattacher "supremarum" 128,6 
à "primum" 129, 5). - Toutefois, il 8erait ri8qué, à mon avi8, d'imputer à. Witelo 
l'idée 8elon laquelle toute lumière (lumen sen8ibile) dan8 l'Univer8 8erait en défi- 
nitive d'origine céleste, même 8i une telle supposition 8emble plausible. 
101 La phrase "per naturam... 8e appliean8" dl'vil'nt plus claire à la lumière de 
la phrase 8uivante (128, 12 8qq.) 
lOt lei, bien entendu, ce terme n'a p a8 le même sen8 que la ,,8pecie8" de Bacon. 
101 "Est enim lumen..." ptc. 
106 NOU8 en trouvon81'explieation dan8 De 'mult. spec., pari:! 1 c. 5 (éd. 1750 p. 288, 
éd. Bridge8 II 445-446), où l'on peut lire: "Prima (eonclu8io) e8t de inferioribus 
respectu caele8tium. Et quod a 8uperioribus p088int pati inferiora, patet, quia com- 
municant in materia..., licet non communicent in tantum, ut 8it mutua generatio 
et corruptio eompleta inter inferiora et caelestia... Congruentia autem e8t ad hoc, 
quoniam quanto magi8 partes Uniuer8i a88imilen tur, tanta maior e8t 8alus earum 
et utilita8; et ideo cum inferiora non p08sunt a88imilari per naturas completa8 
naturae caelorum, congruit, ut 8altem per 8pecie8 reccptas..." (pui8que ,,8pecie8 
agentis e8t 8imili8 ei in natura"). Il en va de même avec le Soit-il qui "non e8t per 
8ub8tantiam in inferioribus, et ideo (e8t) per uirtutem, et sic de aliis corporibu8 caele- 
8tibu8: et per experientiam patet illud de luce diffusia a caele8tibus per omnia in- 
feriora". (Il eonvient de 8ignaler, en passant, à ceux qui ne 8eraient pas convaineu8 
par me8 con8idération8 de8 pages 274-276, la 8ignification que prennent ici le8 mots 
"inferiora" et ,,8uperiora "). 


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Cependant ce rapport étroit que nous avons relevé, au cours de nos 
recherches, entre Grosseteste, Bacon et Witelo, nous pousse, précisément, 
à revenir maintenant à la question déjà posée 207: l' "actio per lumen", 
est-elle aux yeux de 'Vitelo, le seul moyen d'action du momIe "supérie
" 
sur l' "inférieur", autrement dit, 'Vitelo rejette-t-illes deux autres moyens 
d'action, soit l' "actio peI' motum" et l' "actio per influentiam specialem" Y 
La nécessité d'une telle réviHion s'impose en premier lieu du fait que 
Grosseteste (dans son opuscule De luce) semble douter de l' "actio per 
motum" 20S; et, d'autre part, à lire ce que V og]209 écrit sur la théorie de la 
marée de Bacon (phénomène que les ast
ologues attribuaicnt à une 
particulière "influentia Lunae") 210, on a l'imp
ession que Bacon se 
fonde en l'occurrence uniquement sur l' "actio per lumen". Tout indique 
ainsi que Grosseteste et Bacon n'acceptaient ni l' "actio per motum" 
ni l' "actio per influentiam"; et l'on peut supposer que 'Vitelo suivit 
leur exemple. 
Or, un examen plus poussé ne confirme pas les prémisses de cette 
déduction. Pour ce qui conce;rne Grosseteste, il convient de faire remar- 
quer que son ouvrage ])e luce (contrairement au De lineis, angulis et 
figuris) n'exerç>a aucune influence perceptible sur les conceptions de 
'Vitel0 21l ; il faut souligner en outre que les doutes de Grosseteste sur 
l' "actio per motum" ne sont qu'une Impposition qui prête elle-même 
au doute 212 . On peut affirmer, en revanche, en toute certitude, que Bacon 
ne dit nullement que les flux et reflux de la mer soient dus (uniquement) 
à l' "actio per lumen" (sensu stricto); il emploie certes, dans ses déve- 
loppements à ce sujet2 13 , le mot "radius", mais ce mot a sous sa plume 
une signification beaucoup plus étendue que "rayon de lmnière" 2U. 
Bien mieux, Bacon indique nettement en cette circonstance que la Lune 
agit "aut per radios lucis, aut per radios suae naturae substantialis, aut 
per utrosque" 215, comme c'est d'ailleurs le cas, selon Bacon, de tous le8 


107 Voir plus haut pp. 276 et 278-279. 
101 De luce p. 57, 25-28; voir à ee prop08 Baur, Die PhiloBopltie des Robert Gro- 
88eteBte, p. 89, note 1. 
208 Vogl, Die PhYBik Roger BacoB, pp. 95-96. Je 8ignale à l'occasion que Vogi 
rapporte ici de façon erronée le8 vue8 d'al-BitriigÏ; voir 'Verner, l.c., pp. 598-599. 
110 Voir plus haut p. 277. 
m Voir plus haut p. 299. 
111 Gr088ete8te limite son 8cepticisme à. présenter la thè8e 8Ul' le mouvement 
de8 8phère8 élémentaires comme une vue d'autrui (patent aliqui). 
111 0PUB maiuB, par8 IV, di8t. 4 cap. 5 (éd. 1750 p. 63-64, [éd. Bridge8 1 139- 
142. - Z. W.]. 
lU Comme "linea radiali8" chez Witelo; voir plus haut note 183. 
III 0PUB maiuB, l.c., M. 1750 p. 64 en bas, [éd. Bridge8 1 141. - Z. W.].
		

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corps célestes 218. Ainsi donc, en se fondant sur le rapport ét
oit qui existe 
incontestablement entre la philosophie de la nature de Bacon et celle 
de Witelo, non seulement on ne peut pas en déduire que ce dernier rejetait 
tous les modes d'action des corps et sphères célestes sur le monde sublu- 
naire, à la seule exception de l' "actio per lumen" (sensu stricto), mais, 
bien au contraire, on peut plutôt admettre qu'il s'en tenait à la "communis 
sententia" de tout le Moyen Age, que viendront seulement ébranler Nicole 
Oresme et ses successeurs 217. 
Quoi qu'il en soit, une chose est à la fois certaine et évidente: c'est 
que Witelo, lui aussi, estimait que les corps célestes "agunt per lumen" 
(sensu stricto) "in baec inferiora". Mais comment en est-il de l'action 
dans les limites du seul "mundus inferior", c'est-à-dire de cette "actio 
naturalis", dont on a tant pa
lé plus haut Y Nous avons vu qu'à cet égard 
la théorie de Witelo, sauf en ce qui concerne la terminologie, est identique 
à celle de Grosseteste et de Bacon. De son principe suprême selon lequel 
"praesentia sensus nihil addit actionibus naturalium formarum", il ressort 
que toutes ces "actiones" s'effectuent de la même façon que la pro- 
pagation de la lumière (à savoir par "multiplicatio formarum" 21S); le 
mécanisme de toutes ces "actiones naturales" est toujours le même, 
et l'objectif général et principal de l'optique consiste précisément, comme 
nous le savons, à l'exposer en détail. C'est pourquoi, comme le dit nettement 
Witelo (131, 15-16), l'optique est une science qui a pour objet l'étude tout 
à la fois du "modus actionis formarum et omnium uirtutum caelestium 21
 
et naturalium"; du point de vue du mécanisme, il n'y a aucune différence 
entre "caelestes et omnes naturales influentiae" (130,22-23): les 
unes et les autres s'exercent "ad instar luminis". Mais aussi, seulement 
"ad instar", quand nous n'avons pas affaire à la lumière proprement 
(lite. 


Il' Voir par exemple OPUB maius, par8 IV, di8t. 4 c. 2 (éd. 1750, p. 58, [éd. Brid- 
ge81 130-132. - Z. W.]): "Et non 80lum de his, 8ed de aliis uirtutibu8 factis a pla- 
neti8 et 8tellis in alias (planetas et 8tel1as) 8ecundum omne8 diuersitate8 coniunc- 
tionum et aspectuum..., in quibus multiplicantur non 80lum radii luci8, 8ed uirtutes 
sub8tantiale8 8tellaruum ad inuicem"; en outre, pars IV dist. 2 c. 1 (l.c., éd. 1750, p. 49, 
[éd. Bridges 1 109-111. - Z. W.]): "et in caele8tibus fit mutua influentia uirtutum. 
ut lucis et aliarum". 
117 Voir plu8 haut p. 278. 
III Voir plus haut p. 295. 
111 Ce8 "uirtute8 (influentiae) caele8tes" participent à chaque "actio naturalis'. 
comme "caU8ae uniuer8ales"; voir par exemple PerBpectiua, II 47. C'e8t eneore une 
idée qui joue un rôle important chez Bacon (voir Hover, l.c., pp. 190-191; le ré8umé 
qu'en donne Baeumker daDs Roger Bacons NaturphiloBophie, Mün8ter 1916, p. 63. 
e8t inexact, l'auteur 8'efforçant vainement de trouver chez Bacon une "hiérarchie 
graduelle" et des influence8 ,,8toiciennes et néo-platoniciennes"). 


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ivé là, je peux déjà prier le lecteur de relire les deux phrases qui 
terminent (dans le chapitre IV) les considérations de Baeumker visant 
à prouver l'identité des vues de la Perspectiua et du De intelligentiis t 
et qui toutes deux concernent "das kôrperliche Licht" dans l'Univers. 
Les voici 220: 


Von den Himmelskorpern ausgehend, ergie88t 8ich die8e8 Licht, das V ornehm8te 
oder Erste im Gebiet des Sinnfalligen, durch das korperliche Univer8um, trâgt zu 
den niederen Korpern die gottliche Kraft und belebt durch die8e alle8. Und wenn 
in eigenartiger Verbindung die8eB emanatistischen Gedanken8 mit der aristotelischen 
Lehre von der Form in der Schrift über die Intelligen6en das Licht al8 Form und Voll- 
endung aller Substanzen... er8eheint, so ist e8 ein unverkennbarer Anklang an diese 
Auffassuug, wenn der Widmungsbrief der PerBpektive das Licht aIs das Erste un ter 
allen 8innfalligen Formen bezeichnet. 


n semble déjà superflu d'analyser ces phrases mot par mot pour en 
relever tous les nombreux malentendus 221 , je dois toutefois attirer l'at- 
tention du lecteur sur les erreurs fondamentales qu'eUes contiennent. 
Tout d'abord 222 Witelo ne dit nulle part que le monde c orp orel soit struc- 
t
é selon une hiérarchie graduelle où la lumière "sensible" transmettrait 
les "influences" d'échelon en échelon; la seule chose qui ressort du pré- 
ambule à la Perspectiua c'est que l'auteur distingue (comme tous ses 
contemporains) le monde des êtres invariables du monde sublunaire, et 
qu'il considè:r:e l' "actio per lumen" comme l'un des moyens par lesquels. 
ce "monde supérieur" a.git sur l'"inférieur".Et il convient une fois de 
plus de souligner avec insistance 2Z8 que dans tout le passage de la Pers- 


110 Baeumker, p. 253; voir plus haut pp. 262 et 280. 
111 C'e8t ain8i que: 10 l'expre8sion de Witelo "primum omnium formarum 
8en8ibilium" ne 8ignifie nullement "das Vornehm8te oder Er8te im Gebiet des Sinnfâl. 
ligen"; 2 0 "die gottliche Kraft", dan8 le contexte de Baeumker (cf. p. 251-252: 
"An8chauung von der Ordnung alle8 Seienden in 8tufenweisem Abstiege von der 
ersten Ursache an und von dem alle diese Stufen durchziehenden Einfluss der 
ersten Ursache", p. 252: "das gottliche Licht... die Mitteilung dieses gottlichen 
Lichte8... das unkorperliche gottliche Licht... Erleuchtungen..., welche zuletzt 
von dem Quell der gottlichen Güte abgeleitet sind"; p. 253: "in letzter In8tanz. 
der gottlichen Einflü8se"), est employé incontestablement Bensu Btrioto (= die 
Kraft Gotte8); alors que chez Witelo, là. où il est que8tion de "lumen sen8ibile" (128, 
3 8qq.), l'adjectif "diuinu8" n'est employé que pour marquer qu'il8'agit ici d'influences. 
de8 être8 célestes invariables (128, 8: "formas diuinorum et indiuisibilium artificum". 
128, 11-12: "diuinum artificium tam motorum orbium quam mouentium uirtutum". 
128, 23: "caele8tium influentiarum diuina uirtus"); aus8i Baeumker (p. 253, note 5
 
n'avait-il pas le droit d'invoquer précisément ces pas8ages, même 8i 80n idée était 
jU8te (cf. Witelo. 127, 10-13); 30 le8 mot8 "und belebt durch diese alles" ne Be trouvent 
pas chez Witelo, mais seulement dan8 De intelUgentiiB (voir plus haut p. 280); 4<> 
pour "das Erste unter allen 8innfalligen Formen" voir dan8 le texte. 
III Voir plus haut pp. 273-279. 
III Voir plu8 haut note 202. 


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pectiua, sur lequel re!)Ose la construction de Baeumker, il n'est question 
d'aucune autre lumière que de celle qui émane des corps célestes (von 
den Himmelskürpern ausgehend). Par conséquent, il ne saurait y être 
dit que, dans les limites (lu monde sublunaire, une substance exerce une 
"influence" sur une autre substance, en lui transmettant une parti- 
cule de la "lumière divine" qu'elle possède 2 2f.; bien au contraire, d'après 
"'
itelo, l'action d'une suhstance sur une autre s'effectue "peI' multipli- 
cationem formarum (specierum)" dont les phénomènes lumineux ne 
sont qu'un cas particulier 225 , le plu!:! marquant, il est vrai. ];Jt c'est 
à cela que pense Witelo lorsqu'il dit, dans la terminologie qui lui est pro- 
pre, que la lumière est "das Erste untel' aUen sinnfalligen Formen" (pri- 
mum omnium formarum sensihilium); il ne peut pas être question à ce 
propos d'une analogie quelconque avec l'oplu;cule De intelligenUis et en 
particulier avec son passage affirmant que "perfectio omnium... est 
lux", dès lors que "forma" signifie en l'occurrence autre chose que le mot 
"perfectio" (= Èv't"E:Àe:Xe;(oc) employé dans les traductions latines d'Aristote. 
Voyons encore, pour compléter notre examen 2 !8, ce que Baeumker 
dit, au VIe chapitre, à propos du rôle que joue, selon 'Vitelo, la lumière 
dans l'Univers. Nous y lisons ce qui suit 227 : 
Das Mittel für die8en Zusammenhang aller Dinge sind die Einflüs8e (influentiae), 
welehe von oben nach unten 8ieh verbreiten und von den Dingen, auf die 8ie 
sich erstrecken, weitergegeben werden. Diese Einflü88e 8ind zunii.ch8t korperlicher 
Na tur (corporale8 influentiae 128, 3). ln dic niedere Welt kommen dieselben von 
den Himmelskorpern her (128, 11; 130, 22)... 
Vermittler jener korperlichen Einflüs8e ist da8 Licht, die er8te aller korper- 
liehen Formen (129, 5), in welchem die Formenkrii.fte der himmlischen Korper 8ich 
RU8giessen (128, 6), und dessen Einwirkung von den niederen Dingen nach Mas8gabe 
ihrer Fii.higkeit aufgenommen wird (128, 22-25). Dieses 8innfiillige Licht aber, das 
aIs korperliche Form sich der AU8dehnung der Korper anpa8st, auf die es trifft, ... 
ist 8elb8t nur das Abbild eine8 hoheren, gi.ittlichen Lichtes (diuinum lumen 128, 1), 
welche8 das geistige Reieh durehwaltet. 
.J'ai déjà indiqué 228 , à propos de ce passage, qu'il était "une présenta- 
tion nouvelle et plus correcte" des considérations du IVe chapitre. L'auteur 
a déjà remarqué que Witelo pa
le de la lumière émanant des corps célestes, 
mais sans percevoi
 qu'il ne parle que d'elle. Aussi, rencontrons-nous 
de nouveau chez lui cette espèce de hiérarchie des êtres corporels qui 


11& Cf. Baeumker p. 252 (plus haut p. 261): "Das gottliehe Licht ist e8, welches 
alle8 durchzieht, und die Mitteilung dieses gottlichen Lichtes bewirkt, dass die hi.ihere 
Substanz auf die niedere ihren EinflU88 ausstromen la8sen kanu" - et eneore une 
foi8, plus loin: ..das Licht, welche8 die Einflüs8e von Substanz zu Sub8tanz vermittelt.. . 
811 Voir plu8 haut pp. 281-282, 288-289 et 292-302. 
III Comme on l'a déjà annoncé plus haut pp. 281 et 283. 
117 Baeumker, pp. 607 - 608 (Souligné par moi). 
III Plus haut p. 284.
		

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"transmettent" les uns aux aut.res les influences venant d'en haut 229. 
Et nous retrouvons, inchangée, sa conviction que la "forma" de Witelo 
correspond à e:I8oc; d'Aristote ou même à £8Éex. de Platon 230. 
Mais il est grand temps de conclure: l'idée que se sont fait jusqu'à 
présent les auteurs s'occupant de 'Vitelo sur le prétendu rôle joué dans sa 
métaphysique par la lumière "sensible", repose sur toute une série de 
malentendus; en réalité, nous ne sommes aucunement fondés d'affjrmer 
que Witelo, sur ce point, diffère en quoi que ce soit de Bacon, par exemple. 
On po
ait tout aussi bien chercher une analogie entre le De intelligentiis 
et Bacon, pour finalement en attribuer à ce dernier la paternité! 
Mais "lumen sensibiJe" n'est pas le seul genre de lumiore dont parle 
'Vitelo; il en existe selon lui un autre genre encore, la lumière suprasen- 
sible jouant un rôle important "in substantiarum intellectiuarulll ordine". 
Mais alors, peut-être cette conception est-elle tellement caractéristique 
de Witelo qu'eUe nous permet de voir en lui, avec plus de raison que 
jusqu'à présent, l'auteur du De intelligentiis ¥ 
Malheureusement il n'en est rien. Witelo ne consacre à la ltmùère 
suprasensible (lumen divinum 231 ), dans son préambule à la Perspectiua, 
pas plus de sept lignes et demie de texte imprimé 232 , c'est-à-dire même 


Il' Pire encore, ce8 influenee8 80nt censées être "korperlicher Natur" (voir 
à ce prop08 plus haut pp. 297 - 299). - De même, dire quc la lumière est "die erste aller 
korperlichen Formen", 8uggère une interprétation fau8se (8an8 parler du sub8tantif 
"Form "), 8urtout qu£', chez Witelo, "lumen e8t primum omnium formarum 8en- 
8ibilium". 
110 Voir le pa88age, déja complètement raté, de Baeumker, pp. 608-609: "Darum 
ist das von den Himmelskorpern ausgehende Licht zugleich Trager der Formen, durch 
welche die einfachen Vorbilder aller Dinge im gottlichen Gei8te, d.h. die 8chopferi- 
8chen Ideen, in der 8innfalligen Natur auf mannigfaltige Wei8e ihre NachbildUllg 
finden", etc. Baeumker a été trompé par un pas8age (voir plus haut p. 300) qu'il avait 
mal compri8: "secum delata8 formas diuinorum et indiuisibilium artificum", car, en 
vérité, Witelo aurait pu s'exprimer plus clairement: ,,8ecum delatas uirtute8 caele8tes". 
111 Baeumker n'e8t pas dan8 la bonne voie lor8qu'il identifie également le "lumen 
aensibile" avec "das gottliche Licht" (p. 252, ll. 6-13); Witelo non 8eulement ne 
dit jamais que le "lumen sensibile" 80it l'un de8 genre8 du "lumen divinum" (en 
l'opp08ant par exemple à un autre genre qu'il faudrait alors appeler "lumen insensi- 
bile"), mais il opp08e plutôt respectivement ee8 ùeux genre8 de lumière (128, 1-3: 
"Quarum - 8e. intelligibilium - influentiarum diuinum lumen... e8t... medium...; 
cOl'poralium uero influentiRrulll lumen 8en8ibile e8t medium"). 
... Ed. Baeumker 127, 13-128,3: "sicut et in alio 8ubstantiarum illtelleetiuarum 
ordiue inferiore8 sub8talltias per 8uperiorum 8ui ordinis illustrationem a fonte diuinac 
bonitati8 deriuatam, prout uniuBcuiusque natura fert, per modum intelligibilium 
influentiarum fieri... per8pexisti; 8ic, ut omlli8 rerum elltitas a diuina profluat entitate, 
et omni8 intelligibilitas ab intelligentia diuina, omnisque uitalitas a diuina uita. 
Quarum influentiarum diuinum lumen per modum intelligibilem est principium, 
medium et fini8, ut a quo et per quod et ad quod omnia disponuntur".
		

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pas deux phrases; n'est-ce pas se faire illusion que de croire y discerner 
un véritable reflet de la "métaphysique de la lumière", si largement. 
exposée dans le De intelligentiis' Le peu de "métaphysique de la lumière 
(suprasensible)" que contient la Perspectiua ne saurait en aucun cas servir 
de base à une comparaison plus détaillée de cet ouvrage avec le De 
intelligentiis; or, seule une telle comparaison détaillée pourrait présenter 
une certaine valeur pour notre recherche de l'auteur du De intelligentiis 233 . 
Aussi bien, ce que Baeumker 23 " dit du même rôle ("ebenso"!), attribué 
à la lumière suprasensible dans les deux ouvrages en question, ne saUl:ait 
être l'objet d'une sérieuse critique: une telle critique devrait s'appuyer 
sur les textes philosophiques de WiteJo récemment découverts 236 ; cepen- 
dant, ces textes n'ayant pas été connus de Bamillùœr, je ne me sens pas 
le droit d'en faire usage en cette circonstance. L'analyse de ces écrits sera 
présentée à une autre occasion 236 et l'on s'apercevra alors que la pensée 
de Witelo s'acheminait dans une toute autre direction que celle repré- 
sentée par le De intelligentiis 237 . Pour le moment, il me suffit de consta- t 
ter que les auteurs précédents n'avaient pas le droit, à partir de moins 
de deux p
ases, de conclure à une analogie tant soit peu profonde entre 
Witelo et le De intelligentiis, surtout depuis qu'ils ont eu l'occasion de 
constater eux-mêmes z3s combien de "métaphysique de la lumière" con- 
tenait toute la philosophie médiévale, arabe et occidentale. 
Il reste une question encore: le rapport entre "lumen sensibile" et 
"lumen diuinum". Dans le IVe chapitre de son ouvrage, Baeumke
 élude 
complètement ce problème, avouant de la sorte implicitement qu'il n'a 
pu trouver, de ce côté, aucune preuve à l'appui de son assertion. Je n'ai 
donc pas, moi non plus, le devoir de l'envisager ici; si j'en fais mention 
quand même, c'est pour épuiser, autant que possible, tout ce qui a trait 
à ce que Baeumker appelle la "metaphysische Vorhalle" de la Perspectiua. 
Car, ce que Baeumker écrit dans le VIe chapitre à propos de "l'harmonie 


III Voir plu8 haut p. 267. 
III P. 252 lin. 13 - p. 253 lin. 3 (Les con8idération8 de la p. 608, 11. 6-20, qui 
n'apportent au demeurant aucune idée nouvelle, 80nt déjà ici bors de propos). 
III Edités dan8 la première partie de8 présent8 Studia (Archiwum Komisji dIa 
[Badania Hi8torii Filozofii w Pol8ce, II: 1, Krak6w 1921, pp. 1-149), pp. 25-43. 
Voir plus haut pp. 122-141. - N.d.l.R.]. 
III En parlant de8 affinités entre Witelo et Avicenne [voir EtudeB Bur Witelo. 
Ille partie. - N.d.I.R.]. 
117 Voir en attendant la première partie de ce8 Studia, Krak6w 1921, pp. 17-18. 
20-21 [voir plu8 haut pp. 113-115, 117-118. - N.d.I.R.], où cependant le pas8age 
final (p. 21 11. 18 et 8uivante8 [p. 117 11. 38 et 8uiv. - N.d.l.R.]) n'e8t pas tout 
à fait exact. 
III Lire le ve cbapitre de l'ouvrage de Baenmker, pp. 425-426 (voir plu8 haut 
p. 265). 


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entre les mondes matériel et spirituel" 239 ne peut pas se passer de critique: 
il faut dire en toute clarté que, si l'on peut certes déceler, dans la philo- 
sophie de Witelo, des éléments du platonisme et du néo-platonisme, 
on n'y trouve en revanche pas la moindre trace des "idées archétypes" 
de Platon 2 " o , ni de l'émanatisme de Proclus ou du De causis 2 f.1. 
Je peux enfin clore ces considérations (commencées page 260) relatives 
au prétendu parallélisme de contenu qui existerait entre Witelo et le 
De intelligentiis, pour en venir2f.2 à la concordance formelle, à laquelle 
Rubczynski us et Baeumker 2u attachent tout autant d'importance. 


ln charakteristi8cher Weise, écrit Baeumker lU, 8etzen beide Schriften mit einer 
religio8-erbaulichen Nutzanwendung der beiden gemeinsamen Theorie de8 Lichte8 
ein. Wie Witelo dem Adre88aten 8einer PerBpektive 80gleich im eraten Satze des Wid- 
mungabriefe8 wünseht, dass e8 ihm verliehen 8ei, mit ungebrochenem Strahl de8 
Gei8te8 auf das ewige Licht hinzusehauen, 80 ruft der Verfa88er der Schrift über den 
lntelligeneen nach wenigen einleitenden Zeilen... den Quell de8 Lichte8 an, das8 er 
mit dem Strahl 8eine8 Lichte8 die Fin8terni8 de8 GeiBtes verscheuche lOl . 


Il est indéniable qu'en jetant un coup d'oeil sur les deux textes juxta- 
posés dans la note 2 " 7 , on ne peut qu'être frappé par leur analogie: ce 
sont presque les même mots à droite et à gauche. Cependant, le scepticisme 
nait dès que l'on commence à lire les textes avec attention: il s'avère 
alors que, abstraction faite de la ressemblance extérieure des mots pria 
séparément2f.8, non seulement il ne saurait être question d'une affinité 


1.. Baeumker, pp. 608 lin. 21-609 lin. 13. 
1&0 Voir plus haut note 230. 
1&1 En dépit de ce que dit Baeumker, p. 609 ll. 14-25; voir la première partie 
de me8 Studia, pp. 20-21 [voir plu8 haut pp. 117-118. - N.d.l.R.]. 
"1 Voir le plan de l'ouvrage, p. 261. 
... P. 400 (tirage à. part, p. 23), note 1. 
1.. P. 251. 
"1 La note 8uivante e8t, elle aU88i, de Baeumker (le8 pa8sages souligné8 le 80nt 
également par lui), il n'y a que le mot ,,8ic" à. la fie ligne de la colonne de gauche 
qui a été ajouté par moi. 
"8 PerBpect. prol. 127, 2: 
VeritatiB amatori fratri Wilhelmo de 
Morbeka Witelo... aeternae luci8 irre- 
fracto menti8 radio felicem intuitum 
et intellectum perspieuum praedietorum 
(8ic). Vgl. noch 128, 14, wo vom (8icht- 
baren) Lichte gesagt wird, das8 e8 fon- 
tem a quo profluit habet semper 8eCUn- 
dum 8uae uirtutis exordium pr08picere. 
1&7 En revanche, la traduction de Baeumker, pui8que fidèle, révèle la vérité. 
181 Ajouton8 en plu8 que, dan8 la colonne de gauehe, "praedictorum" doit être 
remplacé par ,,8ubscriptorum". 


ne intellig. prol. 1, 17: 
fon tem luci8 inuocamus, ut luci8 suae 
radio men ti8 nostrae dissoluat tenebras 
et ad aliquam praedictorum notitiam 
sine erroris nebula n08 perdueat.
		

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de pensée, mais que même une ressemblance formelle des expressions 
semble complètement exclue; car, en effet, dans le texte de Witelo, 10 
mot "mentis" se rapporte à "radio", alors qu'il se rapporte à "tene- 
bras" dans le De intelligentiis; et, inversement, il est question dans ce 
dernier opuscule de "radius lucis (diuinae)" alors que, dans le texte do 
'Vitelo, "radius mentis" doit servir à regarder avec bonheur l'"aeterna 
lux". Witelo souhaite au frère Guillaume "felicem intuitum aeternae 
lucis irrefracto radio mentis" , alors que l'auteur du De intelligentiÙt 
s'adresse à Dieu en tant que "source de la lumière" afin que "radio suae 
lucis dissoluat tenebras nostrae mentis". La ressemblance n'est donc 
qu'apparente, purement superficielle et fortuite. 
Cette seule observation pourrait déjà nous satisfaire, s'il ne s'agissait 
que de rej eter un argmnent de plus en faveur d'une attribution du De 
intelligentiis à Witelo. Mais on peut, à cette occasion, se placer aussi à un 
point de vue plus général pour poser la question: les concordances formelles 
de style peuvent-elles, en général, servir d'argument dans des recherches 
visant à découvrir l'auteur de quelque traité anonyme, et en particulier 
d'un traité médiéval 
 Sans doute, dans certains cas, un argument de ce 
genre peut-il constituer Ille preuve convaincante: lorsque, par exemple 7 
Haskins démontre, à partir de la concordance de style 2 " 9 , que l'auteur 
de l'ouvrage appelé Sacerdos ad altare n'est autre qu'Alexandre Neckam, 
ou quand Mandonnet, en se basant (entre autres) sur les particularités 
du style, attribue 260 le Speculum astronomicum à Roger Bacon, le lecteur 
qui connaît le style de ces auteurs et certaines expressions qui leur sont 
propres, en est facilement convaincu. :Mais on ne peut citer que bien peu 
d'auteurs médiévaux qui aient leur propre manière d'écrire (exception 
faite tout au plus de la période de cent ans, entre 1250 et 1350); les autres 
composent une foule grise et uniforme où l'on che
cherait en vain des 
traits de style individuels. Et d'ailleurs, comment pom:
ait-il en être 
autrement dès lors que, pour citer le bon mot de Rose 261 , à peine exagéré, 
"l'habitude de copier et le Moyen Age ne font qu'un". Aussi, la recherche 
des concordances de style dans les monuments mt'-diévaux est-elle géné- 
ralement vaine, soit qu'elle ne donne aucun résultat, soit même qu'elle 
induit le chercheur en erreur. Supposons par exemple que quelqu'un ait 
trouvé une copie anonyme du traité "philosophique", connu jusqu'à 


SOI Ch. H. Haskins, A UBt of text-books from the cloBe of the twelfth century (Harvard 
Studie8 in clas8ical philology, XX, 1909, pp. 75-94), pp. 79-83. 
110 P. Mandonnpt, Roger Bacon et le Speculum astronomiae (Revue néO-8colastique. 
XVII, 1910, pp. 313-335), p. 323. 
111 V. Rose, AriBtoteleB De lapidibuB und ArnoltluB Saxo (Zeit8chrift für deu- 
t8ches Altertum, XVIII, 1874, pp. 321-455), p. 341 dan8 la note: "aIs ob nicht Ab- 
sehreiben und Mittelalter dasselbe ware". 


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présent par la seule et unique copie du cod. Ampl. Oct. 28, ff. 1P-16 r ; 
il l'aurait attribué sans hésiter à Guillamne de Conches (mort ve
s 1145), 
et pourtant son auteur incontestable est Raoul de Longchamp qui a vécu 
un demi-siècle plus tard, et qui était une incarnation parfaite de la fornuùe 
de Rose. Aussi bien, les concordances stylistiques des textes du Moyen 
Age ne prouvent-elles tout au plus qu'une simple filiation: il convient 
d'en déduire que l'un des auteurs a copié l'autre ou que tous deux ont 
puisé à la même source. 
Il serait évidemment inutile de s'attarder davantage sur cette question 
qui semble parfaitement claire; mais je ne peux pas me refuser le plais
 
de citer à ce propos un bref exemple, au demeurant assez lié à Witelo. 
Dans le p
emier quart du XIVe siècle, plus précisément vers 1322, 
vivait à Paris un mathématicien et astronome plein d'énergie et d'idées, 
Jean de Lignières (de Lineriis), une petite localité en Picardie. Son oeuvre 
scientifique, pour la plupart inédite, contient un opuscule qui pourrait 
porter, à défaut d'un t
tre laissé par l'auteur, celui de Oanones super 
tabulas planetarum 262 . Il ne compte que 263 sept petits chapitres (propo- 
sitiones)26f., précédés d'une épître dédicatoire d'une extrême longueur 265 - 


III Il faut prendre 80in de distinguer cet opuscule (as8ez rare) des autres ouvrages 
du même auteur, qui lui res8emblent par le titre et par le contenu: (1) Oanon6B dB 
minutiiB ou plutôt AlgorUmu8 de minutiiB (inc. "Modum repraesentationi8 minu- 
tiarum "), ouvrage le plu8 répandu et ultérieurement imprimé; (2) Oanon6B tabularum 
primi mobiliB (inc. "Cuiu8libet arCU8 prop08iti"), ouvrage non moin8 connu, dont 
Curtze n'édita que la partie trigonométrique; et enfin (3) OanoneB tabularum regis 
AlphonBii (ine. "Priore8 a8trologi motu8 corporum" cod. Crac. 378, 715; cod. Amplon. 
Q. 366, 382 etc.), ouvrage aS8ez rare. Le8 deux derniers datent de 1322. 
III Je m'appuie 8ur le8 cod. Paris. lat. 7281, ff. 20l r -204 v et cod. Ampl. Q. 
366, ff. 28 r -33 v , conforme au premier; j'ignore ce qu'il en est du cod. Ampl. Q. 349, 
ff. IP-17 v . 
..& Le8 trois premier8 80nt purement arithmétique8 (1. addition de8 fractions 
de dénominateur 80ixante; 2. sou8traction de8 même8 fraction8; 3. leur interpolation 
dans les tables), et ce n'e8t que le8 quatre autre8 qui expliquent le8 table8 de8 planètes 
proprement dite8 (4. locus augi8 cuiuslibet planetae, argumentum Soli8, centrum 
aliorum; 5. uerU8 locus trium 8uperiorum, Veneri8 et Mercurii; 6. uerus locu8 Lunae. 
7. tempu8 uerae coniunctioni8 et opp08itioni8 Solis et Lunae). Il ré8ulte de cette partie 
astronomique que le8 table8 étaient composée8 pour le8 années 1320-1520. 
"" L'extrême longueur de la dédicace 8'explique par le fait que l'auteur envoyait 
à. son mécène non 8eulement l'opu8cule OanoneB tabularum avec les tables correspon- 
dantes, mai8 aU88i "tabula8 uarias, quantitate8 motuum cadestium eontinentes, 
ad meridianum Pari8knsem [factas], eum suis eanonibu8", puis un petit traité sur 
l' "equatorium planetarum" (con8ervé pal' exemple dans le8 cod. Crac. [555. pp. 21"- 
24 b . - Z. W.] et cod. Crac. [557, ff. lOvb-12 vb . - Z. W.]), un autre 8ur l' "astrola- 
bium uniuersale" (conservé par exemple dan8 le8 cod. [Ampl. Q. 355, ff. 73 r -81 v 
et Q. 366, ff. 40 r -49 r . - N.d.l.R.]). et en outre les deux instruments astronomiques 
en que8tion.
		

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			:310 


elle occupe presque le quart de l'ouvrage - et dont la p
emière et la der- 
nière phrase méritent d'être citées ici, en confrontation avec le début 
et la fin du préambule de la Perspectiua de Witelo: 


Joh. de Lineriis 


MultiplicÏ8 phil080phiae uariis radii8 
illustrato domino Roberto de Bardis de 
Florentia, Glasguen8Ï8 eccle8iae inclito 
decano, J ohanne8 de LineriÏ8 Am bianenBis 
dioce8Ï8, astronomicae veritati8 ama- 
tor, 8e ipBum et 8tatum attingere om- 
nium honorum aggregatione perfectum... 
SU8cipiati8, 0 domine decane, in- 
tltrumenta et tabulas, quae VobiB mei 
labori8 munu8cula, Ve8trae per8picacitati 
.et bonitati congrua offero. ln hi8 
tliquidem 8i in ueniatur in8uffieienter 
aliquid dictum, Ve8tro ingenio mo- 
deretur. 


Witelo (Baeumker pp. 127, 1-3; 129, 
24-25) 
Veritati8 amatori fratri Wilhelmo de 
Morbeka Witelo, filiuB Thuringorum et 
Polonorum, aeternae luciB irrefracto men- 
tiB radio felicem intuitum et intel1ectum 
per8picuum 8ub8criptorum... 


Tu itaque, uir de8ideriorum omnis 
BcientialiB boni, 8u8cipe quod fieri 
mandasti. ln quo 8i quid incultum 
inueneri8, per8picaciori ingenio mo- 
dereri8. 


Les concordances stylistiques des expressions et de toute la teneur 
de ces deux textes ne peuvent pas passer inaperçues. Cependant, la seule 
conclusion que l'on puisse en tirer c'est que Jean de Lignières a eu devant 
lui la Perspectiua de Witelo, et qu'il a largement profité de son préambule 
dédicatoire. 
C'est aussi, à la limite, tout ce qui eût été permis à un chercheur 
avisé de supposer, s'il y avait réellement des ressemblances de forme 
entre le préambule de la Perspectiua et la préface du De intelligentiis; 
il aurait pu alors en déduire que Witelo avait connu l'autre ouvrage, de 
beaucoup antérieur, comme nous le verrons tout à l'heure, et qu'il en 
avait profité. Mais cette position reste, elle aussi, sans fondement puis- 
qu'une analyse plus poussée ne découvre dans les deux préfaces aucune 
analogie de style tant soit peu marquante 268 . Witelo a très bien pu écrire 
son épitre sans le secours du De intelligentiis ou de quelque autre ou
age 
antérieur, et s'il lui fallait absolument un modèle, on ne voit pas pour- 
quoi il l'aurait cherché si loin du moment qu'il en avait un sous la maill. 
Toute la Pologne célèbre, le 8 mai, la fête de saint Stanislas, évêque 
de Cracovie, et la liturgie prévoit pour ce jo
 l'oraison (avallt l'EpUre) 
que voici: 267 
"Deus, pro cuius honore gloriosus pontifex Stanislaus gladiis im- 
pio1"lln1 occubuit, praesta quaesumus, ut omnes, qui eius implorant 


III Voir plus haut pp. 307-308. 
117 Voir par exemple Mi8Baie Romanum, Mechliniae 1885, p. 437. 


- 


.........
		

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			311 


auxilium, petitionis suae salutarem consequantur effectum. Per Domi- 
num nostrum etc." 
Cette prière n'est cependant pas très ancienne; autant que je puisse 
juger pa
 une comparaison de différents monuments liturgiques du XVe 
au XI Xe siècle, elle n'a fait son apparition en Pologne qu'avec la réforme 
du missel introduite par Pie V, en 1570268; aussi figure-t-elle déjà dans 
les Missae propriae polonah;es de 1606 et 1628 269 . Par contre, les missels 
polonais plus anciens, du XVe et du XVIe s., contiennent une oraison 
tout autre, bien que les autres parties de leur Messe pour la journée 
du 8 mai ne diffèrent pas de la liturgie actuelle. Voici sa teneur d'après 
les missels imprimés de 'Vroclaw, datant de 1509 260 et 1519281: 
"Deus, qui beati Stanislai, martyris Tui atque pontificis, merita 
gloriosa fructibus tribuisti nostrae deuotionis accrescere, praesta familiae 
supplicanti, eius, qui Tibi placuit, continuata apud Te suffragia non 
deesse. Per Dominum nostrum etc." 
Dans les missels de Cracovie, en revanche - aussi bien les missels 
manuscrits du XVe siècle (cod. Capit. Crac. 1, cod. Crac. B. J agell. 1463) 
que les missels imprimés du XVIe (datant par exemple de 1515 262 et 
1532263) . - on trouve l'oraison suivante: 
"Populum Tuum quaesumus, Domine, intercedente beato Stanislao 
gloI:ioso martyre Tuo atque pontifice, ungue Tuae uirtutis potenter defende 
et Solem Tuae maiestatis irreuerberato mentis radio glo!,ianter 
intueri concede. Pcr Dominmn nostrum etc." 
La même prière figure, à côté de celle de .Wroclaw, dans le missel de 
Gniezno, de 1555 2 6f., avec la variante "dextera" à la place de "lmgue", 
et cette variante, nous la retrouvons dans les Officia propria patronorum 
provinciae Polonae (édités par Stanislaw Sokolowski en 1596 et réédités 
à plusieurs reprises) qui sont, à ma connaissance, le plus récent des monu- 


III Voir Wetzer und Welte8 Kirchenlexikon, 2. Aufl., VIII, Freiburg 1893, colonne 
1560. 
III Imprimé8 ehez Piotrkowczyk à. Cracovie (E8tl'eicher, [Bibliografia polBka - 
(Bibliographie polonaise), XXII, 424-425, et E8tr. XXII, 425. - N.d.l.R.]). 
110 Erreur de l'auteur. C'e8t le MiBBale wratiBlavie1lBe, Cracoviae 1505, E8tr. 
XXII, 434-435; pour une de8cription détaillée voir M. Bohon08, Katalog Btarych 
druk6w Biblioteki Zakladu Narodowego im. OBBolinakich [Catalogue des imprimés an. 
ciens de l'Institut national 08solin8ki], Polonica XVI W., Wroclaw 1965, N° 1593. - 
N.d.l.R. 
.n MiBBale wratiBlavienBiB dioeceBiB, Basilcae 1519. E8tr. XXII, 435. - N.d.l.R. 
ln MiBaale cracoVie1lBiB dyoeceBiB, Craeoviae 1515-1516. Estr. XXII, 430.- 
N .d.l.R. 
ln MiBBale... eccleBiae... cracovienBiB, Venetii8 1532. E8tr. XXII 430-431. - 
N.d.l.R. 
Il. MiBBale... gneB1IenBe, Moguntiae 1555. E8tr. XXII, 433. - N.d.l.R. 


21 - A. Birkenmajer: Etudes d'histoire... 


--
		

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			312 


ments ayant conservé la vieille prière. C'est là incontestablement la plus 
ancienne [des collectes propres de la messe du 8 mai qui figurent dans les 
missels polonais depuis la seconde moitié du XIIIe siècle, c'est-à-dire 
depuis la canonisation de saint Stanislas évêque, patron de la Pologne. - 
N.d.l.R. ]. 


[L'auteur a voulu modifier le8 pas8ages coneernant le8 collecte8 (pp. 310-311) 
à, la lumière des recherche8 de K. Dobrowolski, exposée8 dan8 8e8 étude8: Deieje kultu 
8W. Floriana w PolBce do polowy XVI w. (Hi8toire du culte de 8aint Florian en Pologne 
jU8qu'à,la moitié du XVIe 8iècle), "Rozprawy Historyezne TowarzY8twa Naukowego 
War8zaw8kiego" II: 2, War8zawa 1923, et Kult 8W. StaniBlawa w St. Florian w Ifrednich 
wiekach (Le culte de 8aint Stani8las à Sankt-Florian au Moyen Age), Roeznik Kra- 
kowski, XIX, 1923, pp. 116-133. - Il 8'avéra en effet qu'on avait connu en Pologne, 
aux xve et XVIe 8iècle8, jusqu'à, troi8 collecte8 pour la Saint-Stani8Ias, le8 deux 
citée8 par l'auteur et la troi8ième que voici: 
"Deu8, qui corpori beati Stanislai, martyris Tui atque pontificis, aquilarum 
cU8todiam et caelestes radi08 deputasti, praesta quae8umu8, ut 8icut ip8e fru8tatim 
conci8us reintegrari promeruit, ita nos in Christo unum corpus effecti radiemur vir- 
tutibu8, et caele8ti eU8todia protegamur. Per Dominum n08trum etc.", 
cette dernière ayant encore la ver8ion modifiée qui 8uit: 
"Deus, qui funeri beati Stanislai, glorio8i martyri8 atque pontüici8, aquilarum 
cU8todiam et caele8te8 radi08 (variante: 8upern08 nov08que lueis radi08) deputasti, 
concede propitius, ut 8icut ip8e (variante: pro eccle8ia Tua) fru8tatim concisua 8ine 
cicatrieum nota (variante: conci8us gladiis impiorum) reintegrari promeruit, ita et 
n08 eiua precibu8 et meritis unum corpu8 in Chri8to effecti irradiemur virtutibus 
(variante: et caelesti eustodia 8emper protegamur). Per Dominum n08trum, etc." 
La collecte Populum Tuum figure par exemple dans le8 imprimé8 8uivant8: 
MiBBale cracovienBe de 1509 et 1510, Breviarium cracovienBe de 1524 et 1538, Diurnale 
cracovienBe de 1510 et 1514, Breviarium gneBnenBe de 1540 (avec la variante dextera) 
et Breviarium plocen8e de 1520. 
La collecte DeuB, qui beati StaniBlai figure par exemple dan81e8 imprimé8 suivants: 
MiBBale wratiBlavien8e de 1483, 1488{91, 1499 (avec la variante: beati protexi8ti Sta- 
ni8Iai), Breviarium wratiBlavien8e (deux édition8 parue8 ver8 1485), Viaticum wrati- 
Blavien8e de 1499 et 1501, Diurnale wratiBlavienBe de 1501 et 1521. 
La collecte DeuB, qui corpori beaU Stani8lai figure par exemple dan8 le8 imprimés 
8uivant8: MiB8ale cracovien8e de 1484, 1487, 1492, post 1493, ca. 1500, post 1503, 
MiBBale cracovien8e et gneBnenBe de 1490 environ et de 1492, MiBsae deficienteB in 
miBl>ali gneBnenBi de 1514, Breviarium gneBnenBe de 1540 (où elle e8t donnée comme 
8econde au choix) et Mi8Bale plocenBe de 1520. 
Sa ver8ion modifiée DeuB, qui funeri beati StaniBlai figure par exemple dan8 les 
imprimé8 8uivant8: Diurnale cracovienBe de 1494 (avec la dernière variante), Mi8Bale 
pOBnanien8e de 1524 (avec le8 deux première8 variante8) et Breviarium vladi8lavienBe 
de 1543. 
Le problème des collecte8 e8t traité d'une manière exhaustive par W. Schenk, 
Kult liturgiczny 8W. Stani8lawa biBkupa w 8wietle Ifredniowiecenych r
kopiBOW litur- 
gicenych (Le culte liturgique de 8aint Stanislas évêque à, la lumière des manuscrits 
liturgiques médiévaux), Katolicki Uniwersytet Lubel8ki. Wydzial teologiczny. Roz- 
prawy doktor8kie, magi8ter8kie i aeminaryjne, t. 9, Lublin 1959, pp. 56-57, 67, 70. 
L'auteur qui a étudié, entre autre8, 220 manuscrit8 ancien8 démontre que la collecte 
Populum Tuum date du XIIIe 8iècle et qu'elle fut probablement composée même
		

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pour de8 cérémonie8 de canoni8ation (c'e8t-à-dire ver8 le 17 8eptembre 1253). Elle 
a 8ub8isté jusqu'au xve 8iècle et on la retrouve dans certains mi8sels imprimé8. Elle 
avait 8ervi également pour la fête du 27 8eptembre (jour de la tran8portation des 
relique8 de saint Stani8Ias). 
La collecte DeuB, qui beati Stanislai apparaît depuis le milieu du XIVe 8iècle, 
en 8upplantant progrc8sivement l'ancienne, du 8 mai; cette dernière sub8i8te encore 
pour la fête du 27 8eptembre, mai8, pour ce jour aussi, une nouvelle collecte apparaît 
au milieu du XIVe 8iècle: DeuB, qui corpori beati StaniBlai. Cette nouvelle eollecte 
est caractérisée, depui8 le milieu du Xve 8iècle, par un élargis8ement con8idérable 
du texte (variante DeuB, qui funeri beaU, StaniBlai). Elle est, elle aU8si, utilisée dès XVe 
8iècle pour le jour du 8 mai, du moin8 dan8 le8 missels et bréviaires imprimé8. _ 
N.d.l.R.] 
Cett.e oraison, ne contient-eUe pas le même voeu que Witelo adresse 
à Guillaume de Moerbeke pour lui souhaiter "aeternae lucis irrefacto 
mentis radio felicem intuitum"f Pourquoi donc Witelo aurait-il 
cherché l'inspiration dans une phrase figurant au début du De intelligen- 
tiis et dont l'analogie n'est qu'apparente (ut lucis suae radio mentis 
nostrae dissoluat tenebras), alors qu'il trouvait les mêmes mots et la 
même pensée dans l'oraison qu'il ne pouvait ignorer
 C'est, en effet, 
de son vivant qu'avait eu lieu la canonisation de saint Stanislas, le 17 
septembre 1253, et, en tant que prêtI'e, et de surcroit prêtre silésien, 
filius Thuringorum et Polonorum, il était tenu de dire cette "oratio com- 
munis" le 8 mai de chaque année. 


'" 


Nous pouvons déjà faire le bilan de toute la première partie de ce 
traité. Elle a démontré, j'espère, qu'il ne saurait être question de "schla- 
gende Parallelcn" entre la Perspectiua et le De intelligentiis, ni sur le plan 
doctrinal, ni sur celui de la forme. Nous avons vu tomber tous les ar- 
guments alignés en vue de "prouver" que Witelo était l'auteur du De 
intelligentiis; mais il y a plus: les vues philosophiques de Witelo sont 
apparues sous un jour tellement différent de celles exposées dans le De 
intelligentiis que les résultats recueillis jusqu'à présent peuvent déjà 
à eux seuls constituer un argument de taille à opposer aux tentatives 
d'attribuer cet opuscule, au demeurant fort intéressant, au savant silésien. 
La deuxième partie aura pour tâche de multiplier les arguments de ce 
genre et de répondre à la question: quand et où le De intelligentiis a-t-il 
été écrit Y 


--
		

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			314 


II 286 


Rubczynski et Baeumker, qui tiennent Witelo pour l'auteur du De 
intelligentiis, ne se sont pas beaucoup intéressés à la question de savoir 
à quelle date cet opuscule avait été écrit. De l'avis de Rubczynski 286 , 
cette date doit être "située pas plus tard que dans le troisième quart 
du XIIIe siècle"; cette thèse sera acceptée par tous ceux qui ont eu 
l'occasion de se familiariser avec la scolastique, bien qu'à vrai dire l'ar- 
gumentation de Rubczynski soit loin d'être convaincante. Les argu- 
ments qu'il avance 287 en vue de prouver qu'Alain ne pouvait en être 
l'auteur et que l'ouvrage n'a pu être écrit avant 1200 sont à cet égard 
d'un niveau nettement supérieur. Baeumke
28s s'efforce d'établir les 
dates des citations provenant des oeuvres d'Aristote; à partir de là, il 
croit pouvoir situer la composition du De intelligentiis à peu près entre 
les années 1233 et 1267 (1270). Mais, comme il attribue l'opuscule à Witelo 
et l'identifie au De ordine entium 289 , il se voit obligé de le placer dans le 
voisinage immédiat de la Pet.spectiua. Quant à ce dernier ouvrage, Baeum- 
ker le croit composé 270 "vermutlich gegen 1270 oder nicht lange nachhe
"; 
par conséquent, le De intelligentiis aurait été lui aussi écrit dans les mêmes 
années. Il est vrai que Baeumker, à un moment donné, eut des doutes 
à ce sujet. En effet, en préparant le ve chapitre de sa monographie, il 
avait trouvé une citation du De intelligentiis 271 dans la VIe Disputatio 
de quolibet de saint Thomas et, comme il estimait, eu s'appuyant sur 
'Verner, que cette Disputatio avait vu le jour peu après 1256, il en vint 
à supposer 272 "dass innerhalb des zweiten Drittels des 13. Jahrhunderts die 
Abfassungszeit von De intelligentiis nicht an das Emle hinaufzurücken ist" 273. 


lU Dans le manu8crit nous trouvon8 cette observation de l'auteur, relative à. la 
comp08ition du chapitre II: "lei un passage 8ur le8 démons". Le chapitre devait, 
80U8 8a forme .définitive, débuter par l' "argument intrinsèque" dont nous n'avons 
qu'un ré8umé (voir plu8 loin p. 339, l'alinéa: "L'argument intrin8èque" jusqu'à. "écri- 
vaiu"). Devaient venir ensuite les argument8 extrin8èque8. - N.d.l.R. 
III Traktat 0 poreqdku iBtnien..., tc., p. 393 (tirage à. part p. 16). 
1'7 L.c., pp. 404- 410 (tirage à part pp. 27 - 33). 
181 Witelo, pp. 248-249. 
1&1 Je pen8e que je peux en épargner au lecteur l'analy8e du passage eorre8pondant 
de Baeumker (pp. 257 -271) qui voudrait en fournir la preuve. 
170 L.c., pp. 202, 224. 
171 Baeumker, l.c., p. 420. 
171 L.c., p. 422. 
171 Dan8 le compte rendu eonnu qu'il a con8acré au livre de Baeumker 
(Kwartalnik Historyczny, XXIII, 1909, 574-587), Rubczynski (p. 575) tente de 
préciser cette indication assez vague en ajoutant: "c'est-à.-dire au plu8 tôt ver8 
1250". Rubczyn8ki, qui 8itue la PerBpectiua ver8 1268, ne parvient pas à. expliquer 
(p. 576) l'espace de temp8 con8idérable qui 8épare le De inteliigentiiB = De ordine 
entium, de la PerBpectiua. 


- 


.....
		

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			315 


Cependant, il put bientôt I:evenir sur cette supposition 27", en ap- 
prenant de Mandonnet que le sixième Quodlibet de saint Thomas avait 
été composé en 1272; il fut ainsi de nouveau possible de rapprocher, 
dans le temps, le De intelligentiis et la Perspectiua. 
Mais qu'en est-il en réalitéY Il nous faut, pour le savoir, chercher 
à fixer de manière plus précise les dates de composition des deux ouvrages: 
de la Perspectiua et du De intelligentiis. 
Pour ce qui concerne le premier, le seul point de repère auquel se sont 
référés 276 jusqu'à présent les chercheurs, est le titre de pénitencier du pape 
employé, dans l'épitre dédicatoire, à l'adresse de Guillaume de Moerbeke. 
On en déduit le termimts ante q1tem, c'est-à-dire le 9 avril 1278, jour où 
Guillaume était devenu archevêque de Corinthe 278, ou peut-être même 
plutôt le 22 octobre 1277, jour où il avait signé, déjà en tant qu'archevêque, 
sa traduction de IIepl. -r6>V Èv -r	
			

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Mais cet écart des dates peut encore être réduit. Ce n'est déjà plus 
un secret 279 aujourd'hui que l'une des sources de la Perspectiua de Witelo 
a été la Oatoptrique d'Hé
on, appelée au Moyen Age Liber Ptolomei de 
speculis que Witelo utilisait, bien entendu 280, dans la traduction de 
Guillaume de Moerbeke, traduction terminée le 31 décemb;r.:e 1269. Ainsi, 
Witelo n'a-t-il pas pu écrire le Ve livre de son ouvrage avant la fin de 
1269; la Perspectiua a donc vu le jour entre le 1 er janvier 1270 et le 
9 avril 1278; en la situant par exemple, en 1274, la marge d'erreur ne 
dépassera pas quatre ans. 
Qu'en est-il maintenant de la date du De intelligentiis"l On n'a pu, 
comme je l'ai déjà dit, l'établir même approximativement qu'en se con- 
tentant d'un intervalle de plusieurs dizaines d'années; on a essayé seule- 
ment de démontrer la possibilité qu'elle ait été écrite en 1270. Et 
pourtant, préciser la date de composition de cet opuscule n'est pas aussi 
difficile que l'on pourrait le c
oire. 
Commençons par rappeler un fait: il est faux d'admettre que le De 
intelligentiis ne fût écrit que vers 1270. C'est saint Thomas qui nous l'ap- 
prend. Certes, la citation trouvée dans le sixième Quodlibet ne dément 
pas, comme nous le savons déjà, l'hypothèse de Baeumker. Il reste cepen- 
dant que ce n'est pas la seule citation du De intelligentiis que l'on peut 
rencontre
 dans les écrits de saint Thomas. On en trouve une autre par 
exemple dans le Quodlibet IX, art. 9 princ. 2S1 et, d'après la théorie de 
Mandonnet 2S2 , ce Quodlibet doit être rattaché au séjour de saint Thomas 


Witel08 an der Kurie Urban8 IV. gewinnt dadurch an Intere8se, das8 Urban vormal8 
aIs pap8tlicher Abge8andter einige Zeit in der 8chlesischen Heimat Witel08 geweilt 
hatte". Dan8 l'une de8 parties ultérieures de ce8 EtudeB, je m'efforcerai de prouver 
que ces con8idération8 sont dénuée8 de fondement; en attendant, ce que je di8 dan8 
le texte me semble 8uffir. [C'e8t dan8 la quatrième partie des EtudeB que l'auteur 
8e penche 8ur la date de la PerBpectiua et, en général, 8ur le 8éjour de Witelo en Italie. - 
N.d.l.R.] 
178 Voir Th. H. Martin, RechercheB Bur la vie et les ouvrageB d'Héron d'Alexandrie 
("Mémoires présenté8 par divers 8avant8", le série, IV, Pari8 1854), pp. 57, 62-63, 
69-81, 393-394; V. R08e. l.c., p. 293; [W. Schmidt, Hero von Alexandrie Mechanik 
und Katoptrik, dan8 HeroniB Alexandrini Opera quae BuperBunt omnia, Lipsiae II: 
1, 1900, pp. 307-309. - N.d.l.R.]. 
110 Le8 doute8 exprimé8 par Martin (pp. 70 et 393), et que partage Schmidt 
(p. 307) ne prouvent rien, évidemment; d'ailleur8 Martin lui-même incline finalement 
à nous donner raison (tel est du moin8 le 8en8 de ce qu'il éerit p. 70). 
"" Ed. Fretté, [XV 558. - Z. W.]: "Ad quartum sic proceditur. Videtur quod 
angelus moueatur in in8tanti. Sicut enim dieitur in libro De intelligentii8, ill motu 
angeli magnitudo 8patii distantiam non operatur...". Cf. De inteliigentiiB, prop. 47. 
III P. Mandonnet, Ohronologie deB Que8tionB di8putéeB de S. ThomaB d'Aquin 
(Revue thomiste, N.8., 1, 1918, pp. 266-287, 341-371), pp. 361-364; P. Mandonnet, 
Ohronologie Bommaire de la vie et deB écritB de S. Thomas (Revue de8 8ciences philo- 
80phiques et théologique8, IX, 1920, pp. 142 -152), p. 148. 


-
		

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			317 


en Italie, soit en tout cas à la période entre 1259 et 1268. Des données 
à la fois plus sûres et plus précises nous sont fournies par deux autres 
citations qui se t:[
ouvent dans les Quaestiones disputatae de veritate, quo 2 
art. 1 contr. 2S3 , et quo 8 art. 7 contr. 4 2S ... La date de Quaestiones de veritate 
est établie avec certitude: elles ont été composées à Paris, dans les années 
1256-1259. Le De intelligentiis date donc incontestablement d'avant 
1259. 
Cette conclusion se voit confirmée également par Vincent de Beauvais. 
En effet, comme le fit remarquer récemment L. Baur 2s5 , le Speculum 
naturale de ce polygraphe (lib. II c. 35) contient lui aussi une citation du 
De intelligentiis. On pourrait même croire, à première vue, que cette 
citation nous permet de reculer encore de quelques années la date en 
question. La première esquisse des Miroirs de Vincent - c'est du moins 
le cas du Speculum historiale - date, en effet, de 1244 2S8 alors que l'auteur 
lui-même a indiqué pour Je Speculum naturale la date de 1250 2s7 ; on est 
donc en droit de supposer que le De intelligentiis existait avant 1250. 
Il convient toutefois de remarquer qu'après avoir terminé son oeuvre, 
Vincent la compléta encore durant des années 28s ; aussi la version qu'en 
donnent les éditions imprimées est-elle postérieure à 1250, et même, 
comme le prouva Mandonnet 2S9 , postérieure aux Quaestiones de veritate 
de saint Thomas. C'est pourquoi, tant que n'auront pas été étudiées 
toutes les phases de l'évolution des Specula de Vincent de Beauvais et 
que nous n'en aurons pas une édition critique 290 , la seule conclusion que 


lU Ed. Fretté, [XIV 342. - Z. W.]: "Ut dicitur in libro De intelligentiiB, prima 
8ub8tantiarum e8t lux"; cf. De intelligentiiB, prop. 6. 
Il. lb., [XIV 496. - Z. W.]: "Ut dicitur in libro De intelligentiis, omni8 8ub- 
stantia immaterialis et immixta e8t omnium eogn08citiua; et hoc probatur ex hoc, 
quod habetur III. De anima, quod intellectus e8t immixtu8, ut omnia cognoscat". 
Cf. De intelligentiiB, prop. 17. 
III L. Baur, Die PhiloBophie deB Robert GroBBeteste, Mün8ter 1917, pp. 80-81. 
III Natali8 de Wailly, Notice Bur une chronique anonyme du treiei
e Biècle (Bi- 
bliothèque de l'Ecole de8 charte8, 2 e série, 1, 1844, pp. 389-395) p. 393; Monumenta 
Germaniae hiBtorica, ScriptoreB, XXIV, 1879, p. 154. 
117 Ce passage, 80uvent cité, 8e trouve dan8 le lib. XXXII, e. 102 ("usque ad 
annum praesentem... qui est annua ab inearnatione Domini 1250"). 
iliOn 8itue d'habitude la mort de Vincent de Beauvai8 en 1264; je remarquerai 
(Jependant que j'ai trouvé, en 1917, dan8 le cod. Vindob. Domin. 27 (membr., 8. XIII) 
un opu8cule historique (inconnu jU8qu'iei) de Vincent, eomplété jusqu'à. 1268 (f. 135 v , 
136 V ), ou même 1270 (f. 135 r ). 
1.. Mandonnet, Ohronologie deB Questions disputéeB, pp. 283 - 284. 
1.0 Une édition critique en e8t à. jU8te titre réclamée par P. Lehmann, [Auf- 
gaben und Anregungen der lateiniBchen Philologie deB MittelalterB (Sitz.-Beriehte der 
Kgl. Bayeri8chen Akademie der Wis8enschaften, Phil08.-philolog. U. hist. Klas8e, 
Jhg. 1918, Abt. 8, p. 55); 3 e éd. dan8: P. Lehmann, ErfoTBchung deB MittelalteTs, Bd. 1, 
Stuttgart 1959, pp. 42-43. - N.d.l.R.], voir aussi Speculum... [L'auteur n'a pn8
		

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			318 


nous pourrons tirer de la citation, est celle-ci: vers le milieu du XIIIe 
siècle, le De intelligentiis a dû jouir déjà d'une certaine renommée, puisque 
non seulement saint Thomas, vers 1259, l'invoque comme une autorité 29] J 
mais qu'il a égalemcnt sa place parmi les auteurs reconnus Z911 dont s'est 
servi Vincent de Beauvais pour composer ses immenses compilations. 
A ce propos, il me faut citer encore un pasage d'Endres 298: 


E8 i8t, wie es scheint, bisher nicht beachtet worden, daas ein Liber de intelligentiis 
auch in der TheologiBchen Summe de8 Alexander von Hale8 zitiert wird. An den 
Stellen, die ich im Auge habe (II q. 90 m. 1; m. 2, a. 1; quo 91, m. 1, a. 1), i8t 
inde8 nur die Definition de8 Leben8 aU8 dem Liber de causiB angefühl't (vgl. Barden. 
hewer, Liber de cauBiB 179), im Falle einer Verwechslung der beiden Schriften durch 
den Redaktor der 1252 publizierten Summe immerhin ein Beweis daHir, dass der 
Liber de intelligentiis damal8 8chon bekannt war. 


Cette dernière conclusion ne semble pas entièrement fondée. Il con- 
vient de faire remarquer en effet que le Liber de causis porte parfois, au 
XIIIe siècle, le titre De intelligentiis. C'est ainsi que nous trouvons, dans 
le, cod. Paris. lat. 6318, à la fin de l'opuscule, le passage suivant (ajouté 
d'ailleurs plus tard, à en croire Jourdain 29"): "Expliciunt canones Aristo- 
telis de puro eterno siue de intelligentia 295 siue de esse siue de essentia 
pure bonitatis siue de causis expositi ab Alfarabio", tandis que 
le catalogue de la bibliothèque de Richard de Fournival enregistre, sous 


terminé cette note. A défaut d'une édition critique du Speculum, le pa8sage corre- 
8pondant n'a pu être identifié. Une édition critique du Speculum MaiuB (= Naturale, 
Doctrinale, Hi8toriale) a été annoncée, en 1933, par B. L. Ullmann, A project for 
a new edition of Vincent of Beauvais, Speculum, VIII, 1933, pp. 312-326. - Z. W.] 
.11 Il n'en va pa8 de même pour la VIe Disputatio de quolibet de 8aint Thomas 
composée en 1272, où il e8t dit que le "Liber de intelligentii8 non est auctoritati8 
alicui8" [éd. Fretté XV 497. - Z. W.]; l'abbé S. Pawlicki se trompe donc (Bulletin 
international de l'Académie de8 Science8 et de8 Lettre8 de Cracovie, 1909, pp. 55-70) 
[en affirmant que le8 citation8 qu'en fait 8aint Thomas atte8tent l'importance du 
De intelligentiis. - Z. W.] 
... L'auteur n'a pas écrit cette note. La bibliographie de8 ouvrage8 con8acrés 
à Vincent de Beauvais e8t citée par P. Lehmann, LitteraturgeBchichte im Mittelalter 
(Germanisch-romanische :Monat88chrift, IV, 1912, pp. 569-582, 617-630, 6(0); 3 8 
éd. dan8: P. Lehmann, Erforschung deB MiUelalterB, Bd. 1, Stuttgart 1959, p. 82-113 
(en particulier pp. 90-(1) ain8i que par B. L. Ullmann, l.c. - Ullmann ajoute (p. 313): 
"It i8 8aid that in the Speculum nah
rale Vincent quote8 350 author8... Other author8 
of undetermined number are quoted in the other Specula". - N.d.l.R. 
III L.c. (voir plu8 haut p. 315, note 278). 
.1& A. Jourdain, RechercheB critiqueB Bur leB ancienneB traductions latineB d'Âri-. 
Btote, Paris 1819 p. [197. - Z. W.] (2 e éd. Paris 1843, p. 183); Die pBeudoariBtoteliBche 
Scltrift Vber daB reine Gute... bearbeitet von O. Bardenhewer, Freiburg 1882, pp. 56, 
J40, 148. Bardenhewer cite en outre (p. 56) le manuscrit de la Bodleyan Library 
qui aurait le même titre. 
... Lire: "de intelligentii8", comme plu8 loin.
		

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le N° 71 (nous y reviendrons tout à l'heure), un titre presque identique: 
"Item eiusdem (Aristotelis) canonum de pomo citrin0 298 siue de essentia 
bonitatis pure siue de intelligentiis siue de causis expositas ab 
Alpharabio". S'il est donc vrai qu'Alexandre de Hales cite d'habitude 
(et, semble-t-il, le premier d'entre les scolastiques) l'opuscule pseudo- 
-aristotélique sous le titre "philosophus in libro de causis" 297, il n'en de- 
meure pas moins possible qu'il se soit écarté de cette règle dans les passages. 
cités par Endres. Je ne saurais dire, en revanche, si la Summa contient 
quelques citations du vrai Libe-r de intelligentiis; il m'a semblé superflu 
d'en chercher dans les anciennes éditions (XVe-XVIe siècles) au moment 
où les Franciscains, dans Quaracchi, annoncent pour bientôt la sortie 
d'une édition nouvelle, asso
tie de notes critiques et d'index 29s . 
Les écrits d'Albert le Graml ne nous sont guère plus utiles pour éclairciI- 
le problème qui nous intéresse. Dans ceux de ses ouvrages que je connais, 
je n'ai pas trouvé une seule citation du Liber de intelligentiis; mais j'y 
ai appris (ce que personne ne semble avoi
 remarqué) qu'Albert avait 
eu l'intention d'écrire lui-même un traité De intelligentiis. Voici en effet 
ce qu'il en dit dans De coelo, lib. I tr. 3 c. 8 (éd. Borgnet IV, 85 b ): 
Licet ex diuersis cau8i8 8pecie llo differunt intelligentiae, et 8tellae et orbe8: 
quia ex indiuisibilitate materiae differunt intelligentiae, 8tellae autem ex hoc, quod 
cuiusque earum materia tota est intra. Et hoc e8t uerum, 8iue intelligentiae 8int 
eomp08itae ex hyle et forma, 8icut dicit Auicebron, 8iue 8int 8implices, 8icut uidetur 
uc'lIe Aristotele8; etiamsi (enim) 8int 8implices, bene 8aluatur in eis potentia actiua 
et pas8iua, 8icut in libro De anima lOO et in libro De intelligentii8, Domino concedente, 
o8tendcmus. Cum enim omni8 pluralitas reducatur ad unitatem ut ad principium 
8uum, 8ic etiam SOI neces8e e8t, quod omnis multitudo indiuiduorum reducatur ad 
unitatem naturae uniu8 in specie, 8ub qua crescit illa pluralitas; non autem pote8t 
exire ab uno pluralitas indiuiduorum ni8i per actum, quo una natura agitur in plu- 
ralitatem per decisionem et diui8ionem materiae. Talis autem actu8 non est nisi ge- 
nerationi8; et ita fit 8ecundum Ari8totelem et omnes Peripateticos, quod non fit 
multitudo indiuiduorum 8ub una 8pecie ni8i per actum generationis. Et hoc etiam 
Ari8totele8 innuit, quando dicit, quod illa, quae 8unt uniu8 materiae, quando 8unt 
diuer8a, transmutantur ad inuieem et quod multitudo indiuiduorum cau8atur ex 
diuisione materiae, cum con8tet multitudinem diuidentium totam exire ab unitate 
diuisi. Haec ergo e8t uera 8ententia Peripateticorum. 
Il en résulte, semble-t-il sans équivoque, qu'Albert le Grand avait 
l'intention, vers 1250302, d'écr
e un ouvrage intitulé De intelUgentiis 


118 Lire: "de puro eterno"! 
sn Bardenhewer, l.c., pp. 232-235. 
lOI C'est l'édition Summa theologica, Quarracchi 1924. - N.d.I.R. 
Sll "et non 8ecundum numerum 801um" (ib., 85 8 ). 
100 Albertu8 Magnu8, De anima, lib. III tr. 2 c. 18 (éd. Borgnet V 365). 
SOI Dan8 l'édition de Borgnet: "cnim". 
lOI La que8tion de la date à laquelle Albert avait écrit 8e8 paraphrase8 des oeuvres 
d'Ari8tote demeure ouverte; récemment, F. Pelster, Kriti8che Studien eum Leben
		

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			.320 


où il voulait montrer entre aut
es que, si les intelligences sont des esprits 
purs, on peut néanmoins distinguer en elles la potentialité et l'actualité 303. 
On peut, certes, avoir quelque doute quant à la justesse d'une telle interpré- 
tation des propos cités, et supposer plutôt qu'Albert renvoie ici le lecteur 
à son ouvrage De causis et processu uniuersitatis où le tractatus 2 du second 
livre (éd. Borgnet X 477-546) est intitulé De intelligentiis. Cependant 
sans parler du fait que, dans le traité indiqué (auquel répondent les para- 
graphes 6-14 du Liber de causis), on ne trouve pas de passage corres- 
pondant à cette citation du De coelo, il serait pour le moins étrange que 
l'expression "in libro De intelligentiis" fut employée pour désigner un 
seul traité inséré dans une oeuvre; ce serait également co.ntraire aux 
habitudes d'Albert qui (autant que je connaisse ses écrits) n'a jamais 
procédé de la sorte. Il n'est donc pas permis de douter qu'Albert le Grand 
avait réellement nourri le dessein de compléter sa série d'oeuvres philoso- 
phiques par un livre distinct intitulé De intelligentiis. Mais ceci une fois 
admis, nous pouvons aller plus loin. On sait que, loin de choisir au hasard 
les titres et les matières de chaque partie de cette série d'oeuvres philoso- 
phiques, Albert avait suivi - avec quelques écarts faciles à expliquer - 
la liste des oeuvres aristotéliques ou pseudo-aristotéliques connues de 
.son temps. D'autre part, en considérant que l'opuscule pseudo-aristotélique 
De intelligentiis avait assez souvent figuré 304 parmi les oeuvres d'Aristote, 
il ne semble pas trop hasardeux de supposer qu'il avait dû, déjà du temps 
d'Albert, se trouver inséré, au moins sporadiquement, dans le "corpus 
aristotelicum" de l'époque, et que c'est pour cette raison qu'Albert 
avait pensé d'introduire une paraphrase de ce Liber de intelligentiis 306 
dans la suite de ses exposés de la philosophie péripatéticienne. Les propos 


und zu den Schriften Alberts des GroBsen (Erganzungshefte zu den Stimmen der Zeit, 
II: 4) Freiburg i. Br. 1920, pp. 130-169, 8'e8t prononeé pour les année8 1260-1270, 
mai8 je 8erais plutôt enclin de donner rai80n à J. A. Endre8 qui, dan8 8es Ohronologische 
UnterBuchungen zu den philoBophiBchen Kommentaren AlbertB deB GrOBBen ("Abhandlun- 
gen aus dem Gebiete der Philosophie und ihrer Geschichte, eine Festgabe zum 70. 
Geburt8tag Georg Frh. von Hertling gewidmet", Freiburg i. Br. 1913, pp. 95-108), 
.8itue la comp08ition de8 paraphrase8 entre 1245 et 1255. Je reviendrai peut-être 
à cette que8tion à. une autre oecasion. [L'auteur n'a pa8 publié de mémoire à ce 8ujet. 
Dan8 son fond8 littéraire figurent de8 matériaux manuscrit8 ras8emblé8 dan8 le8 
cahier8 intitulé8 "Albertus Magnu8". - N.d.l.R.] 
101 Qu'il ne 8'agi8se que de ce détail, le passage cité du De anima le prouve; je 
reprodui8 cependant tout le contexte pour que le lecteur puisse vérifier lui.même. 
10& Cod. Paris. lat. 6319 (p2 dan8 l'édition de Bauemker), cod. Prag. Univ. lat. 
660 = IV.D.6 (p..I, voir Appendice); eod. Berol. lat. quo 449 (BI, voir Appendice). 
101 Il ne 8'agit pa8 en l'occurrenee, comme chez Alexandre de Hale8, du De caupiB, 
la preuve en e8t que dan8 la paraphrase d'Albert, cet opu8cule porte le titre De cauBiB 

t proceBBu univerBitatiB (voir plu8 haut dan8 le texte). 


--
		

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			321 


r 


d'Albert le Grand viendraient ainsi attester que le Liber de intelligentiis 
était, vers 1250, non seulement connu, mais aussi rattaché aux écrits 
d'Aristote. 
Cette conclusion se voit pleinement confirmée par la Biblionomia 
de Richard de Fournival (né en 1201) où figure, en 71 e place, le manuscrit 
suivant 308: "Arystotelis liber metaphis
ce secundum translationem ueterell1 
et nouam. Item eiusdem canonum de pomo citrino 307 siue de essentia 
bonitatis pure siue de intelligentiis siue de causis expositus ab Alpharabio. 
Item cuiusdam liber quem uocat Memoriale rerum difficilium. 
ln uno uolumine, cuius signum est littera H." Ainsi que je l'ai montré 
à une autre occasion 30S, la Biblionomia décrit la bibliothèque privée de 
Fournival, devenue, vers 1260, propriété de Gérard d'Abbeville et dont 
la plus grande partie était passée, en 1271 ou 1272, au Collège de la Sor- 
bonne. En effet, on retrouve le manuRcrit en question dans le catalogue 
du XIVe siècle de la Sorbonne, où il est décrit conune suit 309: "ln uno 
uolumine methaphisica Aristotelis, de causis, memoriale reI"um 
difficilium, ex legato magistri G. de Abbatisuilla. Incipit in 2 0 fol. 
«esse opinamur» in pen. «motum». Precium XL soL". Malheureusement, 
ce manuscrit a disparu au cours des siècles suivants; on ne le trouve 
pas à la Bibliothèque Nationale de Paris. Il n'en demeure pas moins 
certain que tout à la fin de ce manuscrit figurait l'opuscule De intelli- 
gentiis, car c'est lui qui porte, dans une série de copies 310, le titre: .11.[ emoriale 
Terum difficilium et c'est sous ce titre qu'il est cité, vers 1350, par le do- 
minicain Conrad de Halherstadt, dans le 1g e chapitre de son Liber simili- 
tudinum naturalium 311. 


10& L. Deli8le, Oabinet deB manuscritB de la BibliotMque Nationale, II, Paris 1874, 
p.529. 
107 Lire: "de puro eterno", comme plu8 haut p. 319, note 296. 
101 A. Birkenmajer, Biblioteka RYBzarda de Fournival, poety i uczonego francu- 
8kiego z poczqtku XIII-go wieku, i jej p6ZniejBze lOBY [La bibliothèque de Richard de 
Fournival, poète et érudit françai8 du début du XIIIe 8iècle, et 80n 80rt ultérieur, 
..Poiska Akademia Umiej
tnoBci. Rozprawy Wydzialu Filologicznego", t. 60, N0 4, 
Krak6w 1922, pp. 103. Mémoire présenté à. l'Académie le 3 juillet 1919. - Voir la 
traduction française dans le8 EtudeB d'hiBtoire deB Bcience8 et de la philoBophie du Moyen 
Age du même auteur, pp. 117-204. - N.d.l.R.]. 
800 Delisle, l.c., III, Pari8 1881, p. 58, N0 XLVII, 9. 
110 Cod. Paris. lat. 16297 (pl ehez Baeumker), cod. Atreb. 463 (A chez Baeumker), 
cod. Berol. lat. quo 13 (B2, voir Appendiee), cod. Cizen8is LXVI (Ci, voir Appendice), 
cod. Prag. Univ. lat. 398 = III. A. 13 (Pr z , voir Appendice), cod. Prag. Univ. lat. 
257 = 1. F. 25 (Pr 3 , voir Appendice), cod. Up8al. C. 595 (U, voir Appendice), [cod. 
Brunll. 893-898, cod. Copenh. Ny Kgl. Saml. 26, cod. Oxon. Digby 67, cod. Wratisl. 
08801. 734. - N.d.I.R.] 
111 V. R08e, VerzeichniB der lateiniBchen HandBchriften der Kgl. Bibliothek zv 
Berlin, II: 1, Berlin 1901, p. 374, col. 1.
		

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			If 


322 


[Le manuscrit s'a
ête là 3l2 . Se proposant de terminer l'ouvrage plus 
tard, l'auteur chercha à recueillir d'autres citations du De intelligentiis 
dans les traités de la première moitié du XIIIe siècle. Il les a repérées 
dans les écrits suivants de Roger Bacon: J Quaestiones supra undecim 
Primae philosophiae Aristotelis ("Opera hactenus inedita Rogeri Baconi", 
édd. Steele-Delorme, Fasc. 7, Oxonii 1926, p. 64, 109, 110). Steele (p. IV) 
situe ces Quaestiones vers 1245, [et J Quaestiones supra libros quatuor 
Physicorum Aristotelis ("Opera hactenus inedita Rogeri Baconi", Fasc. 8, 
Oxonii 1928, p. 116, 231, 233). Selon Delorme (p. VII) ces Quaestiones 
datent de 1246-1256. 
[Après avoir établi, à partir des extraits d'Aristote cités dans le texte 
du De intelligentiis, que la date de sa composition pouvait êtJ:'e située 
entre 1220 et 1230 (voir p. 259 et le résumé p. 339) la deuxième p
tie 
du chapitre Il devait présenter une analyse des données relatives à l'au- 
te
 du De intelligentiiB (voir p. 259 et la dernière phrase du résumé). 
Dans cet ordre d'idées, l'auteur a noté des extraits des publications sui- 
vantes: a.rticle de B. Hauréau, dans le Journal des savants, 1894, p. 444, 
sur le Handschriftliches zu dem Wel'ken des Alanus de C. Baeumker, Fulda 
1894; du même auteur, Notices et extraits de quelques manuscrits latins 
de la Bibliothèque Nationale, t. 5, Paris 1892, pp. 107 -108; article de 
F. Picavet, dans la Revue philosophique, LXXII, 1911, pp. 315-316, 
sur le Witelo de C. Baeumker, Münster 1908; Le système du monde de 
P. Duhem, t. 5, PaI'is 1917, pp. 370-374. 
Après la parution de l'
ticle de C. Baeumker, Zur Frage nach Ab- 
fassungszeit und Verfasser des irrtümlich Witelo zugeschriebenen Liber 
de intelligentiis, "Miscellanea Francesco Ehrle", Roma 1924, t. 1, pp. 87 - 
102, l'auteur a noté encore: E. Hocedez, Richard de Middleton, Spicilegium 
Sacrum Lovaniense, VII, 1925, p. 402. - N.d.t.R. J. 


111 Il n'exi8te, de la partie finale du présent ouvrage, qu'un résumé, voir plus 
loin p. 339. - N.d.l.R. 


.... 


--
		

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			APPENDICE 


Les manuscrits, inoonnus de Baeumker, du Liber de intelligentiis 
attribué à tort à Witelo 


En éditant, en 1908, le De intelligentiis, Baeumker connaissait six 
manuscrits qu'il utilisa: A = Atreb. 463; C = Campilil. 144; L = Laur. 
XIII dext. 11; pl = Paris. lat. 16297; p2 = Paris. lat. 6319; p3 = Paris. 
lat. 6552. A l'occasion de diverses recherches effectuées dans les bib1iothè- 
ques de l'Europe centrale et septentrionale, j'ai eu la chance, avant la 
Grande Guerre, d'en trouver plus que le double, sans compter les manusorits 
perdus dont je n'ai trouvé que des mentions dans de vieux catalogues. 
J'ai collationné les quatre premiers qui me sont tombés entre les mains (les 
trois pragois et le berlinois BI) avec l'édition de Baeumker; par la suite, 
voyant que les copies du traité en question n'étaient nullement aussi 
rares qu'on le supposait généralement, j'ai renoncé à ce vain effort. Cepen- 
dant, une brève description de tous ces manuscrits me semble utile puis- 
qu'elle apportera quelques détails fort intéressants. 
Je commence par les manuscrits préservés, en suivant l'ordre alpha- 
bétique. 
B 1 = cod. Berol. lat. quo 449 (m.em.br., s. XIV, fi. 349)1, contient 
presque uniquement des oeuvres d'Aristote (ou tenues pour telles) dans 
des traductions (gréco-latines pour la plupart) dont on s'était servi jusqu'au 
dernier quart du XIIIe siècle. On y trouve: 1) ff. P-44 r De anima; 
2) ff. 44 r -207 v ]}Ietaphysica (livres I-XIV); 3) ff. 208 r -224 v De sensu 
et sensato; 4) ff. 224 v -230 r De n
emoria et reminiscentia; 5) ff. 230 r -245 r 
De somno et uigilia; 6) ff. 245 r -249 v De longitudine et breuitate uitae; 
7) ff. 249 v -270 r De iuuentute et senectute (avec De spiritu et respiratione 


1 Il appartenait jadis à. Carlo Morbio et portait dan8 8a colleotion le numéro 
243; la Bibliothèque Royale (aujourd'hui Bibliothèque de l'Etat de Prusse) de Berlin 
l'acheta, en 1889, pour 180 mark8 (voir Zentralblatt für Bibliothek8wesen VI, 377).
		

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ainsi que De uita et morte); 8) ff. 270 r -29P De uegetabilibus et plantis; 
9) ff. 291 v -305 r Physionomia (uulgata); 10) ff. 305 r -314 v De pomo siue 
de morte Aristotelis; 11) ff. 314 v -329 r De intelligentiis; 12) ff. 329 r - 
335 v De causis; 13) ff. 335 v -339 r De inundatione Nili; 14) ff. 339 r -343 r 
De bona fortuna 2 ; 15) ff. 343 v -345 v Epistola ad Alexandrum'; 16) ff. 
345 v -349 r De uita Aristotelis". 
La copie du traité qui nous intéresse en l'occurrence et qui figure 
à la onzième place, porte le titre "Incipit de intelligenciis" inscrit dans 
la marge du folio 314 v . De même, les inscriptions bicoloreB, placées en 
tête des pages (tout au long du manuscrit), le designent par les mots: 
"De intelligenciis" ou "De intelligensiis" (!). Il commence par: "Quo- 
niam(!) in hoc capitulo nostre intencionis est", et se termine, tout comme 
l'édition de Baeumker, par "ideo inter species quantitatis non est enume- 
rata". C'est un très proche parent du manuscrit pragois Pr I ; voir plus 
loin. 


B 2 = cod. Berol. lat. que 13 (pap., s. XV, ff. 202) ff. 150 r -184 v . Une 
description détaillée en a été donnée par V. Rose en 19055; aussi, bien 
que ne l'ayant pas vu de mes propres yeux, puis-je affirmer sans hésitation 
qu'il appartient au même groupe que les manuscrits Ci et Pr', décrits 
plus loin. Ceci ressort avant tout de l'inscription: "Incipit memoriale 
rerum difficilium naturalium Ade [au-dessus se trouve la glose: "i 9 doc- 
toris"] pulcherrime mulieris", glose au-dessus: ["s. cognomine"], 
à laquelle Rose ajoute le commentaire suivant 8 : "Nach der Glosse ist 
also der Verfasser ein Adam mit dem Beinamen Pulcherrime mulieris". 


1 Une autre copie 8e trouve dan8 le cod. Prag. Univ. lat. 654. Nous tiron8 cette 
information de8 note8 de l'auteur qui traitent également de8 rapports entre De bona 
fortuna et Ethica Eudemia ainsi que Magna Moralia. Cf. AristoteleB latinuB, P. 1. 
Roma 1939, pp. 17, 71-73. 159-162. - N.d.l.R. 
1 Ce texte fort bref, assez fréquent dan8 le8 manuscrit8 80U8 le titre évoqué 
(ou 80U8 celui de Liber de epistolis AristoteliB), n'e8t autre qu'une traduction frag- 
mentaire (gréco-latine) de la Rhétorique à Alexandre (Ari8totele8, éd. Bekker, [1420 
a 7. - Z. W.] et aeqq.). Il commence par: "Aristotele8 Alexandro bene agere. Mi8isti 
mihi" et 8e termine par ,,8ecundum unumquamque 8peciem aS8umente8" (= Bekker. 
[1447 a 11. - Z. W.]). 
& Voir l'édition de R08e, AristoteliB Fragmenta, Lip8iae 1886, pp. 442-450. Le 
8upplément emprunté à Simplicius (R08e p. 450) 8e trouve également dan8 ce manu- 
8crit. 
1 V. R08e, Vereeichnis der lateinischen Handschriften der kgl. Bibliothek eu Berlin. 
Il: 3, Berlin 1905, pp. 1225-1227, N° 972. Le manu8crit e8t comp08é de deux cahiers 
(ff. 1-149, 150- 202), dont le premier con8titue une paraphrase de la MétaphYBique 
d'Aristote (livres I-XII) avec. en supplément, le8 QuaeBtioneB; le 8econd, éerit en 
1428, ne contient, à. côté de notre traité, qu'une GloBe au lIe livre du "Oompendium 
Thome Occan de Bignificatione octo partium orationis". 
· L.c., p. 1226, col. 2. 


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Les extraits cités par Rose (pp. 1,2-22; 71,6-8,11-14, éd. Baeumker) 
permettent un collationnement partiel avec l'édition de Baeumker; 
voir plus loin où il est question du manuscrit Pr 3 . Il convient d'ajouter 
que cette copie est glosée dans les marges et entre les lignes, ce qui la 
fait également ressembler au manuscrit Pr 3 (voir plus loin); toutefois, 
les extraits de Rose indiquent que les gloses des deux manuscrits ne sont 
pas identiques (dans le Pr 3 , les gloses sont d'ailleurs beaucoup moins 
nombreuses). 


Ci = cod. Cizensis LXVI (pap., s. XV, fi. 374) ff. 158 r -190 V . Si la 
description de ce manuscrit
 dans le catalogue de Bech 7, laisse beaucoup 
à désirer 8 , elle n'en permet pas moins de constater que le Ci est le plus 
proche parent du B 2 , c'est-à-dire qu'il est soit une transcription du B 2 , soit 
une copie du même original. En effet, le B 2 a été copié en 1428 et cela 
à Stargard, comme en témoigne le cod. Berol. theol. quo 38 (Rose 369)9; 
et, à la fin de la copie contenue dans le Ci, nous lisons: "finitus mensis 
Maij Anno Domini MOCCCcoXXIX Kalendas XVII, Sole existente 10 
in Ariete, Luna uero in Geminis. ln noua Stargardia scriptus". L'inscrip- 
tion en tête est la même que celle du B2: "Incipit memoriale rerum diffi- 
cilium naturalium Ade pulcherrime mulieris" et le début est, lui aussi, 
identique: "Sentencia(!) in hoc capitulo nostre intencionis est rerum 
naturalium difficiliora breuiter collige
e". 


Pr 1 = cod. Prag. UDiv. lat. 660 =-c IV. D. 6 (m.em.br., S. XIV, ff. 228)- 
ff. num. 146 v -155 r . La description de ce manuscrit par J. Truhlâfll 


7 F. Bech, VereeichniB der alten Handschriften und Drucke in der Domherren-Bi- 
bliothek in Zeitz, Berlin 1881, pp. 18-19. 
1 Ce qui figure aux 3 e et 5 e places du manuscrit c'est, bien entendu, le Liber dtt 
cauBis; et l'auteur du Liber de claui intenUonum, dont un commentaire ouvre le ma- 
nU8crit, n'est évidemment ni Porphyre, comme le supp08e Beeh, ni Hervaeu8 (N atali8), 
comme le veut le manu8crit Pr 3 voir plus loin [note 30. - N.d.l.R.]), ni Jan de Grot- 
k6w, comme l'affirme, dan8 le cod. Crac. 2176, 80n diaeiple, l'Allemand Heinrich 
de Swidnica, mais bien le maître Ulrich de Vienne (ver8 1287 -1325), ainsi qu'en 
témoigne le cod. Mon. lat. 331 et comme je le démontrerai de façon détaillée à. une 
autre occasion. [L'auteur n'a pas réalisé ce projet. Le Liber de clavi intenUonum 
a été édité d'aprè8 le manuscrit de la Bibliothèque Jagellonne 2176, par J. Doman- 
8ki 80U8 le titre Jana z Grotkowa "Liber de clavi intentionum"... Materialy i Studia 
Zakladu Hi8torii Filozofii Starozytnej i Sredniowiecznej PAN, Série A, t. VII (1967), 
pp. 3-22. - Z. W.] 
1 R08e, l.c., p. 1222, col. 1; R08e atte8te, l.c., p. 1225, col. 1-2, que la deuxième. 
partie du B2 e8t écrite de la même main que le cod. Berol. theol. quo 38. 
10 Bech écrit "exeunte", à. tort évidemment. Mais aus8i, toute la date est erronée,. 
la p08ition du Soleil indiquant le moi8 de mar8 et non pas celui de mai. 
n J. Truhlâf, OataloguB codicum manu BCTiptorum latinorum, qui in c.r. Biblio- 
theca Publica atque UniverBitatis Pragensi,s aBBervantur, 1, Pragae 1905, pp. 264-265. 


1 
1. 


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326 


n'est, certes, pas entièrement correcte 111 dans tous ses détails, elle n'en 
donne pas moins une idée assez fidèle du contenu. Celui-ci est tout à fait 
analogue à celui du BI j dans les deux cas, nous n'avons affaire, ou presque, 
qu'à une série d'oeu
es d'Aristote (ou du pseudo-Aristote), dans des 
traductions (pour la plupart gréco-latines) utilisées jusqu'au dernier 
quart du XIIIe siècle. Dès qu'il s'agit des mêmes ouvrages que dans 
le BI, les traductions sont aussi les mêmes; mais le Pr I contient plusieurs 
-écrits qui ne figurent pas 13 dans le BI. Voici en effet la liste des ouvrages 
contenus dans le Pr I : 1) ff. pS-30 vb De anima (= BI 1); 2) ff. 30 vb - 
32 vb De bona fortuna (= BI 14); 3) ff. 33 u -43 vb De sensu et sensato 
(= BI 3); 4) ff. 44 ra -47 vb De memoria et reminiscentia (= BI 4); 5) ff. 
47 vb -59 ra De somno et uigilia (
BI 5); 6) ff. 59 rb -6IV b De longitudine 

t breuitute uitae (= BI 6); 7) ff. 61 vb -73 rb De iuuentute et senectute etc. 
(= BI 7); 8) ff. 73 vs -69 bis rb De motu animaliumj 9) ff. 69 bis vs -76 
terra De progressu animaliumj 10) ff. 76 ter rb -9pb De uegatabilibus 

t plantis (= BI 8)1"; 11) ff. 91 vs -I0pb De causis proprietatum elemento- 
Tum; 12) ff. 102 ra -106 vs De lineis indiuisibilibusj 13) ff. 106 vs -114 ra 
De coloribus; 14) fi. 114 ra -120 vb Qusta ibn Liiqa, De differentia spiritus 
et animae; 15) ff. 120 vb -123 ra De inundatione Nili (= BI 13); 16) ff. 
123 rb -129 vs De pomo siue de morte Aristotelis (= BI 10); 17) ff. 129 vb - 
140 rb De mundo; 18) ff. 140 vs -143 ra De intelligentia [Aristotelis]I6; 
19) ff. 143 rb -143 vb De uita Aristotelis (=- BI 16)18; 20) ff. 146 ra - rb 


11 Surtout en ce qui concerne la de8cription extérieure. C'e8t ainBi que le manu- 
scrit compte 228 foli08 et non 221, à 8avoir: 3 ff. n. ch., 1-73, 64-76, 2 ff. n. ch., 
77-165, 1 f.n.ch., 166-201, 203-206, 1 f.n.ch., 207-211, 1 f.n.ch. Il n'est pas 
-éerit d'une 8eille main car c'e8t une autre main qui a écrit le8 ff. 163 r -165 bisr (Sa- 
crob08co); il e8t comp08é en deux colonne8. Il contient de vieillos table8 de8 matières, etc. 
11 N0s 8,9,11-14, 17,18,24,25; en revanche, la MétaphYBique d'Aristote (BI 
2) manque dan8 le PrIe 
1& Dan8 la marge inférieure du f. 76 ter r 8e trouve la gl08e 8uivante: ,,4 nota 
quod anglicus quidam dictus alwredus de 8auer8el1e tran8lator huius libri de arabico 
in latinum edidit illud..." le reste est découpé, il faut le oompléter probablement par 
"proëmium": Alfred a en effet précédé 8a traduction de la préface bien connue ("Tria 
ut ait Empedocles... "), adre8sée à. Roger de Hereford. 
11 Ce bref traité ("Cum rerum quidem omnium eS8e 8eeundum primum est diuer- 
8um X et ob hoc breuis8imum prologum fecit") échappe encore tOUjOur8 à. l'attention 
des chercheur8 étudiant le8 traduction8 médiévales d'Aristote, bien qu'on le rencon- 
tre assez 80uvent dan8 les manuscrit8 (dan8 le cod. Crac. [506 ff. 276-277. - Z. W.] 
le8 in8cription8 en tête des page8 portent "De intelligenciiB" mais, dans la table des 
matière8 contemporaine, il e8t écrit correetement "De intelligentia") et qu'il efit 
même la chance d'être imprimé (par exemple dan8 les incunables Hain [1682 (GW 
2336)] ff. [dd l ver80 - dd l ver80; HC 1659 (GW 2341) ff. 373 ver80-375 ver80. - 
N.d.l.R.]). C'est une 80rte d'introduction aux oeuvres d'Aristote; le titre primitif 
-était peut-être: De intelligentia libroTum AriBtoteliB. 
10 N OU8 retrouvons, là. aussi, le 8upplément emprunté à. Simplicius (voir plus 
haut p. 324, note 4). 


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Epistola ad Alexandrum (= BI 15); 21) ff. 146 vs -155 rb De intelligen- 
tUs (= BIll); 22) ff. 155 rb -159 vb De causis (= BI 12); 23) ff. 159 vb - 
163 ra Physonomia (=B I 9)17; 24) fi. 163 ra -165 bis rs Johanes de Sac- 
robosco De sphaera ls ; 25) ff. 166 ra -2ll vb Problemata (uulgata). 
Le tI:aité qui figure à la 21 e place porte le titre: "Incipit liber de intel- 
ligentiis. Alio nomine nuncupatur memoriale rerum difficilium"; il Y man- 
que en revanche les inscriptions en deux couleurs en tête de pages (qui 
figurent pourtant dans presque tout le manuscI:it à l'exception des Pro- 
blemata). Le texte commence par: "Quoniam(!) in hoc capitulo", et se 
termine par: "ideo inter species quantitatis non est enume
ata. Explicit 
liber de intelligentiis". A lui seul, ce début ("Quoniam"!) atteste déjà 
la parenté avec le BI; une comparaison détaillée prouve que cette parenté 
est extrêmement proche (voir plus loin). 


Pr 2 = cod. Prag. Univ. lat. 398 = III. A. 13 (chart., s. XIV -XV, 
ff. 140) ff. P -10 v . La description de Truhlâfl9 laisse non seulement 
beaucoup à désirer en ce qui concerne l'aspect extérie
20 du codex mais, 
ce qui est pÏ!.e, elle en 
épertorie inexactement la matière. Voici donc la 
liste rectifiée et exacte de tl'aités qu'il contient: 1) ff. P-I0 v De intel- 
ligentiis 21 ; 2) ff. 10 v -20 r Avencebrol, Liber fontis uitae (Epitome 
Campililiensis)l!l!; 3) ff. 20 v -34 r Albertus Magnus, De natura et origine 
animae (ed. Borgnet IX, 375-434); 4) ff. 34 r - v Aegidius Columna 
Romanus, Theoremata de ente et essel!3; 5) ff. 34 v -35 ra Boetius, De 


17 Une main plus récente l'a coiffé du titre "Topica Boetij " , 
11 Cette partie du manuscrit e8t d'une autre main, du début du XVe 8ièele. 
II L.o., p. 156. 
10 Truhlâf 8e trompe en particulier en 8uppo8ant que le manuscrit fut écrit de 
deux main8 différentes; l'écriture e8t bien la même et ce n'est que 80n caractère qui 
change de temp8 en temps. 
Il Oubliant que le manu8crit date de la fin du XIVe et du début du XV e 8ièole, 
et trompé par le nom d' "Alexander" 80ua lequel ce traité figure dan8 le manuscrit 
(dan8l'explicit - voir plus loin - ain8i que dan8 deux anciennes table8 des matières), 
Truhlâf l'attribue san8 hé8iter à Ale8sandro Achillini (vers 1463 -1512)' Ce célèbre 
adver8aire de Pietro Pomponazzi avait, certe8, écrit un ouvrage intitulé De imelli. 
gentiiB, et plus exactement QuodUbeta (quinque) de intelligentiiB, qui a été pluaieurl 
fois imprimé (édition princep8, Bononiae 1494 = Hain 70 [GW 192 - N.d.I.B.], 
l'exemplaire de la Bibliothèque Jagellonne coté Phil08. 2573 a; 8econde édition, Bo- 
noniae 1506, 8'y trouve 80ns la cote Phil08. 2148), mai8 celui-ci n'a rien de commun 
aveo le traité édité par Baeumker. 
Il Ed. Baeumker dan8 Beitrage zur Ge8chichte der Phil080phie des Mittelalters, 
1: 5, Mün8ter 1895, pp. 341-387; voir également plus loin p. 333. 
Il Je n'ai pa8 80US la main une édition de cet opuscule, mais 80n commencement 
et 880 fin (inc.: ..Omne esse uel purum e8t exi8tens et infinitum uel est participatum 
in alio... ", expl.: ..... nec 8ub8tantia que e8t analoga predicatur") sont conformes 
au cod. Ampl. Fol. 6, fI. 263 v -267 r et plu8 encore au eod. Ampl. Fol. 108, ff. 113 v - 


12 - A. Blrkenmajer: Etudes d'histoire... 


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hebdomadibus; 6) ff. 36va-vb+35va (sic) Pseudo-Boetius (Dominicus 1 
Gundisalvi
) De unitate et uno; 7) ff. 37 r -39 r M. Tullius Cicero, Som- 
nium Scipionis; 8) ff. 39 v -73 r Macrobius, Eœpositio "Somnii Scipionis"; 
9) ff. 74 r -78 v Guillelmus de Conchis (
), Oommentarius in Timaeum 
Platonis2f.; 10) fi. 79 r -128 r Calcidius, Oommentarius in Timaeum Pla- 
tonis; 11) ff. 128 v -129 ra Oalcidii Proëmium in Timaeum Platonis (ed. 
Wrobel 3-4); 12) ff. 129 r -140 v Platonis Timaeus inter prete OalcidiQ 
(la fin manque, le texte s'arrête après le mot "liberatorem", Wrobel 60, 
6, c'est-à-dire qu'il manque à peu près 6 colonnes et demie du manuscrit). 
La copie du traité De intelligentiis, qui figure tout au début, com- 
mence, sans titre, comme suit: "Summa in hoc capitulo est nostre inten- 
cionis", et se termine par: "ideo inter species non est non est (!) enatura(!). 
Explicit liber Allexandri de intelligencijs qui alio modo dicitur Memoriale 
rerum dificilium". L'attribution du traité à "Alexander" évoque le ma- 
nuscrit A de Baeumker et, indirectement, le manuscrit C dont le titre 
"Incipit Alanus de intelligentiis" constitue, de façon évidente, une tran- 
scription eI:I'onée de "Incipit Alexander de intelligentiis". Si l'on se rap- 
pelle en outre que, dans le même manuscrit C, nous trouvons, aussitôt 
après la copie du De intelligentiis, la seule copie connue jusqu'à une date 
récente 26 de ce précis d'Avicébron, que Baeumker baptisa en l'honneur 
du manuscrit C(ampil.) du nom d'Epitome Oampililiensis, on en vient 
tout naturellement à supposer une proche parenté entre les P.-2 et C. 
Cette hypothèse se voit entièrement confirmée par le collationnement; 
voir plus loin. 


Pr 3 = cod. Prag. Univ. lat. 257 = I.F.25 (chart., a. 1455
1459, 
ff. 307) ff. 246 V -260 r . Là non plus, la description de Truhlâf 28 n'est pas 


121 r et au cod. Ampl. Q. 291, f. 90 r _ v ; la 8upp08ition du copiste ("Hec dicta de ento 
et esse 8ufficiant et dicitur, quod 8it libellus Boecij") e8t done el'ronée. 
1& En dépit de certaines différence8 dan8 la première phrase ("Circa librum Pla- 
tonis, qui Timeus inscribitur, queritur de cauai8; primo de caU8a comp08icionis que 
fuit tali8: Cum inter omneB recte phil080phante8... ") il 8'agit là du même commen- 
taire dont V. Cousin édita de8 extrait8 dan8 le8 OuvrageB inédits d'Abélard, Paris 1836, 
pp. 646- 657 (il8 furent reproduit8 par la 8uite, avec quelque8 changement8, dans 
le8 Fragments philoBophiqueB pour faire Buite auz OourB de l'histoire de la philosophie 
par Victor Cou8in, 4 e éd., t. II, Pari8 1847, pp. 294-310, ainsi que dan8 la Patrologia 
Latina de Migne, 172, 246-251). Une autre copie aneienne 8e trouve à. Avranche8, 
cod. 206 ff. 116 8eqq. Son auteur est probablement Guillaume de Conche8; voir l'article 
de C. Baeumker à. 80n 8ujet dan8 Kirchenlezikon, 2. Auf!., XII, (1901), col. 1599-1602. 
Il Une deuxième copie fut découverte par M. Grabmann dan8 le cod. Vind. 
Domin. 121 (8. XIII-XIV), fi. 157 v -163 r ; voir 8e8 ForBchungen über die lateiniBchen 
ArÎ8toteleBübersetzungen des XIII. JahrhundertB, Mün8ter 1916, p. 94. 
Il Truhlâf, l.c., pp. 105-106. 


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entièrement exacte Z7, aussi, vais-je énumérer une fois de plus les écrits 
qui s'y trouvent: 1) ff. P-128 v Johannes Versor, Quaestiones XII libro- 
rum Metaphysicae Aristotelis; 2) ff. 129 r - v Aegillius Columna Romanus, 
Theoremata de ente et essentia (= Pr 2 4); 3) ff. 130 r -224 V Albertus Magnus, 
Philosophia pauperum zs , avec un vaste commentaire; 4) ff. 224 v -225 r 
(225 V blanc) Notes diverses (Epitaphium Virgilii, etc.); 5) fi. 226 r -246 r 
Ulricus scholasticus Wiennensis, Liber de claui intentionum (= Ci 1) 29, 
avec un ample commentaire so ; 6) ff. 246 v -260 r De intelligentiis; 
7) ff. 260 r -26P, un petit traité anonyme sur les "uniuersalia", d'origine 
tchèque 31 ; 8) ff. 261 v -282 r Q'uaestiones de uniuersalibus in 34 artioulis 
(d'origine tchèque Y); 9) ff. 282 r -283 r "Partitiones" philosophicae; ff. 
283 v -o v blancs; 10) ff. 284 r -290 v De causis (= Ci 3,5); 11) ff. 290 V -302 Y 
Quaestiones in Librum de causis 32 ; 12) ff. 303 r -304 v index du (1)33; 
13) ff. 304 V index du (2); 14) ff. 304 v -305 r (305 V blanc) index du (3); 
15) ff. 306 r -307 v index du (6): "Incipiunt tituli Memoriale (!) naturalium 
Ade pulchre mulieris. 51 propositiones". La fin: "Expliciunt tituli Ade 


17 Pour ce qui concerne la description extérieure: Le manuscrit compte en fait 
308 folios, le f. 283 étant 8uivi d'un folio (blanc) marqué d'un O. Il e8t tout entier 
de la main de l'augustin Crux de Telcz, bien que le8 fréquent8 changements de carao- 
tère de ce copi8te, extrêmement fécond mais peu 80igneux:, donnent 80uvent l'im- 
pre8sion d'écriture8 différente8. - .T'ajoute que l'on y trouve collé, 8ur la partie infé- 
rieure de la couverture, un ex libri8 de Petru8 Vok Ur8inus de Rosenberg (cf. I. Collijn. 
DeB ROBenbergBka Biblioteket och deBB Exlibris, Stockholm 1907, pp. 31- 32 et fig. 2). 
Il Contrairement à l'opinion exprimée par Grabmann (Die PhiloBophia pauperum 
und ihr VerfaBBer Albert 'Von Orlamünde dan8 Beitrage zur Geschichte der Phil080phie 
de8 Mittelalter8, XX: 2, Mün8ter Il)18), je pen8e que c'e8t Albert le Grand qui est 
l'auteur de cet ouvrage; je vais le démontrer dan8 un mémoire à. part. [KrakowBkie 
wydania kw. PhiloBophia pauperum Alberta Wielkiego (Les éditions cracoviennea de 
la "Phil080phia pauperum" d'Albert le Grand), Exlibri8, VI, 1924, pp. 19-31, et 
Zur bibliographie Alberts deB GroBBen, Philosophische8 .Tahrbuch, XXXVII, 1924, 
pp. 270-272, réimpres8ion dan8 les EtudeB d'histoire des 8ciences et de la philoBophie 
du Moyen Age, Wroclaw 1970, pp. 615-617, annoncent à. leur tour ce traité que 
l'auteur n'a finalement pas publié. - N.d.l.R.]. 
Il Voir plu8 haut note 8. 
10 Le même que l'on peut relever dan8 le cod. Up8al. C. 629 et le cod. Vind. lat. 
4007. Ce commentaire indique, comme auteur du traité. "Erpheua (= Hervaeus 
Natalis) comentator 8. Thome"; d'où le titre chez Truhlâf. 
Il y e8t cité entre autre8 (f. 260 V ) ".Teronimu8 hereticus, 80cius Hua". 
.. Ces QuaeBtioneB n'ont rien de commun avec 8aint Thomas, comme le voudrait 
Truhlâf. En voici l'incipit: "Circa initium libri De cauais aS8umitur talis propo8Ïtio: 
Sine lumine nihil e8t uidere... ", et la fin: "Sed de hij8 alibi e8t di8tinetio (!). Sufficit 
enim Ari8toteli (!) inuenire Primam Causam et orat in libro 8UO De e8sentia prime (!) 
bonitatis: »Inueni Te nunc, Causa Cauaarum, fac me tibi acceptabilem«. Et 8ic est 
finis, pro quo Deus laudetur in astris". 
00 Le8 N0s 12-15 n'ont été ajouté8 par Crux de Telcz qu'en 1495. 


--
		

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pulchre mulieris ffiniti per me fratrem Crucem de Telcz anno Domini 
1495 0 sub abbate Marco et priore Johanne de Tisnow in uigilia Petri 
ad Vincula etc." 
Le traité se trouvant à la sixième place porte le titre: "Incipit me- 
moriale naturalium Ade pulcre mulieris", auquel est ajoutée en marge 
cette glose: "Iste est titulus istius tractatus: Memoriale rerum difficilium 
illius autoris: Ade pulcre mulieris" 3... Il débute par: "Et primo (!) in 
hoc capitulo ...", et finit par 36: "enumerata. Et sic terminatur 38 memoriale 
rerum difficilium. Amen etc." A lui seul, le titre trahit une parenté avec 
les 8 2 et Ci. 


U = cod. Upsal. C. 595 (m.embr., s. XIV, ff. 97) ff. 1-10. Je n'ai 
fait que parcourir ce manuscrit en 1911; il contient ce qui suit: 1) ff. 1-10 
De intelligentiis; 2) ff. 11-12 Auerroes, De substantia orbis (il manque 
le début, c'est-à-dire le traité 1 et la moitié du traité 2); 3) ff. 13 -25 Auer- 
roes, Oomentarius in Aristotelis librum De generatione et corruptione; 
4) fi. 25-31 Nicolaus Ambianensis, Ars catholicae fidei 37 ; 5) ff. 31-35 
De causÏ8; 6) ff. 35-68 Johannes de Rupella, Summa de anima; 7) ff. 
69 -97 Sermones diuersi. 
Le De intelligentiis conunence ici, sans titre, par les mots: "Summa 
in hoc capitulo ...", et le texte du colophon (tout comme dans les manu- 
scrits Apl de Baeumker) est le suivant: "Explicit memoriale rerum diffi- 
cilium, quod alio nomine de intelligencijs nuncupat
". N'ayant pas 
fait de collationnement, je ne saurais dire s'il est conforme aux manu- 
scrits APl. 


Avant de passer aux manuscrits perdus, je citerai encore, à titre d'essai, 
les résultats du collationnement des manuscrits 8 1 8 2 Pr 1 Pr 2 Pr 3 avec 
le début de l'édition de Baeumker, en vue d'étayer mes considérations 
antérieures 3S. 


P. 1, 1. Liber de intelligentii8 ] om. Pr l (LPl); Ineipit de intelligeneii8 in marginlJ 
BI; Incipit liber de intelligenciis. Alio nomine nuneupatur memoriale rerum diffi- 
cilium Pr 1 ; Incipit memoriale rerum (om.Pr l ) difficilium (om.Pr l ) naturalium Ade 
pulcherrime (pulcre Pr l ) mulieri8 BIOiPr l . 2. Summa ] Pr l ; Quoniam BIPr 1 ; Sen- 


1& Nous n'y trouvon8 pas le mot "cuiusdam" (que Truhlât a ajouté dans 80n 
catalogue). 
Il Truhl8.t ajoute au (6) les terme8 finaux du (7). 
Il Corrigé de "determinatur". 
17 Pour l'auteur, voir M. Grabmann, Die GeBchichte der BcholaBtischen Methode, 
II, Freiburg i. B. 1911, pp. 459-465; dan8 le manu8crit d'Up8al l'auteur n'e8t pas 
indiqué. 
Il J'indique entre parenthè8e8 le8 leçon8 de8 codex de Baeumker: AC L plPIpl, 
quand elles 80nt conforme8 aux variantes des miennes. 


-
		

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tentia B"Oi; Et primo Pr l . n08trae intentioni8 ] pOBt e8t Pr l . 4. p08simuB ] POB- 
8umus B"Pr l ; pOBt commendare Pr"(O). 8equacibus] 8equentibus B2( ') discipli- 
naID ] om. BIPr l ; di8ciplinam n08tram B"Pr l . 5. p08simu8] p088umus Pr l . igitur] 
ergo B"Pr"Prl(O). 6. inuidiae ] post liuor Pr l . absistat ] exi8tit Pr l ; existat COTT. 
ez existit BI; con8i8tat Pr"Prl(O); om. B"( '). ne ] non Pr l ; nam in rasura BI. auc- 
tore] actore BIPrIPr"Pr l (AOLpl). quod] in marg. pro i8tud dei. in teztu Pr l . 
7. e8t ] om. Pr l . uilescat] uilescit BIPr l . dicantur] dicuntur BIPr l ; dicentur 
Pr l . lector] lectione B"( '). 8. in8pieiat ] in8piceat B". 8unt] om. Pr l ; 8int 
PrIB"; 8unt ez corr. BI. 9. minus] 8umU8 (!) Pr l . bene] om. BIPr l . ante ad ] 
ut B"Pr l . ueritati8 cognitionem ] ueri cognitionem Pr"(O); ueritatis agnitionem 
B"(L); eognitionem (corr. ez congregationem) ueritatis Pr l . 10. igitur ] ergo Pr l . 
8icut ] ut B"Prl(O). III De anima] de anima tertio BIB"PrIPrIPrl(API). intellec- 
tU8] om. BIPr l . Il.intelligit] intelligatBI (pI);om. Prl(L). ualde] om. Pr l . 11-12. 
intelligit ] om. BIPr l (LpI). etiam ] et BIB"Pr l . pOBt magiB ] maxime Pr l . quae ] 
om. Pr l ; Buper lin. Buppl. BI. 13. 8unt ] pOBt intelligibilia BIPrl(PI). Cuiua] 
('iu8 B"(PI). 8equente8] 8equens B". 14. pOBt Bubstantiarum ] propter Pr l . 
proprietate8 et naturas ] proprietatem et naturam Prl(O). prop08uimus] propo- 
nimu8 PrIPrl(O). 15. inquierere ] intelligere Pr l . ea] ei8 Pr". dicente8] OOTT. 
ez dicemu8 Pr l . non e8t 8ibi fa8 ] 8ibi non e8t faB Pr l ; nobiB non eBt fas BI; mihi 
non e8t fa8 Pr"(O); nobis (gloBBa: 8. Ade) phas e8t B"; naturas (') per has est Pr l . 16. 
8e ] poBt habet Pr l . intellectus] pOBt noster BI. 17. noctuae ] COTT. ez nec tue 
BI; nocteu (!) COTT. ez nocte Pr l . ante ad ] se habet BIPr l . lucem] lumen BI. 
inuocamu8 ] imitamu8 BIPr l . ut ] nec Pr l . 18. di8soluat ] pOBt tenebraB BIPrl(O). 
ad aliquam ] ad BI; aliquid Pr l ; aliquam Pr l . 18-19. praedictorum ] predictarum 
Prlprl(O). notitiam] naturam BIPr l . nebula] nebulo (!) Pr l . n08 ] om. B"(O). 
pOBt perducat ] etc. B"; Amen Pr l ; Sequitur prima prop08itio Pr l . 20-21. cauaam 
prim am ] primam caU8am B"(ApI). 21. pOBt e8se ] Quod (eidem Pr l ) nece88E\ est 
caU8am primam (primam causam B") e88e B"Pr l - etc. 


Ce court essai semble plus que suffisant pour prouver que les manu- 
scrits comparés par moi appartiennent effectivement à trois groupes: 
1. BIPr l ; 2. Pr 2 (C); 3. B2(Ci)Pr 3 . Arrêtons nous un instant à chacun de 
ces groupes. 
1. BlPr l . Du seul collationnement effectué plus haut, il ressort déjà. 
qu'aucun de ces deux manuscrits ne constitue une copie de l'autre. En 
effet, le BI n'est pas une copie du Pr" puisqu'il contient, dans la ligne 11, 
les mots "intelligit ualde" qui ne figurent pas 39 dans le Pr" et, de même, 
celui-ci n'est pas une copie du BI, puisqu'il a gardé, dans la ligne 15 
(conformément à la plupa
 des manuscrits), le mot "sibi""o, peu ordinaire 
quoique correct, que le BI a remplacé par "nobis"u, mot qui semble 
s'imposer ici mais qui est erroné. Le titre du traité dans le Pr 1 atteste 
lui aussi qu'il ne s'agit pas d'une copie du BI. La parenté des deux manu- 


18 Nous trouvon8 de même, danBle BI, p. 2, lin. 3, le mot "cau8am" qui ne figure 
pas dan8 Pr 1 , etc. 
&0 Qui 8e rapporte à "intellectu8" dan8 la lin. 12; voir Baeumker. p. 74. 
Il Pre8que tOU8 le8 manuBcrit8 de moindre qualité "corrigent" et remplacent 
ce pronom peu ordinaire par "mihi" (B2 C Pr l Pr'); le p3 omet le8 mots ,,8ibi fas".
		

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scrits n'en ressort pas moins en toute netteté, ce qui indique qu'ils sont 
tous deux des copies d'un même modèle $: 


$ 


1 1 
BI Pr i 


Quant à la place qui est due au manuscrit $ dans l'histoire du texte 
cn question, notre essai nous dit tout d'abord qu'il n'était le proche parent 
d'aucun des manuscrits de Baeumker et cnsuite que c'était un manuscrit 
d'une qualité bien médiocre. Le collationnement entier des textes, effectué 
par moi, confirme ces deux conclusions. Je n'ai cependant pas jugé néces- 
saire de chercheI: la place qui convient au manuscrit $ dans l'arbre généa- 
logique établi par Baeumker (p. XVIII), surtout que certains détails de 
ce stemma codicum ne sont pas sans éveiller des objections de ma part. 
Il suffit en l'occurrence, me semble-t-il, d'indiquer que tous les manuscrits 
de Baeumker, à l'exception peut-être du p3, contiennent un texte plus 
correct que le manuscrit $. 
n convient en outre d'ajouter que le manuscrit B\ excepté le com- 
mencement, porte de nombreuses corrections, aussi bien dans le texte 
que dans les marges. Mais ces rectifications ne se fondent sur aucun 
manuscrit nouveau; ce sont visiblement des conjectures d'un lecteur 
s'efforçant, sans succès, de corriger les dénaturations du texte primitif. 
Inutile d'ajouter que le manusc
it berlinois qui, avant ces corrections 
avait peut-être été un tout petit peu meilleur que son jumeau pragois, 
n'y a non seulement rien gagné mais, bien au contraire, a perdu encore 
de sa valeur initiale, déjà bien faible au demeurant. 
[Ici le manuscrit s'interrompt. Voici le fragment conRervé de la suite. - 
N.d.l.R.:] Le C n'est pas une copie (lu Pr i puisque, par exemple, la Pro- 
positio V, qui figure dans le premier, n'existe pas dans le second. De 
même le Pr i n'est pas une copie du C, comme en témoignent plusieurs 
différences, par exemple 8, 10 et 8, Il: translatum 0, translatiue Pr I , 
alii. Une certaine parenté peut être relevée entre les Pr i et pa, mais ce n'est 
qu'une parenté "de famille". 
[Après avo
 établi la filiation des manuscrits qu'il avait retrouvés, 
l'auteur se proposait de consacrer une partie de son ouvrage aux quatre 
manuscrits perdus (voir p. 330), figurant au catalogue de A. Sanderus, 
Bibliotheca Belgica manu8cripta, P. 1, Insulis 1641, pp. 130, 135 (dans le 
catalogue des manuscrits de la bibliothèque du couvent Saint- Ma
tin, 
de Tournai, deux exemplaires intitulés Liber de intelligentiis... alio 
nomine... Memoriale rerum difficilium); p. 343 (dans le catalogue des 
manuscrits de la bibliothèque du couvent de cisterciens, de Cambrai,
		

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sous le titre De intelligentiis); P. 2, Insulis 1643, p. 208 (dans le catalogue 
des manuscrits de la bibliothèque du couvent Saint-Martin, de Louvain, 
de l'ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin, sous le titre M
- 
moriale rerum difficilium). Tous les quatre étaient attribués à Alain de 
Lille. 
Devait ven
 ensuite lllle confrontation des résultats des recherches 
de l'auteur avec ceux de Baeumker. C'est là probablement, en parlant 
du titre de l'opuscule, que l'auteur avait l'intention d'inséreI" le fragment 
conservé que voici - N.d.l.R.:] 
L'un des codex d'après lesquels Baeumker a édité le traité De intel- 
ligentiis (p3 = Paris. lat. 6552) a ce colophon: "Explicit liber de intelli- 
gentiis uel fontis uite""2; il est évident que c'est là une réminiscence 
de l'oeuvre d'Ibn Gabirol (AvicébI"on) 43. Je profite de cette occasion pour 
signaler un manuscrit de ce dernier traité, inconnu jusqu'à présent, surtout 
qu'il n'en existe pas beaucoup: Baeumker, dans son édition, n'en énumère 
cn tout que cinq 404, le sixième (cod. Vatic. Urbino lat. 427) a été retrouvé 
et étudié par Nagy"s, celui dont il sera question plus loin ne sera donc 
que le septième. Il se trouve, ou plutôt, il se trouvait en 1606, dans la 
bibliothèque des Augustins à Crémone; il est inscrit au catalogue de cette 
bibliothèque" 6 comme "Liber fontis vit
, siue de Intelligentijs Auicebron 
cum pluribus Opusctùis sine nomine". L'ajout "siue de Intelligentijs" 
est d'autant plus curieux qu'on ne le trouve dans aucun des exemplaires 
du Fons vitae connus jusque-là"? 
[L'auteur a continué, après 1920, à rechercher des info
mations relati- 
ves aux manuscrits du De intelligentiis; il en a I"etrouvé encore quatre, 
à savoir (dans l'ordre alphabétique, les dates en étant difficiles à établir): 
cod. Bruxell. 893-898 (identique avec celui décrit par Sanderus, t. 2 
p. 208), manuscrit de Copenhague, Ny Kg!. SamI. 26, cod. Oxon. Digby 67, 
et celui de la Bibliothèque Ossolineum (de Wroclaw) 734. 
Il a laissé une description du cod. Bruxell. 893-898, - N.d.l.R.] 
Manuscrit naguère propriété "l\Ionasterii S. Martini in Louanio " , 
où il portait d'abord la cote D. XXI, puis C. 8; inscrit au catalogue du 


el Baeumker, Witelo, pp. 126, 187. 
&1 Editée par Baeumker dan8 le8 Beitriige zur Ges<,hichte der Phil080phie de8 
Mittelalters, 1: 2 - 4. 
.. Quatre con8ervé8 et un einquième, d'Avignon, perdu; Baeumker, ibid., pp. 
VIII-XIV. 
&1 "Rendiconti della reale Aceademia dei Lincei, Clas8e delle 8cienze morali, 
8toriehe e fil080fiche", 1896, pp. 154-170; cf. Beitrage zur Geschiehte der Philo- 
sophie des Mittelalter8, III: 3, p. 4, note 2. 
.. Edité par A. P08sevinus S. J., Apparatus Bacer, VenetiiB 1606, t. III p. 138. 
47 Y compri8 eelui appelé Epitome Oampililiensis, Baeumker, ib., pp. XIV -XV.
		

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XVIIe s. qui se trouve dans le cod. Bruxell. 21874, et qui a été reproduit 
(sans cote) par Sanderus, II, 208-233. Il contient les ouvrages suivants: 
1) ff. P-67 v Joh. Damascenus De fide ortodoxa, trad. a Burgundione 
Pisano; copie de 1443; 2) ff. 69 r -75 r "Alanus" De arte fidei catholice 
("Clemens papa cuius rem"); 3) ff. 8P-94 r (sans titre) Memoriale rerum 
difficilium (vo
 au-dessous); 4) ff. 95 r -149 r Heymericus de Campo, 
 
De formis intentionalibus; 5) ff. 152 r -160 r Tractatus de naturali ueritatis 
catholice circa principium philosophie christiane uiuersalia analesij (!) 
(Heymerici); 6) ff. 164 r -172 r Bertramus de Alen, Tractatus de uia con- 
templacionis etc. - Voir par ailleurs la description de J. Van deI" Gheyn, 
Oatalogue des manuscrits de la Bibliothèque Royale de Belgique, II, BruxeUes 
1902, pp. 301-302, [N° 1368. - N.d.l.R.], à quoi il convient d'ajouter 
que l'on trouve, sur la partie droite de la couverture et sous corne, une 
étiquette avec cette table des matières: "Damascenus de fide. Alanus 
de arte fidei. Memoriale difficilium. De formis intencionalibus. De ueritatis 
catholice analesy (Y)". Pour donne
 une idée de la valeur de la copie, 
je cite le début du Memoriale. 
[L'auteur a recopié toute le préambule. Voici l'incipit: "Summa in 
hoc capitulo nostre intencionis est rerum difficilia breuiter colligere", 
et l'explicit: "non est nume
ata. Explicit memoriale rerum difficilium etc. " 
Description du manuscrit de Copenhague - N.d.l.R.:] 
Copenhague. Manuscrit Ny KgI. Saml. 26, in-folio, de 1480 env.; fo. 
4P-45 v . "Incipiunt maxime egregij theologie profesoris Ade pulcre- 
mulieris parisiensis. 
Si est causam et causatum ponere, necesse est causam primam esse. 
(Glose: s. efficientem). 
Unitas est principium cuiuslibet multitudinis...", etc. 
Rien que des propositions sans commentaire. Seules les quatre pre- 
mières propositions portent des gloses entre les lignes. Et seule la 
dernière proposition est accompagnée d'un commentaire ("Eternitas 
de se non est mensura determinata, propter quod inter species quantitatis 
non est enumerata. - Non enim ponimus... x non est enumerata"). 
"Explicit memoriale rerum difficilium Adepulcremulieris sacre theo- 
logie profesol"is eximji Parisiensis". 
[Desc
iption du manuscrit d'Oxford. - N.d.l.R.:] Ms. Oxon. Dighy 67; 
cette partie (ff. 85-116) ca. 1300. Elle contient: (1) ff. 85 ra -89 ra De 
causis; (2) fi. 89 ra -92 V & Liber 24. philosophorum; (3) ff. 92 V8 -96 v a. 
Incipit liber de uiribus anime editus a fratre Alberto ordinis fratrum praedi- 
catorum (5 e livre de "Schulredaktion"); (4) ff. 96 vb -97 rb Fragment 
édité par Rose (Cum essem in Graecia ...); (5) ff. 97 v &-103 ra deuxième 
partie du De intelligentiis; inc.: [Prop. 24]: "Deus semper inteUigit 
se intelligel"e. Intellectiua semper intelligit. In homine uel"O neutrum
		

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est repe
ire X non est enumerata. Explicit memoriale rerum difficilium, 
quod alio nomine liber de intelligentiis nuncupatur". (6) ff. 103ra-107ra 
Début du De intelligentiis. "Incipit memoriale re
um difficilium, 
quod alio nomine liber de intelligenciis nuncupatur. - Summa in hoc 
capitulo nostre intencionis X (dans la prop. [23] Quod est simplex et 
simplicissimum) et ideo uita est cum summa delectatione""s. (7) ff.l07rb- 
112 V8 Albertus Magnus De intellect1t; (8) ff. 112 v8 -115 vb Albertus Magnus 
De iuuentute et senectute; (9) ff. 115 vb -116 vb Fallacie fratris Thome de 
Aquino ordinis predicatorum (r.). - Quia logici est :r:acio uel sciencia X 
est in humorum adall. 
Cette partie du manuscrit appartenait jadis au "domus scolarium 
de Merton in Oxon., ex legato m. Joh. Reynham..." qui a vécu vers. 
1323-1334, yoir G. C. B
odrick, lŒemorials of Merton Oollege, Oxford 
1885, p. 196. 
[Description du manuscrit d'Ossolineum (l'auteur cite le début du 
p
éambule) - N.d.l.R.:] 
Manuscrit de la Bibliothèque Ossolinski 734, in-4 0 , ff. 62 r -79 v . 
"Incipit Memoriale rerum naturalium difficilium Ade pulcre Mulieris. 
ln hoc capitulo nostre intentionis est rerum naturalium difficiliora breuiter 
collige:r: e . . ." n y a des gloses; la première (ad prop. 1) commence en ces 
termes: "Arist. 2 metaphisice: Id quod est maxime ens..." [Explicit: J 
"non est enumerata. Et in hoc terminatur Memoriale difficilium reI'um. 
Amen. Anno Domini 1493 dominico (!) post Andree per me magistrum 
V alentinum Werner de Grunpergk in studio Cracoviensi". 


Traduit par Roman Kornecki 


ta Fin de la prop. 23. Le manuscrit Oxon. Digby 67 contient donc le traité tout. 
entier. - N.d.I.R.
		

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			ETUDES SUR WITELO. lIe PARTIE. 
[Ré8umé] 
Séance du 12 juillet 1920 


Le pré8ent travail discute la question de 8avoir 8i Witelo est réellement l'auteur 
de l'opu8cule De intelligemiis, comme C. Baeumker 1 a voulu le démontrer en suivant 
ici l'exemple de W. Rubczyll8ki l . Afin de pouvoir examiner oe problème d'une ma- 
nière aus8i complète que p08sible, l'auteur a divisé 80n étude en deux chapitres, dont 
le premier, consacré à la critique, analY8e le8 argument8 8ur le8quel8 rep08e la thèse 
de Rubczyn8ki et de Baeumker, tandis que le deuxième, d'un caractère p08itif, cherche 
à fixer l'époque où l'opuscule mentionné a été composé, ainsi que le lieu de 80n origine. 
1. Le8 8euls argument8 auxquel8 Baeumker (p. 251) lui-même attribue "une 
vertu probante ab80lument suffisante", 8'appuient 8ur certaines concordances relevée8 
entre le De intelligentiiB et le préambule à. la Perspectiva; on pourrait le8 répartir en 
deux groupe8: A) le8 parallélii!me8 de la doetrine, et B) les analogiei! du 8tyle. 
A) En ce qui concerne les premiers (Baeumker, p. 251-253), il faut 8e demander 
avant tout 8'il8 80nt 8uffi8ant8 pour étayer la thè8e défendue par Baeumker. On 
voudrait trouver leur essence dan8 le fait "que dan8 le8 deux cas la lumière 8e voit 
attribuer le rôle d'intermédiaire et de lien entre toute8 lei! influencei! et action8 qui 
8e manife8tent da1l8 l'univers" (RubczyD.8ki, p. 400). Or, lei! recherche8 de Baeumkcr 
lui-même ont prouvé que, con8idérée en elle-même, cette idée est loin d'être 8uffi. 
tmmment nouvelle pour légitimer l'identification de l'auteur du De intelligentiis avec 
Witelo; aU8si dan8 la 8uite de 8a monographie (pp. 425-426) Baeumker 8e voit-il 
obligé d'apporter certaine8 re8triction8 à. son argumentation; oependant il 
le fait d'une manière tellement discrète que le lecteur a plutôt l'impres8ion qu'il ne 
8'agit pas d'une révision des affirmation8 précédentes, mais bien de nouvelle8 preuve8 
à. leur appui. Pourtant le lecteur attentif 8'aperçoit aisément qu'au point de vue 
doctrinal la concordance du préambule à. la PerBpeotiva et du De intelligentiis 8e réduit 
à pré8ent à un élément purement formel. En effet l'idée de "lumière conductrice 
d'influence8" que l'on retrouve au reste, quoique 8eulement à. titre occasionnel, chez 
d'autres philo80phe8 du XIIIe 8iècle, aS8ume d'aprè8 Baeumker un rôle fondamental, 

elui de "c harpente" dan8 la con8truction de8 8Y8tèmes philosophiquei! de8 deux 
. Bulletin International de l'Académie Polonaise de8 Sciences et des Lettre8, 
HH9-1920, pp. 354-359. 
1 C. Baeumker, Witelo, Mün8ter 1908. 
1 Rozprawy Wydz. Hi8t.-Filoz. Akademii Umiej
tnosci w Krakowie, XXVII, 
1891, pp. 378-410.
		

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auteur8 en que8tion. Pourtant, c'e8t là. une affirmation fausse, 8'il 8'agit de Witelo, 
même Bi l'on admet l'interprétation que l'hi8torien allemand donne du préambule 
de la PerBpectiva, car le pas8age entier 8ur lequel 8'appuie Baeumker n'occupe que 
22 lignes du texte, aua8i est-il fort éloigné de pouvoir noua fournir une base 8uffisante 
pour juger de la véritable "charpente" du 8Y8tème phil080phique du 8avant 8ilésien. 
Il est toutefoi8 p08sible de soulever des critique8 encore plus 8érieuses contre 
l'interprétation proprement dite des texte8 de Witelo par les auteur8 qui jusqu'à. 
présent 8e 80nt occupé8 de ce 8avant, interprétation qu'il faut con8idérer comme tout 
à fait manquée. Cette erreur 8'explique par la circon8tance que ces auteurs ont eom- 
plètement négligé la terminologie propre à Witelo, puisqu'il8 l'ont rangé au côté de 
nombreux phil080phe8 métaphY8icien8, en omettant de le comparer aux phil080phes 
étudiant la nature. 
Une de8 erreur8 fondamentales de cette faua8e interprétation provient de la 
traduction vicieu8e des mot8 "re8 corporeae 8uperiore8" et "res corporeae inferiores". 
On en a conclu que pour Witelo le monde corporel (tout comme le monde 8uprasen- 
sible) repré8ente une organisation hiérarchique 8'abai8sant par gradation: au 80mmet 
Be trouveraient le8 être8 corporels les plu8 élevés, en8uite viendraient de8 être8 quelque 
peu inférieur8, puis des êtres plus humble8 encore et ain8i de 8uite jusqu'aux degrés 
infime8, tandis que le rôle de la lumière 8en8ible con8isterait à tran8mettre les influ- 
ences d'un degré à l'autre. Pourtant, il n'en est pas ain8i en réalité, car dan8 le monde 
matériel Witelo ne di8tingue que deux degré8, d'une part le8 8phère8 et les corps 
céle8te8 et de l'autre le monde 8ublunaire. Voilà. ce que 80nt précisément ces "re8 
corporeae 8uperiore8" et ces "re8 corporeae inferiore8", autrement dit le "mundu8 
8uperior" et le "mundu8 inferior", comme 8'exprimaient les phY8icien8, les a8tro- 
nome8 et le8 astrologue8 médiévaux. L'idée de la lumière 8en8ible tran8mettant cer- 
taine8 influence8 de ce monde 8upérieur pour les communiquer au monde inférieur, 
cette idée-là. fait également partie de8 croyance8 astrologique8 courante8. Il en résulte 
donc qu'en général Witelo ne 8'écarte pas du tout de la "communi8 8ententia" de 
toute 80n époque. 
Si, en outre, on 8'en tient aux détails, on trouvera un excellent commentaire 
à. ceux-ci dan8 l'opuscule de Robert Gr088ete8te De lineis, angulis et figuris ain8i que 
dan8 le De multiplicatione Bpecierum de Roger Bacon. La comparaison de la PerBpec- 
tiva avec le8 ouvrage8 mentionné8 nous mène à des résultat8 fort intére8sants, que 
me8 dévancier8 ont lai88é8 jusqu'ici complètement inaperçus et que le pré8ent travail 
soumet à une analyse détaillée. Parmi ces ré8ultat8 un fait mérite avant tout d'attirer 
l'attention: 80U8 la plume de Witelo le mot "forma" doit être identifié avec la ,,8pe- 
cie8" baconienne (image dynamique de l'agent) dan8 toute la vaste étendue de ce 
terme chez Bacon; or, c'est précisément l'ignorance de ce fait qui est une dC8 raisons 
de l'interprétation erronée du préambule à. la PerBpectiva et en particulier du pas8age 
que Baeumker a pri8 pour base de 80n argumentation. Dan8 ce pas8age il n'est en 
général pas question d'aueune autre lumière que de celle qui émane des COrp8 céle8tes, 
par con8équent il ne peut 8'agir iei de ce que, dan8 le monde 8ublunaire lui-même, 
une 8ub8tance puis8e exercer une "influence" 8ur une autre en lui tran8mettant une 
partieule de la "lumière divine" qu'elle p08sède elle-même, - au contraire, d'après 
Witelo, une action pareille d'une 8ub8tance 8ur une autre 8e produit "per multipli- 
cationem formarum (= 8pecierum)", dont le8 phénomènes lumineux ne repré8entent 
qu'un ca8 particulier, le plus marquant, il e8t vrai. Aussi toutes les action8 de 
ce genre, autrement dit le8 "actione8 naturales", re8semblent-elle8, il est vrai, à. l'action 
de la lumière, mais elles ne 8e produisent pas par l'intermédiaire de celle-ci; leur méca- 
ni8me e8t toujour8 le même, quoique leur nature 80it différente. C'e8t pourquoi d'après
		

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Witelo l'optique e8t la 8cience du "modu8 actioni8 formarum et omnium virtutum 
cae1estium et naturalium", soit une e8pèce de mécanique générale, comme c'e8t égale- 
ment le cas chez Gr08sete8te et Bacon, cependant il ne parle ab80lument pas d'une 
"métaphY8iq ue de la lumière", dan8 l'acception du terme adoptée par Baeumker. 
Il est donc évident que le8 idées que 8e faisaient les auteur8, qui jusqu'à pré8ent 
s'étaient occupé8 de Witelo, 8ur le rôle que la lumière 8en8ible (lumen sen8ibile) 
est censée jouer dan8 8a métaphY8ique, rep08ent 8ur une série de malentendus; quant 
à la lumière 8upra8en8ible (lnmen divinum), Witelo lui con8acre à peine 8ept lignes 
et demie du texte dan8 le préambule de 8a PerBpectiva, c'est-A-dire pas même deux 
phrases, par con8équent les auteurs qui veulent y apercevoir un véritable reflet de 
la "métaphY8ique de la lumière" traitée Bi largement dan8 le De intelligentiis, 80nt 
victime8 d'une illu8ion. Le peu de "métaphysique de la lumière (8uprasen8ible)" que 
contient la PerBpecti1Ja, ne saurait en aucun cas établir la base d'une comparai80n 
plus approfondie entre cette doctrine et celle du De intelligentiiB. Il faudrait ici 8'ap- 
puyer 8ur le8 textes que nOU8 fournÏ88ent les opu8cule8 de Witelo récemment découverts 
(voir la première partië de8 pré8entes EtudeB), cependant comme Baeumker ne les 
connaît pas, le pré8ent travail n'a pas le droit de le8 utiliser dan8 une discua8Ïon avec 
lui. L'analY8e de ce8 écrit8 8era donnée dans les partie8 8uivantes de ce8 EtudeB et 
l'on 8'apercevra alors que la pen8ée de Witelo 8'oriente dan8 une direction bien diffé. 
rente de celle dont l'auteur du De intelligentiiB e8t le repré8entant. Pour le moment 
il 8uffira de con8tater que le8 auteur8, qui 8'inspirent d'à peine deux phrase8 du texte. 
n'étaient nullement antorisé8 A trouver de8 analogies plus profonde8 entre Witelo 
et le De intelligentiiB, et 8urtout depuis qu'il8 ont eu l'occasion de con8tater eux-mêmes 
combien de "métaphY8ique de la lumière" contient toute la phil080phie médiévale. 
arabe et occidentale. 
B) Rubczyn8ki et Baeumker veulent trouver des analogie8 de forme dan8 uno 
certaine res8emblance entre la première phrase du préambule A la PerBpecti1Ja et uno 
des première8 phrases du De intelligentiiB. A première vue, cette ressemblance peut 
en effet paraitre aS8ez frappante, toutefois elle 8'explique en réalité par le fait que 
dan81e8 deux textes on voit revenir les même8 mot8, tandi8 que leur8 rapports gram- 
maticaux 80nt ab80lument différent8 dan8 l'un et l'autre cas, de 80rte que non 8eule- 
ment il ne 8aurait être question d'une affinité de pen8ée, mais même qu'une re8sem- 
blance de8 expression8 semble complètement exclue. Witel0 80uhaite à Frère Guillaume 
"felicem intuitum aeternae lucis irrefracto radio menti8", tandis que l'auteur du 
De intelligentiiB 8'adres8e à Dieu comme ,,80urce de la lumière" afin que "radio 8uae 
lucis di8solvat tenebras n08trae menti8". La re8semblance n'e8t donc qu'apparente. 
purement 8uperficielle et fortuite, 8i bien qu'il n'est même pas néces8aire de 8upp08er 
que Witelo ait eu le De inteliigentiiB 80U8 le8 yeux, d'autant moin8 qu'il a probable- 
ment trouvé la phra8e citée dans une prière (collecte) A 8aint Stanislas qui lui était 
connue. 
2. Ainsi le premier chapitre a établi qu'au8si bien sous le rapport doctrinal qu'au 
point de vue de la forme il n'exi8te aucun "parallèle frappant" (,,8chlagende Paralle- 
len", Baeumker, p. 255) entre la PerBpecti1Ja et le De intelligentiis. Mai8 il y a plus: 
grâce à. la comparai80n avec GrOl!8ete8te et Bacon, les idée8 philosophique8 de Witelo 
80nt apparues 80U8 un a8pect tellement différent de celui de la doctrine que contient 
le De intelligentiis, que les ré8ultat8 obtenu8 jU8qu'à pré8ent peuvent A eux 8euls 
con8tituer un argument sérieux à. opp08er aux tentative8 d'attribuer cet opu8cule 
au 8avant 8iJé8ien. Le deuxième chapitre prend la tAche de multiplier le8 arguments 
de ce genre et de préciser l'époque de la composition, ain8Ï que le lieu d'origine du 
De intelligentiiB. 


.-..
		

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L'argument in trin8èq ue et décisif contre l'hypothèse voulant con8idérer Witelo 
comme auteur du De intelligentiis e8t fourni par la divergence entre cet opu8cule 
et le bref ouvrage de ce 8avant, intitulé De natura daemonum, récemment retrouvé. 
Il 8uffit de comparer rien que la doctrine 8ur les démon8 (De intelligentiiB, propoBitio 
42) pour 8e convaincre qu'il n'e8t pas p08sible d'attribuer le8 deux opuscules au même 
écrivain. C'e8t également à. de8 ré8ultat8 pareil8 que nOU8 conduisent le8 indices extrin- 
sèque8, notamment les con8idération8 d'ordre chronologique. En effet, il est p088Ïble 
de prouver avec toute l'exactitude voulue que la PerBpectiva de Witelo a été écrite 
entre le 1 er janvier 1270 et le 9 avril 1278, tandis que le De intelligentiis l'a été bien 
de8 année8 auparavant. 118'en8uit d'abord des eitation8 que contiennent les QuaeBtioneB 
de veritate de 8aint Thomas (quae8t. 2, art. 1 et quaest. 8, art. 7) que cet opuscule 
exi8tait déjà. en 1259, ce que confirme également le Speculum naturale de Vincent 
de Beauvais. La Biblionomia de Richard de Fournival (le manuscrit N° 71) as8igne 
à. l'opu8cule une date encore plus reculée, aussi 8'aperçoit-on qu'il faut le renvoyer 
il. la première moitié du XIIIe 8iècle, eomme il ré8ulte du re8te de la tradition du texte 
de cet écrit. Une détermination plus exacte de la date de 8a publication devient pos- 
sible, 8i l'on tient compte de8 citation8 d'Aristote qu'il contient. En dehor8 de8 tra- 
duction8 provenant encore du XIIe 8iècle, le De intelligentiis eite l'ouvrage De ani- 
malibuB et la MétaphYBique d'après le8 traduction8 de Miehel Scot datant il. peu près 
de 1220, tandi8 qu'il ignore encore les commentaire8 d'Averroès que Miehel avait 
traduit vers 1230. C'e8t par conséquent avec une grande vraisemblance que noua 
pouvon8 fixer la date de la publication du De intelligentiiB entre 1220 et 1230. Un 
passage de la propositio 48, qui mentionne l'E8pagne et la France, peut contribuer 
à. faire trouver le lieu d'origine de l'opuscule; il 8emble donc que c'est 8ur les confin8 
de ce8 deux paY8, ou tout au moin8 dans l'un des deux, qu'il faut ehereher la patrie 
de 80n auteur. 


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TROISIÈME PARTIE 


LA JJfETAPHYSIQUE D'AVICENNE ET AL-GHAZALI CHEZ 
WITELO* 


Dans la deuxième partie des présentes Etudes 1 , il s'est avéré, entre 
autres, que les opinions en cours jusqu'à l'heure actuelle, concernant la 
philosophie de Witelo, et en premier lieu ses idées mé